Droits de retransmission radio télé de la CAN
Les bonnes affaires de LC2 Médias en Afrique !

 

Dimanche 20 janvier dans la matinée, à quelques heures du début de la CAN 2008, la direction générale de Télé Congo reçoit de CCFOOT, un agent de LC2 domicilié aux Bahamas, un courrier composé d’un contrat de retransmission radio télé des matches et la  facture ad hoc.

 

Le courrier est porté en urgence à Brazzaville par un avocat basé à Pointe Noire, Maître Sylvie Nicole Mouyeke, mandataire local du « collectif des cabinets d’avocats internationaux » piloté par Maître Alain de Bouchony, avocat au barreau de Paris.

Le rôle de ce collectif des cabinets d’avocats internationaux ? Engager des poursuites judiciaires « immédiates et systématiques » afin de contraindre les « contrevenants » à payer des centaines de millions de F.CFA des droits de retransmission radio télévisée de la CAN. Au profit de l’ancien ministre des sports du Bénin, Christian Lagnide, patron de la chaîne privée de radio et de télé LC2 Médias, immatriculée à Cotonou, qui a racheté ces droits pour 8,5 millions d’euros auprès de Sportfive, en octobre 2003.

Depuis cette date, LC2 bénéficie de l’exclusivité des droits de diffusion de la CAN sur 44 pays africains, à l’exception de l’Afrique du Sud et du Maghreb. Cherchant à rentabiliser son investissement, LC2 s’est illustrée, depuis la CAN 2004, par des méthodes pour le moins discutables et sauvages.  

Quand bien même elles n’auraient pas signé de contrat de retransmission dite « sous licence » avec LC2 ou son agent, les chaînes nationales sont obligées de « cracher dans le bassinet ». C’est le cas de Télé Congo. Bien que n’ayant pas signé avec LC2 et n’utilisant pas son réseau AFNET, la chaîne publique congolaise est mise en demeure de payer à CCFOOT, un agent de LC2, des droits de retransmission facturés 305.000 euros.

Soit à peu près 200 millions de F.CFA. Et ce n’est pas tout ! Dans le contrat transmis à la direction générale de Télé Congo intitulé « Contrat de Sous-Licence de Droits Télévisés et Radios 2008 », il est prévu au point 6 des pénalités de retard : 22% de majoration pour tout paiement reçu après le 21 décembre 2007 et 15% de majoration supplémentaire pour un paiement reçu après le 7 janvier 2008.

Voici comment, à travers un communiqué de presse diffusé le 5 janvier 2008 à Paris, Maître Alain de Bouchony, chef de file du panel des cabinets d’avocats internationaux mandatés par LC2, justifie un dispositif mercantiliste et injustement coercitif, qui ne cesse d’étonner de la part de Christian Lagnide, un africain qui nourrirait, dit-on, l’ambition d’une grande chaîne privée panafricaine dominée par le sport.

« Seuls les chaînes de télévision et médias ayant acquis les droits de sous-licence auprès de CCFOOT Ltd Genève (tél + 41 22 393 60 18) sont autorisés à diffuser les images de la MTN Coupe d’Afrique des Nations 2008 qui seront acheminées uniquement par le réseau AFNEX (African Network and News Exchange). Toute chaîne de télévision, et plus généralement tout média, contrevenant, directement ou indirectement, à ce dispositif s’expose à des poursuites notamment judiciaires qui seront immédiatement et systématiquement entreprises par des cabinets d’avocats internationaux et auxiliaires de justice localement accrédités pour diligenter toute action pénale et indemnisation de LC2 Médias et de ses partenaires, dont la base minimale a été fixée à un euro par habitant dans chaque pays concerné », écrit-il.

En clair, si Télé Congo ne se soumet pas à l’obligation de payer transmise par Maître Sylvie Nicole Mouyeke le 20 janvier 2008, en sa qualité « d’auxiliaire de justice localement accréditée », le Congo risque d’être poursuivi devant la justice française, désignée unilatéralement comme seule compétente dans le contrat, alors que ni CCFOOT, ni LC2 n’ont leur résidence en France !

L’objectif de cette poursuite judiciaire ne serait autre que de faire condamner le Congo à payer à LC2 et ses partenaires (lesquels ?) 3 millions d’euros d’indemnités, à raison d’un euro par Congolais ! Devant des revendications aussi farfelues que surréalistes, n’est-on pas en droit de se poser des questions sur l’avenir du sport en Afrique ?

Pour LC2, apparemment, le football n’est qu’une affaire de gros sous. Peu importent les considérations sportives, l’essentiel est de se faire du beurre sur le dos des Etats. Pour leur faire cracher dans le bassinet, on n’hésite pas à leur mettre la pression à travers les médias internationaux, qui les présentent comme des consommateurs de mauvaise foi : « X n’a pas payé ; Y n’a pas payé ! »

Et c’est parti pour la campagne de dénigrement et de diabolisation des autorités et du pays ! On peut certes comprendre le souci de LC2 de rentabiliser son investissement, afin de ne pas subir le sort de la défunte Africa TV, tombée en faillite. Mais on se doit tout de même de faire remarquer que la CAN a un sponsor officiel, MTN.

Où va l’argent de ce sponsor et à quoi servirait-il, sinon à subventionner le coût des images consommées par ses millions d’abonnés à travers le continent ? Hier, Africa TV exigeait aux chaînes nationales 500.000 F.CFA par match, les recettes additionnelles étant fournies par la publicité. Or, à regarder la CAN depuis 2004, c’est-à-dire depuis que LC2 a racheté les droits radio télé de diffusion en qualité de « licencié », ce n’est pas la publicité qui manque.

Qu’est-ce qui explique des tarifs aussi prohibitifs ? Quelle est la base de calcul de LC2 par pays ? La réalité vécue par les pays africains, à propos des droits « exclusifs » de diffusion détenus par LC2, est en contradiction flagrante avec les propos rassurants de François Moreau, son directeur général. Ce dernier affirmait en effet qu’un barème avait été établi par pays et que ce n’était pas trop cher, les chaînes nationales ayant la possibilité de faire leur publicité. Autant dire que pour LC2, 200 millions de F.CFA, c’est des cacahuètes !

La polémique en train de s’enclencher aujourd’hui entre Télé Congo et LC2, via CCFOOT, dépasse les frontières du Congo. Elle oppose la chaîne privée béninoise à tous les Etats africains qui dénoncent un contrat léonin, aux termes flous et exorbitants. Pour ne relever que quelques incongruités contenues dans la  dizaine de pages de ce contrat, dont www.brazza.info  a réussi à se procurer une copie :

- LC2 et ses mandataires peuvent rompre le contrat par simple courrier ;

- Les droits sont payés par virement sur un compte au Crédit Suisse à Genève, au nom de CCFOOT, société domiciliée aux Bahamas, sur la base d’une facture sans n° de téléphone et sans nom du signataire (voir fac-simile) ;

- LC2 est identifiée comme une société anonyme étrangère, un régime juridique inconnu du code général applicable aux sociétés ;

- En cas de force majeure, LC2 et ses mandataires déclinent toute responsabilité ; 

- Ce qui est déjà encaissé ne peut être remboursé ; etc.

Bref, rien que des droits pour LC2 et ses mandataires, et rien que des obligations pour les Etats ! D’ailleurs, à regarder de plus près le contrat imposé par LC2 aux chaînes publiques africaines, et sa façon très « musclée » de recouvrer les fameux droits de retransmission radio télé, on est tenté d’opérer un rapprochement de méthodes avec celle des fonds vautours.

C’est avec un couteau appuyé sur la veine jugulaire, en effet, que LC2 et ses mandataires essaient de faire rendre gorge aux Etats africains en général et au Congo en particulier. Un scénario, on en conviendra, tout simplement inacceptable.

 

Prosper MOKABI DAWA