Quand le Chef de l’Etat Congolais se fait courtiser par le tout Paris politique

Pleins feux sur le dernier séjour de Denis Sassou Nguesso à Paris !

 


Les Présidents SARKOZY et SASSOU-NGUESSO (sce afp)

Le Chef de l’Etat Congolais, Denis Sassou Nguesso, est arrivé très tôt ce mercredi 4 juillet à Paris. En provenance du Ghana où il a assisté, à Accra, au 9ème Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine (UA). Voulu historique, ce sommet, on le sait, s’est soldé par un demi-échec, à cause des désaccords persistants entre les « Gradualistes » et les « Tout, tout de suite » pour les Etats-Unis d’Afrique. Un compromis « a minima » a été trouvé pour faire aboutir dans un terme raisonnable, le projet cher au Président libyen Mouammar Kadhafi de mise en place immédiate d’un Gouvernement et d’un Parlement africain et d’une Monnaie unique pour toute l’Afrique.

 

Il faut le souligner, Sassou est venu en France pour une visite de travail prévue de longue date. Quatrième Chef d’Etat africain à être reçu par Nicolas Sarkozy depuis son élection en mai 2007 à la présidence de la République française, Sassou a été précédé à l’Elysée par deux Chefs d’Etat africains anglophones et le Doyen des Chefs d’Etats africains, le gabonais Omar Bongo Ondimba. Sassou-Nguesso fait donc partie du cercle très restreint des Chefs d’Etat africains qui ont eu l’insigne honneur de rencontrer, moins de deux mois seulement après son élection, le remplaçant de Jacques Chirac à l’Elysée. Une preuve de plus de la considération ou de la nette volonté de considérer le Congo comme un partenaire important de la sous-région Afrique centrale ?

Mercredi 4 juillet 2007, dans la matinée, Sassou-Nguesso foule donc le sol français. A peine prend-il ses quartiers à l’hôtel Meurice qu’un comité d’accueil, composé de quelques agitateurs parisiens, le devance devant l’Ambassade du Congo à Paris, au 37 de la Rue Paul Valéry. D’après certaines sources, ces six pauvres manifestants qui attendent le Chef de l’Etat congolais veulent lui remettre des documents qui exigent l’annulation pure et simple du premier tour des élections législatives qui ont été organisées le 24 juin au Congo – Brazzaville. D’autres, au contraire, soutiennent que ces manifestants comptaient dire au président congolais tout le mal qu’ils pensent de la manière dont il conduit la politique du pays.

Ce sera peine perdue. En effet, pendant qu’ils faisaient ainsi le pied de grue devant l’Ambassade du Congo à Paris, sous une pluie battante, Sassou-Nguesso ouvrait le bal de ses audiences par la visite du ministre Français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, suivi de Michelle Alliot Marie, ministre de l’Intérieur, Jean Marie Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, et enfin Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l’UMP et Président du Conseil Général des Hautes Seine. Le PDG de TotalFinaElf, Christophe Marjory, sera quant à lui, reçu le lundi 7 juillet 2007.

 

Reçu par Nicolas Sarkozy avec tous les honneurs d’un Chef d’Etat

 


Les présidents SASSOU-NGUESSO et CHIRAC -(Sce Afp)

Le lendemain jeudi, aux environs de 18 heures, sur fond de musique exécutée avec maestria  par la fanfare de la garde républicaine, Denis Sassou Nguesso traverse la cour de l’Elysée, jusqu’au perron où l’attend son homologue français, Nicolas Sarkozy. L’accueil est très chaleureux, à l’image de la vigoureuse poignée de main qu’ils échangent et la longue accolade que les deux hommes s’accordent. Pour le public, pas de doute : il s’agissait là de  retrouvailles entre deux hommes qui se connaissent bien et s’estiment. En un mot, deux vieux amis ! N’en déplaise aux prédictions funestes ; ces oiseaux de mauvais augure de Paris et de Navarre, entre la France et le Congo, la rupture est dans la continuité !

Au nouveau président de la République française, Sassou a transmis un message simple. Il a demandé au président Nicolas Sarkozy de poursuivre les efforts consentis par Jacques Chirac, son prédécesseur, qui a pesé de tout son poids pour aider le gouvernement congolais à obtenir l’allègement de sa dette auprès des créanciers multilatéraux. A ce titre et grâce à son entregent, près de 3 milliards de dollars de dettes ont été effacées auprès du Club de Paris en décembre 2004. Sans parler de son plaidoyer en faveur d’une implication forte de la France dans les questions ayant trait à la paix et à la stabilité de l’Afrique, avec pour point d’orgue l’épineuse question du Darfour, dossier dont la gestion au quotidien a été attribué à Rodolphe Adada, ancien ministre congolais des Affaires étrangères nommé représentant conjoint de l’ONU et de l’UA chargé du déploiement sur terrain d’une force hybride.

Sassou n’était pas venu seul à Paris. Il y avait dans sa suite le nouveau ministre des Affaires Etrangères, Basile Ikouébé, le ministre à la Présidence chargé de la Coopération et de l’Action humanitaire, Charles Zacharie Bowao, dont c’était presque le baptême de feu à leur nouveau poste. Vieux routiers des voyages présidentiels, il y avait également aux côtés du président le ministre de l’Economie et des Finances, Pacific Issoibéka et le ministre d’Etat directeur du cabinet du Chef de l’Etat, Firmin Ayessa. Et pour jouer les entremetteurs de la délégation congolaise auprès des autorités françaises, l’ambassadeur du Congo en France, Henri Lopès.

 

Mais, de quoi je me mêle !

 

Au sortir de sa séance de travail, Sassou est raccompagné, selon les usages, sur le perron de l’Elysée par son homologue français, qui ne manque pas de le saluer chaleureusement. Aussitôt Sarkozy éclipsé, le Chef de l’Etat Congolais est face à la meute des journalistes. La presse voulait connaître les raisons de cette visite en France, qualifiée à haut risque, parce qu’une partie des ONG françaises a tout fait pour qu’elle n’ait pas lieu.

A peine Sassou avait-il fini de donner les raisons de son séjour de travail en France – félicitations pour l’élection de Nicolas Sarkozy, coopération bilatérale et crise du Darfour –, ne voilà t-il pas qu’un journaliste quelque peu « zélé » s’est cru autorisé à l’interroger sur la plainte qui a été déposée contre lui et certains de ses homologues africains pour « recel de biens immobiliers en France » par la Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD), et l’association Sherpa, dont le président, maître William Bourdon, est par ailleurs avocat de deux délinquants congolais impliqués dans une sordide affaire de détournement de subventions d’une ONG de Pointe Noire : Christian Mounzéo et Brice Mackosso.

La réponse de Sassou ne s’est pas fait attendre. « Si cette affaire n’avait pas quelques relents, disons de colonialisme, de néocolonialisme, de racisme et de provocation gratuite, on l’aurait sans doute laissé mourir de son propre poison », a-t-il dit. Loin de se satisfaire de cette réponse, le journaliste renchérit : « Les personnes qui ont porté plainte espèrent pouvoir récupérer les fonds avec la cession des biens qui se trouvent en France pour les rétrocéder aux Congolais. Donc vous qualifiez ça de racisme ? »

Face aux relents de provocation de la question, et le coté sulfureux d’un non événement sans rapport avec la qualité des échanges entre les deux parties à l’Elysée, Sassou n’a pas mâché ses mots en lâchant que c’était « plutôt honteux et triste de traiter de ce dossier-là (...) Vous savez, en France, tous les dirigeants du monde ont des châteaux ou des palais, qu’ils soient du Golfe, d’Europe, ou de l’Afrique. On peut même s’étonner de voir que, de la manière la plus triste, on ait trouvé deux cibles sur lesquelles on voudrait tirer ».

Sassou a-t-il raison de parler de néo-colonie, de post-colonie ou de colonialisme en évoquant cette affaire montée en épingle par ses détracteurs ? Au sujet de ces belles demeures et autres châteaux en France pour lesquels il met en cause « les grands de ce monde », a-t-il menti ou dit la vérité ? Point n’est besoin d’être de la « presse people », toujours encline à regarder les dessous de jupe des starlettes, pour constater qu’une majorité de dirigeants africains ont toujours eu une faiblesse pour la « pierre ».


Conférence du Président SASSOU-NGUESSO ( sce afp)

Paris et ses environs ont toujours constitué un terrain propice pour satisfaire ce penchant. Ce n’est donc pas dévoiler le sexe des Anges que de rappeler que l’ancien président Pascal Lissouba, Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié, Abdou Diouf, Benoît Koukébéné ou encore Norbert Nguila Moungounga-Kombo, ministre des Finances du président Lissouba, ont tous un « pied-à-terre » dans les quartiers huppés de Paris, si ce n’est de sa proche banlieue.

L’ancien Chef de l’Etat français, Jacques Chirac, a pris sa retraite dans un superbe appartement parisien mis à sa disposition par la famille de feu l’ancien Premier ministre libanais, Rafik Harriri. D’aucuns trouveront le rapprochement avec l’appartement mis à la disposition de l’ancien Chef de l’Etat français déplacé par rapport au sujet en débat. Bien au contraire ! Il vient confirmer ce que le Chef de l’Etat Congolais a dit au sujet des « grands de ce monde » qui possèdent des maisons et des châteaux en France et en Europe. Que serait-il advenu, si c’était les Chefs de l’Etat Congolais ou Gabonais, eu égard à leur amitié avec Jacques Chirac, qui avaient mis un de leurs appartements répertoriés par les auteurs de cette plainte à sa disposition ? Mais que feu l’ancien Premier ministre libanais possède des biens immobiliers en france, il n’y a pas de mal puisqu’il était immensément riche et qu’il n’avait jamais pillé son pays, pourtant en guerre durant de nombreuses années. Un appartement de haut standing en France, pour lui, ce n’est que du très normal. Cherchez l’erreur !

Pourquoi aller si loin au Liban ? En plein été 2006, au mois de juillet, le Tribunal de Grande Instance de Paris avait débouté le gouvernement congolais dans sa plainte conte l’ancien Chef de l’Etat Congolais, Pascal Lissouba, au sujet de la tentative de récupération par l’Etat congolais de l’hôtel particulier de ce dernier, sise rue de Prony, dans le 17ème arrondissement de Paris. Alors même que, de ses propres aveux, le président déchu affirmait qu’il l’avait achetée avec les fonds publics ! Le gouvernement congolais, qui avait jusqu’au 13 août 2006 pour interjeter appel, ne l’a pas fait, simplement pour préserver les maigres acquis de la paix.

Pourtant, personne ne reconnaît à l’ancien président Pascal Lissouba un passé d’industriel, qui aurait justifié cette luxueuse acquisition en France. Combien d’associations ont-elle protesté contre cette acquisition, qui selon Pascal Lissouba lui-même dans une interview accordée à  l’Autre Afrique, a clairement reconnu qu’elle s’est faite avec les deniers de l’Etat Congolais, donc sur le dos des populations congolaises ? Pourquoi cette sensibilité sélective et à géométrie variable ? Ceci est d’autant plus étonnant que ces ONG peuvent aisément reconstruire le parcours qui a permis à l’ancien chef d’Etat congolais d’acquérir, non loin de là où habitait Jacques Foccart, cet hôtel particulier d’une valeur inestimable !

 

De deux poids deux mesures au désastre !

 

Non contents de pratiquer la politique de deux poids deux mesures, certains en ont rajouté en accolant le mot désastre à la prestation de Sassou devant le perron de l’Elysée. Et nos confrères de www.mwinda.org en agitant le chiffon rouge du toréador tout en la jouant, comme d’habitude, « clando et cagoulé », ont compilé réactions assassines contre le Chef de l’Etat congolais. La dernière trouvaille : Walfadjiri, un média sénégalais, qui n’a pas apprécié - alors pas du tout -, les éclairages apportés par le Chef de l’Etat Congolais. Pour Walfadjiri, il s’agit purement et simplement d’une « insupportable imposture ». Pour ce journal, le Chef de l’Etat congolais « justifie sa kleptomanie et le pillage de son pays » par une pirouette, en qualifiant cette immixtion d’attitude néo-coloniale. Mais, de quoi je me mêle !

Le bossu, d’après un vieil adage, ne voit jamais sa bosse. Nos confrères sénégalais de Walfadjiri ne savent-ils pas que l’ancien Président Abdou Diouf, qui préside aujourd’hui aux destinées de la Francophonie, s’est acheté un pied-à-terre dans la banlieue huppée d’Enghien-les-Bains, à une paire de jumelles des champs de courses hippiques d’Enghien ? Il a fait cette acquisition juste après qu’il ait quitté la présidence Sénégalaise à la suite de sa défaite aux présidentielles face à Abdoulaye Wade.

Le même Abdoulaye Wade, devenu Président de la République, n’a pas hésité à incarcérer son Premier Ministre, Idrissa Seck, pour, dit-on, détournement de fonds, d’aucuns diront, pour une affaire de gros sous qui aurait pris une direction autre que celle qui avait été décidé par le célèbre convoyeur. « Les loups ne se bouffent pas entre eux », avait dit Idrissa Seck dans un enregistrement audio qui a longtemps circulé sous le manteau au Sénégal, en guise de morale politique. A moins de verser dans la peopolisation pour accompagner les campagnes sulfureuses de certaines ONG en mal de gloriole, nos confrères de Walfadjiri seraient bien inspirés de balayer d’abord devant leur propre porte, au lieu de faire le jeu de ce voyeurisme abject !

Il est plus que temps, à partir d’enquêtes sérieuses, de mettre à nu ce complexe du Nègre qui pense qu’il serait pris en considération, voire respecté, s’il achète de belles maisons en France, ouvre des comptes bancaires dans des paradis fiscaux, achète des châteaux en Europe où il viendrait en villégiature pour se prélasser, plutôt que d’investir dans son pays d’origine. Même dans leur pays, pour peu que certains le fassent, en essayant d’embellir leur lointaine contrée paysanne, ne voit-on pas des « Paparazzi » se munir de téléobjectifs pour mitrailler ces demeures perdues au fin fond de la savane, très loin de la civilisation occidentale, pour les exhiber à la face du monde, sur les sites peu respectueux de la vie privée du genre : « biens mal acquis » !

La dénonciation calomnieuse n’est jamais parfaite. Elle est, au contraire, très sélective. Benoît Koukébéné, par exemple, ancien ministre du Pétrole du Congo sous le règne du Président Lissouba, qui possède un « très modeste » appartement au 1, rue Rodin dans le 16ème arrondissement de Paris, n’est pas cité dans cette plainte. Il y a moins d’un an, il a été condamné avec son épouse à la prison avec sursis et à payer une « amende délictuelle de 15.000 euros pour soustraction frauduleuse à l’établissement ou au paiement de l’impôt : dissimulation de sommes fiscales ». Comme par hasard ni lui, ni Moungounga Nguila Kombo et encore moins l’ancien Président Lissouba n’ont été inquiétés par toute la campagne de dénigrement lancée contre les Chefs d’Etat congolais et gabonais. N’a-t-on pas « trouvé deux cibles sur lesquelles on voudrait tirer ? »

 

P.SONI-BENGA.