Rentrée politique : Le Président du RDD, Jacques Joachim Yhomby-Opango, demande aux congolais de ne plus  avoir peur !

 

C’est dans une ambiance de fête et bon enfan

t que le général Yhomby-Opango, le président – fondateur du RDD a fait sa rentrée politique le dimanche 2 décembre dernier dans la grande salle de réunion de la Mairie de Brazzaville. Escorté comme à l’ancien temps où il présidait aux destinées du Comité Militaire du Parti (CMP), le président du RDD est arrivé à la Mairie -treillis et rangers en moins-, bien encadré par les bérets rouges du Groupement Aéroporté des Para commandos (GAP). L’occasion était certes, belle pour voir les danses traditionnelles et écouter les chants du terroir, mais l’essentiel était dans le discours que devait prononcer le général Yhomby à l’occasion de la célébration du 17ème anniversaire de son parti, le RDD.

Salle comble, applaudissements nourris, le général Yhomby qui était venu à la rencontre de ses militants avait en secret, la mission de les rassurer y compris ses amis de longue date, Grégoire Léfoueba et Jean Michel Bokamba-Yangouma qui naviguent entre deux eaux et qui étaient venus en voisin en compagnie de Nick Filla. « N’ayez pas peur », leur a-t-il dit. Près de huit pages pour décliner sa nouvelle profession de foi, le Président du RDD souhaite l’instauration au Congo d’un véritable débat d’idées qui, pour lui : « n’est que la sève nutritive de toute démocratie ».

Pour tourner la page des dix-sept années d’existence du RDD, le général Yhomby a déploré que son parti se soit enfermé durant tout ce temps-là, dans un débat « stérilisant sur les hommes et les choses » ; un débat qui a relégué l’excellence dont se réclame le RDD dans les parchemins de l’oubli. L’excellence, cette marque de fabrique du RDD n’était donc plus à l’ordre du jour des causeries politiques du parti. Il doit désormais retrouver toute sa place.

Le parti fondé il y a dix-sept ans par le général Yhomby et ses compagnons, confirme son choix et son ancrage idéologique dans la social-démocratie qui est : « une philosophie qui consiste à envisager l’organisation de la société selon la règle dualiste de libéralisme et de justice sociale ». Le choix du RDD comme l’énonce son président est dicté sur la volonté « de bâtir une République du compromis social et du consensus national ». L’ancien Premier Ministre du Président Lissouba, a fini par se faire une conviction que la république « une et indivisible », doit céder sa place à une « république du compromis social ». Pourquoi ? Tout simplement, parce que de nombreux « groupes sociaux sont frustrés et exclus du débat national ». Pour Yhomby, la social-démocratie est une « démarche de rupture » en ce sens qu’elle combine une politique libérale avec une politique solidaire. Le salut passe donc par la mise en place d’un Etat social démocrate parce qu’il n’y a pas de place pour « un socialisme bureaucratique et un capitalisme sauvage ».

 

A quand l’union sacrée ?

 

Lors du Congrès unitaire de décembre 2006, le PCT avait définitivement enlevé sa vareuse marxiste pour la troquer avec le costume un peu trop étroit de la social-démocratie. L’idéologie marxiste était définitivement enterrée. C’était la fin définitive du parti qui dirige l’Etat ! Malgré l’adoption dans la douleur d’une nouvelle ligne idéologique, à la suite des débats houleux, le PCT a revêtu les habits neufs de la social-démocratie. Seul, le nom historique du PCT est resté inchangé. Ayant tourné le dos au Marxisme Léniniste et au socialisme scientifique, le PCT est devenu un parti de centre gauche qui a mis son idéologie marxiste en berne. Pourtant, le parti fondé en 1969 par Marien Ngouabi n’arrive toujours pas à séduire les Congolais de la mue idéologique qu’il a opéré.

En adhérant à la social-démocratie, le PCT vient trouver un terrain balisé par des partis qui ont opté pour la même doctrine. Il s’agit de l’UPADS, du RDPS et du RDD. Avec eux, le PCT va devoir partager la « Licence d’exploitation » de la social-démocratie, s’il veut affirmer son ancrage idéologique. Pourtant, il n’en est rien. Sur la base d’enjeux électoraux et des rapports de force sur le terrain, le PCT a préféré passer des accords avec des partis et associations politiques pour « gouverner ensemble ». Le mot d’ordre étant de faire gagner le candidat du PCT aux prochaines élections présidentielles de 2009. Cinquante-huit (58) partis ont coalisé pour créer le Rassemblement pour la Majorité Présidentielle. Ironie du sort, le RDD ne fait pas parti dudit rassemblement. Dans la configuration stratégique du PCT, seul le MCDDI dont la ligne philosophique et idéologique est aux antipodes de la social-démocratie et même du marxisme finissant, semble tirer les bénéfices de cette alliance par rapport au RDD, à l’UPADS et au RDPS. Les alliances de circonstance enterrent, certainement, les idéologies parce que la configuration politique actuelle brouille sérieusement les cartes de la recomposition de l’espace politique au Congo.

En effet, si l’on s’en tient à l’appel du RDD qui se dit prêt à travailler et rejoindre tous ceux qui partageraient son idéal social-démocrate, il ne serait pas déplacé de se demander s’il est prêt à s’unir avec le PCT. Or, dans la liste des grands partis étiquetés comme partis d’obédience social-démocrate, ni le RDPS, le RDD et encore moins l’UPADS ne sont en alliance avec le Parti Congolais du Travail. Comme par hasard, leurs rapports sont des plus alambiqués avec le parti au pouvoir, le PCT. Malgré la proximité affirmée de leur philosophie, ni le PCT ni l’UPADS, encore moins le RDD ne sont en négociation pour coaliser leurs stratégies autour d’une plateforme idéologique commune ! Bien au contraire. Le RDPS, malgré le soutien du bout des lèvres au projet de société de la « Nouvelle Espérance » du Chef de l’Etat, a eu des mots assez durs pour critiquer le partenariat qu’il avait passé avec le PCT. Lors des élections de 2002 le candidat naturel du RDPS, Jean-Pierre Thystère Tchicaya s’était retiré de la course des présidentielles après un accord « donnant-donnant » passé avec le PCT. Pour augmenter les chances du candidat Sassou d’être élu confortablement à la magistrature suprême, le parti de Thystère devait hériter de la présidence de l’Assemblée et d’autres « babioles » lors du placement des cadres de son parti. Depuis, Thystère Tchicaya s’est éloigné de ses anciens amis, laissant à ses seconds couteaux le soin de gérer cahin-caha et dans la cacophonie son partenariat avec le PCT. Social-démocratie, oblige.

Le RDPS qui est plus proche du PCT d’un point de vue doctrinaire, a passé des accords de partenariat sur la base des critères purement subjectifs et non idéologiques. On pourrait reprocher aussi à d’autres partis d’être dans le même cas de figure. On l’a vu tout récemment avec la guerre de communiqué qui a opposé le PCT à l’UPADS au sujet de l’état de santé du Congo. Le PCT qui avait attesté que le pays se portait très bien sur tous les plans, a été énergiquement contredit par l’UPADS. Pourtant, idéologiquement proches, on pouvait penser que les deux partis seraient les plus à même de travailler ensemble, il n’en a été rien.

Après ce tour d’horizon, on peut configurer le paysage politique congolais comme suit : d’un côté, le PCT, l’UPADS, le RDPS et le RDD qui se réclament ouvertement de la social-démocratie ; de l’autre côté, il y a le MCDDI et l’UDR-Mwinda dont les conceptions idéologiques, les discours et les pratiques les placent plutôt à droite de l’échiquier politique. Ces derniers sont présentés comme des partis libéraux dont seul le marché assure la régulation de l’économie et des rapports sociaux. Sont exclus de ce classement, tous les partis périphériques ethnolinguistiques qui n’ont pour seul soubassement idéologique que le terroir et le charisme du fondateur du parti. Ces partis jouent les « petits porteurs » et s’agglutinent autour des partis ayant pignon sur rue pour se faire une petite place au soleil. Ils vivent dans l’ombre des grands partis. Sans idéologie, sans doctrine ni philosophie, ces partis balançoires traversent les majorités, alternance après alternance pour ne pas tomber dans les décharges publiques de l’oubli. Ces partis satellites ne servent que pour faire l’appoint dans la mobilisation pour le compte des grands partis dominants. Pourtant, malgré l’espace doctrinal réduit, ces partis prolifèrent comme des églises de réveil, surtout à l’avant-veille des élections locales ou générales.

 


Le Président YHOMBI au défilé du 15 août à Owando

Allons au débat d’idées : Cessons d’avoir peur !

 

L’appel du président du RDD vient clarifier le débat. Sur quelle base les partis politiques nouent-ils leurs alliances ? Sur quelle doctrine idéologique, les partis politiques se fondent-ils pour passer des accords de gouvernement ? Si l’on s’en tient à l’appel du général Yhomby qui demande « à tous ceux qui sincèrement se réclament de la social-démocratie » de se mettre ensemble, quelle serait la configuration de cette nouvelle coalition en terme d’alliances et d’accords électoraux ? Sachant que le débat portant sur les idées et la clarification idéologique se sont jamais explorés au Congo, l’appel du président du RDD ressemble beaucoup plus à un radeau qui chavire sur le fleuve l’Alima en attendant la « générosité » de ceux qui sont sur le rivage pour leur jeter des gilets de sauvetage.

Supposons, une minute que l’appel du président Yhomby soit entendu, l’idéal ne serait-il pas que tous les partis qui se réclament de la social-démocratie se fondent dans un seul et grand ensemble politique avec pour seul soubassement idéologique : la social-démocratie. Dans ce nouvel attelage, on trouverait le PCT, le RDD, l’UPADS et le RDPS réunis au sein d’un même parti. Au-delà des questions d’ego, qui peut imaginer pareil attelage ? Il y a peu de chance que cette coalition puisse voir le jour, sans qu’il ne soit poussé des cris d’horreur sur le retour du parti unique ou l’hyper puissance d’une coalition majoritaire au pouvoir. L’idéal serait que tous les partis politiques ayant des idéologies similaires se regroupent entre eux. Il s’agit, de clarifier au grand jour les alliances qui se nouent beaucoup plus par clientélisme, opportunisme que par conviction.

S’il y a une chose que beaucoup d’analystes Congolais partagent avec le discours du président du RDD, c’est son affirmation doctrinale pour la social-démocratie qui l’épargne de tous les faux procès en sorcellerie. Le déterminisme de l’analyse politique du RDD, n’est plus subjectif. Il se repose sur un substrat philosophique qui est la social-démocratie. Si, par enchantement, le RDD se rapproche du PCT, ce ne sera pas, comme les esprits retors le répandront, pour des raisons de proximité ethno-régionalistes des leaders de ces deux partis. On se demande pourquoi le PCT qui le premier avait lancé le débat de la Refondation de son parti ; une Refondation qui devait structurer l’espace politique national, a trébuché à mi-parcours ; contraint de refonder sans refonder en nouant des alliances circonstancielles et conjoncturelles tous azimuts.

Pour sa rentrée politique, le général Yhomby vient de placer la barre très haute. Tous les partis qui veulent être crédibles, doivent dorénavant montrer patte blanche. Quels sont leurs projets de société ? Sur quel fondement idéologique se repose leur praxis ? Quelles sont les alliances qu’ils comptent nouer pour gouverner si jamais ils arrivaient au pouvoir, etc.

Pour mieux se préparer à ce débat, le président du RDD a demandé à ses militants et, au-delà, à ses anciens compagnons de l’opposition qui espèrent encore sur les abords de la Seine ou du lac Léman d’une alternative foudroyante, de ne pas avoir peur. « Cessons définitivement d’avoir peur », leur a-t-il dit. Au sujet de la paix palpable qu’il a observé dès son retour au pays, il a insisté sur le fait qu’il faut pratiquer le pardon, et surtout de laisser la haine et la vengeance dans les vestiaires. Pour lui, la paix doit « se conjuguer pour chaque citoyen à un travail convenablement rémunéré, une éducation pour ses enfants et u accès aux soins pour tous ». Kolélas, le premier avant lui, avait prôné la même chose. Il est aujourd’hui honni par une partie des intellectuels radicaux de sa région. Un message qui ne sera certainement pas du goût des opposants résiduels qui écument encore leur haine dans les capitales européennes.

Le général Yhomby demande donc à ses compatriotes de cesser d’avoir peur. Qu’ils n’aient pas peur du pouvoir en place ni des élections auxquelles son parti, le RDD a décidé de prendre part. Le président du RDD justifie cette démarche par le fait qu’il ne peut y avoir d’élections avec des citoyens fantômes et des villages fantômes ; que la tendance à boycotter les élections, défendue par certains partis politiques proches de l’opposition, s’est avérée contre productive. Ceux qui optent pour le boycott, sont le plus souvent privés de représentativité au sein des instances nationales. Pour le RDD, la seule voie à suivre sans atermoiement, c’est de participer aux élections au nom d’un principe sacré en démocratie : un homme, une voix ! Arrivera-t-il à faire des émules parmi ses anciens camarades de l’opposition ?

 

P.SONI-BENGA