Et si
André Milongo avait réussi à la transition,
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L’histoire
revisitée : Une nouvelle grille de lecture sur les drames politico-ethniques qui ont frappé le Congo.
Le
11 mars 1991, la Conférence Nationale Congolaise se proclame « Souveraine ». Le décret n°91/015 du
9 février 1991 signé par Denis Sassou Nguesso convoque la Conférence le 25 février 1991. Le 11 mars à la suite de fortes pressions, la
Conférence Nationale devient « Souveraine »,
donnant ainsi à des individus non élus le droit de s’arroger le monopole de la
gestion et la modification à leur guise des institutions de la République, tout
en s’attribuant une pureté politique. C’est donc dans ce contexte d’opacité
institutionnelle que survient la nomination du Premier ministre devant conduire
la transition. Plusieurs candidats sont en lisse et deux se détachent du lot.
Il s’agit de Pascal Lissouba et André Milongo.
Ainsi, deux camps s’opposent lors de la désignation du 1er Ministre de transition. D’un côté, les Forces de Changement et de Progrès ; et de l’autre l’Alliance Nationale
pour la Démocratie. Autour de la candidature de André
Milongo se coalisent les Forces de Changement et de
Progrès dont le MCDDI est le véritable pivot, où l’on n’y trouve également une majorité d’associations et de personnalités d’ethnie Kongo. Du côté de la candidature de Pascal Lissouba, les forces qui le soutiennent se regroupent au sein de l’AND
(Alliance Nationale pour la Démocratie), dont le PCT de Sassou Nguesso joue le rôle managérial, préoccupé par sa survie
politique et en quête de protection contre la férocité des attaques des
partisans de Kolélas. Du point de vue de la
cartographie ethnique, toutes les personnalités qui soutiennent Pascal Lissouba ou les associations et partis politiques qui le
font, sont, hormis le PCT à qui on prête une base électorale dans le Nord du
Congo, sont tous originaires des régions de la Bouenza,
du Niari et de la Lékoumou.
En revanche, ce sont exclusivement les originaires du département du Pool qui
apportent en grande partie leur soutien à André Milongo.
Solidarité ethnique oblige !
Le Président de la
République ne sortira pas des assises de la Conférence Nationale !
A la Conférence Nationale, deux candidats de taille pour deux stratégies différentes.
Les deux stratégies vont sopposer. La première, cest celle qui coalise les partisans de Lissouba à ceux de Sassou. Ce rapprochement vient recréer l’union sacrée des
années cinquante de la période des indépendances qui avait regroupé le GPES
(Groupement pour le Progrès Economique et Social) de Simon Pierre Kikounga Ngot, avec le MSA
(Mouvement Socialiste Africain) de Jacques Opangault.
Sassou et Lissouba avaient
des raisons d’unir leurs forces. Leurs adversaires, pour cause de règlement de
compte, - gestion politico – militaire - pour Sassou
assassinat de Lazare Matsocota qu’une partie des conférenciers
imputaient la responsabilité à Lissouba, avaient
décidé de les enterrer politiquement ! Sassou et
Lissouba n’avaient pas d’autres issues que de se
coaliser pour éviter la vindicte populaire.
C’est fort de cette cartographie politicienne, que les soutiens de André Milongo s’organisent pour l’élire au poste de Premier Ministre. Ils ont à cœur de battre Lissouba et d’éjecter Sassou de la présidence de la République. N’est-il pas celui qui a organisé le retour de Lissouba au Congo, promis le poste de Premier Ministre en vue de redorer le blason d’un pouvoir à bout de souffle ? Comme les coups d’états et autres coups de force menés jadis pour prendre le pouvoir, n’ont rien donné, il fallait contourner cette difficulté en s’imposant majoritairement au sein du
Parlement. Doù, la présence de nombreuses associations et individualités qui avaient un
compte à régler avec lancien régime. Elles vont organiser le «
noyautage » de la Conférence Nationale et des instances. Tout au
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long des débats, certains conférenciers vont tout faire pour faire porter la responsabilité du triple assassinat de Pouabou, Massouémé et surtout de Matsocota à Pascal Lissouba ;
question de le disqualifier à la course vers la primature. Malgré ses
dénégations publiques, l’union sacrée pour
l’affaiblir réussira à merveille.
L’élection
au poste de Premier Ministre était capitale. Le Premier Ministre disposait de
tous les leviers politiques et militaro-économiques. Entre
ses mains se concentraient tous les pouvoirs. Les conférenciers vont arriver à
dépouiller sans tirer un seul coup de feu, le Chef sortant de toutes ses
prérogatives. En fait, c’est le lobby ethnique surreprésenté à la conférence
nationale qui va jouer le tout pour le tout pour faire en sorte que le Premier
Ministre puisse concentrer l’essentiel des pouvoirs entre ses mains. Chef du gouvernement,
chef des armées, le Premier Ministre de présidait le Conseil des Ministres. En
plus, il nommait aux hautes fonctions civiles et militaires par décret pris en conseil des ministres. Il avait
également le pouvoir de mettre en mouvement les troupes après avis du Conseil
Supérieur de la République (Le Parlement de transition). Il nommait et
proposait au Président de la République les autres membres du gouvernement où
il pouvait mettre fin à leur fonction, dirigeait l’action du gouvernement et
assurait, enfin, l’exécution des actes de la Conférence Nationale. Pour civil
qu’il était, il était le seul responsable de la défense Nationale !
Comme
on le voit, l’enjeu était de taille au regard des responsabilités et des
pouvoirs dont disposait le Premier Ministre de transition. Ce sont les Forces
de Changement et de Progrès qui vont rafler la mise en élisant à la primature,
leur poulain, André Milongo, un ancien administrateur
à la Banque Mondiale qui avait séjourné des années durant hors du pays. Celui
qui ne connaissait ni les hommes, ne comprenait encore moins, les stratégies
qui étaient élaborées pour le faire élire, au moment de rendre l’ascenseur aux généreux parrains dont le plus volubile
fut Bernard Kolélas, sera englué dans un marchandage
d’où il sortira affaibli à l’heure des récompenses. Patron incontesté des
quartiers sud de Brazzaville et leader charismatique de la région du Pool,
Bernard Kolélas réalisait à travers l’élection de Milongo à la primature, son rêve d’accéder enfin, à la
magistrature suprême. André Milongo devait chauffer la
piste pour que Kolélas monte sur le trône. La rumeur
de l’époque ne disait-elle pas que Bernard Kolélas
gérait le pays depuis son fief des quartiers sud ?
Tout à coup
patatras !
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« Souvenez-vous Monsieur le Premier Ministre,
écrit Bernard Kolélas, du jour où nous nous sommes entretenus à votre domicile actuel, lorsque
je vous proposais de vous soutenir avec mon parti et ses amis, à l’élection du
Premier Ministre de Transition. Je vous avais clairement dit ma volonté de me
présenter aux élections présidentielles. Vous aviez accepté et aviez clairement
promis de me soutenir à cette élection ». Il s’agit de la lettre
adressée à André Milongo le 7 mai 1992 par Bernard Kolélas pour lui rappeler, à quelques jours des échéances
présidentielles de 1997, les conditions de son soutien à la primature.
Malheureusement, André Milongo qui vient de goûter
aux délices du pouvoir, refuse de respecter l’engagement vis-à-vis de son
partenaire Bernard Kolélas. Il décide de passer
outre. Prenant ainsi, le risque de poser l’acte historique le plus
préjudiciable pour le Département du Pool. Il ôte toute chance à un candidat du
Pool d’être élu à la présidence de la République ! Par cet acte, non
seulement Milongo éparpille les voix du Pool, émiette
l’électorat, provoquant l’échec électoral du candidat ayant le plus de chance
d’être élu. A cause de cette boulimie, le Pool perd le pouvoir ; relançant
par la même occasion, les antagonistes ancestrales qui ont toujours existé entre
les Kongo et les Laris !
Pourtant,
élu à la primature, André Milongo est encouragé à
humilier Sassou Nguesso avec
l’appui des Forces de Changement et de Progrès. Il oublie les missions qui lui
étaient assignées par la conférence nationale, à savoir : faire appliquer
les 300 actes pris par les conférenciers ; prendre toutes les mesures
politiques pour engager, dans la transparence, le processus électoral qui
devait aboutir à la mise en place des institutions définitives du pays ;
œuvrer à la stabilisation de la situation économique ; travailler à la
restauration de l’autorité de l’Etat. Malheureusement, il poussera le bouchon
jusqu’à aller provoquer une crise politique au sommet de l’exécutif. En effet,
le 15 août 1991, date du 31ème anniversaire de l’indépendance du
Congo, le Président de la République, n’assiste pas pour la première fois dans
l’histoire du pays, au défilé commémorant cet événement au Boulevard des
Armées. La cause ? La veille de ce 15 août, le frère du Chef de l’Etat, Maurice
Nguesso et l’ancien Ministre des Finances Justin Lekoundzou Itihi Ossetoumba sont mis au dépôt. A la veille de la fête de
l’indépendance où les fils et les filles du pays se retrouvent pour communier
ensemble, André Milongo choisi ce 14 août pour humilier
encore un peu plus Sassou Nguesso.
Fier d’avoir réussi son coup, Guy Menga ancien
Ministre de la Communication de Milongo n’a pas caché
sa satisfaction. Il le relate sa jubilation dans l’ouvrage qu’il commet juste
après la fin de la Transition. Il écrit : « La preuve est faite que nul ne peut se croire indispensable et que le
temps des pères de la Nation qu’il fallait dorloter appartient désormais au
passé ». (Guy Menga : « Congo : la transition escamotée ».
L’Harmattan, Paris 1993).
Si
on devait dresser le bilan de cette transition, on peut affirmer sans se
tromper que sur les 300 actes, le seul que le gouvernement de Transition ait
pris la peine de mettre en application, fut celui d’incarcérer le frère aîné du
Chef de l’Etat et un membre éminent du PCT, non sans avoir procéder à une
campagne d’épuration des cadres et officiers supérieurs proches du parti
unique. La République des revanchards avait repris ses droits ! Force est
donc de constater que rien de tout ce qui avait été demandé, par les conférenciers
qui agissaient pourtant, en toute souveraineté, n’a été atteint. Amateur, André
Milongo, le fut. Homme politique brouillon, le
Premier Ministre de Transition l’était aussi. La façon avec laquelle il géra la
rumeur d’un pseudo coup d’état, démontre qu’il n’avait pas la tête de l’emploi.
Echec sur toute la
ligne ?
Sur
le plan de l’autorité de l’Etat et son rétablissement, c’est André Milongo qui inaugurera avec les résultats que l’on sait, la
déliquescence de l’Etat. Les premières barricades que connaîtront le Congo et
sa capitale Brazzaville, le seront dans les quartiers sud lorsque ses partisans
vont décider de prendre d’assaut cette partie de la capitale pour le protéger
contre une pseudo tentative de coup d’état qui aurait été fomenté par le Chef
d’Etat Major de l’époque, le général Jean Marie Michel Mokoko.
Le Professeur Obenga, sans caricaturer la gestion du
Premier Ministre de Transition, constate amèrement que : « Bouchons, contrôles, douanes, arrêts
fouilles, etc., sont nés des premières barricades, en 1992, André Milongo était Premier Ministre ». Ayant donné goût
aux jeunes de recourir aux barricades et autres actes de vandalismes pour
protéger le pouvoir, en 1993, lorsque le Président Lissouba
se frotte à Kolélas, les jeunes de Bacongo et Makélékélé ne vont pas
se faire prier pour bloquer les quartiers Sud, les mettre sous contrôle et
prendre les institutions de la République en otage !
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Sur le plan économique, un audit sur la gestion financière et pétrolière du régime avait été demandé par les conférenciers. Le Premier de Transition devait lexécuter. Que fit-il ? En juillet 1991, lorsquil se rend en France et trouve porte close auprès des officiels français, il va étaler ce couac diplomatique dans les médias, notamment dans le quotidien Le Figaro et la chaîne de télévision privée La Cinq. La communauté congolaise saura à travers ces deux médias, les
raisons de la visite du Premier Ministre congolais et l’échec de celle-ci que certains
ont vite fait d’attribuer la paternité à Sassou Nguesso.
D’audit
sur la gestion pétrolière sous le mono, Milongo aura
vite fait de l’enterrer. Cette demande des conférenciers de voir claire dans la
gestion des ressources pétrolières du pays sera mise sous le boisseau par celui
qui se faisait passer pour le cheval blanc de la lutte anti-corruption, malgré
le recours en trompe l’œil d’un cabinet d’audit américain pour contrôler les
comptes de la compagnie Elf-Congo. A-t-il enterré ce
dossier sous la pression de la compagnie Elf ? A-t-il été corrompu comme
l’a démontré le documentaire du magazine Capital diffusé par la chaîne privée
française M6 au titre évocateur : « Qui a volé les millions de Elf ? ». Il était question
dans ce reportage des dessous de tables que Milongo aurait
perçu de la part des responsables de la compagnie Elf-Aquitaine
pour l’empêcher de continuer son audit. Dans les milieux proches de l’ancien
Président Lissouba, on n’hésite pas à dire que ce
dernier avait découvert, lorsqu’il arrive à la présidence de la République, que
Milongo avait touché des dessous de tables d’Elf-Congo pour acheter son silence. Il aurait piqué une
colère noire. Une colère si noire, qu’il l’aurait transformé en deal. Ce qui
expliquerait sa désignation et son élection à la présidence de l’Assemblée ;
d’où sa tiédeur lors des événements sanglants de 1993. Le Président Lissouba disposait d’une arme de dissuasion efficace pour
acheter le soutien de Milongo ?
Pour
compléter le dossier des imperfections liées à cette transition conduite par le
Premier Ministre de Transition, rappelons que la Constitution de mars 1992, au
titre de son article 179, exigeait que la mise en place de toutes les
institutions soit faite avant la fin de la transition. Le titre XVII des
dispositions transitoires et finales dispose en son article 179 que : « Les institutions de la République prévues
par la présente Constitution seront mises en place à la fin de la période de
transition conformément à l’article 89 de
l’Acte Fondamental. La durée de leur mandat court à partir de leur mise
en place définitive. Le Président de la République, le Conseil Supérieur de la
République et le Gouvernement de Transition continueront d’exercer leurs
fonctions jusqu’à l’installation des institutions nouvelles conformément à
l’article 88 de l’Acte Fondamental. Les attributions conférées au Conseil
Constitutionnel par les dispositions contenues dans le titre X seront exercées
jusqu’à la mise en place de ce Conseil par la Cour Suprême ».
La vérité, si je
mens !
Comme
on peut le constater, en dehors de l’élection du Président de la République au
suffrage universel, des députés et sénateurs, les autres institutions
démocratiques qui étaient prévues par la Conférence Nationale n’avaient pas été
mises en place avant le 5 juin 1997, date du déclenchement du conflit armé qui opposa
Denis Sassou Nguesso au
Président Lissouba. Le Conseil Supérieur de la
République, Parlement de transition, à qui devait échoir le pouvoir d’installer
ces nouvelles institutions et de recevoir le serment du nouveau Président de la
République, le fera sans que les autres institutions n’aient été définitivement
installées. Ainsi, le Conseil Constitutionnel – auquel la Constitution avait
donné le pouvoir de veiller à la régularité de l’élection du Président de la
République (Art.143) ; de statuer en cas de contestation sur la régularité
des élections législatives et locales (Art.144) ; de s’assurer de la
régularité des opérations de référendum et de proclamer les élections (Art.145)
– ne fut installé, à la hussarde au domicile du Président de l’Assemblée, André
Milongo, que le 17 juillet 1997 en plein conflit
armé, juste avant la fin du mandat présidentiel !
A
l’approche de l’élection présidentielle de juillet 1997, et face à ces
manquements, en février 1997, à l’initiative de dix-huit partis politiques de
l’opposition, - PCT, MCDDI, UP, RDPS, etc., - un mémorandum intitulé « Mémorandum sur l’élection présidentielle de
1997 » est adressé au Président Lissouba. Les
auteurs du mémorandum demandent, outre, la mise en place d’une Commission
électorale indépendante, la transparence de l’élection présidentielle de
juillet 1997, de parachever le processus de mise en place des organes institutionnels
tels que définis par la Conférence Nationale. D’ailleurs, à propos de la
Commission nationale électorale indépendante, Moungounga
Nguila conseillait au Président Lissouba
de « ne pas s’engouffrer dans le
guet-apens […] d’une commission électorale autonome et indépendante du
gouvernement ». Son Premier Ministre, David-Charles
Ganao, surenchérissait : « ces commissions sont généralement
irresponsables ». Parce qu’il était à la tête d’un gouvernement
responsable, le Président Lissouba, se demandait si
les membres de cette commission devaient venir « de la planète mars ? »
Ainsi, à la demande de parachever la mise en place de toutes les institutions de la
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République, le Président Lissouba n’a rien trouvé de mieux
que d’interpeller les autorités de la transition de l’époque, en particulier
André Milongo. Abondant dans le sens du Président Lissouba, le Collège des Présidents de la Majorité
Présidentielle, -UPADS, RDD, PCR, UDPS, UFD, AND, UPR -, publie un contre -
mémorandum en date du 28 mars 1997 dans lequel, il somme les autorités de la
transition, d’expliquer pourquoi ils ne s’étaient pas conformés à la
Constitution de mars 1992 ?
C’est
pour réparer cette erreur qu’en pleine guerre du 5 juin, la résidence privée du
Président de l’Assemblée Nationale à Mafouta, est
prise d’assaut par quelques Députés et Sénateurs de la Majorité Présidentielle.
Le Parlement se réuni, dit-on, en Congrès pour recevoir le serment des membres
du Conseil Constitutionnel. Dix-huit parlementaires sur cent quatre vingt-huit
seulement, prennent part à ce conclave, malgré l’avalanche d’obus qui s’abat
sur les quartiers populaires de Brazzaville. Un pays en guerre et une ville
coupée en deux, les parlementaires Congolais sous l’impulsion du Président de
l’Assemblée, André Milongo, se retrouvent pour
organiser l’habillage institutionnel qui doit proroger le mandat du Président Lissouba.
Ainsi,
conformément à leur feuille de route, le 17 juillet 1997, les membres du
Conseil Constitutionnel prennent la seule et unique décision, la décision
n°001/97 de proroger le mandat présidentiel : « […] le Président de la République maintenu en fonction conserve
l’ensemble de ses prérogatives constitutionnelles ». L’article 3 de ladite
décision précise : « En conséquence,
le Président en exercice garant de la continuité de l’Etat : demeure en
fonction jusqu’à la passation des pouvoirs avec son successeur élu au suffrage
universel direct ; conserve tous ses prérogatives constitutionnelles » !!!
En
conservant tous ses prérogatives, le Président Lissouba
en profite pour nommer Bernard Kolélas au poste de
Premier Ministre en contradiction de l’article 75 de la Constitution de mars 1992
qui lui fait obligation de nommer un Premier Ministre issu de la majorité
parlementaire. Dans le cas d’espèce, il ne revenait pas à un membre fut-il
éminent de l’opposition de surcroît, issu de l’alliance MCDDI/PCT - minoritaire
à l’Assemblée- de prendre la tête du gouvernement. Kolélas
n’ayant pas rompu son alliance avec ses partenaires du PCT qui étaient loin
d’être majoritaires dans l’hémicycle, n’avait pas la tête de l’emploi. Sauf
si,…
Comme
on le voit, cette nomination au poste de Premier Ministre de Kolélas, loin de venir apaiser les tensions entre les deux
belligérants, va, au contraire exacerber les tensions au point de pousser les
partisans du nouveau Premier Ministre, Bernard Kolélas,
à prendre fait et cause pour le Président Lissouba.
Les conséquences désastreuses que toute la communauté nationale déplore
aujourd’hui, tirent une partie de leurs origines de ces errements
institutionnels.
Raisonnons
par l’absurde. Si Milongo avait installé le Conseil
Constitutionnel avant le terme de la transition, le Parlement n’aurait pas été
réuni en Congrès –dix jours avant le 1er tour de l’élection
présidentielle- pour recevoir le serment des membres du Conseil
Constitutionnel ; le mandat du Président Lissouba
aurait pris fin au terme légal, le 31 août 1997 ; le Président du Sénat,
Augustin Poignet, au titre de l’article 70 de la Constitution de mars 1992,
aurait assuré la transition jusqu’à l’élection du nouveau Président de la
République pour cause de vacance du pouvoir ; le Président Lissouba n’aurait pas conservé tous ses prérogatives et
donc, n’aurait pas nommé Bernard Kolélas au poste de
Premier Ministre, et celui-ci n’aurait pas envoyé ses Ninjas
attaquer les positions des Forces Démocratiques et Patriotiques (FDP) sur les
hauteurs de Mont Barnier où le célèbre Ninjas, Herbert Massamba trouvera
la mort à la suite des combats. Peut-on se permettre de récrire l’histoire de
ce drame Congolais avec des « si »
et des « mais » ?
Une
chose est au moins sûre, rien n’a été fait de telles sortes que ces drames ne puissent pas se produire. Au-delà
du devoir de mémoire, de la volonté partagée de se réconcilier, un désir de
vérité s’impose pour diluer la douleur et apaiser les rancoeurs qui rongent
encore les cœurs des Congolais. Le pardon doit précéder la paix et, nul ne doit
faire l’économie d’une catharsis !
P.SONI-BENGA.