Yaya Moussa & Joannes Mongardini

Congo - FMI : Mission revue et corrigée à Brazzaville ?

La subvention des produits pétroliers dans le collimateur du FMI !

 

Du 10 au 19 septembre 2007, une délégation du FMI emmenée par M.Joannes Mongardini a séjourné au Congo – Brazzaville. Conduite par le Chef de mission du FMI au Congo, cette délégation a rencontré tour à tour le Chef de l’Etat Congolais fraîchement rentré de vacances, le Premier Ministre Isidore Mvouba, le Ministre d’Etat, Ministre du Plan, Pierre Moussa et le Ministre des Finances, M. Pacific Issoibeka.

A quelques heures de la fin de sa mission à Brazzaville, et de sa traversée pour Kinshasa, la capitale voisine de la RDC, le Chef de la mission du FMI au Congo Joannes Mongardini qui était accompagné de Yaya Moussa le représentant permanent du FMI au Congo, a tenu une conférence de presse au 7ème étage de l’immeuble du Ministère de l’Economie et des Finances. L’objet de ce bref point de presse : évaluer les résultats enregistrés dans le cadre du programme de référence ; examiner les performances économiques du Congo afin de lui permettre la reprise des discussions en vue d’un accord au titre de la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC). La conférence de presse qui n’a duré à peine une demie heure, a permis au Chef de la mission du FMI de donner lecture du communiqué sanctionnant leur séjour à Brazzaville. Avant de prétexter un rendez-vous urgent à Mpila chez le Chef de l’Etat Congolais, M.Joannes Mongardini, assisté du représentant local du FMI en la personne de Yaya Moussa qui esquisse déjà quelques mots dans la langue locale, a néanmoins pris soins d’annoncer à la presse que « l’exécution du programme a avancé dans certains domaines, mais des contre-performances ont aussi été enregistrées ».


Yaya Moussa & Mongardini

M.Joannes Mongardini reconnaît malgré tout que : « Le dynamisme de l’activité économique hors pétrole a globalement compensé le repli de la production pétrolière imputable à la maturation des gisements et un accident survenu sur l’une des principales plateformes pétrolières en mai, de sorte que la croissance a dans l’ensemble stagné durant le premier semestre de 2007 ». Malgré ce constat, le Chef de mission du FMI « a estimé que l’exécution du programme de référence a avancé dans certains domaines, mais des contre-performances ont aussi été enregistrées ». Partant de ce constat, Mongardini a conclu que la première évaluation du programme de référence ne pouvait pas être achevée dans l’état et par conséquent, les discussions devaient se poursuivre à l’occasion de l’Assemblée annuelle du FMI et de la Banque Mondiale, le mois prochain à Washington. Une fois encore, les dérapages budgétaires qui ont été constatées par le FMI, n’ont pas permis au Congo de conclure la première évaluation du programme de référence approuvée au mois de juin dernier. Conséquence des courses : la copie du Congo a été « re-toquée ». Retour à la case départ.

Après lecture de la déclaration de la mission du FMI au Congo, M.Morgandini qui s’apprêtait à lever la conférence de presse, a été rappelé par le Directeur de Cabinet du Ministre de l’Economie et des Finances. Ce dernier lui a griffonné quelques mots sur une feuille pour l’éclairer sur les origines des dérapages budgétaires dont il avait fait allusion dans son communiqué. Grâce à cet « anti-sèche », M.Joannes Morgandini a été obligé de recadrer son propos sur les véritables causes des dérapages budgétaires constatés par sa mission au Congo-Brazzaville.

Qu’en est-il de ces fameux « dérapages budgétaires considérables » ? Pour répondre à cette question, le chef de la mission du FMI a indiqué ce qui suit : « Je voudrai simplement préciser quelque chose sur les dérapages budgétaires qu’on a constaté au 1er semestre 2007. C’est très important ! On doit préciser que ces dérapages pour la plupart sont associés aux subventions des prix des produits pétroliers dans le pays. Et, quand on a constaté une hausse considérable de ces subventions, le budget a dû payer un niveau très important de subventions à ces produits qui est estimé pour le 1er semestre 2007 à 54Milliards FCFA ». En fait, le gouvernement avait initialement prévu de subventionner les produits pétroliers à hauteur de 35Milliards FCFA pour empêcher la hausse des prix des carburants à la pompe. Elections législatives obliges, le pouvoir qui craignait la sanction électorale et la grogne sociale, n’a pas voulu augmenter les tarifs des produits pétroliers préférant les subventionner. Malheureusement, il n’a pas été capable de tenir ses propres engagements. Il a laissé filer la dépense qui a atteint la bagatelle somme de 54Milliards FCFA pour le seul 1er semestre. A ce rythme de dépense, a constaté le Chef de mission du FMI, ces subventions atteindraient les 100Milliards à la fin de l’année. Ce qui serait très préjudiciable pour l’équilibre des finances publiques. Raison pour laquelle, les discussions avec le FMI n’ont pas pu aboutir à la mise en œuvre du programme de référence. Il appartient au Gouvernement Congolais qui avait  lui-même choisi de subventionner les produits pétroliers à hauteur de 35Milliards FCFA pour éviter les hausses à la pompe, d’être moins laxiste en matière de rigueur et d’austérité budgétaire.


Deux membres de la délégation du FMI

Même si l’inflation a été régulée, -elle se située aux alentours de 2%-, rien n’empêche le Gouvernement d’être en phase avec ses propres exigences. Il est possible d’arriver à une « bonne exécution » du programme qui « permettrait de reprendre les discussions sur un accord au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) du FMI » pour peu que les pouvoirs publics décident de serrer un peu la vis ! Il sied, néanmoins de rappeler que les programmes soutenus par la FRPC s’appuient sur une stratégie de réduction de la pauvreté. A ce titre, « les prêts accordés au titre de la FRPC sont assortis d’un taux d’intérêt annuel de 0,5% et sont remboursables sur dix ans, avec un différé d’amortissement de cinq ans et demi pour le principal ». Avec la mise en place de structures indépendantes visant la transparence dans la gestion des ressources pétrolières et la lutte contre la corruption, où vont siéger certains membres de la société civile, gageons que les déclencheurs qui empêchaient le Congo d’accéder au point d’achèvement de l’initiative PPTE aboutiront cette fis-ci, à son éligibilité !

 

P.SONI-BENGA.