Les Présidents L. BAGBO et D. SASSOU NGUESSO - AFP.

Grosse polémique autour des futures échéances électorales au Congo :

La mise en place d’une Commission Electorale Indépendante suffit-elle à garantir la transparence des élections ?

 

En démocratie comme dans une dictature, la victoire se prépare. A l’approche des élections générales de 2007, 2008 et 2009, tout est sujet à débat, controverses et manifestations d’humeurs, selon le côté par lequel on regarde la médaille : pile ou face. Du côté de l’Opposition comme dans la Majorité, personne n’imagine sa participation à ces échéances capitales sans en sortir victorieux. Pourtant, en la matière, les faucons du pouvoir déchu de Pascal Lissouba avaient concocté une belle maxime politique qui reste toujours d’actualité, même si elle ne s’applique pas à tous les coups : « On n’organise pas les élections pour les perdre ».

 

En Afrique, les exemples sont légion. Mais on peut très bien aussi organiser les élections et les perdre. Tout comme on peut mettre en place les meilleurs mécanismes de transparence, mais être accusé d’avoir triché et manipulé les résultats. Anticipant sur une défaite prévisible, l’opposition soupçonne des irrégularités « futures » à commettre par le pouvoir en place. Et pour lui barrer la route, elle exige la mise en place d’une Commission Electorale Indépendante, structure censée garantir une « transparence » tous azimuts, au terme de laquelle elle ne peut que remporter les élections. Lorsque cette exigence n’est pas satisfaite, on entend souvent les mêmes répéter à l’envi : « On nous a volé notre victoire » !

 

On n’organise pas les élections pour les perdre ! Voyage au cœur d’un passé politique agité…

 

Au Congo, la première élection présidentielle pluraliste organisée en 1992 s’est soldée par la victoire du Président Pascal Lissouba sur ses deux principaux challengers qu’étaient Denis Sassou-Nguesso et André Milongo Nsatouabantou, respectivement Président de la République sortant et Premier Ministre de Transition. Ces deux personnalités qui avaient la charge de la préparation de tout le processus aboutissant aux élections générales (législatives, sénatoriales et communales), n’ont pas réussi à franchir la barre du 1er tour, malgré les moyens de l’Etat à leur disposition. André Milongo (10,18%) et Denis Sassou-Nguesso (16,87%) furent tous les deux laminés au 1er tour de l’élection présidentielle. Le Président Lissouba fut élu au 2ème tour à 61,33% contre 38,67% pour Bernard Kolélas.

En 2002 au Sénégal, dix ans après le Congo Brazzaville, le Président Abdou Diouf ne connut pas meilleur sort. Après une décennie passée à la tête de l’Etat Sénégalais, il fut balayé par la lame de fond du « Sopi » (changement en Wolof) sur laquelle surfait Maître Abdoulaye Wade, opposant atypique s’il en est. Balayé par la « vague rose » du Sopi, Abdou Diouf, héritier politique du Président - poète Léopold Sédar Senghor, fut renvoyé à ses chères études « francophones ». Grâce à l’appui de la France de Chirac, il a opportunément trouvé une « belle planque » pour sa retraite politique.

« La roue tourne ». Cette autre maxime électorale a été cependant prise en défaut au Bénin par le jeu de manivelle tournante. Ejecté du pouvoir en 1991 par Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou est triomphalement revenu aux affaires cinq ans plus tard. Après que le peuple béninois ait gentiment remercié Nicéphore Soglo pour « absence de résultats et dérives autocratiques ». Ne disait-il pas que : « La démocratie n’est pas un dîner de gala » ? En passant le témoin en 2006 au Président Yayi Boni à l’issue d’une élection présidentielle où il ne se représentait pas, le « vieux Caméléon » Mathieu Kérékou pouvait à juste titre savourer les délices d’une retraite politique bien méritée, lui qui peut légitimement se réjouir d’avoir ancré dans les mœurs politiques béninoises l’alternance pacifique au pouvoir depuis la 1ère Conférence Nationale  organisée en terre africaine après la chute du mur de Berlin en novembre 1989.


Election présidentielle Sénégalaise Les supporters de WADE - AFP.

En RDC, seize ans de cheminement chaotique vers la démocratie pluraliste par voie d’élections n’ont abouti qu’à la contestation et aux combats de rue. Malgré l’organisation d’une Conférence Nationale – interminable - en 1992 qui a abouti à la mise en place de plusieurs gouvernements de Transition, Mobutu a été balayé par la force en cherchant à s’agripper au pouvoir. Son tombeur et successeur Laurent Désiré Kabila n’a pas connu meilleur sort non plus. L’élection présidentielle organisée en juillet et novembre 2006 sous la présidence du successeur de Laurent Désiré Kabila alias Mzee, Joseph Kabila,  n’a pas empêché Jean-Pierre Bemba, le candidat malheureux et principal challenger du Président sortant de protester et, contester la transparence d’une élection entachée de nombreuses irrégularités selon certains observateurs indépendants. Ce, malgré l’existence d’une Commission Electorale Indépendante (CEI) dirigée par un pasteur, l’Abbé Apollinaire Malu-Malu. La suite était prévisible. La contestation s’est soldée par des combats de rue entre la garde prétorienne de Jean Pierre Bemba et les troupes fidèles au Président Joseph Kabila, pourtant « démocratiquement élu ». Contraint à l’exil au Portugal, Jean Pierre Bemba a désormais tout le temps de méditer sur son avenir politique d’opposant.

En Côte d’Ivoire, le général Robert Guei, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat contre Henri Konan Bédié, le successeur constitutionnel de Félix Houphouët Boigny, a été salué pour son œuvre de salubrité publique contre le concept « d’Ivoirité » utilisé pour éliminer de la course à la présidentielle l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara. Ayant perdu l’élection présidentielle à laquelle il a eu la mauvaise idée de se porter candidat au lieu de se retirer sagement et de rendre le tablier aux civils, il a cherché s’accrocher au pouvoir. Contraint de quitter le palais présidentiel de manière rocambolesque, indigne d’un Chef d’Etat, il est abattu le 19 septembre 2002 à Abidjan. Son corps est toujours congelé dans une des morgues de la capitale ivoirienne, en attendant des obsèques nationales qui doivent le conduire à sa dernière demeure. Ainsi, on peut perdre les élections que l’on a pris soi-même le soin d’organiser.

A l’arrivée de Laurent Gbagbo à la tête de l’Etat ivoirien, le schéma de l’alternance pacifique à intervalle régulier, ne sera plus respecté. Jusqu’aux derniers accords signés à Ouagadougou avec Guillaume Soro, en présence du Chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré, il sera contraint de diriger la moitié de la Côte d’Ivoire seulement. Il ne suffit donc pas seulement d’être « démocratiquement élu » à la suite d’une élection truquée ou non pour se prévaloir d’une légitimité incontestée et incontestable. La preuve !

 

Les leçons de l’alternance : le pouvoir rend fou en Afrique !

 

L’alternance au pouvoir, c’est l’autre pendant de la démocratie. En Afrique aujourd’hui, selon la maxime des Lissoubistesya ba colère vé ! -, les gouvernants au pouvoir préparent tous l’alternance qui les maintiendraient au pouvoir. Au mieux par ses élections « arrangées » ; au pire par l’exclusion des adversaires jugés « sérieux », à même de les battre dans le cadre d’une élection organisée selon les normes occidentales. La Constitution, la loi suprême du pays, est elle-même objet de contestation et de polémique à cause des dispositions relatives à la limitation du nombre des mandats du Président de la République, la limite d’âge pour tout candidat qui brigue la magistrature suprême, etc. En matière électorale, tout est prétexte à contestation ou à polémique entre la Majorité au pouvoir et l’Opposition.

« L’ivoirité » en Côte d’Ivoire ; la guerre du 5 juin 1997 à la veille de l’élection présidentielle au Congo Brazzaville ; la machine à faire succéder les rejetons des Chefs d’Etats africains à la tête du pays - RDC et Togo -, avant de les imposer par la voie des élections « arrangées », l’Afrique n’arrête pas d’innover dans le domaine de l’exclusion des adversaires politiques.

Le conflit de leadership entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck au Sénégal, qui a abouti à la détention de ce dernier dans les geôles du pouvoir, est un exemple frappant de cette machine à « broyer » et à exclure les adversaires potentiels à la course au pouvoir. Alassane Dramane Ouattara, challenger de poids contre Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo, a été broyé par la machine de l’Ivoirité, un concept politique d’exclusion qui a plongé la Côte d’Ivoire dans le pire des drames que ce pays jadis exemple de stabilité et de paix en Afrique ait jamais connus.

Il est pourtant aujourd’hui admis partout dans le monde que la démocratie est le seul mode de gouvernement où le peuple exerce sa souveraineté. Comme disait Abraham Lincoln, la démocratie est « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ». Cela veut tout simplement dire que le vrai détenteur du pouvoir dans un système politique optimal, c’est le peuple, qui le délègue à ses élus pour l’exercer en ses lieu et place. C’est à ce titre que ces élus siègent au Parlement et votent les lois en son nom. Or la désignation par le peuple des élus qui participent à la vie démocratique et institutionnelle se fait depuis que la majorité des pays africains ont accédé à la démocratie au travers des élections dites « libres et transparentes » organisées au début des années quatre-vingt-dix.


manifestations des électeurs au Nigéria. Source AFP.

Qu’entend-on de la part de certains esprits qui réclament la liberté et la transparence du scrutin ? Tous ceux qui focalisent le débat autour de la transparence des élections exigent que celles-ci soient encadrées par des structures complètement indépendantes du pouvoir en place, pour éviter les fraudes et les contestations lors de la proclamation des résultats. Le refus de la mainmise du pouvoir dans l’organisation des élections, quel que soit le scrutin, est de plus en plus considéré comme l’une des revendications majeures de tous les partis d’opposition qui concourent pour l’alternance au pouvoir. Toutes les oppositions africaines se servent aujourd’hui de cette « arme à retardement » pour faire pression sur la communauté internationale et bénéficier de son assistance, voire de son arbitrage en cas des résultats pressentis défavorables !

Lors d’un meeting de l’opposition congolaise organisée le samedi 19 août 2006 au rond-point Moungali dans l’arrondissement 3 de Brazzaville, près de 23 partis regroupés autour du Front Démocratique pour la Commission Electorale Indépendante (FDCEI), avaient demandé la mise en place d’une Commission Electorale Indépendante qui devrait garantir des élections libres, transparentes et équitables en 2007 pour les législatives et en 2009 pour la présidentielle.

A cette requête, le Ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, François Ibovi, avait répondu quelques mois plus tard. Le mardi 27 février 2007, il affirmait devant un parterre de représentants des partis politiques et de la so