« Il n’a ni à s’excuser, ni à se justifier ! »

Décryptage

Joseph OSSIBI
Source brazza.info

Par Joseph Ossibi

 

Après une année 2006 passée aux commandes de L’Union Africaine, éloigné du pays natal cher à son cœur, et au terme d’une mission difficile mais exaltante, le Président de la République du Congo, est de retour: Denis Sassou Nguesso « is back ». Dans une   grande  interview du 10 février 2007,  parue  dans la livraison de l’hebdomadaire  Jeune Afrique  (n° du 25/02 au 03 mars 2007), le Chef de l’Etat Congolais n’a esquivé aucune question. Bien au contraire, très offensif face à François Soudan il a assené sans coup férir ses convictions et projets. Il a tout simplement fendu l’armure.

De son mandat à la tête de l’Union Africaine aux relations entre l’Afrique et la Chine, en passant par les problèmes quotidiens de ces compatriotes, les Fonds vautours, la question du pool, la refondation du parti congolais du travail, il  a parlé de tout avec punch, et vivacité d’esprit. Il signe ainsi, de fort belle manière, son retour de plain pied dans l’arène politique nationale. Rayonnant d’énergie, il a réglé la question de sa forme physique et mentale par cette petite phrase « j’ai eu un petit accident de santé il y a quelques mois, totalement résorbé depuis » a-t-il dit.

 

Denis SASSOU-NGUESSO
Source Jeune afrique

Un mandat couronné de succès

 

D’entrée de jeu, il reconnaît que si sa tâche n’a pas été de tout repos, il  a la satisfaction du devoir accompli : « je n’ai fait que mon devoir…c’est une mission, pas un plaisir » a-t-il confié, clouant ainsi le bec à tous ceux qui ont glosé à pleins poumons dès sa désignation par ses pairs à Khartoum. Nombreux n'ont pas manqué alors de pronostiquer un virtuel échec. C'est donc à juste titre qu'il précise ne jamais avoir été demandeur du poste de Président de l’organisation continentale. « Je sais que la rumeur en a couru. Pure spéculation » a-t-il précisé.

Chacun se souviendra qu’en Janvier 2006, nombre de détracteurs en mal de conscience nationale,  tout ce que l’opposition compte de cracheurs de feu n’ont pas manqué d’actionner « leurs canons de Navaronne », distillant insidieusement la rumeur selon laquelle Le Chef de l’Etat Congolais aurait demandé à rempiler à la tête de l'Union Africaine. Certains sites internet, bien connus pour leur activisme aussi tribaliste que primaire, se sont empressés  de surfer sur la rumeur, de l'amplifier à gorge déployée, écrivant tout et son contraire au sujet de ce qui fût incontestablement un succès diplomatique majeur pour le Congo et pour son Président. La toute récente désignation du Ministre des Affaires Etrangères, Rodolphe Adada, comme Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU pour le Darfour, vient comme confirmer le succès de son mandat de Président de l’U.A. Dorénavant, la vérité est rétablie, au grand dam des spécialistes de la calomnie.

 

Le Gouvernement travaille

 

Lorsque François Soudan enchaîne sur le quotidien des congolais, notamment les problèmes d'électricité, d'assainissement de nos villes, le président de la République reconnaît qu'il a conscience des problèmes non sans pointer une évidence qui est l'incivisme des habitants. Evidemment, certains font mine de s’étonner de cet appel au civisme et font dans la diatribe à outrance. C'est un secret de polichinelle de dire que dans nos quartiers, nombre de nos compatriotes s'ingénient à trafiquer les installations, à tirer des câbles électriques de façon anarchique avec des fils qui traînent à même la gadoue en période de pluie, avec comme entre autres conséquences la régulière mise hors service des transformateurs. Evidemment, certains font mine de s’étonner de cet appel au civisme. Toutefois, dorénavant il prend ces problèmes à bras le corps « En attendant le barrage d'Imboulou, un plan de mise à niveau est en cours d'exécution. D'ici au mois de mai, la centrale thermique de Brazzaville sera opérationnelle ». Dans le même élan, « le gouvernement va prendre le taureau par les cornes » en ce qui concerne l'assainissement de nos villes. Son projet de boulevard énergétique du Nord au Sud du pays participe de cette volonté. Mais le président avertit « tout cela, il faut le savoir, coûte cher. Sans civisme, c'est un travail de Sisyphe »: c'est le moins qu'on puisse dire !

Au sujet des pénuries de carburant  et de ciment, le président de la République pointe les difficultés relatives au vieillissement de certains tronçons de notre unique voie ferrée et ses déraillements fréquents perturbatrices de l'approvisionnement. Et il précise « Nous nous y employons à réhabiliter tout cela, tout comme nous envisageons la construction d'une route « Brazzaville - Pointe Noire », le chantier sera lancé d'ici à la fin de mon mandat en 2009 ». Vieux projet, devenu serpent de mer, et voilà Denis Sassou-Nguesso qui se donne pour mission de concrétiser le rêve fou des Congolais. Qui peut sérieusement prétendre qu’il ne s'agit pas d'une première dans l'histoire de notre pays parfois riches en promesses les plus délirantes.

Le Président de la République a dénoncé avec force l'incivisme général quant à la détérioration du CHU de Brazzaville, avant de préciser que « la volonté politique est là...nous allons une nouvelle fois réhabiliter le CHU en procédant par tranches successives » au regard du coût exorbitant d'une telle opération. Il est intéressant  de remarquer les rénovations successives de ce fleuron de notre système de santé n'ont été concrétisées que par des Gouvernements dirigés par Denis Sassou-Nguesso. Croyez moi, ce ne sont pas que des coïncidences, mais la volonté affirmée de servir ses concitoyens. En comparaison, de 1992 à 1997, les tonitruants hérauts de la théorie funeste de la tribu-classe et leurs suppôts n'ont jamais rien bâti.

 

Fonds vautours et disparus du Beach, les deux faces de la même médaille

 

Indubitablement la pugnacité du Président de la République monte d'un cran lorsque François Soudan évoque les fonds vautours et l'affaire dite des disparus du Beach. Pour Denis Sassou-Nguesso, « leur volonté de nuire est sans limite » et il pense que « ces gangsters de la finance » n'ont  pas « la moindre leçon de morale et de bonne gouvernance à nous donner ». C’est tellement vrai qu’il convient, ici et maintenant, d’éclairer la lanterne de ceux qui tournent le dos à la réalité.

En effet, qu’entend-on par fonds vautours ? Ce sont ces fonds d'investissements, donc des spéculateurs, qui avec l'aide des grandes banques rachètent des entreprises en faillite pour moins que rien, les rentabilisent, notamment par des licenciements massifs, dans la perspective de les vendre à court terme, soit entièrement, soit par « appartements » comme on dit dans le jargon de la finance, réalisant ainsi une plus value mirobolante.

Ils ne sont motivés que par le profit, par l’argent ; d’où leur nom de vautours, ou de charognards. Ils sont apparus depuis la mise sur les marchés financiers de la dette des pays en développement endettés dans les années 80 grâce au plan Brady, du nom de l’ancien Secrétaire d'Etat au Trésor des USA.

En effet, les Banques commerciales créancières dans la crainte de ne pouvoir être remboursées vendent donc avec une forte décote leur stock de créances. Les fonds vautours vont flairer l’opportunité de faire du business, et vite comprendre  l'intérêt financier d’investir dans le rachat,  évidemment à vil prix, de dette des pays Africains, singulièrement celle des pays producteurs de pétrole. Le Congo devient alors une cible privilégiée, les perspectives d’accroissement de la production et le relèvement du prix du baril aidant.  

Aujourd’hui, la Zambie par exemple vient d’être victime de l’appétit gargantuesque de ces profiteurs sans foi, ni loi. Sur une dette rachetée 4.7 millions de dollars, ils en réclament 20. Avouez que c'est du racket, de la rapine. Et plus terrible, l'on trouve des tribunaux anglo-saxons pour cautionner et légaliser ce gigantesque hold-up. En effet, ils nous obligent à régler, rubis sur l’ongle, jusqu'à cent fois leur mise.

De plus, autant les entreprises peuvent faire faillite et disparaître, autant les Etats ne meurent jamais et donc que la dette non seulement ne s'éteindra pas, mais en plus les intérêts vont courir ad vitam aeternam. Là est tout le danger que ces pontes de la spéculation font courir au pays, maintenant et à jamais. Incommensurable est alors le risque de nous voir otages de ces ogres, y compris les embryons de nos arrières petits-enfants depuis les ventres leurs mères.  

Devant cette menace sur la Patrie, devant cette hypothèque sur notre existence et nos vies, on aurait pu naturellement s'attendre à un front commun de l'ensemble des congolais, toutes tendances confondues,  autour du président de la République et du Gouvernement. Que nenni ! Au contraire, il se trouve des compatriotes, guidés par un extrémisme de mauvais aloi qui leur obstrue l'horizon, pour avaliser le « brigandisme » des fonds vautours dont les actionnaires anonymes, sont cachés dans les paradis fiscaux.

Ces compatriotes ont fait le choix de véritables valets et donc d’alliés objectifs de l’encerclement financier international de leur propre pays, sous le masque d'un « droit de l'hommisme » à géométrie variable. Ils sont devenus indics actifs des ONG comme « Global Witness », des collabos de la Triade qui depuis quelques années s'évertue à nous réduire indéfiniment en esclavage : c’est une traitrise qui se nourrit exclusivement aux mamelles de la haine.

C’est proprement honteux et scandaleux pour ces valets locaux qui poussent loin les limites de l'anti nationalisme, en cautionnant le chapelet des atteintes à notre souveraineté par SNPC interposé, donnant ainsi un blanc seing aux vautours afin de nous plumer. C’est inacceptable et j’en appelle à la résistance de tous ! Au nom de quelle légitimité écrivent-ils ouvertement aux institutions financières internationales pour demander la mise à mort du Pays ? Qui représentent –ils si ce n’est les intérêts de leurs maîtres occidentaux ? Ils devront savoir qu’il existe encore des Congolais suffisamment patriotes et qui serons vent debout.

Alors, quand le président martèle : « Je n'ai pas à m'excuser de descendre au Waldorf », c’est un klaxon d’indignation qui s’élève de sombres milieux dits intellectuels, quand bien même il y est descendu de droit dans le cadre de ses « missions officielles ». On ne peut que le soutenir et cela tombe sous le sens. Après tout « nous ne volons rien à personne », ce qui n'est pas leur cas.

Quant au dernier rebondissement de l'affaire dite des disparus du Beach, le président de la République préfère parler du droit stricto sensu : «  le procès de cette affaire a déjà eu lieu à Brazzaville en 2005, il a été public, l'autorité de la chose jugée l'emportera. C'est un principe universel ». Dans le cas contraire, prévient il, « nous ne resterions pas sans réaction ».

Il est contradictoire de remarquer que dans la diaspora, ceux qui aujourd'hui célèbrent bruyamment l'arrêt de la cour de cassation du 10 janvier 2007, sont ceux là mêmes qui n'ont pas eu des mots assez durs pour qualifier l'arrêt de la Cour d'Appel de Paris en son temps. Pour eux la justice française n'est bonne que quand elle tranche dans le sens de leur éternel projet de division. Curieux tout de même ! En réalité, dans cette affaire, une fois de plus, la préoccupation politique qui sert de fil d'Ariane aux plaignants, aux ONG et autres revanchards est cousue de fil blanc.

Collabos qu'ils sont, ils coalisent avec leurs commanditaires pour accréditer l'idée selon laquelle notre justice ne serait pas « digne de ce nom ». Le procédé est le même, la technique est rodée : Calomnier! Calomnier ! Il en restera toujours quelque chose. Il n'est pas besoin d'être un brillant esprit pour constater que les acteurs de ces coups bas demeurent les mêmes. On retrouve les mêmes ONG, les mêmes opposants, les mêmes individualités, aussi bien dans le combat des fonds vautours, dans l'affaire des disparus que dans celle de « Mounzéo », Sarah Wykes et consorts.

Le Chef de l’Etat a doublement raison de noter que c'est « une alliance contre nature » qui ne vise qu’à « déstabiliser le Congo et d'accéder au pouvoir ». C'est une évidence. Comme à leur habitude, ils n'assumeront jamais leur complot permanent. Ils sont trop lâches pour cela, sauf à se complaire dans des postures victimaires en permanence.

 

Refondation du PCT : Un premier pas a été fait

 

Au lendemain du Congrès, la question sur la refondation du PCT était incontournable. Denis Sassou-Nguesso apporte d'emblée son soutien explicite au Secrétaire Général du PCT, Ambroise Noumazalay, trop injustement attaqué. Pour le Président de la République la refondation n'a pas échoué, et que « pour le fond, la longue marche pour la rénovation du PCT et sa transformation en un grand parti d’union continue. Nous avons fait le premier pas ».

On ne peut pas être plus clair. Tous les oiseaux de mauvais augure qui ont parié sur l’implosion du PCT en sont pour leurs frais, car le PCT « est le plus grand parti politique du pays. Il l'a toujours été et il le demeure ». C'est d'autant plus vrai que l'UPADS, le parti des trois palmiers, qui se considérait comme tel a achevé son congrès dans un capharnaüm indescriptible, incapable de refaire son unité: ce n'est pas rien. A contrario, le PCT ira aux législatives dans l'unité retrouvée et, c'est le privilège des grands.

On peut donc, comme le Président de la République, pronostiquer que « le PCT va remporter » les législatives. Evidemment, nous percevons déjà les écrivains sectaires avec leur érudition d’épicier ainsi que les autres boutefeux de la FCD, du CICOP et de l'opposition enfourcher leurs plumes pour pousser des cris d'orfraie d'un autre temps, d’une autre planète.

 

Les élections comme baromètre de popularité

 

S'exprimant au sujet de ces opposants que sont le Pasteur Ntumi, les Généraux Ngouelondele et Raymond Damase Ngollo, le président de la République, dans une posture de démocrate, leur donne rendez-vous aux législatives, seul baromètre pour connaître leur poids réel dans le pays.

Question de dire que pour l’heure ils ne représentent qu’eux-mêmes. Pour le Président, et c'est une bonne nouvelle, plus rien « ne s'oppose » à l’organisation des législatives sur toute l'étendue du Pool. C'est un cinglant démenti aux journalistes à la gomme, spécialistes de la désinformation, qui se masturbent impunément sur la Toile, masqués par leurs pseudonymes. Suivez mon regard!

Répondant à la question de François Soudan sur l'idée largement  répandue et admise par certains selon laquelle depuis 1992, il n'a rêvé que de reconquérir le pouvoir, Denis Sassou-Nguesso, offensif, tord le cou à cette fabrication des pyromanes Upadésiens devenus depuis des pleureuses. Il aurait pu refuser, comme nombre de ses pairs africains, de « quitter le pouvoir ...il n'en tenait qu'à moi. Mais ce n'est pas la voie que j'ai choisi ». Chaque congolais objectif sait que l'accusation du coup d'Etat ne tient nullement la route car le 3 juin 1997, Denis Sassou Nguesso dévoile son programme pour le Congo dans « Le Fleuve, le manguier et la souris » en perspective de l'élection présidentielle d'Août 1997. Beaucoup ont oublié que la veille, le 4 juin 1997, il s’est rendu personnellement chez le Président de l’Assemblée Nationale, André Milongo, pour lui faire part de ses inquiétudes quant aux intentions belliqueuses du Président Lissouba et de ses compagnons. Et alors !

Le président conclut son interview par le refus explicite d'une éventuelle résurgence de la violence dans notre pays et son adhésion au désormais célèbre « plus jamais ça ». Et d'ajouter, droit dans ses bottes « je crois que nous sommes vaccinés contre la violence ». Gageons  que nos frères qui prônent inlassablement la violence comprendront.

Au total, au cours de cette interview-fleuve, Denis Sassou-Nguesso s’est adressé, comme jamais, avec conviction, avec parfois des phrases émouvantes, mais avec pugnacité,  à la galaxie des détracteurs du Congo, et ils sont légion. Il ne fait  aucun doute que cette interview empreinte de franchise fera long feu sous les chaumières. Il marque une vraie rupture dans la rhétorique habituellement calme et apaisée du Président de la République.

Le message à l'endroit de la coalition destructrice des « Collabos » de tout acabit et des fonds vautours est sans ambiguïté, sans équivoque. Les journalistes d'occasion et leurs relais qui ont toujours moqué, injustement, le propos soit disant mou, hésitant et mal assuré du président de la République ont le réveil mouvementé et douloureux pour le coup.

En tout état de cause, dans ce long entretien accordé à François Soudan pour Jeune Afrique, le Président montre majestueusement sa détermination à s'attaquer aux problèmes les plus urgents des congolais. Il affiche sa volonté de réussir le redressement du pays. C'est la confirmation, s'il en fallait une, de sa stature de Chef, de vrai Raïs.

 

Paris, le 9 mars 2007,

Joseph Ossibi,

Economiste, Analyste politique

Club « Diagnostic’s & Challenges »