Coup de projecteur sur Thierry Moungalla
Portrait d’un ministre qui monte !

Par décret présidentiel n°2007-615 du 30 décembre 2007, Thierry Moungalla a été nommé Ministre des Postes et Télécommunications chargé des Nouvelles technologies de l’Information et de la Communication par le Chef de l’Etat. Un choix qui a surpris le principal concerné, mais pas les observateurs attentifs de la vie politique congolaise. Thierry Moungalla, né le 15 avril 1965 à Paris, est l’un des jeunes politiciens qui a connu une ascension fulgurante au cours de ces dix dernières années. Titulaire d’un Diplôme d’Etudes Supérieures et Spécialisées (DESS) en gestion des ressources humaines à Paris, Thierry Moungalla est juriste de formation. C’est un intellectuel rigoureux qui a touché à presque tous les dossiers sensibles de l’Etat depuis 2004. Son parcours est des plus spectaculaire.

Séduisant par sa rhétorique claire et son esprit d’à-propos, c’est un redoutable polémiste au parcours de premier de la classe. En 2002, lorsque le candidat André Milongo s’était retiré de la compétition électorale, nous avions eu l’honneur de le rencontrer au domicile privé de Mafouta de l’ancien Premier Ministre. A l’époque, Thierry Moungalla était son Directeur de campagne. Voici comment nous le décrivions : « Précis comme un ordinateur et parlant comme un métronome qui saccade chaque mot avec une précision de laser pour convaincre la presse de la justesse de la décision de son patron à jeter l’éponge, Moungalla jouera à merveille son rôle de « chauffeur de salle » avant l’entrée en scène de son mentor. Maître de cérémonie, une mission qui sera plus périlleuse que celle d’un funambule d’autant plus qu’il devait surfer entre Laurentine Milongo, l’épouse du candidat, et M. Diafouka, l’un des conseillers volubiles de Milongo. A chaque fois que Thierry Moungalla prenait la parole pour développer un argumentaire technique ou juridique, le duo lui opposait des arguments terre-à-terre, espérant ainsi faire pencher la balance des journalistes de leur côté ».

L’article était intitulé : « Qui a pillé la résidence de Milongo ? »

De l’ombre à la lumière !

Thierry Moungalla s’est fait remarquer en 2002 comme Directeur de campagne de l’ancien Premier Ministre Milongo, dont il se sépare par la suite pour raisons de convenance personnelle. En 2002, lorsque le nouveau pouvoir arrive aux commandes, il demande à tous les états-majors des partis politiques, y compris celui de l’Udr-Mwinda, de lui communiquer les noms des cadres qui pouvaient être positionnés dans les structures de l’Etat. Ce qui fut fait. Comme par hasard, le nom de Thierry Moungalla ne figure pas dans la liste des nominés. Il est « zappé », oublié par la direction du parti. Oubli fâcheux ? Après ce petit passage à vide qui le ramène quelques jours en France, il repart aussitôt à Brazzaville pour « labourer » le terrain électoral. La stratégie va payer. Il est récupéré en 2004 à la présidence de la République , en qualité de Conseiller spécial du Chef de l’Etat. Après une première aventure électorale en 2002, soldée par un échec, où il s’était frotté au Docteur Marcel Guitoukoulou de Consensus Citoyen, avant d’être battu par son actuelle collègue du gouvernement, Madame Emilienne Raoul,  il revient à la charge cinq ans plus tard. En 2007, face à un candidat du MCDDI personnellement soutenu par Bernard Kolélas, Thierry Moungalla est élu député de Mfilou, au 2ème tour des élections législatives.

A cheval entre les pays du Niari et le Pool par son ascendance, il est un fin connaisseur des milieux de l’opposition congolaise, surtout de France, marquée très souvent du sceau des intérêts ethniques. Avec sa nomination, il va devoir surfer entre son propre cousin Benjamin Moutsila, qui préside aux destinées d’une mystérieuse Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), et un autre parent, gendre celui là, qui n’a cessé de porter les attaques les plus cruelles contre Sassou Nguesso, depuis le déclenchement de la guerre civile du 5 juin 1997.

Le premier parent est un extrémiste de la première heure qui s’était associé avec Maître William Bourdon de l’ONG Sherpa, pour poursuivre en France le Chef de l’Etat Congolais pour « recel de détournement de deniers publics », une plainte classée sans suite par le parquet de Paris, en novembre 2007. Le second, qui cultive l’ethnophobie comme une vertu, a vu ses relents tribaux s’émousser quelque peu depuis que son mentor, Bernard Kolélas, a rejoint le camp de la majorité au pouvoir. C’est dire que les prochaines retrouvailles familiales, sur les hauteurs de la ville de Jeanne d’Arc, risquent d’être très mouvementées.

C’est sa lecture objective des rapports de force politique, couplée à son engagement pour les valeurs de la République au détriment de celles de l’ethnie, qui a fait de Thierry Moungalla la cible privilégiée des esprits rétrogrades qui distillent la haine tribale. Certainement jaloux de son ascension aux côtés du chef de l’Etat, dont il s’est révélé au fur et à mesure être un des plus précieux conseillers, ses anciens amis de l’UDR/Mwinda, qui gèrent le site éponyme www.mwinga.org, n’ont eu de cesse de le caricaturer en traître, voire en opportuniste. En rappelant notamment à ses vieux souvenirs qu’il fut un des rédacteurs de ce site controversé, à l’époque où il fut un proche collaborateur de feu André Milongo.

On se rappelle sans doute l’implication de Thierry Moungalla dans le fameux dossier des fonds vautours, dans lequel il s’est investi corps et âme, de Brazzaville à Pointe Noire, pour dénoncer et démonter des pratiques de prédation menaçant gravement les intérêts pétroliers du Congo. Son appel à un sursaut patriotique, entendu de l’opinion nationale, a réussi à contrebalancer, au moins au plan interne, la campagne d’intoxication de Global Witness sur la dilapidation de la part des revenus pétroliers revenant à l’Etat, animée principalement par les « valets locaux » nichés dans la « Coalition Publiez Ce Que Vous Payez ». En tête, Christian Mounzéo et Brice Mackosso, aujourd’hui membres du comité exécutif EITI.

Proche du Pdg de la Société Nationale des Pétroles du Congo (SNPC), Denis Marie Gokana, Thierry Moungalla possède une bonne connaissance du dossier de la commercialisation du pétrole congolais et de ses implications politico- juridiques. C’est ce qui a tout naturellement poussé à son choix en qualité de membre du comité exécutif de l’EITI, où il siégeait jusqu’il y a peu comme membre actif, dans le quota de la présidence de la République.

On se souvient également de son passage très remarqué sur la chaîne 3A Télésud, où il avait  surclassé et humilié ses contradicteurs en leur démontrant l’inanité de la plainte de l’association Sherpa de Maître William Bourdon et du FCD de Benjamin Moutsila. Quelques mois après, la justice française abondait dans son sens et classait sans suite cette plainte ridicule de « recel de détournement de biens publics » contre les présidents Sassou et Bongo, entre autres. Cette émission mémorable finit par le révéler à l’opinion internationale. On comprend dès lors pourquoi le jour de la passation de service avec son successeur, le ministre  Gabriel Entcha-Ebia a eu ces mots pour qualifier la nomination de Thierry Moungalla : « Le Chef de l’Etat ne s’est pas trompé » !

Par son ascension fulgurante, Thierry Moungalla constitue un exemple vivant de la chance offerte à tous les Congolais possédant une compétence de servir leur pays, en même temps qu’il est une illustration de la tolérance et de l’esprit d’ouverture du Chef de l’Etat envers ses compatriotes, surtout les jeunes, quel que soit leur passé politique. Thierry Moungalla est passé de l’ombre à la lumière. Il ne sera plus à « L’ombre des flamboyants », le nom de son blog, même s’il a promis de continuer à le tenir à jour !

Ayant bénéficié de la main tendue du Chef de l’Etat, Thierry Moungalla, aujourd’hui aux affaires, doit également tendre la main aux autres jeunes, y compris à ses anciens compagnons de l’UDR/Mwinda, pour peu qu’ils soient disposés à mettre leur savoir-faire au service de la République , car celle-ci est une et indivisible.

Voici donc Thierry Moungalla à la tête du ministère des Postes et Télécommunications, en charge des NTIC. L’homme est incontestablement outillé pour le boulot. Au niveau du casting, le PCT semble véritablement avoir misé sur de jeunes technocrates lors du dernier remaniement.

Sur son Blog (http://cedricmoon.oldiblog.com/), un outil très NTIC, le tout nouveau ministre des Postes et Télécommunications a déjà décliné les tâches essentielles qui l’attendent. Dans l’ordre des priorités, il écrit notamment : « […] Il conviendra que nous mettions le ministère en situation de gérer le saut dans le cybermonde […] ; nous devrons rapidement trancher le nœud gordien de la fibre optique […] ; nous porter rapidement au chevet de notre opérateur en télécommunications historique, la Société des Télécommunication du Congo (SOTELCO) […] ; la consolidation du redressement de la SOPECO (Société des Postes et d’Epargne du Congo) … ». Déjà, le défi d’une baisse significative des tarifs de communication et l’amélioration de la qualité de service fourni par les opérateurs de téléphonie mobile est en passe d’être relevé, pour le plus grand bonheur des Congolais. Bon vent, Monsieur le Ministre !

P.SONI-BENGA

& Prosper MOKABI DAWA