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Jean Baptiste Placca : Cet hôtel particulier de la rue
de Prony, où vous logez actuellement, vous appartient ?
Pascal Lissouba : Oui,
c’est chez moi. J’avais l’ambition d’accomplir un troisième mandat à la tête de
l’Etat Congolais et je pensais qu’il me fallait une maison à Paris pour
recevoir et travailler tranquillement. Dans un appartement, on dérange tout le
monde, ce n’est pas bon.
J.B.P. :
Avez-vous acquis la maison à titre privé ou comme Chef de l’Etat
Congolais ?
P.L. : Vous savez, j’étais enseignant ici, à ParisXII, après avoir fait de la prison dans mon pays. Je
faisais mes recherches, financées par l’Orstom, à
Créteil et à Pasteur. Mais, après l’arrivée de Mitterrand, le statut des
chercheurs a changé et j’ai du interrompre mes recherches car j’étais incapable
de les financer. Je suis alors entré à l’Unesco. Comme enseignant, j’habitais
vers la Porte de la Chapelle, dans le XVIIIè. Puis,
quand je suis rentré à l’Unesco, j’ai déménagé pour me rapprocher du VIIè, je suis allé rue Blanche, dans le IXè.
J’ai gardé ce logement une dizaine d’années. Affecté en Afrique, j’ai conservé
mon appartement. Mais une fois élu Chef de l’Etat, je ne pouvais pas garder un
appartement dans tel quartier, avec les Folies Bergères juste à côté ! Je
suis donc parti à Malesherbes, dans le XVIIè. Mais
les inconvénients que j’évoquais tout à l’heure m’ont à nouveau poussé à
déménager. Et je suis venu ici. A chaque fois, je vendais et j’ajoutais quelque
chose, jusqu’à ceci.
J.B.P. :
Tout de même, cet hôtel particulier vaut une petite fortune !
P.L. Eh bien, j’en ai payé la moitié et l’Etat Congolais a
payé le reste, puisque cela devait servir à permettre de mieux remplir mes fonctions
de Président. Que l’on s’en prenne – d’ailleurs à cette maison-là, passe
encore, mais l’autre, celle que j’avais à Brazzaville, et qui a été
dynamitée !
J.B.P. : Vous restez donc à Paris, en dépit d’un climat un peu
tendu ?
P.L. : Je n’ai jamais compromis les intérêts de la
France, de quelque manière que ce soit. Et si je l’ai fait, c’était d’une
manière inconsciente. Je n’ai donc aucune raison de bouger.
(Propos
recueillis par Jean Baptiste Placca, L’Autre Afrique
du 10 au 16 décembre 1997).