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Humeur !
Par
arrêté présidentiel signé le 20 mai dernier, Frédéric Bintsamou
alias Pasteur Ntumi a été promu « Délégué général auprès du président de la
République, chargé de la promotion des valeurs de paix et de réparation des
séquelles de guerre » avec rang de Ministre - Délégué. Cet ancien
guérisseur des fous, pas loin d’un « semi-analphabète »
dont la formation cléricale s’est faite par la lecture intense des versets bibliques
et autres revues religieuses, est en train de devenir l’une des personnalités
qui va compter dans le département du Pool.
Aujourd’hui,
il vient de rentrer dans le cercle très fermé des décideurs politiques qui font
depuis belle lurette, la pluie et le beau temps au Congo. Si cette nomination
lui va comme un gant, c’est tout simplement parce qu’on lui reconnaît une
responsabilité dans la désagrégation psycho-pathologique
des ressortissants des contrées dont il avait la responsabilité. Ces derniers traînent
par devers eux des séquelles que seul Ntoumi peut
soigner à partir du « Mbentengué » sa fameuse « Gifle Saint Michel », à moins d’apporter une parole apaisante.
En
dehors de la circonscription dont il est encore le chef incontesté et
incontestable, le reste du pays et des Congolais se passeraient bien d’un
Ministre Délégué à « la réparation
des séquelle de guerres ». Quel titre « pompeux » pour celui qu’on traitait, il y a peu « d’illuminé », de « rebelle hirsute » ! Quel pied
de nez à tous ceux qui ont « torché
leur cul » sur les bancs de l’école pour atteindre l’excellence,
mettre leurs acquis au service de la Nation, et qui se font brûler la politesse
sur le fil d’arrivée par les « Rois
de la Kalachnikov » !
Quel
désaveu pour les partisans de Sassou qui avaient
toujours soutenu que Ntoumi était le mal à bannir
pour que la paix revienne dans le Département du Pool ! Ils vont devoir
ravaler leurs certitudes. D’autres, doivent opérer un changement à 180° avec
risque de torticolis pour réadapter leur discours et se réapproprier la
nouvelle donne. De véritables funambules des temps modernes ; la paix
étant à ce prix, dira-t-on !
Quel
profit vont tirer les populations civiles ? Elles qui, sans rien demander,
ont été surprises sur le chemin de l’école, du travail, au bureau, au lit, dans
les champs, un certain 18 décembre 1998, jour que les Ninjas-Nsiloulou
ont choisi pour rentrer dans les quartiers sud de Brazzaville pour venir défier
militairement le pouvoir central, provoquant mort et désolation,… Elles vont
devoir observer avec incrédulité, l’ascension politique de leur messie !
Que
doivent penser les Congolais Lambda qui ont tout perdu, maison, outil de
travail en passant par l’entreprise, pillée et dévalisée et qui ont été obligés
de mettre la clé sous le paillasson ? Ces Congolais qui n’ont jamais été indemnisés,
sont en train d’observer la chasse à courre faite aux anciens dignitaires et
autres chefs de guerre à l’origine de leur malheur, « rouler les mécaniques » aux frais de la princesse ! Aucun
esprit évolué ne peut contester que la paix, sa conquête et sa consolidation n’aient
de prix. Ce prix, il faut le payer. Si pour y arriver, il faut consentir de
nombreux sacrifices quitte à mettre un peu d’eau dans son vin pour apaiser certains esprits revêches, pourquoi pas ! Faut-il, pour que la paix soit effective au
Congo, que ça soit toujours les mêmes qui payent ? Faut-il que ça soit
« le peuple d’en bas » qui
doit se courber l’échine pour laisser ceux d’en haut, pourtant géniteurs de
tous les déséquilibres sociaux, se distribuer les beaux rôles à coup de
promotion sociale ?
Il y a des colères qui
sont saines !
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Une
fois n’est pas coutume ! Osons la critique au nom d’une « colère saine » et du droit pour un
intellectuel, quel qu’il soit, à ne pas être prisonnier d’une chapelle. Pour
tout dire, cette nomination heurte les consciences. Elle heurte et irrite
d’autant plus qu’elle sacre non seulement la médiocrité mais en plus, propulse
ceux qui n’ont rien d’autre à apporter à la communauté que l’intrigue, l’incompétence
et la violence comme seuls référents. Le risque d’une « cocaïnisation » de la société n’est
pas loin.
Nommer
à la tête d’institutions respectables des hommes et des femmes qui n’ont eu
pour seul sésame pour rentrer dans la vie active que l’usage d’armes à feu, là
où, barder de diplômes, de nombreux Congolais disséminés aux quatre coins du
monde en sont à « tirer la langue »
parce que la société refuse de les intégrer, est politiquement dangereux et
psychologiquement perturbant quant au modèle que l’on souhaite donner à la
jeunesse. Faut-il prendre les armes pour que la République vous propulse au
sommet de la hiérarchie sociale ? Faut-il avoir le statut de commis –
truffions, porteur de valise pour être promu ? Faut-il se prostituer, être
une fille de joie, un décorum d’esthétique, un passe-temps pour « caprices des Dieux » pour trouver
sa voie dans le gotha sociétal des
« Nouveaux Riches » ? Il
y a là, comme un réel décalage entre ceux qui ont toujours cru aux vertus de la
République à récompenser les meilleurs, à propulser les brillants, à sanctifier
les plus méritants et qui, aujourd’hui célèbrent l’oisiveté et plaident pour le
droit à la paresse !
A
force de poser des questions que personne ne daignera répondre, à part répéter
en boucle que cette nomination permet de consolider la paix et mettre un terme
à la violence, d’aucuns ne sauraient se satisfaire de simples nominations dont
on ne prend guère le soin d’expliquer à l’opinion quelles furent les réelles
motivations de ceux qui avaient pris la décision d’opter pour le déclenchement
de la guerre civile neuf ans plus tôt ? Vogue-t-on dans le charlatanisme ou dans l’obscurantisme le plus dégradant ?
Si, pour arriver à la paix on doit s’attacher les services des membres d’une
caste dont les principaux acteurs se bourraient, il y a si peu, de substances
neuroleptiques, autant dire que le risque est grand, une fois que l’effet de
ces anabolisants aura disparu, de retomber dans les mêmes travers ? On ne
soigne pas la fièvre en cassant le thermomètre !
Le
décret qui propulse l’ex-Pasteur Ntoumi à la tête de
l’institution qui va lui permettre de réparer les « séquelles de guerres », est loin d’emporter l’adhésion de tous.
Même si le Pool qui a toujours observé une singularité
légendaire dans sa façon de penser la République, il y a dans cette nomination,
un message que les ressortissants de cette contrée qui a été détruite par la
faute de ce jeune chef de guerre, peinent à saisir. La République ne vient-elle
pas, au nom de la paix, de faire un casting de mauvais aloi ?
Toutes ces guerres pour
un strapontin ?
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Dans
une interview accordée dans le Journal du
Dimanche du 22 mai 2007, le Chef de l’Etat Congolais, Denis Sassou Nguesso faisait part de
son sentiment au sujet de l’érosion de la qualité de l’enseignement au Congo. A
la question : « Quels sont vos
projets prioritaires pour le Congo ? », il répond : « Développer nos infrastructures, produire
plus d’électricité et avoir une meilleure couverture Télécom pour que ce pays
fonctionne mieux. Et continuer à former les hommes ». Après avoir
dressé le synopsis de ses priorités, il ajoute : « Notre système éducatif est défaillant. Avant
on se contentait de quatre murs, d’un toit et d’un tableau mais on produisait
des gens qui ne savaient rien faire ». Peut-on dire autant pour le
nouveau Ministre Délégué « aux
pansements des plaies de guerre » qui a puisé toute son éducation
civique dans les versets bibliques ? Va-t-il user de toute sa science
acquise grâce à la lecture des saintes écritures pour faire disparaître les traces
indélébiles laissées par le fameux « Mbentengué » sur le dos de
ses victimes récalcitrantes ? Saura-t-il réparer mieux que la chirurgie
esthétique et tous les psychologues réunis, les traumatismes causés aux
populations civiles à cause de son épopée meurtrière ? Va-t-il, enfin, expliquer
à l’opinion internationale les raisons de cette épopée sanglante à tous ces
jeunes Ninjas – Nsiloulou se
croyant invisibles qui, un jour du 18 décembre 1998, sont montés à Brazzaville
prendre le pouvoir ? Accueillis dans les quartiers sud de Brazzaville par
des You-you, des vivats et autres Hourras des populations proches de son ethnie,
certains de ces jeunes ont été fauchés à la fleur de l’âge par une balle
traçante et n’ont plus jamais regagné leur Pool natal. Va-t-il un jour répondre
de cela ?
Dans
le journal de la Semaine Africaine
n°2246 datée du 24 février 2000, Ntoumi pour
justifier sa rébellion contre le pouvoir central, donnait en guise d’esquive la
subtile réponse suivante : « Si
quelqu’un arrive chez vous avec des choses dangereuses, de façon à vous priver
collectivement la vie, est ce les bras croisés que l’on attend la mort ?
[…] C’est le gouvernement qui a imposé la guerre à la population du Pool. Pour résister, nous nous sommes organisés en
auto défense ». Dans le même journal, Joachim Mbanza,
son Rédacteur en Chef, rapportait au sujet de l’avenir politique du Pasteur Jean
Ntoumi, que : « Lui-même, a déclaré qu’il est un pasteur et qu’il ne ferait pas de
politique ».
Que
s’est-il passé depuis dans son maquis de Vindza ?
D’abord, son Conseil National de la Résistance en sigle CNR a gardé les mêmes
initiales et changé seulement de dénomination. Il s’appelle maintenant :
Le Conseil National des Républicains. Le CNR s’est donc transformé en parti politique
et a décidé d’abandonner la lutte armée pour se conformer à la nouvelle législation
sur les partis politiques. Le CNR tourne donc le dos à la lutte armée et peut
signer des accords de partenariat voire, nouer des alliances avec d’autres
partis politiques, à l’image de son rapprochement avec le PCT.
A
propos, Ntoumi ne disait-il pas qu’il abandonnerait
les armes, laisserait la politique aux professionnels de ce métier, une fois que
les poids lourds, qui à l’époque se trouvaient en exil en Europe auraient regagné
le pays ? A l’époque, il faisait allusion à l’ancien Maire de Brazzaville,
Bernard Kolélas qui était exilé à Bamako au Mali. Il
attendait son retour au Congo pour lui rendre son tablier avec le sentiment du
devoir accompli ; lui qui avait été obligé de défendre la région en
l’absence des poids lourds qui avaient laissé le Département sans protection.
A-t-il regagné son monastère comme il le jurait ? Les promesses n’engagent
que ceux qui les écoutent !
Avec
cette nomination, personne ne saura pourquoi Frédéric Bintsamou
était rentré en rébellion en décembre 1998 contre le pouvoir de Sassou Nguesso. Etait-ce pour
« libérer le Peuple du Pool »,
défendre le Pool, prendre le pouvoir ou bénéficier d’un statut à la mesure de ses
faits d’armes ?
S’il
y a une chose qui, malgré tout, dans cette nomination est positive, c’est le
fait que ce sera la première fois depuis le démantèlement de la Défense Civile,
l’on va enfin s’attaquer au ramassage des armes de guerre qui sont disséminées
dans le département Pool pour les brûler à tout jamais. Un bûcher géant qui va
permettre aux populations de ces localités de ne plus vivre sous la hantise de
la barbarie, des règlements de compte sanglant qui empêchaient le Pool de réintégrer
la République voire, de participer au processus démocratique en élisant ses
représentants à l’Assemblée et au Sénat.
A
en croire les promoteurs de ce feu d’artifice géant, cette nomination va également
faire sortir le Pool de la zone à risque dans lequel il s’y est mis depuis des
lustres pour l’arrimer à la modernité où il fera beau vivre, circuler librement
sans courir le risque de croiser sur le chemin tous ces pseudo-chefs
de guerre qui rackettent à chaque « bouchon »
et font passer de vie à trépas au moindre mot de travers les paisibles
populations civiles. C’est le début de la fin de la loi du talion instaurée
dans le Pool par Ntoumi et ses « Pistoleros » aux noms ésotériques
du style Kouboua-koutélama, Mantsétsé,
Capi-just, Japonais ou encore Pistolet le pilleur « attitré » du domicile privé de
André Milongo en 1998. Tous, vont devoir se conformer
aux lois et règlements de la République. Le Chef de l’Etat Congolais en nommant
Ntumi, vient de faire sauter l’écrou qui empêchait le
Pool de se pacifier. Il a réussi là où l’ancien Président Lissouba,
avant lui, avait échoué. Même si nous voyons cette nomination d’un œil
claudiquant, nous disons : Bravo l’artiste !
P.SONI-BENGA.