Le membres du nouveau Gouvernement

Remaniement ministériel 2007
Ntumi le grand perdant ?

   

Au lendemain du quarante-cinquième jour de la disparition du Président du Sénat, Edouard Ambroise Noumazalay, marquée par la célébration, en son honneur, d’une messe de requiem par ses amis de l’Armée du Salut, le 29 décembre dernier, en présence Denis Sassou Nguesso, chef de l’Etat, le remaniement gouvernemental post législatives 2007 maintes fois annoncé et reporté, a finalement eu lieu.

 

C’est par décret n°2007-615 du dimanche 30 décembre 2007 que Denis Sassou Nguesso a procédé au remaniement de son gouvernement, à la surprise quasi générale, tellement le secret avait été bien gardé. Après moult tergiversations sur ce remaniement, le Président de la République avait fini par prendre la mesure de l’impatience de l’opinion publique nationale. De retour du sommet Europe-Afrique de Lisbonne au Portugal, tenu du 8 au 9 décembre derniers, Sassou déclarait ainsi à son retour à Brazzaville le vendredi 14 décembre 2007, au salon présidentiel de l’aéroport Maya-Maya : « C’est la première fois que la formation d’un gouvernement suscite autant de passions, peut-être parce que nous sortons d’une élection, mais je crois que je suis largement précis et au regard de ma déclaration à Paris sur cette question, la composition d’un nouveau gouvernement permettrait d’apporter la plus grande efficacité dans certains compartiments, c’est sûr ».

S’agissant de la déclaration de Paris en question, Sassou faisait allusion à l’interview accordée à François Soudan de Jeune Afrique, après son passage au Forum Mondial du Développement Durable, organisé les 6 et 7 décembre au Sénat français. En substance, sur la question du remaniement, il déclarait : « J’attends les résultats des partielles, tout simplement. Mais le principe est acquis. A preuve : le ministre de l’Administration du territoire, appelé à d’autres fonctions, n’a pas été remplacé (…) Soyez patient, ça viendra » (J.A. n°2448 du 9 au 15/12/2007).

Pratiquement deux semaines après son retour à Brazzaville, Sassou est donc passé de la promesse aux actes, les résultats des partielles attendues ayant été proclamées entre-temps.  Que faut-il penser de ce remaniement qui a mis à ruse épreuve les nerfs des Congolais et qui au finish a pris les allures de « réorganisation » du gouvernement, à l’exception de quelques nouvelles entrées ? On note en tout cas qu’à la veille de élection présidentielle, le président de la République n’a pas voulu prendre le risque d’ouvrir un front interne, se contentant de quelques petites touches ici et là, tout en élargissant l’exécutif à ses alliés du MCDDI, à qui il a donné deux postes ministériels, pour dirait-on, « une mise en bouche » des bienfaits des accords passés au plus niveau des états-majors de deux partis, le PCT et le MCDDI.

 

« Molinga akomi civil ! »

 

Malgré de réticences ouvertes face à ce remaniement découlant logiquement de la nouvelle configuration de la carte politique après les élections législatives, Sassou a donc fini par se plier à l’impatience de l’opinion publique. On se rappelle combien il rechignait à livrer ses ministres à la férocité de cette opinion, dont il stigmatisait la délectation à railler des ministres éjectés du gouvernement sous la formule bien connue : « Molinga akomi civil ! ».


Thierry MOUNGALLA

L’aurait-il fait plus tôt ou plus tard, il n’en demeure pas moins que ce remaniement a bien produit ce qu’il semblait redouter le plus :

de nouveaux « Molinga civils » à l’instar Ernest Ambandzounou, Marcel Mbani, Gabriel Entcha Ebia, Philippe Mvouo et Nombo Mavoungou, anciens ministres qui ne savent pas encore à quelle sauce ils seront mangés demain. Il faut néanmoins signaler le cas particulier de François Ibovi, ancien ministre de l’Administration du territoire chargé de la décentralisation, qui a déjà confortablement été casé comme 2ème Vice-président du bureau de l’Assemblée nationale.   

Rechercher une plus grande efficacité dans certains compartiments du gouvernement par un léger réaménagement technique en bousculant moins de 10% de ses effectifs, là où tout le monde attendait un « Big-bang ministériel » ou un « Tsunami gouvernemental », n’est ce pas là, une façon de faire languir les gens pour rien ? Sassou a-t-il atteint cet objectif ? Pour y répondre, passons les troupes en revue.


Gaston GAPO

Sept nouvelles entrées au gouvernement pour six départs, soit une augmentation de la taille du gouvernement qui s’enrichit d’un nouveau ministre. De 37 membres, il passe à 38. Pléthorique ? Soulignons d’abord le fait que sur les sept nouveaux ministres, tous sont plutôt des jeunes qui appartiennent pour la plupart à la majorité présidentielle. Du côté du MCDDI, le parti de Bernard Kolélas rallié au PCT, il y a Guy Brice Parfait Kolélas, le fils aîné du patriarche du Pool. Mais aussi Hellot Matson Mampouya, fidèle bras droit de Kolélas. A l’époque où son mentor était en exil et assumait les fonctions de Premier Ministre Constitutionnel, il était son Porte-parole. Sa fidélité a été récompensée !

Dans les rangs du PCT, il y a Rigobert Mamboundou, économiste et universitaire au parcours sans fautes jusqu’aux dernières élections législatives, à l’issue desquelles il a été battu sous le label de candidat indépendant. Raymond Mboulou, ancien directeur de cabinet de Firmin Ayessa, qui remplace François Ibovi à l’Administration du Territoire, était jusqu’il y a peu Secrétaire Général de la Présidence de la République. A l’architecte Gaston Gapo, il lui a été réservé le ministère délégué à l’Aménagement du territoire et Thierry Moungalla, député de Mfilou et ancien Conseiller Spécial du Chef de l’Etat en charge des questions de jeunesse, il a hérité du portefeuille des Postes et Télécommunication. (Voir son portrait)

 

Ne jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !

 

« Cette fois-ci, il ne va pas rester. Il va quitter le gouvernement, c’est sûr ! Le Chef ne veut même plus le recevoir ni entendre parler de lui. D’ailleurs, lors de son dernier voyage, lui qui ne rate jamais une occasion, il ne faisait même pas partie de la délégation présidentielle », pouvait-on entendre au sujet de certains membres du gouvernement que la rue donnait partant.

Certains ont cru pouvoir appliquer la jurisprudence électorale de Sarkozy aux ministres qui une fois battus, doivent automatiquement quitter le gouvernement. Dans le collimateur des détracteurs, Alain Akouala Atipault et Charles Zacharie Bowao, battus respectivement à Gamboma (Plateaux) et Impfondo (Likouala). Si le ministre de la Coopération en charge de l’Action Humanitaire n’a pas trop souffert de cette campagne de déstabilisation, son homologue de la Communication , porte parole du gouvernement, a été l’objet d’une véritable curée de la part de ceux qui pensaient qu’il était tombé parce qu’il avait trébuché après un faux-pas dans sa circonscription électorale, le Chef de l’Etat en a décidé autrement. Pourtant, à cause de l’échec et de l’humiliation qu’ils ont subi lors des dernières élections législatives, personne ne vendait cher leur peau dans le gouvernement ! Comme quoi, il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué !


Hellot MAMPOUYA

Les jeunes qui viennent d’arriver au gouvernement vont certainement bénéficier de l’expérience des affaires publiques accumulée par ceux de leurs collègues qui s’y trouvent déjà et ont été maintenus pour leur compétence. C’est en tout cas la seule explication à donner à la confiance que le chef de l’Etat a renouvelé à certains ministres, en les gardant au même poste. Aux côtés de ces jeunes turcs au charisme indéniable, il faut souligner la réalité émergente d’une race à part des ministres, les « baobabs » indéboulonnables qui ont semé dans la fidélité et la confiance du chef de l’Etat. Ce sont des « ministres Sese Seko » selon les mauvaises langues, c’est-à-dire ceux qui le seront ad vitam ad aeternam, du moins tant que leur « Sassou » restera au pouvoir ! En quelque sorte, des « ministres – fonctionnaires » dont on peut à la limite permuter des portefeuilles ou en tailler sur mesure !

Au total, avec le recul, on peut sans conteste affirmer que par ce remaniement, Sassou vient d’amplifier davantage le mouvement de réconciliation nationale entamée dès la fin de la guerre de 1997, de consolider la paix, l’unité nationale et de raffermir le socle de la stabilité de l’Etat et des institutions républicaines, les conditions idéales d’une bonne campagne en 2009.

 

Ntumi, le grand perdant de la nouvelle donne

 

Englué dans des atermoiements sans fin quant à son retour à Brazzaville pour la prise des fonctions taillées sur mesure de Délégué chargé la promotion des valeurs de la paix et de la réparation des séquelles de guerre, le pasteur Ntumi a gâché toutes les chances des cadres du Pool évoluant dans son sillage d’assumer de hautes fonctions au sein de l’Etat.

Par son entêtement à vouloir faire du département du Pool un « no man’s land » impénétrable pour la puissance publique, il reste un grand perdant face à un Bernard Kolelas qui a su tirer son épingle dans ce jeu de domino. Après avoir joué au pyromane, Bernard


Parfait KOLELAS

Kolelas s’est résolument mis au service de la paix dans le Pool et au Congo, positionnant ainsi son clan sur une orbite favorable de prise de pouvoir, pendant que Ntumi s’enfonce chaque jour un peu plus et encore davantage dans une voie sans issue. La consolidation de la paix sur l’ensemble du territoire voudrait d’ailleurs qu’on procédât sans plus tarder au règlement définitif de la question du Pool.

Cette dernière ne peut plus être laissée complaisamment entre les mains des seuls ressortissants de ce département de la République à cause des luttes d’influence, de positionnement et de leadership qui parasitent et brouillent toutes les avancées de paix obtenues depuis la fin des hostilités en octobre 1997.

Sassou, qui s’est fait tant désirer avant de remanier son gouvernement, sait ce qu’il lui reste à faire pour transformer l’essai des attentes sociales. A-t-il eu raison de le procéder de la sorte, juste à la veille du nouvel an, en privant certains de ses ministres de la dinde du réveillon ? L’histoire seule nous le dira !

                                                                                                                 

P.SONI-BENGA

& Prosper MOKABI DAWA