Manifs des
Congolais à Paris : La fin d’une époque !
En France, l’agitation ne
fait plus recette
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Samedi
9 juin 2007, à 13 heures, un groupe de manifestants congolais -Vingt selon les
autorités congolaises, une trentaine d’après une source indépendante-, voulait prendre
d’assaut la devanture de l’ambassade du Congo à Paris sise rue Paul Valery dans
le seizième arrondissement. Malgré une grande mobilisation, via le Net, les
mails privés, les tracts et les communiqués sur les sites Internet affiliés à
l’opposition, les résultats n’étaient pas au rendez-vous. Très faible
mobilisation, les Parisiens de la Diaspora avaient décidé de rester chez eux
devant leur écran de télé pour suivre la finale dame de Roland Garros.
D’autres, ont préféré squatter les Ngandas de Paris
intra muros et s’empiffrer de bière. En plus, il faisait beau à paris !
Vers
quinze heures, lorsque le gros des manifestants rallie le lieu de rendez-vous escorté
par deux journalistes d’une chaîne privée française, il tombe nez à nez avec
les forces de l’ordre qui avaient pris soins de quadriller le périmètre de
l’ambassade ; rendant l’accès quasi impossible jusqu’au portail de la
Chancellerie Congolaise. De sources proches de l’opposition qui raillait cette
mobilisation en demi teinte, les CRS de Sarkozy étaient
beaucoup plus nombreux que les manifestants. Et pour cause. En France, depuis
l’élection du nouveau président français, c’est désormais : « Kili kili té !».
Papier ou pas papier, reconduite immédiate à la frontière. Ceux qui, nombreux,
sont en attente de régularisation, ne souhaitaient pas non plus tomber dans un
guet-apens en allant manifester dans les beaux quartiers de Paris. Comme le
militantisme ne paye plus, il y a des limites à l’héroïsme !
Justement.
Deux responsables de la manifestation conduite par le très bruyant et remuant Mafimba-Motoki, membre de la section RDD-France
qui digère très mal « le bébé fait
dans le dos » de la direction nationale de son parti depuis
Brazzaville par certains des « Compagnons »
qui ont accepté de participer aux législatives de juin 2007, se sont présentés devant
le portail de l’ambassade. Ils souhaitaient remettre « la plate-forme » de leurs
revendications aux autorités congolaises. Mafimba et
son acolyte n’ont, malheureusement, pas pu rentrer à cause de l’identité
douteuse de ce franco-congolais, à qui on a demandé gentiment
de s’occuper de ce qui se passait dans son pays d’adoption, la France. Il
n’avait pas à mettre son nez dans les affaires congolo-congolaises.
Bien qu’il soit d’origine congolaise et organisateur
de la manif, sa fougue a été stoppée net à l’entrée de l’ambassade ! Ne
pouvant pas affronter seul les diplomates congolais qui avaient décidé de les
recevoir pour écouter leurs doléances, Mafimba est allé
chercher du renfort dans la foule.
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Au
pied levé, Alain Pascal Leyinda, sympathisant de l’UPADS et proche de Pascal Ngamassa
qu’il avait jadis, accompagné à la chancellerie pour rencontrer l’Ambassadeur
Henri Lopès, à l’époque où, muni des délégations de
pouvoir signées du Président Lissouba, il voulait lancer
une OPA sur l’UPADS du jeune Secrétaire Général par
intérim, Paulin Makita ! C’est donc Leyinda, journaliste à ses heures creuses sur le site de l’UPADS, www.upads.org et
Mafimba-Motoki du Bureau Exécutif du RDD-France qui seront commis à cette tâche.
Après
vérification d’identité, les deux compères sont montés remettre aux diplomates
congolais le feuillet de deux pages qui contenait leurs revendications. Il
était question de : « réclamer
du régime le report des élections et la convocation d’une concertation de
toutes les forces vives de la nation pour une organisation consensuelle des
élections ». D’après eux, ces élections ne répondaient pas à toutes les
conditions de transparence. Défendant l’argument selon lequel Sassou ne serait jamais élu dans une élection transparente,
- faisant référence à la présidentielle de 1992-, les deux duettistes de
l’opposition ont brossé une cartographie politique moyenâgeuse qui ne tenait guère
compte de la réalité et des rapports de force du terrain qui, au fil des ans se
sont modifiés au Congo depuis le chute du Président Lissouba.
Pour nos deux compatriotes, la base électorale ne peut être qu’ethnique. Un
raisonnement d’intellectuels ethniquement figés qui ont refusé d’évoluer depuis
dix ans. Pour eux, le slogan, « un
homme une voix », se résume par « un candidat du coin, égal une voix ». Régression, vous avez
dit ?
Si
on passe à la poubelle, - parce qu’elle est indigne de la part de ceux qui
veulent s’affranchir de toute forme de paternalisme malséant-, l’invitation du
Président français Nicolas Sarkozy à « s’investir
résolument dans la mise en œuvre de son approche des relations France Afrique à
savoir : la fin du soutien de la France à des dictatures et des régimes
corrompus », la deuxième revendication était des plus folklorique. C’était
est un condensé d’incohérence sans réelle construction philosophique : un
fourre-tout. Pour leurs auteurs, la Chancellerie faisait peu cas de la détresse
des congolais qui vivaient la précarité sous sa juridiction. Un véritable
delirium où l’ambassade est accusée de traiter la diaspora de congolais de
seconde zone. Le clan, la famille présidentielle, la corruption, le népotisme
le manque de démocratie et de liberté, etc., tout y passe. Un véritable
massacre à la tronçonneuse ! Leyinda, qui
visiblement n’a pas été briefé avant, a brillé par des déclarations à
l’emporte-pièce. Il intervenait dans tous les sens. On aurait dit, qu’il voulait
vraiment se défouler. Lipua-Lipua !
Après
les avoir gentiment écouté, les autorités congolaises ont récupéré leur
mémorandum avec la promesse de le transmettre à qui de droit, selon la formule
consacrée. C’est sur ces civilités que Mafimba et Leyinda sont allés rejoindre leur fan club. A 17 heures, plus
un seul manifestant n’était visible aux abords de l’ambassade. Sachant que la
veille -le 8 juin-, la campagne officielle pour les élections législatives
avait été lancée dans toutes les circonscriptions du Congo-Brazzaville,
y compris dans le Pool, la revendication émise par Mafimba-Motoki
et ses amis de reporter lesdites élections, transpirait le coup de bluff qui n’avait
pour unique objectif : donner une tribune aux promoteurs de cette
mobilisation.
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A
en croire leurs proches, le coup était plutôt bien réussi. Malgré le peu de manifestants,
les organisateurs étaient malgré tout, satisfaits du dialogue qu’ils avaient
réussi à établir avec les diplomates de leur pays. Un désir de dialogue avec le
pouvoir en place, plaideront certains des manifestants, toujours les mêmes
qu’on retrouve dans tous ces rassemblements. Elles sont aujourd’hui gagnées par
la lassitude. Pourquoi une telle démobilisation ?
Dans
le passé, on avait connu les marches menées par les militants de Magenta pour
protester contre les violences imprimées par le régime du Président Lissouba contre les populations civiles. Après, on a assisté
aux mobilisations de l’opposition congolaise lors des affrontements sanglants de
décembre 1998 ; ensuite, on a vu les salles de conférence pleines à craquer
de congolais venus de tous horizons disserter et débattre sur les questions ayant
trait à la cessation des hostilités et la paix au Congo, etc. Aujourd’hui, la
démobilisation a atteint tous les milieux.
Que
l’on soit de l’opposition ou proches de l’actuel pouvoir, les marches et les manifestations
politiques ne font plus recettes. Plusieurs raisons expliquent cela. La plupart
des ténors de l’opposition sont tous, rentrés au pays prendre part au débat national.
D’autres diront que les thèmes de mobilisation sont de plus en plus ronronnants
et ne portent plus sur les enjeux du moment. Une autre raison, tient au manque d’entrain de la part des militants proches du MCDDI
qui étaient très souvent aux premières loges de la contestation contre le
pouvoir de Sassou, lorsque leur mentor et leader
charismatique Bernard Kolélas était encore en exil. Depuis
que ce dernier a rallié le clan du pouvoir de Brazzaville, une chape de plomb
s’est abattu sur cette opposition dont les plus motivés se recrutaient dans les
milieux Kongo-Lari. Ceci n’expliquant certainement pas
tout, il manque néanmoins, un cheval pour tracter le foin qui devait alimenter
l’opposition en idées et moyens financiers.
En
effet, ceux des leaders de l’opposition qui disposaient d’un peu de pécules pour
s’acheter les manifestants à leur cause personnelle, se sont essoufflés.
L’argent ne réglant pas tout, ils ont jeté l’éponge. Tamis derrière leurs
associations, le CERDEC et TELEMA, Norbert Moungounga
Nguila et Benoît Koukébéné,
pourtant présentés comme des hommes immensément riches, grâce aux fortunes
accumulées à l’époque où ils servaient le pouvoir du Président Lissouba, n’ont pas réussi à restructurer ni leur propre
parti, l’UPADS ni à réorganiser et soutenir
financièrement l’opposition en exil. Cette opposition paye-t-elle, le prix de l’égoïsme
de ces deux personnalités qui détenaient par devers eux, le « nerf de la guerre » (l’argent) ?
Ils ont préféré, au contraire, mettre leurs moyens financiers au service de leurs
propres ambitions personnelles.
Les
Congolais sont lassés et blasés. Beaucoup sont fatigués par dix ans d’exil et
d’affrontements. Ils n’en peuvent plus et n’espèrent que d’une chose :
rentrer au pays quitte à aller faire allégeance. Peu importe. Qui aurait cru
que le Professeur Makouta-Mboukou, puisse circuler
librement à Brazzaville après avoir écrit toutes les énormités sur Sassou et le pouvoir « Nordiste » qu’il incarnait, d’après lui ? Dans ce lot de
contestataires indécrottables, il en restera toujours quelques
jusqu’au-boutistes qui, pour faire parler d’eux, voudront pousser le vice
jusqu’à entraîner la meute d’aigris frustrés par l’exil, à venir dégrader
l’image du Congo. Au lieu de s’opposer au pouvoir, idées contre idées, projets
contre projets, ils sont en train d’inventer une nouvelle forme d’opposition :
l’opposition communicationnelle et médiatique qui se fait par voie de presse ou
via Internet.
Aujourd’hui,
c’est un regard lucide qu’il faut porter sur ce qui tient lieu encore d’opposition
congolaise en exil. Il s’agit de quelques agités qui produisent ici et là des
pollutions sonores pour se faire entendre. Une nuisance qui n’est perceptible
que sur le Net. Ce n’est pas parce que deux ou trois sites étiquetés proches de
l’opposition auront martelé et relayé quelques manifestations contre le pouvoir
de Brazzaville que l’opinion doit s’imaginer que ceux qui sont derrière cette
« Web pollution », peuvent
faire tanguer les institutions de la République. Ainsi va la « Web opposition » qui déferle sur le
Net. En attendant la prochaine manifestation, que vont-ils encore inventer pour
se faire une nouvelle publicité ? S’opposer ne paye plus. Le temps est venu d’aller
reconstruire le pays avec les autres. Le pouvoir sait désormais qu’il a en face
de lui, une opposition virtuelle. S’il ne veut pas avoir affaire à ses Spams, il ne doit ni la négliger ni la mépriser et encore
moins, l’humilier !
P.SONI-BENGA.