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Retour sur le 18 décembre 1998, une date tragique pour les populations de Brazzaville Sud !
Le 18 décembre dernier, cela faisait
exactement neuf ans que les miliciens Ninjas-Nsiloulous
de Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, entraient triomphalement dans les quartiers sud de Brazzaville
accueillis par des « Hourra »
et des « You-you »
par les populations qui y habitent, majoritairement ressortissantes du département
du Pool, la région d’origine de Bernard Kolélas,
alors en exil.
Transportées de joie par les propos de
Bernard Kolélas annonçant ce même jour sur Radio France
Internationale (RFI) que « ses troupes » contrôlaient
Brazzaville, les populations de ces quartiers rendues euphoriques ont accueilli
dans l’allégresse les miliciens du pasteur Ntumi aux
cris de « Bayaya ba
kotélé ! », ce qui signifie littéralement
en français : « Les grands
frères sont rentrés ! »
Ce 18 décembre 1998, alors que les
quartiers sud de Brazzaville sont livrés avec délectation et extase à la rébellion
menée par les miliciens du pasteur Ntumi, Denis Sassou-Nguesso, le Chef de l’Etat Congolais, est à
l’étranger, précisément au Cameroun où il avait fait escale de retour du Burkina-Faso
où il avait pris part à un sommet des chefs d’Etat africains. Paul Biya, son
homologue Camerounais, lui déconseille alors vivement de rentrer à Brazzaville,
tant que la situation n’est pas stabilisée. Mais Sassou
passe outre et décide de rentrer à Brazzaville.
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Lorsque les choses ont commencé à mal
tourner, ce 18 décembre 1998, un certain nombre d’intellectuels Congolais qui avaient
applaudi l’entrée fracassante et tonitruante des Ninjas-Nsiloulous
à Bacongo et Makélékélé
avec les badauds, ont commencé à pousser des cris et des gémissements de
douleur. La reprise en main de la situation par les troupes gouvernementales
leur a fait perdre leur superbe et oublier les cris de joie et d’allégresse proférés
à gorge déployée à l’entrée des milices armées de « Finkila »
(en Lari : fusil de fabrication artisanale), de machettes, de pierres, de
gourdins et protégés par les « Makouboungou
et Camons - Mozampires », c’est-à-dire les
gri-gri ou fétiches censés conférer une force surnaturelle.
Peut-être pensaient-ils, un peu
naïvement, que les « libérateurs » Nsiloulous reprendraient le pouvoir sans que « les
œufs ne soient cassés ? ». Le désastre de la débandade des
troupes de Ntumi sera tel qu’après avoir dans un
premier temps manifesté leur indignation, ces mêmes intellectuels se sont organisé
par la suite pour diaboliser le pouvoir en place en mettant sur son dos tous
les péchés du Pool.
Parade contre la défaite des armes, les
partisans de Ntumi mettent alors en place une
stratégie de protestation et de dénonciation d’un hypothétique génocide du Pool,
qui poussera le cynisme jusqu’à faire du pasteur Ntumi
le complice de Sassou dans une campagne concertée de
destruction du département du Pool. Si le ridicule pouvait tuer !
Trouvaille merveilleuse des intellectuels Kongo-Lari,
« le génocide du Peuple Kongo » par le pouvoir nordiste de
Sassou est instrumentalisé et vendu à l’opinion publique
sous forme de paquet cadeau, pour le faire trébucher.
Ce sera le début d’une formidable
opération d’intoxication, de lavage de cerveau et d’amnésie collective sans
précédent, au terme de laquelle le pouvoir en place est crucifié. Pour les
concepteurs de cette opération, les Ninjas-Nsiloulous
ne sont jamais entrés dans les quartiers sud de Brazzaville le 18
décembre ; Ntumi n’a jamais été qu’un « monstre »
ayant échappé au contrôle de son créateur Sassou ;
les Ninjas-Nsiloulous n’ont jamais été accueillis par
des cris de joie et d’allégresse par les populations de Bacongo
et Makélékélé jubilant à leur libération ; les Ninjas-Nsiloulous n’étaient même pas armés : ils se
battaient pour défendre le Pool natal soumis à un embargo des forces
gouvernementales ; s’ils étaient rentrés à Brazzaville, c’était pour
rétablir l’ordre ancien interrompu par le coup d’Etat du 5 juin 1997, etc.
Devoir de mémoire ou plutôt responsabilité
historique de témoigner de la vérité face à l’amnésie collective qui gagne de
plus en plus une partie de la communauté nationale, nous avons décidé d’apporter
notre modeste contribution à l’éveil des consciences qui subissent aujourd’hui
l’assaut de quelques vendeurs de haine, tribalistes illusionnistes qui
souhaitent saigner à nouveau le pays à
blanc. Volonté de rouvrir les plaies non encore cicatrisées, dira t-on ?
Non, loin de nous l’idée d’une si funeste entreprise.
Nous avons simplement été interpellés
par un coup de fil reçu le 19 décembre dernier, qui nous reprochait de ne pas
avoir consacré un article sur les événements qui avaient endeuillés le Congo,
le 18 décembre 1998. « Vous aussi, vous commencez à faire comme Sassou qui ne veut même plus qu’on commémore la date du 5
juin et encore moins, qu’on évoque la date du 15 octobre ? Pourquoi, votre
site n’a pas parlé de cette date ? », a-t-on
dit. C’est désormais chose faite !
La paille et la poutre dans les deux
yeux !
Annie Siassia,
vous connaissez ? C’est l’épouse d’Albert Siassia,
un proche de Bernard Kolélas dont il fut un
conseiller. Il avait spolié la maison du colonel Camille Sanghou
lors des tragiques événements de
Moboukou Louamba,
dans une correspondance publiée dans
L’entrée triomphale des Ninjas-Nsiloulous dans Bacongo et
Makélékélé n’a pas été sans conséquences pour
certaines personnalités du Pool. Accusées de collaborer avec le pouvoir en
place, certaines d’entre elles, ont été traitées d’infiltrés. A cause de ces
fausses accusations, nombre d’entre elles ont été exécutées sans ménagement par
les Ninjas-Nsiloulous du Pasteur Ntoumi.
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« Ce jour-là, dit-il, le
Directeur Général du Budget Charles Mvouama avait
reçu deux de ses collaborateurs venus à son domicile faire le point avec lui.
Après leur entrevue, ces invités souhaitaient qu’il les raccompagne en voiture.
Il s’apprêtait lui-même à sortir. Il n’y a vu aucun inconvénient, bien au contraire.
Sa gouvernante qui avait également terminé son service demande à se joindre au
groupe afin qu’on puisse la déposer là où elle allait prendre plus facilement
son bus, à défaut de la rapprocher de son domicile. Charles Mvouama
accepte. Vont prendre place à bord du véhicule, le Directeur Général du Budget,
Charles Mvouama, ses deux collaborateurs, son garde
du corps, sa bonne et moi. A peine sommes-nous sortis de son domicile, que les Ninjas nous arrêtent et nous demandent de descendre de la
voiture. Le garde du corps descend le premier pour s’enquérir de la situation.
Les Ninjas lui demandent son arme. Il refuse de se
faire désarmer. Les miliciens insistent, devenant cette fois-ci très menaçants.
Refus net du garde du corps et, avant même qu’il ne puisse réaliser, l’un des Ninjas tire sur lui et l’abat sur le champ.
A partir de ce moment-là, les Ninjas nous demandent de descendre de la voiture. Charles Mvouama, espérant que sa notoriété lui permettra de
convaincre les assassins de son garde du corps de calmer leurs ardeurs, sera au
contraire pris à partie. Tous les occupants de la voiture vont descendre. L’un
des collaborateurs du Directeur Général originaire du Pool, qui avait par
devers lui sa carte du MCDDI la présente aux Ninjas
en les suppliant en Lari pour qu’ils ne les tuent pas. Il aura la vie sauve.
Avec son collègue, les Ninjas leur demandent de
partir. M. Mvouama n’aura malheureusement pas la même
chance. Il sera trahi à cause de son Celtel (désignant
le téléphone portable) qu’il avait à la main, ce qui suffira pour faire dire à
un Ninja : « C’est vous les gens de Sassou qui renseignent le pouvoir avec vos
portables ! » Et avant même qu’il ait eu le temps de s’expliquer, un
des Ninjas lui tire à bout portant dans le ventre. Il
s’effondre. Par un réflexe de survie, et parce que j’ai reconnu un des Ninjas, je l’ai supplié pour qu’il me laisse la vie sauve.
Les Ninjas nous demandent, à la gouvernante et moi de
partir. Mais avant de nous laisser partir, les Ninjas,
me demandent l’identité de la personne qu’ils venaient de tuer, étant donné
qu’il avait l’allure de quelqu’un d’important je leur dis que c’était le
Directeur Général du Budget, Charles Mvouama.
Réalisant qu’ils venaient de commettre une grosse erreur en abattant ce
dernier, ils détalent et le laissant au même endroit dans une mare de sang. M. Mvouama succombera plus tard, suite à une forte hémorragie.
Les secours ne sont pas arrivés à temps ».
Dans cette lignée d’exécutions ciblées
organisées par les Ninjas-Nsiloulous, l’exécution de
l’ancien Directeur Général de
« On arrive au pont du Djoué et on entend un ordre de ceux qui étaient
perchés : « Eh vous, qui
est-ce qui vous a dit de garder vos chaussures ? Ici vous entrez dans la
terre sainte ! » Ma femme me dit : « Fais vite, fais vite,
sinon on va te reconnaître ! » Je me courbe, j’enlève les chaussures.
Aussitôt, sans les regarder, je continue. Parce qu’ils ont discipliné toute la
population qui rentrait personne ne pouvait être chaussée. Ils abattaient
certains. Moi j’ai eu la chance. Il y a un qui a crié : dites à ce
Monsieur-là d’enlever ses chaussures ». Et dès qu’on a traversé le pont du
Djoué, on a vu des grands camions, près d’une
dizaine, alignés. Moi je me suis dit : « Mais ces camions-là, c’est
quoi ? » Et ça cherchait des clients pour emmener vers Nganga Lingolo et ailleurs.
Puisqu’il n’y avait pas assez de gens à l’intérieur, moi je me suis dit ces
camions ont certainement transporté les Ninjas. Sinon
ces foules là, comment expliquer autrement leur arrivée jusqu’à Brazzaville.
Maintenant ils veulent faire le commerce avec ces véhicules en transportant des
gens. Mais personne n’avait le courage de monter dans ces camions. […]
Après les gros camions, c’étaient les
taxis qui étaient alignés. En tout cas, plus d’une cinquantaine. Ils faisaient
le va-et-vient armés de Kalachnikovs. Dès qu’on a traversé cette zone, arrivés
à Mafouta, c’était le premier bouchon des Ninjas. […] On arrive à Massissia,
d’après mon sauveur, les Ninjas sont arrivés dans ce
quartier le jeudi à 17 heures au nombre de 700. Et quand ils sont arrivés
c’était comme une pluie de militaires à Massissia.
Quand on vous trouvait dans une parcelle, ils vous demandaient :
« Bon, alors, vous avez pris le courage de rester. Nous sommes rentrés, on
en a marre de rester dans les forêts. Maintenant on va passer
Tous ces témoignages sont consignés
dans le livre que nous avions consacré à cet effet (1)
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Au vu de ces témoignages, qui sont loin
d’être exhaustifs, on se rend bien compte que les Ninjas-Nsiloulous
n’ont pas été tendres avec ceux qu’ils soupçonnaient de travailler pour le
régime en place. Beaucoup d’originaires du Pool ont été sommairement exécutés. Malheureusement,
la loi du silence qui règne dans ce milieu n’a pas permis à l’élite
ethniquement proche de cette milice de dénoncer toutes ces atrocités gratuites.
A cela, il faut ajouter la peur de représailles et de mise au ban des accusés
par la communauté Kongo-Lari.
Les partisans de l’indignation à
géométrie variable n’ont eu aucune réaction lorsque nous leur avons révélé que
c’est Pistolet, un Ninja célèbre, qui est
l’auteur du pillage de la résidence de feu l’ancien Premier ministre André Milongo, un crime jusque là attribué aux Cobras de Sassou. Mais depuis, ils sont revenus à la charge,
présentant Ntumi comme le monstre enfanté par Sassou, incapables de lui faire entendre raison sur ses
égarements. Une approche dans la recherche des solutions qui s’appuie constamment
sur un bouc émissaire, afin de refaire une solidarité ethnique.
Les intellectuels ethniquement engagés,
qui refusent de condamner en recherchant la vérité et la réconciliation à
Peut-on se réconcilier sans chercher à
savoir pourquoi, depuis la signature des accords de cessez-le-feu et de
cessation des hostilités de novembre et décembre 1999, le département du Pool
est resté le seul brasier encore allumé, alors que les départements de
Pourquoi Ntumi
n’est-il toujours pas rentré à Brazzaville, malgré les multiples concessions faites
par le pouvoir, qui a tout fait pour qu’il abandonne la voie des armes et
rejoigne la communauté politique nationale, la dernière portant sur sa nomination
en qualité de Délégué à la promotion des valeurs de paix et de réparation des
séquelles de guerre ? En lieu et place, c’est la panique qu’il a offerte le
10 septembre dans les quartiers sud de Brazzaville, avec toute sa cohorte de Ninjas ! Le 31 décembre 2007, dernier délai. Une
question restera malgré tout pendante au sujet de l’arrivée de Ntoumi à Brazzaville pour prendre ses fonctions :
« Kota ka Kota ? ». En un mot, va-t-il rentrer à
Brazzaville ?
On aurait voulu instaurer un Etat dans
l’Etat qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Toujours la recherche des boucs
émissaires pour se dédouaner de ses propres responsabilités. Tant que la grille
de lecture au Congo restera paramétrée sur un logiciel datant de la période
coloniale qui a fait croire à la supériorité des races, pour ne pas dire des
ethnies, certains penseront toujours qu’ils sont des descendants de droit divin
ayant vocation à commander et diriger les autres. C’est tout simplement une
hérésie qui fera que les phénomènes politico sociologiques de notre pays risqueront
de n’être réglés qu’en recourrant au « baiser de judas ! ».
Je t’aime, moi non plus !
P.SONI-BENGA.
(1) Paul SONI-BENGA : « La guerre inachevée
du Congo-Brazzaville. (15 octobre 1997-18 décembre
1998) : Noir(s) Délire(s) ». L’Harmattan, Paris 2001. 274p.