Intifada à l’UPADS ?

Du parti des « Trois palmiers » à l’hydre à trois têtes, la guerre de tranchées a commencé à l’UPADS

 

Depuis le départ du pouvoir du Président Pascal Lissouba en octobre 1997, son parti l’UPADS est devenu une hydre à trois têtes où l’horreur dispute la raison. Entre Tsaty-Mabiala, Christophe Moukouéké et Paulin Makita, le courant ne passe plus. Tous les trois revendiquent  le leadership du parti. Tous, déclinent leur légitimité à porter les couleurs du parti fondé par le Président Lissouba. Premier Secrétaire, sinon rien ! De Christophe Moukouéké qui se présente comme le « Secrétaire Général historique et statutaire », Pascal Tsaty-Mabiala lui oppose son statut de « Secrétaire Général légitime » issus du Congrès de décembre 2006, ce qui n’est pas du goût de Paulin Makita qui oppose aux deux autres son statut de « Secrétaire Général par Intérim » qu’il tient du Président Lissouba lui-même. Faute de trouver un compromis minimal entre eux, ils ont tout simplement décidé de faire bande à part. Aujourd’hui, le parti des « Trois palmiers » est écartelé entre trois Secrétaires Généraux qui se disputent le leadership du parti. Mais qui est qui ?

 


Pascal LISSOUBA

L’UPADS, un parti au bord de la crise des nerfs ?

 

Qui au fait, préside aux destinées de l’UPADS ? Trois sons de cloches différents sont émis. Le premier, Tsaty-Mabiala se présente comme le seul et unique chef du parti. « Je suis Pascal Tsaty-Mabiala, le Secrétaire Général de l’UPADS. Ma légitimité je la tire du dernier Congrès du parti, tenu le 26 décembre à Brazzaville. A l’issue de ce Congrès, j’ai été unanimement élu Secrétaire général. Monsieur Christophe Moukouéké dit qu’il est Secrétaire général statutaire. C’est même ubuesque ». Ce à quoi Christophe Moukouéké lui rétorque qu’il fait preuve d’une méconnaissance des textes du parti. Que dit-il ? « Moi, Christophe Moukouéké, si j’avais à revendiquer une légitimité, en dehors du Congrès de décembre 1995, je parlerais de la légitimité historique. Je suis effectivement le vrai Secrétaire général de l’UPADS car élu à l’occasion du dernier Congrès tenu en décembre 1995, la seule date qui lie l’ensemble du parti ; ce Congrès, n’a jamais fait l’objet de la moindre contestation. Celui de 2006 est un pseudo-Congrès ». Avec cette mise au point qui semble renvoyer Pascal Tsaty-Mabiala dans les cordes, un troisième larron en la personne de Paulin Makita réclame lui aussi la paternité de ce poste dont il affirme tirer sa légitimité de la personne du Président-Fondateur, Pascal Lissouba. Pour convaincre tout son beau monde, il exhibe l’acte n°11/01-CN/CD-P. Il s’agit de l’acte « portant suspension de Secrétaire Général du Parti, Christophe Moukouéké » ; un acte signé à Londres le 27 mars 2001, parait-il, par le Président Pascal Lissouba mais que lui conteste ses adversaires au motif que les statuts de l’UPADS dans ses articles 52-5 & 88, n’autorisent pas le Président d’exclure un responsable du parti ; seule instance habileté à le faire, le Congrès (Art.86).

Dans ce document qui démet l’ancien Secrétaire Général Christophe Moukouéké de ses fonctions, le Président Lissouba désigne Paulin Makita comme son successeur : « Le Camarade Paulin


Paulin MAKITA

Makita, membre du Comité directeur, Commissaire délégué en Europe occidentale, est nommé Secrétaire Général par intérim du parti ». L’article 2 dudit acte apporte des précisions. On y lit : « En liaison étroite avec le Président du parti, il assumera toutes les charges et exercera l’ensemble des prérogatives liées à la fonction de Secrétaire Général de l’UPADS ». Comme on le voit, en dehors de ce texte, aucun autre qui a été signé n’est venu annuler la désignation de Paulin Makita dans ses fonctions de Secrétaire Général par intérim. Christophe Moukouéké, paye le prix du zèle qui l’avait conduit à critiquer les piètres résultats de la gestion des cinq années de pouvoir de la toute puissance UPADS du Président Lissouba dans un livre fort instructif : « Trente ans de révolution pour rien ! »

 

La guerre des pierres pour prendre le contrôle du parti

 

Comme on le voit, avec les trois personnalités qui se disputent la tête du parti fondé par le Président Lissouba, l’UPADS est devenue, moins une hydre à trois têtes mais un casse-tête Chinois. Une situation « ubuesque » qui relance la guerre de pierres entre Makita, Moukouéké et Tsaty-Mabiala. C’est « l’Intifada ». Entre ces trois personnalités, qui peut se targuer d’être le Secrétaire Général légitime de l’UPADS ? Moi, hurle Pascal Tsaty-Mabiala. Moi aussi, rétorque le Secrétaire Général statutaire, historique et co-fondateur de l’UPADS, Christophe Moukouéké. Paulin Makita en embuscade et pour couper court, fait sortir un acte signé des mains du Président Lissouba qui exclu définitivement tout ce beau monde du parti. Il reste donc, le seul maître à bord sans avis contraire du Président Lissouba. Partant de là, exhibe et met en ligne l’Acte n°008/05-CN/CD-P. Si l’on ne conteste pas l’authenticité de cet acte et si l’on en croit par la signature qui figure au bas de ce document, on apprend que le 21 septembre 2005, le Président Lissouba a définitivement exclu du parti les sieurs Christophe Moukouéké, Victor Tamba-Tamba, Pascal Tsaty-Mabiala et Shery Mubuma. La note est ainsi libellée : « Constatant le flagrant délit et pour rendre exécutoire les décisions issues des délibérations des sessions décentralisées du conseil national élargi aux cadres et autres dirigeants du parti, décide : Article 1. Les nommés : Christophe Moukouéké, Victor Tamba-Tamba, Pascal Tsaty-Mabiala, Shery Mubuma […] sont définitivement exclus de l’UPADS ». Qui dit vrai, qui dit faux ? Qui est réellement le Secrétaire Général de l’UPADS ?

Le 10 janvier dernier, depuis Paris où il réside, Paulin Makita le Secrétaire Général par intérim de l’UPADS a souhaité ses bons vœux aux militants et cadres de son parti. Il leur a demandé de poursuivre « l’œuvre du Président Pascal Lissouba » et de faire en sorte que l’UPADS soit « capable de fédérer l’ensemble des démocrates Congolais au sein d’une opposition sincère, crédible et responsable ». Surréaliste, vous avez dit ?


TSATY MABIALA

Mardi 22 janvier dans les salons de l’hôtel Saphir, Pascal Tsaty-Mabiala souhaitait à son tour, ses vœux à la presse et à une frange de ce qui reste de militants de ce parti. Pour le « presque » Secrétaire Général de l’UPADS, la presse congolaise qu’il qualifie de quatrième pouvoir est libre et joue correctement joué son rôle. Après les avoir félicité, le dirigeant du parti des « Trois palmiers » qui ne rate pas une occasion pour fustiger le pouvoir en place en a profité pour se livrer à son exercice favori. Pêle-mêle, Tsaty-Mabiala a accusé le pouvoir en place de népotisme, de prédateur, d’avoir « battu tous les records en matière de Corruption, concussion », et d’arrogance. Poussant le bouchon de l’indécence à un niveau jamais égalé, c’est lorsqu’il est sorti de « lit d’insanités » pour « salir » la mémoire du vénérable Edouard Ambroise Noumazalay avant de s’en prendre à l’hommage posthume qui lui avait été rendu par la Nation toute entière en sa qualité de deuxième personnalité de la République. « Par exemple, dit-il, et par delà la douleur et l’émotion que provoque la perte d’un compatriote, pourrait-on justifier les gaspillages générés par les obsèques fastes de Monsieur Ambroise Noumazalay ? Et d’ailleurs, s’interroge-t-il, combien ont-elles coûté et sur quelle ligne budgétaire ces scandaleuses dépenses ont-elles été imputées ? » En politique, disait Grégoire Léfouéba : « l’arrogance excessive qui ne justifie rien peut porter préjudice ». C’est cette arrogance qui a poussé le Président du Parti Congolais Rénové (PCR) à mettre un terme à sa collaboration avec l’UPADS pour cause de « non respect de l’alliance passée il y a quinze ans » avec son parti.

Ancien Ministre de la Défense dans le gouvernement du Président Lissouba, Pascal Tsaty-Mabiala est très mal placé pour donner des leçons de moral au pouvoir en place. Chargé de canarder les Congolais de la partie Nord de Brazzaville, il est de ceux qui ont banalisé l’usage des armes de destruction massives achetées en Afrique du Sud et en Kirghizie sur les Congolais des quartiers Nord. A cela, si l’on y ajoute les hélicoptères de combat de marque MI-6 et MI-8 pilotés par les Russes et qui ont « craché » le feu sur les populations innocentes, on en viendrait à se demander pourquoi les gens, -surtout ceux de l’ancien régime-, aiment tant la polémique ?

Tsaty-Mabiala n’est pas à sa première provocation. C’est un provocateur multirécidiviste. Son objectif aujourd’hui est celui d’occuper l’espace médiatique. Le but est de montrer à l’opinion qu’il est le dirigeant légitime de l’UPADS, celui avec qui le pouvoir doit discuter, coopérer, au besoin partager le pouvoir. Multirécidiviste à souhait, Tsaty-Mabiala est un « provocateur congénital » qui n’a pas hésité une once, à traiter Sassou de « Rebelle ». Dans une enquête menée par l’Observatoire Internationale pour la Démocratie (OID), Pascal Tsaty-Mabiala déclarait au sujet de la date butoir du 31 août 1997, relative à la fin du mandat du Président Lissouba, ce qui suit : « Le 31 août 1997, n’est pas une date butoir. La Constitution dit que la Président de la République passe le témoin à son successeur mais les élections n’ont pas eu lieu. Un rebelle a pris les armes et attaqué les institutions de la Républiques, je ne vois pas en quoi c’est la faute du Président. Le pouvoir n’est pas vacant, le Président n’est pas mort, il n’est pas incapable d’assumer ses fonctions, pour que le Président du Sénat se substitue à lui, d’autant qu’il lui faudrait attendre 90 jours après la fin du mandat ».

 

« L’arrogance excessive », le jeu favori des provocateurs !

 

Comme on dit, les donneurs de leçons ne sont pas toujours les meilleurs élèves en terme d’exemplarité. Tsaty-Mabiala vient de montrer s’il en était encore besoin, qu’il n’était obnubilé que par son positionnement à la tête de l’une des fractions de l’UPADS. Lui qui refuse de relire les statuts de son parti, de dresser le bilan des cinq ans passés à la tête du pays par l’UPADS, serait-il digne de donner des leçons de bonne gouvernance à ses adversaires politiques ? Lorsqu’on voit dans quel état leurs les cadres d’un même parti sont en train de s’étriper pour contrôler ce qui reste de l’UPADS, chacun aura vite compris pourquoi le pays a sombré lorsqu’ils étaient aux affaires entre 1992 et 1997 !

Force est donc de rappeler qu’en matière de bilan politico-économique, celui de la toute puissante UPADS n’était guère mieux. Il était tout simplement à « nettoyer au Karcher ». Pour y voir une once de réalisation, il ne fallait pas récurer dans les fonds de caisse du trésor public pillé par Moungounga et Koukébéné, mais demander simplement aux Congolais ce que fut leur calvaire ! Faut-il rappeler aux thuriféraires du parti de « Maba ma tatu », les « Trois palmiers » que le Président Lissouba qui a passé cinq ans au pouvoir entre 1992 et 1997, n’a rien laissé de palpable à son départ. Dans son département d’origine, si les populations de Dolisie ont vu pour la première fois le Boeing 737 de la compagnie TAC (TransAir Congo) atterrir à l’aéroport flambant neuf de Ngot-Nzoungou, elles le doivent à l’actuel pouvoir et non pas au sieur Tsaty-Mabiala et ses comparses. A part délocaliser la faculté des sciences dans sa ville natale avec les résultats que l’on sait, il n’a rien construit.


MOUKOUEKE

Tout ce qui a été entrepris dans ce département du triangle de la violence, abusivement qualifié NiBoLek, n’a été du seul fait de ses prédécesseurs et aujourd’hui, ce sont ceux qui l’ont succédé au pouvoir. Sous sa législature, pas même un parpaing n’a été posé, aucune usine n’est sortie de terre, même celle qui devait produire les brosses à dents à partir des poils de cochons n’a connu un début d’exécution. Aucune réalisation d’envergure. Rien. Nada. Que d’incantations, de beaux discours sur la « Capacity – Building », ou « Ma sciences na ma technologie » ont meublé son quinquennat : la tchatche quoi ! Lorsque, par malheur, les Congolais s’interrogent sur le projet des « Trois Suisses » cher au Président Lissouba et ses applications sur leur quotidien, ses fanatiques répondent tout honte bue : « Ya ba colère vé ».

 

Circulez, il n’y a rien à voir !

 

A césar, ce qui est à César ! Bilan contre bilan. « Le Congo de Lissouba », pour paraphraser l’ouvrage de Babu Zalé, alias Mackouta-Mboukou publié aux Editions de l’Harmattan, avait l’allure d’un « grand corps malade ». Il portait en lui, tous les ingrédients d’une « Somalie – land » à la Congolaise. On était loin d’un pays que les autorités de l’époque voulaient arrimer à la modernité de « La petite Suisse ». Ce fut une législature sans éclat à part les éclats d’obus qui ont fauché les pauvres populations civiles. La législature du Président Lissouba a commencé dans le sang et s’est terminée dans une mare de sang. Elle débute par une marche pacifique réprimée en novembre 1992 dans le sang. Ce sont les trois morts de cette marche citoyenne qui ont ouvert les vannes de la violence qui est allée crescendo. Ainsi, avant que les quartiers Nord de Brazzaville subissent les foudres des orgues de Staline du Président Lissouba, les quartiers Sud de Brazzaville avaient d’abord été soumis en 1993 à la « chicotte » sanglante du pouvoir. En 1997, le pouvoir n’a pas trouvé mieux que d’aller s’attaquer aux quartiers Nord de Brazzaville au point de placer les BM-21 sur les hauteurs du CHU de Brazzaville pour pilonner sans discontinuité les quartiers Nord après l’avoir « nettoyé » de ses malades indésirables. Il ne s’est pas empêché d’envoyer des hélicoptères de combat MI-8 bombarder les populations civiles réfugiées à Kintélé dans les faubourgs nord de Brazzaville. Un pouvoir qui a eu recours des mercenaires Ukrainiens et des spécialistes de tir de mortier pour semer la mort. C’est sous son mandat que les Congolais ont la connaissance d’un nouveau vocabulaire dans leur langage : « Mboungou dia’t pédale ». Ils n’ont pas été surpris de voir la barbarie s’exprimer à sans gênes. C’est ainsi qu’on a livré des Congolais vivants pour servir de festin aux lions ! Il faut avoir un sacré toupet pour oser la critique pour critiquer, lorsqu’on a soi-même failli. Devrait-on se laisser distraire par les nouveaux démocrates qui s’érigent en donneur de leçon ? Le Congo est-il devenu une terre d’amnésiques ?

Entre l’UPADS « Canal Historique » et statutaire de Moukouéké, l’UPADS « Société d’Intérim et de Gardiennage » de Makita et l’UPADS « Bling-Bling » de Tsaty-Mabiala, les militants qui ne savent plus où se donner de la tête. Ils assistent en spectateurs la querelle des chefs pour le contrôle de l’UPADS.  Il serait donc judicieux, avant que Tsaty-Mabiala se mette à  s’occuper des questions d’Etat, qu’il remette de l’ordre d’abord dans son parti, l’UPADS. Il y a des paliers à ne pas franchir ! Qu’ils règlent ses problèmes existentiels, périphériques liés à la cohésion de son parti avant de fourrer leurs nez dans les affaires d’Etat. Sil réussit à refaire l’unité de son parti, il peut alors venir « jouer dans la cour des grands » et se « frotter » avec ceux qui se battent pour remettre le pays sur les rails.

Aussi longtemps que les dirigeants de ce parti continueront à jouer au « Mayoto » comme des collégiens, ils seront à jamais disqualifiés du débat national. L’option qui consiste à se faire passer aux yeux de l’opinion comme des doux démocrates grâce à la complicité de certains médias peu scrupuleux, ne fait plus recette. Lorsqu’on voit le spectacle qu’est en train d’offrir les soi-disant leaders de l’UPADS pour défendre leur petit « bout de gras », est symptomatique de leur conception du pouvoir. Si on leur laissait encore le pays entre les mains, il n’est pas exclu qu’ils nous enfantent un autre « Tsunami politique » plus dévastateur que celui de leur législature passée. Avec cette race d’hommes politiques qui n’ont jamais intériorisé les valeurs cardinales de la démocratie, il n’y a point d’espoir à attendre d’eux. A part l’invective et la provocation dont ils sont passés maîtres, il n’y a rien de bon tirer d’eux.

 

P.SONI-BENGA.