L’hommage posthume à André Milongo : Le conflit familial qui a failli ridiculiser la République !

 


Une Chapelle ardente désespéremment vide

« C’est une honte ! C’est scandaleux ce qui vient de se passer ! Nos parents du Pool viennent de nous faire honte. C’est une défiance contre les institutions de la République (…) La guerre va reprendre un jour dans ce pays, avec ce que nous venons de voir ». Ces propos qui résument assez bien le dépit et le désarroi qui s’était emparé de tous à l’issue de la cérémonie ratée des funérailles nationales de l’ancien Premier ministre André Milongo, sont ceux d’un  parlementaire qui a requis l’anonymat.

 

Ce samedi 18 août 2007 devait pourtant être un grand jour, puisqu’il s’agissait du jour de l’hommage posthume rendu par la nation congolaise toute entière à

l’un de ses fils les plus éminents, du reste grand serviteur de l’Etat qu’il a eu à diriger au niveau le plus élevé durant la période de Transition, en tant que Premier ministre, chef du gouvernement et des armées.


Arrivée du cercueil

Dès 10h45’, heure d’arrivée des membres du gouvernement, le hall de l’entrée principale du Palais du Parlement (côté boulevard Alfred Raoul) était pris d’assaut : corps constitués au grand complet, du parlement au gouvernement, en passant par le cabinet du président de la République la Cour suprême, le Haut Commandement des Forces Armées Congolaises, le Conseil supérieur de la liberté de communication, le Conseil économique et social, le médiateur de la République , etc. A l’intérieur de l’édifice, verrouillage des voies d’accès au hall principal, gardées par des militaires en civil, portant discrètement à l’épaule leur kalachnikov caché dans un étui à fermeture éclair ; catafalque aux couleurs violettes pour accueillir le cercueil, chapelle ardente aux mêmes couleurs avec à côté une table habillée aux mêmes couleurs sur laquelle étaient posées des bougies, en prévision de l’oraison funèbre précédant le dépôt des gerbes de fleurs et la décoration à titre posthume de l’illustre disparu. A l’extérieur du bâtiment, en bas des marches, le dispositif protocolaire des grands jours, avec déroulement de tapis rouge, déploiement de la fanfare de la garde républicaine et des éléments de la garde d’honneur.


Madame Laurentine MILONGO

A 12 heures, heure prévue pour le début de la cérémonie, le corps de Milongo n’était toujours pas arrivé. Mouvement d’impatience dans la salle ; les invités commencent à s’agiter et forment de petits attroupements à gauche et à droite. Le bruit circule que le corps a été pris en otage par des « badauds » à la résidence privée de Mafouta, où la famille tenait une veillée   depuis l’arrivée du corps. Ces derniers, ont érigé des barricades la sortie de Mafouta, afin d’interdire la dépouille de Milongo de quitter son domicile pour le Palais du Parlement, d’où il pouvait être transporté par hélicoptère à jusqu’à Boko, lieu que l’épouse et le fils aîné du défunt avaient choisi pour inhumer André Milongo. Par ailleurs, sous le fallacieux prétexte que Milongo aurait été empoisonné par le pouvoir, famille et jeunes de Mafouta avaient délibérément décidé de braver la République et ses institutions en soustrayant André Milongo aux honneurs posthumes que la République lui devait en sa qualité d’ancien Premier ministre de Transition (1991-1992) et ancien Président de l’Assemblée Nationale (1992-1997), sans compter sa qualité de député durant la législature 2002/2007. La polémique familiale sur le lieu où devait être inhumé André Milongo a donc couvert de ridicule une cérémonie solennelle d’hommage à laquelle était associée le chef de l’Etat en personne. Une situation jamais vécue, qui a créé un fâcheux précédent, que certains n’ont pas hésité à attribuer au poids de l’ethnie dans la vie politique du défunt. « Une histoire folklorique et abracadabrantesque ; ils sont vraiment incorrigibles ! », a lâché un invité complètement « sonné » par tant d’absence de courtoisie et de rationalité. Résultat de fin des courses : le décor planté pour recevoir le cercueil de Milongo est resté désespérément vide jusqu’à 13 heures, heure à laquelle le maître des cérémonies, Médard Milandou, a annoncé que la cérémonie était reportée à une date ultérieure.


Les honneurs et hommages de la nation

Après l’affront, l’amende honorable. La famille Milongo a présenté par la suite ses excuses au gouvernement pour ce « contretemps malheureux » et assuré qu’un accord était intervenu entre parties en conflit familial pour l’inhumation de Milongo dans sa résidence de Mafouta. Fallait-il humilier la République avant d’en arriver là ? De bonnes sources, on a appris que des questions financières n’étaient pas étrangères à ce déchirement familial. Au-delà de la polémique sur le vrai village de l’ancien Premier ministre qui a amené les membres de la famille du disparu à refuser l’inhumation à Boko parce que Milongo serait de Louingui, localité de sa naissance et lieu d’enterrement de ses parents, certaines indiscrétions ont laissé entendre que l’épouse du disparu se serait opposée à l’inhumation de son mari à Mafouta à cause d’une opération de vente de la résidence.

Selon les mêmes sources, Laurentine Milongo estimerait qu’un caveau érigé au sein de la résidence lui faisait perdre sa valeur et compliquait la vente projetée. Ses détracteurs sont allés très loin et n’ont pas hésité à affirmer qu’elle était prête, une fois Milongo inhumé, à quitter définitivement le Congo pour les Etats-Unis. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis qu’elle se trouvait avant de rejoindre à Paris, quelques jours avant sa mort, son époux hospitalisé à l’hôpital Georges Pompidou.

 

Jean Claude Ganga ou la tentation de la force

 

Le ridicule qui a frappé la République au cours de cette honteuse journée du 18 août a fait sortir certains cadres et dignitaires du Pool de leurs gonds. Tel fut le cas de Jean Claude Ganga, ancien ministre de Milongo sous la transition, très gêné par la tournure insolite de la cérémonie. Pour débloquer la situation, il est carrément allé voir Jacques Yvon Ndolou, ministre de la Défense, pour solliciter une protection militaire afin de ramener de force le corps de Milongo de Mafouta au palais du parlement. La réponse fut aussi ferme que catégorique : « Niet ! ». Le gouvernement n’avait pas vocation à se mêler des histoires familiales, encore moins à forcer une famille, sous la menace des armes, à accepter les hommages de la République à un grand homme d’Etat. C’est une question d’éthique et de responsabilité, qui permet de neutraliser les pièges les plus grossiers.

 

Séance de rattrapage


La Chapelle ardente

Après la déconvenue du samedi 18 août et le tollé suscité par une polémique familiale qui a failli ternir le deuil de la famille Milongo, tout est rentré dans l’ordre. En regagnant précipitamment Brazzaville, le Chef de l’Etat, Denis Sassou Nguesso, a écourté son séjour au Gabon où il prenait part aux festivités marquant la célébration du quarante-septième anniversaire de l’indépendance de ce pays frère et ami. Il tenait personnellement à rendre hommage à l’illustre disparu. Les querelles familiales ont failli tout gâcher. Après avoir boycotté la cérémonie du samedi 18 août qui restera gravé dans les annales du « Bêtisier » de la République, la famille de Milongo a présenté ses excuses aux autorités congolaises. Pour rattraper cette entorse aux valeurs républicaines et surtout pour se faire pardonner de ce mélange des genres, une nouvelle date a été rapidement trouvée mettant un terme à tout ce cafouillage.

Le lundi 20 août, une séance de rattrapage a été organisée dans le hall même du Palais du Parlement pour rendre un hommage solennel à André Milongo. A 9h30, la dépouille mortelle d’André Milongo est arrivée comme prévue avant d’être installée dans la chapelle ardente. A 10h, la cérémonie pouvait alors commencer. Après la lecture de l’oraison funèbre par le 1er Secrétaire de l’Assemblée Nationale, Pierre Ngolo, la République, en présence des corps constitués, des membres du gouvernement, du Haut Commandement des Forces Armées Congolaises, du Chef de l’Etat et de son épouse, pouvait aller s’incliner devant le cercueil de Milongo couvert du drapeau Vert-Jaune-Rouge et de son écharpe de député pour lui rendre un dernier hommage.

Que la terre lui soit légère !

 

P.SONI-BENGA & Prosper MOKABI DAWA,

Envoyés spéciaux au Palais du Parlement