Le crépuscule d’un maître espion en « Jupe-culotte »


Sarah Wykes de Global Witness bientôt jugée à Luanda ?

Dimanche 18 février dernier dans la matinée, des policiers angolais «cueillent» Sarah Wykes de Global Witness dans l’hôtel où elle était descendue au Cabinda. Elle est dépouillée de son appareil photo, de sa clé USB et de son passeport, puis amenée dans un commissariat de police. Elle passe trois jours au cachot, avant d’être relâchée moyennant paiement d’une forte caution de 180.000 kwanzas, environ 2.000 dollars. Une semaine après, elle est transférée à Luanda et assignée à résidence, avec obligation de se présenter tous les deux jours au commissariat  de police. Interdite de sortie du territoire angolais, Sarah Wykes attend son jugement pour espionnage !

L’espionnage, on le sait, stigmatise la commission d’actes subversifs et attentatoires à la sécurité d’un Etat. Par essence, il vise la soustraction malicieuse des renseignements de nature à constituer une agression ou une menace contre la stabilité des institutions légalement établies. A en croire le Secours catholique, co-initiateur avec Global Witness de la Campagne Publiez Ce Que Vous  Payez, Sarah Wykes ne faisait rien de grave au moment de son arrestation au Cabinda. Elle y rencontrait «innocemment» des représentants de la société civile locale et discutait avec eux des progrès accomplis dans la « transparence» du secteur pétrolier angolais.

Un silence médiatique assourdissant

Les autorités angolaises auraient-elles abusé de leur pouvoir en arrêtant une célèbre activiste internationale des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption ? Si tel était le cas, on ne peut que s’étonner du silence qui a entouré cette arrestation pendant près de trois semaines. Au moment de son arrestation, il y a eu à peine un petit communiqué du Secours catholique et un entrefilet dans la presse, en faveur de sa libération. Ensuite, silence radio. Jusqu’à cette chronique de Dalila Berritane sur RFI lundi 12 mars dernier, en rapport avec le processus EITI au Congo.

Au niveau associatif, un long silence a été également observé. Ce n’est que le vendredi 9 mars dernier que l’Observatoire pour la protection des militants des droits de l’homme a lancé une alerte sur son réseau, afin de demander aux organisations affiliées d’écrire et de faire pression sur les autorités angolaises, en particulier sur le ministre de la justice, pour qu’elle soit autorisée à quitter le territoire angolais. L’Observatoire pour la protection des militants des droits de l’homme est une organisation basée à Genève en Suisse, dont les membres sont les deux grandes centrales mondiales de défense des droits de l’homme que sont la FIDH et l’OMCT.

On sent aujourd’hui une tentative de réaction ordonnée sur le dossier Sarah Wykes. On sent également une sorte d’embarras de la part de Global Witness et de la direction internationale de la campagne Publiez ce que vous payez à la défendre ouvertement dans une affaire très grave : l’espionnage ! L’employeur de Sarah Wykes se désintéresserait-il de son sort ou bien aurait-il décidé de se soumettre à l’autorité de la justice angolaise pour faire toute la lumière sur cette affaire ?      

Les autorités angolaises n’ont pourtant pas hésité à traiter durement Sarah Wykes, privée de sa liberté de mouvement sur la base d’une simple accusation d’espionnage. Au Congo, pour moins que cela, un matraquage médiatique sans précédent a été organisé sur certaines radios périphériques bien connues. Une intense campagne de lobbying avait été organisée en direction des chancelleries et des institutions financières internationales pour les soustraire de l’autorité de la justice, mettant sur la balance l’arme redoutable de la réduction de la dette à travers l’initiative PPTE pilotée par le FMI et la Banque Mondiale.

L’indépendance de la justice congolaise avait été raillée, voire tournée en dérision. Maître William Bourdon, avocat français commis par Global Witness et le Secours catholique français à la défense de Christian Mounzéo et Brice Mackosso, s’était plus d’une fois autorisé d’insulter les plus hautes autorités congolaises, allant jusqu’à qualifier le chef de l’Etat congolais de « Prédateur ». Cet homme, qui a pu malgré cela plaider en toute liberté pour ses clients devant la première chambre du tribunal correctionnel de Pointe Noire présidé par madame Blanche de Tchissambou, est aujourd’hui atone. Celui qui avait exigé des excuses au gouvernement congolais et demandé la décoration de Mounzéo et Mackosso pour actes de courage et de patriotisme étonne par son silence, tant on le sait proche de Sarah Wykes de Global Witness et Michel Roy de Secours catholique.

Global Witness, un « Bousier » des fonds vautours ?

De l’avis des observateurs informés, la discrétion observée sur le cas Sarah Wykes tendrait à accréditer la thèse des preuves solides détenues par les autorités angolaises contre l’activiste britannique et son employeur, Global Witness. Cette Ong, dont le siège se trouve à Londres, aurait-elle pour rôle peu enviable de servir de « Bousier » des fonds vautours, c’est-à-dire d’exécutant des basses besognes de la haute finance internationale ?

Après tous ces déboires subis au Congo et en Angola, que faut-il aujourd’hui comprendre de son discours moralisateur pour la «transparence» ? Ses méthodes arrogantes, agressives et humiliantes, qui consistent à noircir au maximum l’image  d’un certain nombre d’Etats, sans raison apparente, seraient-elles le paravent de cette forme de soutien au pillage de l’Afrique par les fonds vautours ? Sarah Wykes a eu à affirmer, à propos du Congo par exemple, qu’il constituait « un cas d’école » pour la campagne Publiez Ce Que Vous Payez. Allez y comprendre !

Il n’est donc pas sans intérêt de se souvenir que cela fait bientôt huit ans que Global Witness s’acharne contre le Congo. En 1999, deux ans seulement après le retour de Denis Sassou Nguesso aux affaires, cette Ong publie un premier rapport, qui met en lumière le rôle trouble joué par la société Elf Congo dans le financement de la guerre civile de 1997, afin d’y maintenir son influence.

En 2002, Global Witness soutient le plaidoyer en faveur de la gestion transparente des revenus pétroliers mené en France par Mgr Louis Portella Mbuyu, au nom de l’Episcopat congolais. Une année après, en 2003, par l’intermédiaire de  Sarah Wykes, Global Witness s’organise à mettre en place la première coalition africaine de la campagne. Comme par hasard, c’est le Congo – Brazzaville qui obtient ses faveurs !

En 2005, Global Witness publie « L’énigme du Sphynx », un rapport censé mettre en lumière l’opacité dans la gestion des revenus pétroliers de l’Etat par le Pdg de la Snpc, Denis Gokana, par le biais d’une série de sociétés écran basées dans les paradis fiscaux, dont une dénommée Sphynx Bermuda. D’où le titre du rapport : l’énigme du Sphynx.

Ce rapport sera largement exploité pour retarder l’accès du Congo au point de décision de l’initiative PPTE, qui glisse de décembre 2005 à mars 2006. En 2006, Global Witness s’en prend aux autorités congolaises dans l’affaire de la plainte de William Bouaka contre Christian Mounzéo et Brice Mackosso. Via Sarah Wykes, cette Ong mobilise d’énormes moyens de pression, non pas pour obtenir un procès équitable, mais pour un abandon pur et simple de la procédure. Curieuse démarche de la part des défenseurs des droits de l’homme !

En digne fille de la perfide Albion, Sarah Wykes expliquera plus tard, dans une déclaration « exclusive » à MwindaPress, le cynisme très « British » de cette démarche : « Cette plainte de William Bouaka est à l’origine du sabotage de notre campagne contre la corruption au Congo. A force de participer à des conférences internationales, Brice et Christian ont acquis une connaissance très large de la question du pétrole. Et ont adopté des méthodes de travail similaires à celles de la coalition toute entière. Il faut du temps pour arriver à ce type de résultats (…)», confiera t-elle.

Obnubilé par la recherche aveugle d’un certain type de résultats que seuls Christian et Brice étaient censés fournir grâce à leurs « méthodes communes » de travail, Global Witness a considéré comme acte de sabotage et de violation des libertés et des droits, toute action susceptible d’étouffer son objectif de résultats. Vis-à-vis de ses partenaires financiers que sont les fonds vautours ? Pour les initiés, c’est devenu un secret de polichinelle que la fameuse campagne pour la transparence de Global Witness est financée des noms connus de la haute finance internationale comme le milliardaire américain George Soros. Entre autres qualités, ce dernier serait le principal artisan de la révolution « Orange » en Ukraine.

La logique développée par Sarah Wykes et Global Witness dans l’affaire William Bouaka contre Christian Mounzéo et Brice Mackosso présente de grandes similitudes avec celle des fondamentalistes musulmans d’Al Qaïda. Elle éclaire d’un jour particulier la « Fatwa » lancée par Sarah Wykes contre William Bouaka. Au lieu d’examiner la véracité ou le caractère mensonger des accusations portées par ce dernier, elle s’est empressée de le diaboliser parce que sa plainte serait à l’origine du sabotage de la campagne contre la corruption au Congo. Quelle campagne William Bouaka a-t-il saboté ? Celle de la « transparence » officiellement prônée par Global Witness celle de l’omerta ? Le message livré par la « vertueuse » Sarah Wykes dans cette affaire est on ne peut plus clair : « Peu importe la moralité des acteurs ; seul compte pour nous le résultat ! »

Le crépuscule de la Mata Hari de la « transparence »

Après Christian Mounzéo et Brice Mackosso, poursuivis et condamnés pour faux et usage de faux et abus de confiance dans une affaire de malversations financières du compte de la RPDH, voici venu le tour de Sarah Wykes de goûter aux délices de la prison et des poursuites judiciaires. En son temps, précédant les événements, le volatile lui avait déjà attribué le titre de « Mama capo di Capi », pour stigmatiser son rôle controversé à la tête d’une campagne qui avait tout l’air d’une organisation mafieuse,  dépourvue de toute moralité.

Son arrestation n’est pas le fait du hasard. Elle est intervenue à un moment où sa campagne, affaiblie par la condamnation de Christian Mounzéo et Brice Mackosso, a perdu toute crédibilité au Congo. Réduite en peau de chagrin, aucun de ses membres ne veut plus s’engager en son nom. A l’exception notable d’un certain Samuel Nsikabaka (Fondation Niosi), désigné membre du comité consultatif EITI par une lettre adressée en catimini en 2005 au Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget par Christian Mounzéo, lettre demeurée à ce jour inconnue de la présidence de la coalition assurée par Loamba Moke de l’Adhuc. « La coalition est morte de sa belle mort », a-t-on entendu dire dans les couloirs de certaines associations des droits de l’homme à Brazzaville.

Dans la foulée, une vaste offensive contre les fonds vautours a été lancée aux Etats-Unis. Ces pirates et ces flibustiers de la haute finance internationale entretiennent avec Global Witness et la campagne Publiez Ce Que Vous Payez des relations « inavouables », voire « incestueuses ». A la question de savoir si Global Witness était financée par les fonds vautours, la réponse du siège à Londres aurait toujours été : « No comment ! ». Y a-t-il meilleur aveu de culpabilité ?

L’arrestation de Sarah Wykes conduit inéluctablement à la démystification des ressorts profonds de cette campagne pour la transparence des revenus pétroliers, qui s’applique en priorité aux régimes qui refusent de se plier au racket des fonds vautours. Après s’être vainement battue à coups de mensonge et de manipulation pour sauver de la compromission ses protégés Christian et Brice, elle est tombée d’elle-même dans les mailles de la justice. S’agit-il là de la déchéance de ces pseudo partisans de la lutte anti- corruption ? A défaut d’y répondre par l’affirmative, on peut au moins avancer que cette arrestation a tout l’air d’un crépuscule d’un espion en talon aiguille !

Mokabi Dawa

Le Coq