Polyphonie électorale au Congo - Brazzaville !

Le dernier bal des dinosaures, Lekoundzou & Thystère écrivent à Sassou !

 

JP Tystèe Tchicaya et M. Debré

Le 24 mars 2007, depuis Paris où ils goûtaient aux saveurs doucereuses d’une convalescence dorée aux frais de la République après une hospitalisation prolongée intervenue l’hiver dernier à l’hôpital américain de Neuilly, Justin Lekoundzou Itihi Ossetoumba et Jean Pierre Thystère Tchicaya, respectivement chef du groupe parlementaire de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale et Président de ladite institution, alliaient leur plume pour demander, on dirait plutôt « exiger » du Chef de l’Etat Congolais, Denis Sassou-Nguesso, la « création d’une Commission  Electorale Indépendante ».

 

Aux premières loges de la vie politique nationale depuis 1968 sans discontinuité, ces deux personnalités de la majorité au pouvoir qui tiennent les rênes de l’Assemblée nationale, étonnent par leur attitude. Leur interférence dans le débat politique depuis l’étranger, dans une matière aussi sensible que les élections, n’est pas loin de laisser un arrière goût de manipulation politicienne, si ce n’est de règlement de compte politique contre le Chef de l’Etat Congolais.

 

Attitudes anti – parlementaires : les absents ont toujours tort !

 

Il faut croire que la jurisprudence de la lettre du général Ngouélondélé à Sassou a gagné, au point de séduire deux personnalités officielles de l’Etat, représentants au plus haut niveau du pouvoir législatif, c’est-à-dire ceux qui font et défont les lois, y compris la loi électorale. Bien plus, ils représentent et gérèrent la majorité parlementaire. Logiquement, connaissant les canaux autorisés pour communiquer avec le chef du pouvoir exécutif, il n’y avait aucune raison de lui écrire à titre individuel. Dans tous les cas, une telle correspondance ne pouvait qu’être frappée du sceau de la plus stricte confidentialité, étant entendu qu’il s’agit d’une opinion personnelle, qui n’engage nullement l’institution parlementaire qu’ils représentent. Hélas ! On se doit de constater que la politique au Congo ne se fait plus que par voie de médias. Tout homme politique qui veut discuter et parler de la situation socio-politique du Congo n’a qu’à aller sur Internet. Dans le cas de Lekoundzou et Thystère, la motivatoin serait leur absence physique du territoire national. « Nous trouvant hors du pays pour des raisons de santé et, de ce fait, mis dans l’impossibilité de prendre part aux travaux de cette session de mars- avril de notre institution parlementaire, nous pensons de notre devoir de vous saisir, directement, pour vous faire part de notre point de vue sur ledit projet de loi », ont-ils écrit à Sassou.

Le lecteur avisé tire deux enseignements principaux de cette missive adressée au Chef de l’Etat congolais. Le premier, c’est le fait que ses auteurs s’expriment depuis un pays étranger sur des questions de très grande importance, relatives à la vie institutionnelle de leur pays. Une telle démarche est-elle responsable ? Le deuxième enseignement de cette dyslexie, c’est le statut des deux personnalités qui ont commis cette lettre ouverte à Sassou. On l’a déjà dit, l’un est président de l’Assemblée nationale et figure parmi les trois premières personnalités du pays, selon l’ordre protocolaire de la République. Thystère, puisque c’est de lui qu’il s’agit, sait qu’il a une obligation de réserve due à son rang : il lui est interdit de prendre position en public, ni de s’exprimer sur les grandes questions nationales à l’extérieur du pays. Par respect pour les institutions de la République, il n’a pas le droit de parler de la situation intérieure du Congo depuis l’étranger. Cette obligation de réserve, Thystère l’a balayé d’un revers de main, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’Etat de droit. Le second, Lekoundzou, président du groupe parlementaire du PCT à l’Assemblée nationale, avait, par discipline, la possibilité d’user des procédures parlementaires d’usage pour enrichir le débat sur ce sujet. Sa présence physique au sein de l’hémicycle aurait-elle suffi pour changer le cours des débats et faire basculer le rapport des forces, pour imposer à la majorité des députés la mise en place d’une Commission Nationale Electorale Indépendante ? A-t-il le droit d’interpeller ainsi par écrit le Chef de l’Etat ?

Si la disposition universelle et démocratique de devoir de réserve lié à l’exercice de hautes fonctions au sein de l’Etat n’existe pas dans les textes en vigueur, il faudrait alors que les députés de la législature 2007-2012 l’inscrivent dans les débats et la votent pour éviter toute cette cacophonie de République bananière. Lekoundzou et Thystère disent s’être exprimés ainsi pour « éviter les dérapages qui peuvent être encore source de souffrance inutiles pour notre peuple ». Ne savaient-ils donc pas que « les absents ont toujours tort ? »

 

It’s not a joke ! Ceci n’est pas une blague !

 


Lekoundzou mêlant sa voix à celle de Thystère pour jouer les « conciliateurs » au grand cœur ? Il faut le croire ! Qui aurait pensé un seul instant que la glace de la colère allait si vite fondre, au point de pousser Lekoundzou à faire un appel de pied très remarqué à Thystère, à qui il vouait une sacrée haine pour lui avoir « piqué » son « boulot de trente ans » à la présidence de l’Assemblée nationale ! Ah, les hommes politiques congolais, qu’est-ce qu’ils oublient vite ! Ils sont capables d’opposer les congolais entre eux, et finir par la suite de se réconcilier sur leur dos, une fois leur demande satisfaite. Qui aurait cru que Lekoundzou allait pardonner le président du RPDS et mettre de l’eau dans son vin ? Car, ce n’est pas une blague, Lekoundzou est celui-là même qui a tenu tête à la direction de son parti, le PCT, des mois durant, pour imposer sa candidature à la présidence de l’Assemblée nationale. Son adversaire n’était autre que Thystère, à qui devait échoir le poste au terme des accords de partenariat signés avec ses amis du PCT.

Ainsi, au nom de la victoire écrasante du PCT aux législatives de 2002 et son élection dans sa circonscription de Boundji, où l’on dû demander à Magloire Dambenzet de se désister pour le laisser gagner avant de le faire élire, Lekoundzou a bataillé seul contre toute la direction de son parti pour prendre la présidence de l’Assemblée Nationale. Rappelons pour la petite histoire que Sassou, pour éviter une déculottée électorale –prévisible- à Lekoundzou, s’est déporté lui-même en hélicoptère à Boundji pour aller entretenir les sages de cette bourgade. L’objet de cette virée héliportée du Chef de l’Etat Congolais à Boundji : intervenir personnellement auprès des dignitaires de cette ville, qu’ils fassent pression sur les « Boundjissois » pour qu’ils portent leurs votes à Lekoundzou. En ballottage défavorable face à Dambenzet, personne n’aurait compris que Lekoundzou ne fut pas élu député dans son propre fief ! Qui aurait imaginé pareil scénario catastrophe ! Boundji et ses habitants avaient jeté leur dévolu sur le jeune Dambenzet. Sassou a été obligé de « batailler » pour promettre aux notables du coin qu’il allait s’occuper lui-même du cas Dambenzet s’il laissait Lekoundzou « passer ». Comme quoi, la députation de Lekoundzou à Boundji ne fut pas une mince affaire, encore moins une partie de plaisir.

Faisant fi de tout, y compris des accords passés entre le PCT et le RDPS de Thystère qui monnaya son soutien à « L’Eléphant » de la « Nouvelle Espérance » contre le perchoir de l’Assemblée, Justin Lekoundzou tourna le dos au fair-play.

Intraitable, le député de la circonscription électorale de Boundji, élu grâce au retrait de la candidature de Magloire Dambenzet, repoussera même avec dédain le poste de vice-président de l’Assemblée nationale. Secrétaire à l’organisation, donc deuxième personnalité du PCT,  il tentera de marcher sur les accords électoraux entre le PCT et le RDPS, âprement négociés par Thystère qui monnaya son soutien à « L’Eléphant » de la « Nouvelle Espérance » contre le perchoir de l’Assemblée. La contrepartie d’un soutien dûment négocié par les deux états-majors des deux partis politiques sera à l’origine des premières « bisbilles » entre Lekoundzou et la direction de son parti, à cause de son refus à se plier à la discipline et aux textes du PCT. Le moment d’appliquer les accords venu, le camarade Lekoundzou alias « Maradona », arguant de la victoire écrasante du PCT aux législatives de 2002, mettra tout le monde le dos au mur, y compris Sassou lui-même, qui dû rappeler tout le monde à l’ordre. Lekoundzou resta inflexible et inconsolable. Ce qui justifie son attitude aujourd’hui.

Un comble ! Conscient des enjeux stratégiques et aguerri aux conséquences produites jadis par le non respect des accords signés avec l’UPADS, le parti du Président Pascal Lissouba, Sassou et la direction du PCT tiendront bon contre l’entêtement de Lekoundzou en rappelant que des engagements pris envers un partenaire politique ne se jettent pas comme un kleenex, un mouchoir en papier qu’on jette par terre après qu’on se soit mouché avec.  Un partenaire reste un partenaire. Et un accord, même s’il est passé en votre défaveur, une fois qu’il est signé, doit être respecté. Mieux vaut frustrer un individu qui s’estime à bon ou mauvais droit mal récompensé, plutôt que de plonger tout un pays dans une violence aux conséquences incalculables. Ce fut, on se rappelle, le cas en 1993.

Lekoundzou et Thystère ont motivé leur requête de mise en place d’une Commission Electorale Indépendante sur les « risques de contestations qui peuvent déboucher sur des situations tragiques ». De quelles situations tragiques ces deux éminentes de la majorité présidentielle parlent-elles ? A l’époque, les camarades de Lekoundzou au PCT avaient eu beau lui rappeler que c’est le non respect des accords électoraux signés entre le PCT et l’UPADS qui avait précipité le Congo dans la violence en 1993, le Secrétaire à l’Organisation du PCT qu’il était, fort de « son » pouvoir, de « sa » victoire militaire sur les Cocoyes, de « sa » revanche à prendre sur ceux qui lui avaient privé durant cinq ans des privilèges du pouvoir, n’avait rien voulu savoir. C’était la présidence de l’Assemblée Nationale ou rien ! Sans doute qu’à ce moment là, la frustration de Thystère et des militants du RDPS ne présentait aucun risque de contestation pouvant déboucher sur des situations tragiques !

La maladie, dit-on, adoucit les cœurs et rend les gens plus humains. Le rapprochement des deux monstres sacrés de la politique congolaise, à l’occasion de leur convalescence médicale aux bords de la Seine, a fini par les rendre « humanistes ». Diminués et affaiblis par la maladie, Lekoundzou et Thystère ont choisi de faire de la démagogie pour capter une clientèle électorale. Ils ne trompent personne, puisqu’ils font partie de ces jusqu’au-boutistes qui refusaient de céder le juteux strapontin de  la présidence de l’Assemblée nationale, comme l’UPADS le fit en son temps. En effet, dans l’entre deux tours de l’élection présidentielle de 1992, le PCT et l’UPADS avaient signé un « Accord électoral pour gouverner ensemble » qui prévoyait, entre autres, la mise en place d’une structure de gouvernement, la répartition équitable des responsabilités au sein de l’Etat, la répartition équitable des postes en fonction du poids électoral de chaque parti.

Pour faire court, le PCT exigeait de son partenaire l’UPADS que la présidence de l’Assemblée Nationale lui revienne, du fait du nombre des députés (70) qui étaient estampillés PCT dans l’hémicycle ; qu’un tiers des portefeuilles ministériels reviennent au PCT et alliés. Le PCT exigeait que sept (7) ministres labellisés PCT rentrent dans le premier gouvernement de Maurice Bongho-Nouarra. Toutes ces revendications n’ayant pas été prises en compte par le Président Lissouba et ses partisans, l’accord sera rendu « caduc ». C’est cette rupture, disent les politologues, qui serait, en partie, à l’origine du déclenchement des premiers affrontements de 1993.

Ces violences ont commencé à la suite du changement de majorité à l’Assemblée, du vote de la motion de censure contre le gouvernement du Premier Ministre, Maurice Stéphane Bongho-Nouarra, entraînant de facto, la dissolution du Parlement. C’est la contestation des résultats issus des législatives anticipées qui déclenchera l’étincelle de la violence armée. En tournant le dos aux accords politiques et électoraux passés entre le PCT et l’UPADS qui accordaient la Présidence de l’Assemblée Nationale à Jean-Pierre Thystère Tchycaya, Justin Lekoundzou souhaitait-il prendre la responsabilité d’une autre crise qui aurait discrédité l’ensemble de la classe politique, une classe politique qui n’hésite pas à tourner le dos à ses propres engagements et à clouer au pilori sa propre signature ?

 

Le siècle des dinosaurus-politicus est révolu !

 

Lekoundzou et Thystère auraient voulu faire un coup médiatique qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Ils ont failli réussir, sauf que l’opinion sait que leur démarche n’a pour seul objectif que de poser la question de leur survie dans une arène politique où exister devient de plus en plus une gageure pour les rentiers ad vitam aeternam. Pour nos deux rentiers, la politique a toujours été cette moissonneuse batteuse qui les a élevés dans les plus hautes sphères de la vie publique nationale. Leur vraie fausse réconciliation sonne le glas de leur mise à la retraite politique, définitive et sans concession.

Leur capacité de nuisance est sans limites. La nature, qui fait bien les choses, vient de les rappeler à l’ordre en leur faisant savoir qu’il est temps de passer la main ; qu’ils ne doivent plus s’agripper à leurs anciens privilèges, quand ils n’arrivent plus à lire les lignes de partage entre les questions périphériques, subsidiaires  en rapport avec leur ego et les questions majeures liées aux intérêts supérieurs de la Nation ; qu’il est temps pour eux de dresser le bilan de leur action depuis qu’ils ont pris leur abonnement à la mangeoire de la République. A quoi se résume leur action politique au cours de ces trente dernières années, en termes de réalisation en faveur du peuple ?

La dernière prise de position de Lekoundzou et Thystère ressemble bien à un adieu derrière le rideau, ni plus ni moins. Lekoundzou serait-il en train  de régler ses comptes à Sassou, qui lui a barré la route de la mainmise sur le PCT, de son contrôle au nom de son bon droit à se présenter comme le co-fondateur de ce parti ? Ses griefs ont pour nom : la non élection à la présidence de l’Assemblée nationale ; le refus d’occuper la vice-présidence ; l’éviction du gouvernement de son poste de ministre à la Présidence chargé de la défense nationale ; la défaite contre les « Refondateurs du PCT », malgré l’organisation d’un congrès dissident et « factuel » du PCT.

Lekoundzou n’a pas digéré sa mise à l’écart des cercles concentriques et décisionnels du pouvoir de Sassou. A partir de cette lettre écrite en duo avec Thystère, serait-il en train d’exprimer au grand jour un sentiment de frustration ? Son combat ne serait-il pas personnel, comme celui de son alter ego qui sait au plus profond de lui-même qu’il ne peut pas être l’alternative que les milliers de congolais espèrent et attendent pour sortir le Congo de son sous-développement ? Autant Lekoundzou veut se venger de sa frustration, autant Thystère, selon de bonnes sources, veut réaliser son destin de présidentiable prédit par une dame bikoudi de ses relations.

Le siècle qui vient de s’ouvrir est celui qui va enterrer tous les « dinosaurus-politicus » congolais qui ont toujours prospéré grâce à la rhétorique, et non par l’action. Comme il n’est pas interdit de rêver, gageons pour eux qu’ils ne rêvent pas les yeux ouverts. Ils risquent de voir les futures échéances électorales faire la démonstration que leur lettre n’était ni plus ni moins qu’une provocation visant à conditionner leurs compatriotes à avaliser le pire. Le Congo de demain sera celui des dirigeants qui auront à cœur à s’occuper des conditions de vie de leurs concitoyens et non pas ceux qui, comme les abeilles, butinent sur les « fleurs du mal » pour attiser la haine !

 

P.SONI-BENGA.