Quand l'hommage sonne faux !

Hypocrisie, quand tu nous tiens

 

Depuis la triste disparition de l’ancien Premier Ministre de Transition André Milongo, de nombreuses marques d’affection lui ont été exprimées par des personnalités aussi diverses que variées. Toutes, lui ont témoigné leur sympathie. Des télégrammes se sont télescopés sur les téléscripteurs pour exprimer à la famille de l’illustre disparu toute l’estime et l’amour que l’ensemble de la communauté nationale lui portait.

S’il n’appartient pas seulement à la famille biologique de l’ancien Président de l’Assemblée Nationale sous la présidence du Président Lissouba de lui témoigner son affection, c’est à toute la communauté nationale dont il était le serviteur, de s’incliner sur sa dépouille pour lui rendre l’hommage dû à son rang. La marque de sympathie à l’endroit de la famille de l’ancien Premier Ministre, montre à quel point l’homme était apprécié de son vivant par ses compatriotes. André Milongo restera le seul homme politique d’envergure à ne pas avoir eu recours aux milices privées, même si les premières barricades de l’ère de la démocratisation ont commencé dans les quartiers sud de Brazzaville pour le protéger !

Du Chef de l’Etat Congolais aux plus hautes autorités des pays voisins en passant par la masse d’anonymes qui ont pris d’assaut la demeure du défunt, tous ont unanimement exprimé leur douleur à la disparition de l’ancien Premier Ministre André Milongo. Que dire de tous les Internautes qui ont exprimé leur compassion sur le livre d’or mis en ligne sur le site de son parti, www.mwinda.org . La douleur et la compassion sont à leur comble !

Malgré son âge, sa disparition à 72ans a bouleversé tous ses compatriotes au premier desquels ses militants. Ces derniers qui s’attendaient à ce qu’il puisse jouer un rôle de premier plan au Congo, ne lui ont même pas renouvelé leur confiance dans sa propre circonscription de Boko 1 où il n’est arrivé qu’en quatrième position lors des dernières législatives du 24 juin 2007. Ce sont les mêmes personnes qui, sans exception, adressent à sa famille leurs condoléances les plus émues. Dans cette litanie d’éloges qui font l’unanimité, force est malgré tout de reconnaître qu’il n’y a pas si longtemps, André Milongo était durement traité par les mêmes qui s’aplatissent aujourd’hui, sur son linceul pour lui trouver que des qualités !

 

Tout le monde, il est beau. Tout le monde, il est gentil ?

 

Si, à sa mort, André Milongo est devenu le patriarche bien aimé, adulé par toute la classe politique qui ne lui trouve que vertu, efficacité et probité morale, de son vivant il n’a jamais été épargné par la critique, la calomnie et autres attaques en dessous de la ceinture. Ceux qui chantent aujourd’hui ses louanges sont les mêmes qui l’ont malmené tout au long de sa courte carrière politique (1991-2007). Les plus virulents sont à rechercher dans cette lutte pour le leadership du Pool dont les partisans du MCDDI et de l’UDR-Mwinda ne se sont pas fait de cadeaux.

On n’aurait pas eu torts de penser que les attaques dont il fut victime proviendraient du PCT, largement diabolisé, il n’en fut rien. Bien au contraire. Toutes ces agressions provenaient de sa propre aire culturelle et géographique. Il fut traité avec une telle virulence, que l’on eu peine à croire que le combat pour la démocratisation pouvait déraper au point de se hisser sur le plan mystico-messianique. En France, ses adversaires les plus virulents venaient des milieux politiques du MCDDI. Au niveau associatif, ses adversaires se recrutaient au sein du Collectif des Intellectuels Originaires du Pool (CICOP) qui avait pour maîtres à penser MakoutaMboukou et Mayima-Mbemba.

On serait bien inspiré de voir à quoi ressemblerait la couleur de leurs larmes aujourd’hui. Certains de ceux qui versent des larmes de douleur sur sa dépouille, ont-ils oublié qu’il n’y a pas si longtemps, ils vilipendaient André Milongo des mots les plus cruels. Nous avons réussi à retrouver quelques passages de leur satire. Moteur !

 

Des hommes sans honneur !

 

Dans l’ouvrage consacré aux événements douloureux du 18 décembre 1998, Jean-Pierre Makouta-Mboukou ne lésine pas sur la rhétorique lorsqu’il s’agit de tailler un portrait sur mesure à tous les adversaires politiques de Bernard Kolélas, son mentor. S’il réserve quelques jolis psaumes au Président Fondateur du MCDDI, il ne mâche pas ses mots quand il s’agit de désigner les adversaires de ce dernier qu’il cloue au pilori. Il écrit dans le sous paragraphe intitulé « Des hommes sans honneur », ce qui suit : « Le Congo est rempli, de plats, de creux, de pleins, de vides et de ronds ». Il poursuit : « Lorsque les hostilités ont commencé d’abord dans le nord du pays, puis à Brazzaville, il y a eu trois hommes politiques qui ont vraiment compté, et dont les décisions ont beaucoup changé l’histoire du Congo. Il s’agit de Yhombi-Opango, de Charles David Ganao, et André Milongo. » Si, d’après Makouta-Mboukou, Jacques Joachim Yhombi-Opango est « un ours mal léché, sanguinaire […] », Charles David Ganao par contre, est « un être veule, sans volonté faible devant sa grande passion qui est le pouvoir : être coûte que coûte, un jour premier Ministre. […] Ganao est un thuriféraire des plus éloquents, un laudateur éhonté, qui doit aussi sa nomination à sa théorie de la Tékénité ». Voilà pour les deux premiers choix « d’hommes sans honneur ».

Après les portraits peu reluisants des deux anciens Premiers Ministres du Président Lissouba –il en a usé cinq en cinq de législature- dressés par Makouta-Mbouka, la description peu flatteuse qu’il fait de l’ancien Président de l’Assemblée, André Milongo, est à l’image de l’hypocrisie qui caractérise toute la classe politique congolaise. Aujourd’hui, c’est cette même classe politique qui ne trouve pas assez de mots assez forts pour louer les vertus d’André Milongo.

André Milongo ? Makouta-Mboukou s’interroge. Sa réponse est dans le portrait qu’il dresse de l’illustre disparu. Pour lui, André Milongo : «  n’a embrassé la politique que par hasard, à la faveur de la Conférence Nationale, en 1991. Son histoire se résume en quelques points. Il est l’un des deux premiers administrateurs revenus de formation en France, avec une licence de droit et un certificat de fin de stage de Finances à l’ENA (Ecole Nationale d’Administration). L’un d’eux reçoit la lourde tâche de diriger les Finances du Congo, Milongo est nommé trésorier général. Les jours s’écoulent, un poste d’administrateur, auquel le Congo peut postuler, est libéré à la BAD (Banque Africaine de Développement). Milongo le sollicite et le gouvernement marxiste de Sassou I soutien sa candidature. Il y agrée. C’est à Abidjan. Au bout de son mandat, un autre poste à la Banque Mondiale. Le Congo peut s’y présenter. Sassou I appuie la candidature de Milongo, qui entre ainsi à la Banque Mondiale. Mais, à la fin de son séjour à la Banque Mondiale, séjour non renouvelable coïncidant avec sa retraite et la venue de la Conférence Nationale Souveraine, Milongo décide d’y venir bien qu’il ne soit pas invité. Mais les organisateurs l’y admettent. Et tout se déchaîne. Milongo, l’inconnu, l’ancien trésorier de la JMNR (jeunesse du Mouvement National de la Révolution), jeunesse Communiste, Milongo qui, depuis la prise de pouvoir par les hommes du Nord par coups d’Etat (celui de 1997 est le quatrième) a cultivé l’apolitisme, s’engage en politique, porté à bras le corps par Bernard Kolélas. Il est en effet le candidat de Bernard Kolélas à la primature, chargé de conduire la transition décidée par la Conférence. Celle-ci en avait défini le profil : Il fallait être un économiste, un financier, un ancien énarque et avoir été fonctionnaire à la Banque Mondiale comme Nicéphore Soglo, au Bénin. Milongo remplit ces conditions. Sans adhérer au parti de Kolélas, celui-ci néanmoins, le présente et le soutien de tout son poids. Et il est élu contre Pascal Lissouba, pourtant assis sur sa chaire de Professeur d’Université, avec sa glorieuse étoffe de docteur d’Etat ès Sciences.

Mais lorsqu’il s’agit de prouver qu’il peut compter sur sa valeur personnelle, Milongo échoue partout. Il échoue aux présidentielles, n’étant que quatrième. Il ne sera donc pas président de la République, comme Nicéphore Soglo. Il échouera aux législatives anticipées de 1993. Il n’obtient que deux députés, dont lui-même, alors qu’il avait promis à Pascal Lissouba de prendre sur Bernard Kolélas quatorze députés pour les lui apporter pour mériter la Présidence de l’Assemblée Nationale qui lui avait été gratuitement octroyée.

Accordée la présidence d’une Assemblée Nationale à un chef de parti qui n’a que deux députés, il fallait que Pascal Lissouba ait vraiment décidé de violer la Constitution.

En résumé, André Milongo est toujours servi par la chance. Il obtient sans coup férir. Ce qui justifie parfaitement le surnom de « Bassadila » qui lui a été donné par les militants des partis adverses. « Bassadila » signifie : « on a travaillé pour lui » c’est pourquoi, Milongo se moque de toute fidélité, étant toujours fidèle au plus offrant. Tantôt c’est Lissouba, l’amant adoré, parce qu’il lui offre la présidence de l’Assemblée nationale, tantôt c’est Sassou Nguesso, parce qu’il a la primature à offrir à la réussite du coup d’Etat contre une déstabilisation en règle de l’électorat de Bernard Kolélas, au cas où, lui, Sassou Nguesso, malgré son coup d’Etat, serait obligé d’aller, un jour, jusqu’aux élections. En conclusion, on peut dire : Milongo, c’est ça ! Aucune place d’honneur dans l’histoire du Congo pour celui qui n’a jamais fait honneur à la patrie, et avec tous ceux précédemment cités, et tous les autres dont le Congo regorge [p.p. (64-65)] ». (1).

Les Congolais ont-ils rêvé en rendant un vibrant hommage à André Milongo ? Là où les paroles s’envolent, les écrits restent ! La force même des grands hommes, c’est celui de ne pas faire l’unanimité. Que tout ceux qui ont aimé ou détesté André Milongo aient, dans un élan d’amour patriotique, trouvé l’occasion de faire corpus avec la famille du disparu pour lui exprimer sa profonde douleur, montre qu’ils savent mettre la raison au dessus de la passion même si la raison n’enlève en rien l’hypocrisie qui baigne dans le marigot ethno politique congolais. Les quelques lignes ci-dessus l’ont montré. Aujourd’hui, avec la disparition de l’ancien Premier Ministre : « être aimé après sa mort ou ne pas avoir été aimé de son vivant, n’est plus la question », aurait dit Shakespeare ! Ce qui compte pour les Congolais, c’est l’ensemble de l’œuvre qu’il aura légué à la postérité. To be or not to be, that is[ not] the question !

 

Paix profonde!

 

 

P.SONI-BENGA.

 

(1) Jean-Pierre Makouta-Mboukou: “La destruction de Brazzaville ou la démocratie guillotinée” Paris, l’Harmattan 1999. 181p.