Fin de stigmates !

Les images que nous ne verrons plus jamais à Brazzaville !


Eglise Protestante

Au sortir de la guerre du 5 juin 1997, lorsque Denis Sassou Nguesso et les Forces Démocratiques et Patriotiques (FDP) prennent le dessus sur les partisans du Président Lissouba, Brazzaville est méconnaissable. Défaits militairement, Pascal Lissouba, les membres de son gouvernement et une grande partie de ses alliés politiques prennent la route de l’exil.

 

Soumise durant des mois à d’intenses bombardements, Brazzaville n’est plus que plaies et blessures. Les dégâts sur les édifices ont laissé autant d’impacts qu’ils ont produit des traumatismes chez les Congolais. Les stigmates de la guerre n’ont pas contribué à l’embellissement de l’image de Brazzaville et de ses alentours. Bien au contraire !

Les destructions de la guerre, nombre de ceux qui ont fui avec Pascal Lissouba n’ont  pas eu le temps de les voir. Dans quel état ont-ils laissé la capitale ? Si Brazzaville nord et le camp retranché de Kintélé ont été quotidiennement soumis au pilonnage discontinu de la population par des obus de 120mm et au bombardement aérien depuis des hélicoptères pilotés par des mercenaires Ukrainiens, le centre-ville quant à lui a été transformé en nid de tireurs embusqués, les fameux « snipers ». Agressée pour la première fois de son histoire par des Congolais eux-mêmes, la ville de Brazzaville défigurée a perdu son charme et sa beauté.

 

Une ville écartelée et violentée


Cathédrale ST-ANNE

Le siège social du Groupe Pierre Otto Mbongo porte encore les traces de cette barbarie qui ne date pas de si longtemps. Le siège social du groupe GPOM peine à renaître de ses cendres. A quelques mètres de là, l’hôtel PLM, vitrine de l’hôtellerie de luxe de l’ancienne capitale de l’Afrique Equatoriale Française (AEF), a fait les frais d’un pillage sans précédent, avec un acharnement particulier sur son mobilier, sans égard pour le symbole qu’il représentait.

Idem pour les hôtels Mbamou Palace et Cosmos, le frère jumeau juché sur les hauteurs du Beach de Brazzaville. Jadis hauts lieux du tourisme de luxe grâce à leur grande capacité d’hébergement (200 lits pour Mbamou Palace), ils ont également été victimes de la folie démoniaque des hommes. Comme dans un mauvais polar à deux sous de la série noire, la fierté des « Brazzavilles Noires » a été rayée des rayons des libraires. Non pas d’un trait de plume, mais à coups de canon. Boum et Taratata !


Immeuble de l'ARC

Du haut de ses vingt-six étages surplombant « Brazza la verte » de sa majestueuse beauté, la Tour Nambemba , symbole du modernisme de la ville avait été également touchée et blessée par la folie meurtrière des Congolais. Elle doit sa réfection à la farouche volonté des autorités en place, qui n’ont pas supporté de voir cette blessure au cœur de la ville.

Fleuron de l’église catholique, la plus que cinquantenaire Basilique Sainte-Anne, construite dans les années quarante sous le gouverneur Félix Eboué, a vu sa toiture verte voler en éclat. A la grande tristesse de milliers de chrétiens Congolais. En diagonale, distante de quelques mètres, sa sœur jumelle l’église Evangélique du Congo n’a pas été épargnée non plus. Elle a été littéralement défigurée, jusqu’à ce que le gouvernement décide de la réhabiliter avec les « enfants de Dieu » !

 

Souvenirs, souvenirs…

 

Dix ans après les affrontements fratricides et la folie meurtrière, voici les exilés de retour au bercail à la faveur de la paix retrouvée. Grâce à l’effort fourni par les gouvernants, ils retrouvent un pays pratiquement normalisé. Ils renouent le fil du dialogue avec le pouvoir en place. Les chefs des partis déchus et honnis ont retrouvé leurs militants ; les hommes politiques de premier plan sont allés en toute liberté à la rencontre du peuple profond dans certaines contrées.


Immeuble ELF

Lors des dernières élections législatives du 24 juin dernier, on les a tous vu sillonner le pays. Ceux qui étaient accrocs de la politique sont repartis dans leurs anciennes circonscriptions électorales solliciter les suffrages de leurs concitoyens. Eux qui n’ont pas été confrontés aux images d’une ville défigurée par les impacts d’obus avant leur fuite pour l’étranger, qu’ont-ils vu et qu’ont-ils retenu ?

Les images que plus personne ne reverra au Congo, surtout pas les opposants qui avaient déserté Brazzaville au lendemain de la victoire de Sassou et les FDP, ont bel et bien existées. Elles ont été très vite remplacées par des réhabilitations et autres constructions d’édifices à la place. Le Mausolée De Brazza en est un exemple. Avant le déclenchement de la guerre du 5 juin 1997, les « Kadaffi », c'est-à-dire les vendeurs de carburant à la sauvette, dans des jerricanes, faisaient la loi. Les stations d’essence libre-service n’existaient quasiment pas. Aujourd’hui, non seulement Brazzaville en est doté, mais tout le pays s’équipe de stations libre-service modernes. Même si par moment aucune goutte d’essence ne sort des pompes à cause des pénuries organisées dans l’approvisionnement, les stations libre-service donnent un tout autre éclat à un environnement jadis déstructuré.

Au sortir de la guerre, tout ce que le centre ville de Brazzaville a porté comme traces de violence a été ou est en train d’être réhabilité. Nouvelles habitations à Bacongo dans les quartiers populaires, construction du Mausolée Pierre Savorgnan De Brazza sur un site malodorant jonché d’immondices, réfection de l’immeuble de l’ARC à l’identique malgré les éclats d’obus qui lui avaient fait perdre de sa superbe, coup de lifting pour le siège de l’ex Hydro-Congo, etc. Pour effacer les stigmates de la ville,  on a reconstruit à coup de « Pétro-CFA ». Souvent sur la base de surfacturations, d’enrichissement illicite, etc.

Qu’importe ! Ne dit-on pas que la fin justifie les moyens ? Là où la kalachnikov et les obus étaient passés pour dicter leur loi de destruction, la volonté de paix des autorités en place a réussi à faire disparaître toute trace des souvenirs de la guerre qui agressaient les Congolais dans leur vie quotidienne. Exit la laideur et la mort, place à la beauté et à la vie ! En une décennie seulement, pouvait-on faire mieux ? Entre deux incursions armées des Nsiloulous du pseudo-Pasteur Ntumi, quelle stratégie mettre en place pour reconstruire ? Entre le Chemin de fer interdit de circulation par les milices, les barrages de Moukoukoulou et du Djoué saccagés et pris en otage par des bandits armés hirsutes, que devait-on attendre en termes de réalisation et d’efficacité de la part du pouvoir ?

 

Critiquez, critiquez, il en restera toujours quelque chose…

 


Nouvelles constructions à Bacongo

Les opposants et autres détracteurs passés maîtres dans la critique épidermique répondront certainement qu’il était possible de faire mieux, sinon plus. En lieu et place des coupures solennelles de ruban, de manifestations folkloriques lors du lancement des grands travaux de désenclavement dans tous les départements qui ont goûté à la « municipalisation accélérée », de construction de routes, d’aéroports secondaires comme à Enyellé, il aurait mieux valu apporter à tous les ménages l’eau et l’électricité.

Tout en leur assurant le développement économique, il fallait organiser et financer des « élections libres et transparentes », mettre en place une « commission électorale véritablement indépendante d’organisation des élections », éloigner le spectre de la violence qui sévissait dans le Pool, redorer l’image du pays à l’extérieur, apurer la dette extérieure, se protéger contre la voracité des Fonds vautours, etc. Le tout, sans aides extérieures ! Pour ces opposants, « il n’y a qu’à faire-ci, il n’y a qu’à faire ça » et tout irait pour le mieux, comme par un coup de baguette magique !

De la part de ceux qui n’ont laissé aucune trace de réalisations matérielles en faveur de la population lors de leur passage aux affaires, ce genre d’invectives et de leçons est plutôt dur à avaler. Mais puisque nous sommes à l’heure du consensus mou, accordons quand même une oreille attentive à ces multiples critiques. Même s’il faut nous rappeler que le bossu ne voit jamais sa bosse ! Faut-il les interpeller sur le bilan de leurs turpitudes lors de leur passage aux affaires ?

Lors de ces dix dernières années entrecoupées de violences et de crise économique, le pouvoir a entrepris de remodeler, à la vitesse de l’escargot certes, l’architecture de ce qu’était le Congo lorsque le processus de démocratisation politique et institutionnelle s’est brusquement arrêté. Nous en voulons pour preuves toutes les réalisations qui s’en sont suivis et qui ont, un tant soit peu, embelli les villes et autres départements du Congo où la « Municipalisation accélérée » est passée. Le Congo, ce grand chantier à ciel ouvert a redonné confiance à tous.

Des opposants aux investisseurs étrangers, ceux qui l’avaient déserté sont tous revenus. En masse. A la faveur de la paix retrouvée, d’irréductibles opposants sont rentrés au pays prêcher la bonne parole de la réconciliation nationale. Si rien de positif ne s’était passé depuis dix ans, y aurait-il eu un tel engouement à revenir au terroir ancestral ?

 


Nouveaux logements à BAC CITY

Un pays en chantier pour le bien de tous…

Au-delà des faiblesses constatées ici et là, inhérentes à la nature humaine, la réalité vraie est que le Congo est aujourd’hui un pays en chantier. A l’horizon 2009, il va se doter d’un des plus grands barrages hydroélectriques qu’il n’ait jamais eu : le barrage d’Imboulou. Situé à 215 km de Brazzaville, le barrage d’Imboulou avec ses quatre turbines d’une puissance de 30 mégawatts chacune au débit de 900m3/s, s’inscrit dans le cadre du projet de boulevard énergétique dont l’objectif est de doter notre pays, sur l’ensemble du territoire, des infrastructures de production d’énergie.

Imboulou va mettre un terme au déficit criard en matière de couverture nationale équilibrée en électricité, comme Ollombo est en train de le faire en matière d’aéroports. En 2009, tout devrait rentrer dans l’ordre en matière d’électricité. Les prises d’otage des barrages de Moukoukoulou et du Djoué par des milices armées ne seront plus que vieux souvenirs, tout comme les caprices du barrage d’Inga. De délestage en rupture d’approvisionnement, ce dernier plonge de plus en plus souvent Brazzaville dans l’obscurité, contre son gré. Que dire du projet du « TransCongolais », ce chemin de fer qui va relier le nord du pays à Pointe Noire, la capitale économique, sans passer par Brazzaville ? Des petits pas pour l’opposition, mais une véritable révolution pour les populations. Dieu merci, c’est ce qui compte réellement car le Congo ne sera plus jamais à l’image de ce qu’il fut il y a dix ans. Après la nuit, quelque soit sa longueur, interviennent toujours le jour et la lumière ! Aujourd’hui, le pouvoir en place, dans un souci d’apaisement et dans son refus de réveiller, un tant soit peu, les stigmates de la honteuse barbarie meurtrière qui nous a visités, ne souhaite plus célébrer les dates anniversaires de ces événements douloureux (5 juin-15 octobre 1997). Malheureusement, profitant de cette espèce d’écran noir jeté par le pouvoir sur notre douloureuse histoire immédiate, on fait monter les enchères. Tant mieux !


Mausolée de BRAZZA

Mais les opposants ne devront plus se contenter du rôle de donneurs de leçons. Ils  devront faire mieux, sinon plus. Ne plus se contenter de décrire et de peindre à l’encre noire la réalité du pays, comme ils le font à l’extérieur. Comparons ce qui est comparable. Ayons le courage de reconnaître ce qui a été fait. Plaidons pour que ceux qui sont aux affaires fassent plus, eu égard aux moyens à leur disposition.

Que ceux qui viendront un jour, fassent mieux et plus pour le bien et le mieux-être de tous les Congolais. S’ils peuvent apporter des correctifs, c’est tant mieux. Après tout, le Congo n’est-il pas un patrimoine commun ? Nul n’a le droit de se l’approprier, de le privatiser pour le mettre entre les mains d’un clan, d’une caste ou d’une écurie tribalo-régionaliste !

Point donc n’est besoin de venir le détruire sous le fallacieux prétexte qu’on aurait fait mieux, sinon autrement ! Ce qui a été entrepris, qu’on le veuille ou non, appartiendra au patrimoine collectif. Pourquoi ne pas attendre son tour pour montrer ce dont on est capable, au lieu de toujours détruire comme c’est souvent le cas au Congo ? Les gens détruisent avant de reconstruire. Ensuite, ils se plaignent. Les mêmes ne s’empêchent de crier, ensuite, que rien n’a été fait !


Brazza de nos jours

Si l’on pouvait transposer au Congo le slogan de campagne du candidat de l’UMP à l’élection française « Travailler plus pour gagner plus », il deviendrait « Parler plus pour ne rien dire ». Ou, à défaut, « critiquer plus pour ne rien proposer ». Avec les Congolais, c’est petites bêtes et grosses frayeurs ! Vous avez dit drôles de gens ou drôle de pays ?

 

P.SONI-BENGA