RD Congo :
Que veut le Président Joseph Kabila ?
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Aux
premières heures de la journée du mercredi 11 avril 2007, Jean Pierre Bemba a pris
l’avion pour le Portugal, où il est arrivé avec toute sa famille dans sa villa située
dans la banlieue de Faro. Officiellement pour traiter une jambe traumatisée à
la suite d’une chute intervenue bien avant les événements des 22 et 23 mars
derniers, dans son ex- résidence officielle de
L’exfiltration
de l’ancien vice-président de
Si
dans certains cas, comme celui du gouverneur de la province de l’Equateur, M. José
Makila, cette insécurité est à nuancer, dans la rue kinoise le parti de Jean
Pierre Bemba, le Mouvement de Libération du Congo (MLC), est quasiment frappé
d’anathème. Une situation qui interpelle de plus en plus les observateurs sur
le modèle de démocratie en train de s’élaborer en RD Congo, un pays dont le
processus de sortie de crise par voie d’élections lourdement financées par la
communauté internationale avait été salué comme
« exemplaire ».
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Aujourd’hui,
le processus semble se dévoyer dans le sang, pendant que le pouvoir à Kinshasa
est en train de se radicaliser, en affichant des positions de plus en plus
autoritaires et tranchées. Une nouvelle dérive dictatoriale après
Mobutu ? « Le Joseph Kabila que vous
avez connu avant les élections, recherchant toujours le consensus, n’est pas le
même Kabila que celui qui a été élu »,
expliquait le « petit » Joseph Kabila
lors de sa première sortie médiatique après les événements sanglants des 22 et
23 mars 2007.
Agé
de 36 ans révolus, ce jeune homme qui semble né avec une cuillère en or dans la
bouche, cherche visiblement à prendre ses marques et à faire respecter
l’autorité liée à son statut et à sa fonction à Kinshasa, une ville qui l’avait
« cocufié » au profit de Jean Pierre Bemba, son principal
challenger lors de l’élection présidentielle de juillet
La lutte de leadership au
cœur d’un drame sanglant
Selon
de bonnes sources, il semble que Joseph Kabila en avait
de plus en plus marre de voir Jean Pierre Bemba se pavaner dans les rues de
Kinshasa en chef d’Etat bis. L’escorte de l’ancien vice-président, plus luxueuse
et plus impressionnante que celle du président de
Pour
Joseph Kabila et les « sécurocrates »
de son régime, Kinshasa et son « icône » Bemba étaient potentiellement
en état d’insurrection. Une situation aggravée par la présence d’environ deux
cents militaires en détachement auprès d’un homme devenu une véritable légende
politique. Par sagesse, afin de minimiser les risques de conflit dans la
capitale, siège des institutions politiques, Joseph Kabila
s’est efforcé à dépêcher, à plusieurs reprises, différents émissaires auprès de
Jean Pierre Bemba, porteurs de l’exigence du chef de l’Etat de le voir se faire
« plus discret ».
Ayant
attendu sans recevoir un signal satisfaisant en retour, Joseph Kabila est passé à la vitesse supérieure en signant un
décret aussitôt contesté par Jean Pierre Bemba, pour des raisons de « sécurité ».
Destiné à tous les anciens vice-présidents, ce décret visait en réalité Jean
Pierre Bemba, en réduisant sa garde à 12 policiers au maximum et en demandant
le désarmement et le reversement des effectifs du détachement de protection
présidentielle (DPP) qui assurait sa garde, au sein des Forces Armées de
Le
refus de Jean Pierre Bemba à se plier aux dispositions du décret présidentiel,
qu’il affirmera clairement dans ses médias Canal Kin
et CCTC aujourd’hui réduits au silence, rendra « inévitable » sa
confrontation avec Joseph Kabila, décidé à aller
jusqu’au bout d’un bras-de-fer qui s’annonçait irréversible.
« Kabila ne me fait pas peur »,
fera savoir Bemba en guise de réponse du berger à la bergère. Par le chef
d’état-major des FARDC interposé, Joseph Kabila passe
quant à lui à l’action en fixant au 15 mars 2007 le délai butoir pour l’exécution
de son décret.
Une
semaine après expiration de cet ultimatum, le 22 mars à 11 heures, les FARDC
passent à l’attaque pour désarmer et ramener à la caserne les hommes de Bemba.
La voie était ainsi ouverte au règlement par les armes d’une lutte de leadership
que même des élections sous haute surveillance internationale n’avaient pu
vider. Au total, selon des chiffres communiqués au volatile, ces affrontements auraient
occasionné dans le camp des hommes de Bemba six morts et une quarantaine de
blessés déposés par
Le film de la chute
manquée de Kinshasa
On
ne peut pas dire que l’attaque de l’ex- résidence officielle de Jean Pierre
Bemba ait vraiment surpris les quelque deux cent éléments de sa garde. Selon des
informations recueillies par le volatile, les hommes de Bemba qui ont fait le
coup de feu à Kinshasa lors des derniers affrontements étaient sur le qui vive
depuis au moins une semaine. Passé l’ultimatum de l’état-major général des
FARDC du 15 mars, ils savaient que tout pouvait désormais arriver. Néanmoins,
affirment-ils, ils ne connaissaient ni la date exacte à laquelle une action
serait déclenchée pour les désarmer, ni imaginer une opération d’une telle
envergure en milieu urbain.
A
11 heures, leur déploiement terminé par le quadrillage de la résidence de
l’ancien vice-président de la transition 1+4=0 - selon les Kinois -, les FARDC
ouvrent le feu. L’attaque, faite à l’aide d’armes de guerre assez lourdes de
type Chilca de deux mille munitions, des Yana à 48 trous de mortiers, des lance roquettes, des MAG
portatifs individuels, ainsi que des blindés, est repoussée après quelques
minutes d’intense combat. Un couloir est alors créé, qui permet d’évacuer Jean
Pierre Bemba et sa femme, accompagnés du major Kere Ngaze Baso, commandant de
compagnie chargé de la sécurité du patron du MLC.
Direction : ambassade de l’Afrique du Sud, à quelques encablures de là, où
les enfants Bemba, exfiltrés de l’école belge par
Une
fois leur chef en sécurité, les hommes de Jean Pierre Bemba se déploient sur
l’ensemble de la commune de
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Dans leur progression, ils s’emparent de l’immeuble dit Kin Mazière, où se trouvent les geôles d’une dépendance de
l’Agence Nationale de Renseignements (ANR) du colonel RAUS et libèrent tous les
détenus, puis prennent le contrôle du Beach Ngobila. Plus à l’est, ils investissent les locaux de
RTNC2, la deuxième chaîne nationale ; s’emparent du camp Kokolo et de l’aéroport militaire de Ndolo
où ils flambent
Ils
perdront rapidement tous les points clé de la capitale dès le lendemain 23 mars,
faute d’effectifs pour tenir les positions acquises, faute de munitions
suffisantes (toutes les poudrières avaient été vidées) et de renforts.
Abandonnés à eux-mêmes, les hommes de Jean Pierre Bemba n’auront d’autre choix
que de reculer et de libérer progressivement leurs positions dans la journée du
23 mars. Pendant au moins vingt quatre heures, ils auront réussi à tenir tête
au commandement des FARDC, et même à contrôler une partie stratégique de
Kinshasa. Le coup aurait été vraiment « bien préparé » comme
on l’a prétendu, il ne fait aucun doute que Kinshasa serait tombé comme un
fruit bien mûr.
Si
le règlement militaire est appliqué à la lettre, nul doute que Joseph Kabila, en tant que commandant suprême des forces armées,
devrait faire tomber certaines têtes au sein des FARDC, qui ont consommé un échec
cuisant dans la mission qui leur avait été assignée de désarmer la compagnie de
sécurité de Bemba et de la faire rentrer à la caserne. Au lieu d’en faire des
réfugiés à la mission des Nations Unies (Monuc) et à
Brazzaville.
Brazzaville touchée par
l’onde de choc du conflit
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Le
vendredi 23 mars dans l’après midi, le conflit traverse le fleuve avec trois
obus qui tombent à Brazzaville, dont l’un vient percuter la mairie centrale. La
même nuit, à bord de deux bateaux appartenant respectivement à Jean Pierre
Bemba et à son père, dont Ville de Gemena, une centaine de rescapés accostent au Beach de Brazzaville. Désarmés et placés du 23 mars au 9
avril sous étroite surveillance policière au centre sportif de Makélékélé, ils seront ensuite transférés à 80 Kms sur la
route du nord, dans un camp spécialement aménagé dans le cadre du « plan
de contingence » mis en place pour des raisons d’urgence humanitaire
lors de la période électorale en RDC, en raison des troubles qu’aurait pu
engendrer l’élection présidentielle de juillet et novembre 2006.
Les
éléments de Bemba qui ont fui à Brazzaville – environ une compagnie d’une
centaine d’hommes – faisaient partie d’un groupe d’environ 400 hommes. Plus de
la moitié est resté à Kinshasa, ventilé entre ceux qui ont réussi à trouver
refuge auprès de