« Chirac, mon ami de trente ans » où les fausses
confessions d’un « lobbyste » du village françafricain !
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Ce sont deux coups de fil
de compatriotes résidant en France, le vendredi 23 mars 2007, qui m’ont poussé
à m’intéresser au livre de Jean-François Probst édité chez Denoël et intitulé
« Chirac, mon ami de trente ans ».
Me
rendant au bureau, je reçois aux environs de 10 heures un premier coup de fil d’un
aîné, membre du MCDDI, aujourd’hui en disgrâce auprès de Bernard Kolélas dont il fut un proche. « Quel est le dernier livre que tu as lu ? », me demande
t-il à brûle-pourpoint à propos de mes lectures sur le pays. Je lui cite quelques
titres, qu’il balaye d’un revers de main. « Non, petit-frère, est ce que tu as lu le dernier livre de Jean-François
Probst ? Va le lire, je te le conseille. Ton « Chef » est
malmené dedans ».
Arrivé
au bureau, je venais à peine de me connecter sur www.mwinda.org pour lire « Le cahier de Sassou »,
un article signé Calixte Baniafouna (sic), que je reçois le deuxième coup de fil
de cette journée très particulière. A l’autre bout du fil, une compatriote
politiquement très engagée, qui me parle d’un livre écrit par un proche de Jacques
Chirac et qui aurait fait des révélations terribles contre le Président Sassou. « Tu
l’as lu ? », je lui demande. « Non ! Quelqu’un m’a parlé de ce livre. Il faut le lire ».
J’ai
alors poursuivi ma lecture des médias congolais sur la toile, jetant au passage
un coup d’œil sur les réactions épidermiques de certains internautes. Pas de
doute, la rampe de lancement y était ; nul ne pouvait échapper à l’envie
de parcourir le livre jusqu’au bout, d’autant plus qu’il était présenté comme
un ouvrage qui « fait des
révélations terrifiantes sur Denis Sassou Nguesso ».
Plutôt
que de me contenter des commentaires et analyses de ceux qui n’ont lu que des
bouts de phrases, sans articulation à même d’éclairer l’opinion, je suis allé
me procurer l’ouvrage chez mon libraire
habituel. Après avoir parcouru les deux cent soixante-douze pages du livre, je
me suis appesanti sur le chapitre consacré au Congo et à la guerre du 5 juin
1997, pour mieux feuilleter le fameux cahier qui soi-disant refermait des
révélations terrifiantes sur Sassou !
Les révélations
apocryphes de Jean-François Probst
Au
terme de la lecture des dix « bonnes
feuilles » qui constituent le cahier de Sassou,
truffées d’inexactitudes et de coquilles grotesques, bourrées de
contradictions, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur les
motivations de l’auteur qui a d’abord voulu, selon toute vraisemblance, régler
son compte à un ami de trente ans, Jacques Chirac, une bête politique devenue
d’autant plus vulnérable qu’elle a perdu ses crocs en décidant de ne pas
rempiler pour un nouveau mandat présidentiel en avril 2007.
C’est
de bonne guerre, dirait-on, même si l’on peut s’interroger sur la notion
d’amitié made in Probst, qui se confond singulièrement avec le statut de
« balance ». Nul doute que
Jacques Chirac, au cas où il arrivait à se donner la peine de lire les
vomissures de son ex- chiraquien d’ami, sorcier blanc de la com’
dans le village françafricain, aura du mal à digérer.
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Sassou par contre devrait pouvoir continuer à
dormir du sommeil du juste, tant ce qui est rapporté sur sa personne relève
plus de la fiction que de la réalité. Il n’empêche. « Sali » par un homme qui s’enorgueillissait de son amitié et
s’en vantait dans le Tout Paris politique et mondain, il a de nouveau là une
belle occasion de méditer sous le manguier, au bord du fleuve Alima, sur tous ces sorciers blancs qui écument encore
l’Afrique, prêts à décrocher avant de décocher des flèches assassines contre les
bienfaiteurs d’hier dont on léchait les godasses, pour peu que la météo
politique s’assombrisse et indique une navigation par très mauvais temps. Si en
plus la fin de règne s’accompagne d’une dèche suintant de la cassette, alors
adieu veaux, vaches, cochon et vive Jean-François la balance !
C’est
bien dans cette logique que s’inscrit Probst, qui affirme dans son propos
liminaire avoir cédé « à la cordiale
pression d’amies et amis » pour se lancer dans « quelques narrations sur
Le
cahier de Sassou ressemble à s’y méprendre à un texte
« brouillon » écrit par un
nègre de service ne maîtrisant visiblement pas son sujet. On ne serait pas surpris
de retrouver derrière ce nègre des mains baladeuses de certains milieux de
l’opposition congolaise en France, dont Probst a volontairement repris et
amplifié jusqu’à la caricature, les thèses sur la guerre du 5 juin 1997. C’est
ce rendu historique contrefait auquel s’est agrippé opportunément certains
pseudos intellectuels congolais en mal d’audience pour parler d’un mini Tsunami
à même d’ébranler
C’est
à partir de la page 154 que Jean-François Probst rentre dans le vif du sujet. Il
évoque le nom de Sassou. En guise d’entrée en matière,
il écrit : « Sassou avait fait l’école militaire de Saint Maixent. Les jeunes marxistes qui l’entouraient étaient
tous passés par l’Université Patrice Lumumba de Moscou, lui était allé à Zagreb
et Bucarest. Après une première « révolte
des jeunes gens », Sassou et ses amis avaient
amené au pouvoir un premier président marxiste orthodoxe, Marien Ngouabi. Et un an plus tard, ils l’avaient éliminé ».
Quel Congolais un tant peu instruit de l’histoire politique de son pays peut
avaler une telle couleuvre ?
Entres
autres incongruités, Probst s’adjuge tout le mérite du retour triomphal de Sassou à Brazzaville en janvier 1997, dont le déclic a été la
« Rencontre Citoyenne »
organisée par le Collectif des Associations Démocrates (CAD) à l’hôtel Sofitel
Saint Jacques appelant à la candidature de Sassou Nguesso à l’élection présidentielle, la veille même de son
retour. Probst écrit ainsi qu’« en sous-main, Jacques Foccart ne lui avait
pas retiré (à Sassou, ndlr) sa confiance. Au contraire. J’ai donc préparé son retour médiatique,
en janvier 1997. Nous avons réuni mille cinq cents personnes dans un grand
hôtel parisien ». Ces gens-là, « quand ils ne volent pas votre montre pour vous donner l’heure »,
pour le paraphraser, ils volent même votre victoire !
Et
Magenta dans tout ça ? Et l’appel de Bordeaux lancé par Olongo et Maître Tchicaya à
travers un fascicule fort bien élaboré pour demander à Sassou
Nguesso de se porter candidat à l’élection
présidentielle de 1997 ? Devons-nous rappeler qu’au cours de cette
rencontre de janvier 1997, étaient au podium, Etienne Mokondji-Mobé,
Maître Tchicaya, le Docteur Henri-Joseph
Mpara et Itoua-Oyona, tous deux
venus du Nord de
Au
jeu de questions - réponses, une militante poussa l’audace jusqu’à aller demander
à Sassou candidat, s’il n’allait pas faire pire que
ceux qui étaient aux affaires, une fois revenu au pouvoir. Il fallait le faire !
Ceux qui étaient présents dans la salle se souviennent encore de la réponse que
le prétendant à la magistrature suprême avait donnée à cette dame, dont nous ne
citerons pas le nom !
Les contrevérités de Jean
François Probst sur le coup d’Etat du 5 juin
« Au passage, écrit Jean François Probst, j’ai transmis une lettre d’instructions de
Jacques Foccart. La discrétion devait être totale. Chirac craignait que le
président Lissouba ne soit vexé. La note manuscrite
de Jacques Foccart n’était pas un appel à la guerre, ni un appel au coup d’Etat
ou à la violence, mais plutôt un appel au rassemblement ». A le
croire, il n’était donc nullement question, pour les réseaux de la rue Monsieur
animés par Jacques Foccart, d’aider Sassou à
retrouver les allées du pouvoir en utilisant la force, surtout
armée !
Lorsqu’on
connaît tous les fantasmes que nourrit une partie de l’élite congolaise perchée
sur les rives de
Ce
passage contredit en lui-même la thèse du coup d’Etat construit par Probst. La
suite du livre, à l’avenant, n’est qu’un amas de déchets dérivés des thèses
proches de l’opposition congolaise en France. Pour tout dire, un livre décousu,
sans fil d’Ariane. En effet, quelques lignes après cet aveu, Probst qui
reconnaît qu’il s’agissait des « dernières
instructions de Jacques Foccart, qui est décédé le mois suivant », se
dédit en accusant non seulement Sassou d’avoir
fomenté un coup d’état contre le Président Lissouba,
mais en plus de l’avoir aidé à acquérir les armes qui lui ont permis de chasser
son prédécesseur du pouvoir.
Comme
pour contester la version de la légitime défense défendue par lui et tous les
lobbyistes occidentaux qui gravitaient autour de Sassou,
il avalise la thèse du coup d’état en écrivant : « L’histoire officielle dit que le Président Lissouba a envoyé un char contre la villa de Sassou, en réalité, il s’agissait d’une provocation montée
de toutes pièces par la milice Cobra (…) Sassou était de l’autre côté du fleuve Congo, avec des jumelles ».
Plus folklorique comme présentation de faits, on ne pouvait trouver mieux. Si
ce n’est pas du délire, c’en a tout l’air d’un gros « pet » puant dégagé par un de ces « sorciers blancs » « vendeurs
de casseroles » mal récompensés ? Vincent Hugueux apporte la réponse dans son livre : « On apprend, écrit-il, que l’ancien édile de Bois-Colombes (Jean-François
Probst ndlr) s’est
« fâché » avec Denis Sassou Nguesso qui, au passage, lui devrait « 150
briques » » [p.53] (1). C’est donc à cause de « Cent patates » que Jean-François Probst dégueule sur le Président Congolais ?
Sassou campé dans le rôle du mauvais qui a
préparé son coup d’Etat de longue date, jumelles autour du cou de l’autre côté
du fleuve, Lissouba a naturellement le beau rôle,
celui d’un monsieur gentil, tranquille et très naïf. « Le Président Lissouba,
qui était un scientifique un peu égaré, et sa directrice de Cabinet, Claudine Munari, n’ont pas compris ce qui était en train de leur
arriver et ils ont été renversés », écrit-il. Ce nouveau casting,
malheureusement, ne l’exonère pas. Probst élude la question des origines du
déclenchement de cette violence.
Quels
sont les mobiles qui ont poussé au déclenchement de la guerre du 5 juin
1997 ? Pourquoi ne fait-il pas allusion à la rencontre qui avait eu lieu le
4 juin, la veille du déclenchement de cette guerre civile, au domicile du
Président de l’Assemblée Nationale, André Milongo, rencontre
au cours de laquelle Sassou était venu voir ce
dernier pour l’informer des intentions belliqueuses du Président Lissouba qui voulait « en découdre » ?
Une histoire écrite pour
un auditoire d’européens
Peut-être
un peu trop distrait, Jean-François Probst écrit à la page 157 de son livre que
la guerre civile a commencé au mois de juillet ! « En juillet 1997, écrit-il, la guerre a commencé. Les combats ont duré
tout l’été ». On ne peut pas reprocher à Probst de confondre les
saisons, mais la date du déclenchement des affrontements, il faut le faire !
Pour lui, il aurait mieux valu, s’il avait voulu être plus précis, de parler de
saison sèche. On peut l’en excuser certes. Il pensait conter son histoire à un
auditoire d’européens, qui n’a cure de savoir si dans les lointaines contrées
d’Afrique il fait une canicule étouffante en saison sèche !
Mais,
lorsqu’on veut être plus royaliste que le roi, on ne prend guère de précautions.
On est trahi que par ses propres imperfections. C’est le détail qui tue le
sorcier, même blanc ! Probst écrit donc : « En juillet 1997, la guerre a commencé… ».
Sans blague ! La guerre du 5 juin 1997 aurait donc commencé un mois plus
tard, c'est-à-dire au mois de juillet comme le proclame Probst ? Problème
de calendrier ou absence de maîtrise des dossiers ?
Lorsqu’on
ne maîtrise rien, soit on se tait, soit on s’attache les services d’un nègre
qui connaît au moins les dessous des cartes. Visiblement, Probst ne s’est pas embarrassé
de précautions d’usage. Son produit était destiné à un panel de néophytes
occidentaux, peu informés des us et coutumes et autres joutes ethnico-ésotériques
dans les lointaines contrées africaines. Cette diversion serait passée comme
une lettre à la poste, si notre vigilance n’avait pas été prise à défaut.
Mais
pourquoi « faire tout un foin »
sur une question de climat, de saison ou de période, au lieu de nous intéresser
aux mobiles qui ont conduit au déclenchement de cette guerre civile, nous dira
t-on ? La réponse est simple. Toutes les erreurs dans la retranscription des
faits historiques des événements dramatiques qui ont secoué le Congo, ne donnent
la pleine mesure de leur portée si l’on n’y attache pas un peu de rigueur.
C’est
la même critique que nous avions formulé à l’endroit de François Xavier Verschave, lorsqu’il avait publié son pamphlet « Noir Silence qui arrêtera
Avec
son livre, Jean-François Probst a fait pire. Celui-ci n’est qu’un condensé des
ouïes dires, une fiction issue de son imagination fertile. Il se tromperait de
bonne foi sur les dates et autres faits historiques qu’on le croirait bien.
Malheureusement, il ne mesure nullement les conséquences pour les générations futures
! Comme on aime les généralités et autres banalités, on en vient à aligner quelques
unes du style : « J’ai aidé le
clan Sassou à revenir là-bas. Et je lui ai trouvé des
armes au mois d’août 1997 ».
Une
vérité de la palisse, à défaut d’être un secret de polichinelle. Si on ne peut
pas faire de procès pour mauvaise foi à Probst, c’est celui de reconnaître que
les partisans de Sassou s’étaient défendus contre les
troupes du Président Lissouba au début des
affrontements sans aide extérieure, puisqu’il le reconnaît lui-même. Au sujet
de l’aide militaire et des armes reçues par Sassou et
ses partisans, Jean-François Probst affirme que « le Président José Edouardo Dos Santos a aidé
Sassou à donner le dernier coup de rein ».
Comme nous l’avions toujours écrit, au tout début des combats, l’armée
angolaise était aux abonnés absents. Elle a été présente au tout dernier
moment, lors de l’offensive finale avec l’entrée, le 13 octobre 1997, des Migs Angolais pour soutenir les troupes au sol. C’est cette
offensive qui sera à l’origine de la débandade des troupes gouvernementales et
autres milices Ninjas. Le 15 octobre 1997, la guerre civile du 5 juin prenait
fin.
Pour
Jean-François Probst, « la guerre s’est
terminée début décembre 1997 ». Qui peut sérieusement donner du crédit
à pareilles inepties ? Même ceux qui étaient chargés de faire la promotion
de cet ouvrage sur le site d’en face n’en voudraient pas. Le critique
littéraire chargé de faire l’apologie des dix « bonnes feuilles » censées démolir Sassou, lui qui a déjà
commis quelques écrits sur les différentes guerres civiles qui ont ensanglanté
le Congo, ne pouvait pas ignorer ces dates, ces repères qui sont gravés à
jamais dans la mémoire collective des Congolais.
Par
calcul ou par une sorte de pudibonderie, il n’a pas voulu relever ces
incohérences. Bien lui en a pris ! Il aurait aussitôt fait tomber la montée
de haine ethnico-tribale qui s’est emparé subitement des gens qui croyaient
détenir par le livre de Probst le scoop du siècle ! Pas de chance. En
voulant cracher dans la main de Sassou, Probst s’est
lui-même mordu le doigt. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque
chose ! Une fois de plus, le « Kimuntu » s’est dilué comme
d’habitude, dans les eaux boueuses de la haine ethnique ! Vous avez
dit : « Bouseux ? »
P.SONI-BENGA
Jean-François PROBST : « Chirac, mon ami de trente ans » Ed.Denoël,
Paris 2007, 270p
(1) Vincent HUGUEUX : « Les Sorciers blancs. Enquête sur les faux amis français de l’Afrique ». Paris, Fayard 2007, 336p
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