N?ayons pas peur des mots : Les élections partielles du 1er tour, mieux organisées que le scrutin du 24 juin !

 


Le Président SASSOU-NGUESSO votant en compagnie de la première Dame (sce afp)

Sept circonscriptions électorales à Brazzaville, six à Pointe?Noire, un à Madingo-Kayes et cinq dans le reste du pays n’ont pas pu voter le 24 juin dernier.

Dans les circonscriptions de Ntokou dans la cuvette, Djambala dans les Plateaux, Mossendjo et Moutamba dans le Niari et, enfin, Kellé dans la Cuvette Ouest , les électeurs sont retournés aux urnes le dimanche 8 juillet dernier. Pour éviter des interférences avec la sixième édition du Fespam, tenue à Brazzaville et Pointe Noire du 7 au 14 juillet, les quatorze autres circonscriptions ont organisé leur scrutin le dimanche 15 juillet.

Outre le calme et la tranquillité renforcés par la décision d?une ville morte le jour du vote, les observateurs ont noté, à part la persistance des dysfonctionnements organisationnels dénoncés le 24 juin, une nette amélioration de la situation, due principalement à la montée en puissance de la Commission Nationale des Elections (CONEL), qui avait jusque là été confinée à un rôle de supervision du travail de l?administration, en violation flagrante du décret présidentiel fixant ses attributions. Aussi bien pour les législatives partielles organisées le dimanche 8 juillet que pour celles qui ont eu lieu le dimanche 15 juillet dernier à Brazzaville et Pointe-Noire, les élections ont été organisées de bien meilleure façon.

 

Les élections partielles organisées « sans flottement »

 

Les partielles du dimanche 8 juillet, qui ont eu lieu à Djambala, Ntokou, Kellé, Mossendjo et Moutamba, ont été convoquées par décret n°2007-320 du 03 juillet 2007. Idem pour les partielles du 15 juillet. Jeudi 12 juillet, la CONEL publiait les résultats des consultations partielles du 8 juillet. Bonne nouvelle ! En un laps de temps très court, le scrutin s?est tenu et cela s?est plutôt bien passé. Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 7h pour les fermer à 18h, sauf à Kellé où une affluence tardive des électeurs a obligé à une fermeture à 18h30. Selon la CONEL , le taux de participation s?est élevé à 60%, sauf à Moutamba où il a été de 48,51%. Dans certaines contrées, rapporte t-on, on a même voté à l?ombre des bananiers. Cool ! Au moins là, peu de risque de voir un candidat nervi se « barrer » avec les urnes après les avoir « bourré » clandestinement. Elections tropicales, dirait-on !

Les résultats du 8 juillet sont les suivants. Elus au 1er tour : Edouard Roger Okoula du PCT avec 53,54%, à Ntokou, dans le Département de la Cuvette  ; Séraphin Ossouene de l?UFD avec 55,64%, à Djambala,  dans le Département des Plateaux. Renvoyés à un deuxième tour de scrutin, en ballottage favorable mais avec un écart de points assez mince, qui rend très incertaine l?issue du 2ème tour,  Emmanuel Bougouandza de l?UPADS avec 34,9%, contre Lamyr Nguele, candidat indépendant proche de la Majorité Présidentielle avec 23,30%, à Mossendjo, dans le département du Niari. Dans le même département, dans la circonscription de Moutamba, le match a été très serré entre le maire de Dolisie, Jean Michel Mavoungou Ngot du PCT, qui a recueilli 19,67% de suffrages exprimés contre Jean Claude Moukoumbi de l?UPADS, qui a totalisé 17,03% de voix.

Comme on le voit, les élections partielles du 8 juillet ont eu une bien meilleure allure que le 1er tour des législatives le 24 juin. On ne compte plus les contestations, les demandes de disqualification et autres recours en annulation du scrutin introduits par certains candidats. Dans le lot, on trouve des ministres comme Adélaïde Moundelé Ngollo pour la circonscription de Mindouli dans le Pool et Alain Akouala Atipault.

Candidat du PCT dans la 2ème circonscription à Gamboma dans les Plateaux, Alain Akouala qui attend d?être reçue par la cour constitutionnelle, alors que sa collègue a déjà été déboutée,  accuse son adversaire, le candidat indépendant Gantsio Gambou Guy Thimothée, d?avoir organisé « une fraude massive » en violation flagrante, dit-il, « des articles 84, 92 et 121 de la loi n°9-2001 portant loi électorale, modifiée et complétée par la loi n°5-2007 du 23 mai 2007 ».

 

Bras-de-fer au sein du PCT

 

C?est donc un véritable bras-de-fer qui s?est engagé entre le porte-parole du gouvernement et son propre camp politique, où certains voient d?un mauvais ?il cette requête en annulation qui, disent-ils, fragilise davantage un scrutin déjà assez malmené. Du côté de l?adversaire élu, ce n?est pas non plus la joie pour celui qui a déjà la tête et les deux pieds dans l?hémicycle.

Denis Sassou-Nguesso a senti le malaise du scrutin « chaotique » du 24 juin. « Je crois que tout le monde a senti le désagrément causé par le déroulement du premier tour. Le plus important est de continuer à réaliser ce processus démocratique dans notre pays. Aujourd?hui, on sait tout de même qu?il y a des députés élus au premier tour de l?élection sans protestations majeures », a-t-il dit à son retour de Sao Tomé et Principe.

C?est encore le Chef de l?Etat lui-même qui, furieux, a fait entendre par le Conseil National de Sécurité (CNS), les membres de la CONEL et les plus hautes autorités du ministère de l?Administration du territoire, afin d?avoir une idée claire sur la responsabilité des uns et des autres dans ce fiasco électoral. Il a certainement déjà sa fiche. Entretemps, deux hauts cadres des affaires électorales ont fait les frais d?une désorganisation qui n?est pas loin de l?amateurisme.

Quand le chef de l?Etat, au regard des difficultés organisationnelles constatées, pour ne pas dire plus, affirme « que le gouvernement s?emploie et s?est déjà employé à redresser la situation », cela ne fait qu?appuyer la justesse de certaines critiques de bon sens formulées ici et là. La grogne qui s?est élevée dans l?opinion n?était pas vaine. Elle a même été salutaire. Elle a permis de recadrer les choses, permettant le déroulement des élections partielles du 8 et du 15 juillet sans anicroche majeure.


Fallait-il nécessairement passer par ces couacs du 1er tour pour apporter des correctifs qualitatifs ? La question vaut son pesant de liste électorale quand on sait que les structures chargées de préparer, d?organiser et de superviser ces élections disposaient de cinq ans pour réussir ce rendez-vous, selon l?échéancier fixé depuis 2002 par la Constitution. Disposer d?énormes moyens et de cinq bonnes années pour rater un scrutin, cela relève presque du génie ! Peut-on mériter des excuses dans de telles circonstances ?

 

Plus dure sera la réussite du deuxième tour !

 

Après le long périple présidentiel, le Chef de l?Etat Congolais s?est prononcé pour un deuxième tour des législatives mieux maîtrisé et bien organisé. « Après les partielles, a-t-il dit, nous organiserons un deuxième tour dans la rigueur et la transparence. Une date raisonnable sera fixée pour ce second tour des législatives ». Si le deuxième tour des élections législatives doit être organisé à une date raisonnable et « sans flottement », comme l?a lui-même annoncé le Chef de l?Etat Congolais, il y a lieu de tirer toutes les conséquences liées aux dysfonctionnements du premier tour du scrutin. Il y va de la crédibilité du pouvoir, dont l?image a été savamment écornée par certains médias qui, sans tomber dans la caricature et les excès qui les caractérisent, ont décrit à quelques nuances près, cette calamité du premier tour sans complaisance.

Il n?y a donc pas lieu de faire la fine bouche. Il faut admettre que ce premier tour des législatives n?a pas répondu à toutes les attentes. Tout le monde savait que le gouvernement était attendu au tournant. Tant au niveau de l?organisation que du taux de participation. La situation a été d?autant plus dramatique que malgré les appels au boycott de quelques irréductibles opposants sans grande audience, tous les grands partis politiques ont présenté des candidats presque partout. Dans certaines circonscriptions électorales, les oppositions ont même été très rudes entre les candidats du « même coin ».

Au regard de ce qui précède, on peut comprendre que les Congolais aient été frustrés et humiliés, alors même que beaucoup souhaitaient exercer leur droit démocratique de choisir librement leurs représentants à l?Assemblée nationale. Si l?on veut véritablement aller, comme l?a dit Denis Sassou-Nguesso « vers la vraie maîtrise du processus des législatives », on aurait tort de ne pas tenir compte de la grogne exprimée face aux dysfonctionnements du 1er tour. Incontestablement, c?est là le signe d?une grande vitalité démocratique.

Malgré les frustrations, les législatives du 24 juin 2007 n?ont connu aucun incident majeur. Ce constat montre à suffisance que les Congolais souhaitaient réellement ancrer leur pays dans le pluralisme démocratique. Ce ne fut donc pas une partie de « théâtre d?ombre » et encore moins un jeu de ping-pong qui se jouait avec pour chef d?orchestre le pouvoir en place dans le rôle de « distributeur automatique » de postes de député, comme l?ont assené certains opposants en France.

Lors des dernières législatives, les Congolais ont montré leur volonté de s?impliquer dans le débat démocratique. La preuve a été donnée, s?il en était besoin, des duels sans merci que se sont livrés certaines personnalités les plus éminentes qui ne s?attendaient nullement à ce point d?être malmenées, au point de ne même pas figurer dans le duo de tête pour le deuxième tour. Nombreux l?ont appris à leur dépens. Des ministres de la République ont été mis en ballottage. D?autres ont été battus dès le premier tour.

Tout ce « Ngouakatour » à la FESPAM , cette débauche d?énergie, de « sur distribution » de cadeaux électoraux, de la mise plein la vue de gadgets et autres babioles « attrape nigaud » a même desservi certains candidats qui ont été contraint de faire un tour de piste avant de repartir. Bye-bye ! Adieu, la députation. Ceux qui étaient venus les bras chargés de cadeaux, souvent, en provenance de Dubaï, pour quémander les suffrages de leurs concitoyens, sont eux aussi repartis comme ils étaient venus, cette fois-ci, sur la pointe des pieds.

Tout le monde voulait siéger à l?Assemblée. Si l?enjeu n?était pas de taille, pourquoi près d?une centaine de postes de députés était âprement disputé par un millier de candidats ? Cette frénésie qui s?est emparée des Congolais pour ces élections législatives est à l?image de leur engagement à s?intéresser à la vie de leur citée.

Aucune ?uvre humaine n?est perfectible. Soit ! Gageons, une fois la période d?hésitation passée, que ceux qui ont en charge de mettre en musique cette ?uvre démocratique et salutaire pour le raffermissement de la paix et la consolidation de la démocratie pluraliste au Congo, soient à la hauteur de leur mission, pour éviter de faire subir au pouvoir les roquets de ses détracteurs, qui se gaussent de toutes ces imperfections !

 

Prosper Mokabi Dawa/Le Coq

                                                                                                              &

P.SONI-BENGA.