NTUMI

Les concessions du pouvoir de Brazzaville au Pasteur Ntumi !

Le prix à payer pour la paix ?

 

Le lundi 10 septembre 2007, Frédéric Bintsamou alias Pasteur Ntumi devait prendre ses fonctions en qualité de Délégué chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre dans le cabinet du Chef de l’Etat. Ce retour raté a fait l’objet d’une polémique sur les modalités d’organisation de sa prise de fonctions. La rédaction de www.brazza.info  a réussi à entrer en possession des documents portant sur la préparation de cet événement, un scénario convenu entre le CNR et le Gouvernement.

A la version gouvernementale, qui semblait minimiser cet incident tout en imputant la responsabilité de cet échec à Ntumi et ses hommes qui voulaient faire une entrée fracassante à Brazzaville avec des miliciens armés jusqu’aux dents, s’est opposée celle d’une partie de la presse et certains sites Internet congolais qui se sont réjouis de ce retour folklorique, en critiquant d’avoir tout fait pour boycotter la prise « du pouvoir » de Ntumi dans le cabinet du Chef de l’Etat.

Certains médias internationaux peu scrupuleux ont fait également leurs choux gras de cette version. Ntumi y a été présenté comme la victime du pouvoir, qui aurait tout fait pour l’empêcher de venir prendre ses fonctions à Brazzaville. Par soucis de transparence et de clarté, nous mettons à disposition des internautes, en exclusivité sur www.brazza.info, les documents authentiques liés à la préparation de ce retour en toute sécurité, afin que chacun se fasse sa propre opinion.

 

Quel est le prix à payer pour la paix ?

 


Isidore MVOUBA Chef du gouvernement

Les documents en notre possession font état des dispositions prises par le gouvernement et les représentants du pasteur Ntumi pour faciliter son retour et sa prise de fonctions à Brazzaville le 10 septembre. On y apprend, entre autres, qu’à part une garde personnelle de trente éléments CNR dotés par la Force publique, M. Frédéric Bintsamou avait aussi une centaine d’ex-combattants ninjas affectés à sa protection. Exactement 112 hommes du service d’ordre du CNR. Leur mission : « maintenir l’ordre au centre sportif de Makélékélé ; interdire tout déferlement des ex- combattants en direction du palais du peuple ; rassembler tous les militants et ex- combattants du CNR au centre sportif ; veiller à leur comportement ».

Comme on le voit, toutes les dispositions étaient prises pour assurer le bon déroulement de l’arrivée de Ntumi à Brazzaville. Au total, c’est donc pas moins de  cent quarante deux (142) Ninjas qui ont été affectés à la sécurité de Ntumi. Et ce n’est pas tout. A leurs côtés, deux cent (200) hommes du GGN se tenaient prêts à  intervenir au cas où la sécurité du « Délégué général » aurait été menacée ! Que pouvait-on faire de plus ?

La question vaut son pesant d’or, quand on sait qu’un ancien Chef d’Etat récemment rentré d’exil, Joachim Yhombi Opango pour ne pas le citer, n’a disposé pour sa sécurité que de huit gardes du corps tout au plus ! Que dire de Bernard Kolélas, ancien Premier ministre et président -  fondateur du MCDDI, premier promoteur de la milice privée Ninja qui, depuis son retour au Congo, est gardée par moins de dix éléments de la Garde Républicaine (GR) et qui n’a jamais été inquiété pour autant dans sa sécurité. Les membres du gouvernement, quant à eux, ont en tout et pour tout huit éléments de sécurité affectés par le Haut Commandement des Forces Armées Congolaises. S’agirait-il là du prix à payer pour la paix ?

Les esprits malveillants qui jettent l’opprobre sur le Haut Commandement des Forces Armées Congolaises sous le fallacieux prétexte qu’elles auraient fait échouer l’opération de prise officielle de fonctions du pasteur Ntumi démontrent, une fois de plus, qu’il y a des hommes et des femmes qui auraient souhaité que l’agitation créée dans la capitale par Ntumi et ses miliciens débouche sur un bain de sang. D’où le regret exprimé par quelques uns parmi eux.


Alain AKOUALA Ministre de la communication

En vérité, la prise de fonction ratée de Ntumi doit interpeller plus d’un Congolais pétri de bon sens. En effet, comment comprendre que la simple prise de fonction d’un collaborateur du Chef de l’Etat, fut-il ex-chef rebelle, mobilise autant de moyens de l’Etat et prenne les allures d’une cérémonie d’investiture digne d’un Président de la République ? Lorsqu’on sait, par ailleurs, que Ntumi est entré à Brazzaville sud avec près de 300 Ninjas armés, équipés notamment de 5 mortiers, de 10 lance-grenades, de 8 fusils-mitrailleurs, de 8 lance-roquettes et de 8 lance-missiles anti-chars, l’interpellation se transforme carrément en inquiétude. En marchant sur Brazzaville avec un tel arsenal, qui peut honnêtement penser que Ntumi et les ex- combattants sous son contrôle voulaient ainsi démontrer leur attachement sans faille à la paix ? La question reste toujours posée. Surtout lorsqu’un proche collaborateur de Ntumi se permet de menacer le gouvernement d’une reprise des hostilités, en pleine réunion à la Primature !

A la suite de l’échec de l’entrée de Ntumi à Brazzaville, ce dernier n’a pas hésité à affirmer : « puisque les généraux empêchent le retour à Brazzaville de notre chef, nous allons reprendre les armes et déclencher à nouveau les hostilités dans le Pool ». Malgré les nombreuses concessions du pouvoir envers Ntumi, le langage de la violence qui habite encore Ntumi et ses séides reste comme une épée de Damoclès suspendue sur la tête des hommes et des femmes épris de paix et de justice. La communauté internationale est interpellée sur ce spectre de retour à la violence armée. Car, on ne continuera pas indéfiniment à défier un Etat, sans qu’il ne puisse un jour, dans le cadre de ses missions régaliennes, rétablir son autorité.

 

P. S ONI-BENGA