Arrivée du corps de MILONGO

Retour à Brazzaville de la dépouille mortelle d’André Milongo : Des obsèques sur fond de polémique familiale ?

 

Décédé à Paris dans la nuit du 22 au 23 juillet 2007 à l’hôpital européen Georges Pompidou,  la dépouille mortelle de M. André Milongo est arrivée à Brazzaville près de trois semaines plus tard, le vendredi 17 août, aux alentours de 18 heures. Arrivé par le fret de l’aéroport international de Maya-Maya, le cercueil contenant le corps désormais inanimé de l’ancien Premier Ministre de Transition a été pris d’assaut par une foule immense venue lui rendre  hommage, avant de l’accompagner à sa résidence privée de Mafouta, dans la banlieue sud de Brazzaville.

 

Du côté des officiels, la mobilisation n’était pas moins importante. Le Premier ministre Isidore Mvouba, représentant le président de la République Denis Sassou-Nguesso absent du Congo car  invité par son homologue Omar Bongo Ondimba à la célébration du 47ème anniversaire de la fête de l’indépendance du Gabon, était accompagné d’Alain Akouala-Atipault, ministre de la Communication, Porte-parole du gouvernement, chargé des relations avec le Parlement. L’Assemblée nationale et le Sénat ont été également au rendez-vous, représentés respectivement par M. Pierre Ngolo, 1er secrétaire du bureau de l’Assemblée nationale et M. Benjamin Bounkoulou, 1er vice-président du Sénat.

Gabriel Oba Apounou, alias Ya Gaby, 1er vice-président du bureau de la législature finissante battu dans sa circonscription électorale d’Abala, était aussi  de la partie. Parmi les personnalités politiques du département du Pool présentes à l’aéroport, il y avait également Bernard Kolélas, canne en main, accompagné de l’un de ses fils.


Le Premier Ministre Isidore MVOUBA à MAYA-MAYA

Les militants et sympathisants de l’UDR-Mwinda, quant à eux, ont été plus qu’à la hauteur de la situation, en se mobilisant avec dignité. Assisté du service d’ordre du MCDDI, aucun incident n’a été déploré à l’arrivée de la dépouille mortelle de leur leader. A part quelques sautes d’humeur de la part des partisans un peu zélés, qui auraient voulu qu’on portât le cercueil du défunt sur les épaules de l’aéroport jusqu’à  Mafouta, tout s’est passé dans l’ordre et la discipline.

A 18h 45’, le cortège funèbre a pu enfin quitter le fret de l’aéroport international de Maya-Maya, en direction de la résidence de Mafouta. Frayant la haie d’honneur des parlementaires revêtus de leur écharpe tricolore Vert-Jaune-Rouge, le cortège a pris la direction des quartiers sud de Brazzaville aux chants de « Mountou foua » entonnés par la masse des militants et badauds qui l’accompagnait.

 

Polémique familiale

 


Sympathisants de Milongo

Il y’eu d’abord la question du statut des sept enfants Milongo qui résident au Canada qu’il fallait régler. Ces derniers qui ont le statut de réfugiés politiques ne souhaitaient pas accompagner la dépouille de leur père dans son pays d’origine de peur de perdre les « privilèges » liés à ce statut. N’ayant pas réussi à résoudre ce dilemme, trois seulement des sept enfants du défunt ont accompagné leur mère aux obsèques de leur père ; bravant ainsi l’interdiction pour tout réfugié politique persécuté dans son pays d’origine de ne pas y retourner, quelles qu’en soient les raisons. Ensuite, il y eu l’affaire de gros sous, on parle de plusieurs centaines de milliers de francs qui ont atterri dans certaines mains, dont les membres de la famille aimeraient « voire claire » dans le dispatching. Enfin, il y avait la question quasi insoluble du lieu où allait être inhumé André Milongo. A son domicile de Mafouta, où dans son village natal de Louingui dans le district de Boko où furent enterré ses parents ? Le samedi 18 août 2007 la dépouille mortelle de l’ancien Premier ministre André Milongo devait recevoir les honneurs de la République au Palais du Parlement avant sa mise en terre. Une mise en terre objet de polémiques quant au lieu de son inhumation. Des précisions étaient encore attendues sur la confirmation de la date et du lieu, tant une polémique mal venue entre l’épouse du défunt, Laurentine Milongo, et la famille de l’illustre disparu, continuait à entretenir l’incertitude.

La première, soutenue par ses enfants, voudrait que l’ancien parlementaire soit enterré à Boko, circonscription électorale dont il fut député depuis 1992, avant d’être battu en 2007. La famille, par contre, tenait à ce que André Milongo soit enterré chez lui à Mafouta, car elle n’aurait pas supporté que Milongo ait été battu dans sa circonscription, dès le premier tour des élections législatives du 24 juillet dernier.

Cette humiliation, aux yeux de la famille, aurait pour explication la consommation du  divorce entre l’ancien député et les populations de Boko II. Par conséquent, le corps de Milongo ne saurait être porté en terre dans une localité « ingrate », incapable du vivant de Milongo de lui donner une majorité conséquente, pour aller siéger à nouveau à l’Assemblée nationale.

Pour départager les uns et les autres, il a été proposé un enterrement à Mafouta et non plus dans son village de Tombo-Manianga non loin de Louingui. Dans cette polémique lugubre, qui aura raison, qui aura tort ? Assez curieusement, pour nombre d’observateurs, c’est peut-être l’arbitrage du chef de l’Etat, Denis Sassou-Nguesso, qui pourrait donner une solution à ce « mic - mac » funeste. Pour l’heure, la famille continue de jouer au chat et à la souris avec la dépouille d’André Milongo, otage contre son gré de basses manœuvres maniaco-dépressives d’une famille aujourd’hui très divisée dans la gestion et l’exécution du testament de l’illustre disparu quant à son lieu d’inhumation.

 

P.SONI-BENGA & Prosper MOKABI DAWA,

Envoyés spéciaux à Maya Maya et au Palais du Parlement