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Hommage posthume à l’ancien Premier
ministre André Milongo
Monsieur André Milongo Nsatouabantou,
président-fondateur de l’UDR-Mwinda et ancien Premier
ministre de Transition (1991-1992), nous a quittés. Il
est décédé à l’hôpital Georges Pompidou de Paris, dans la nuit du 22 au 23
juillet. Il y avait été admis depuis plusieurs semaines, suite à la dégradation
de son état de santé. A presque 72 ans d’âge, il s’en est allé pour un voyage
sans retour dans l’au-delà en laissant une veuve et sept enfants.
Peu avant son dernier voyage pour la France, il avait renoncé à participer à un grand meeting de l’opposition organisé au rond-point Moungali. Il s’était contenté d’y faire lire son message de soutien aux participants par un de ses fidèles. Son état de santé toujours déclinant ne lui avait pas non plus permis de prendre une part active à la campagne des législatives dans sa circonscription de Boko, dont il a été éliminé dès le 1er tour. Ceci explique t-il cela ?
On se rappelle que Bernard Kolélas, président-fondateur du MCDDI et ancien maire de Brazzaville, accompagné de M. Alain Akouala-Atipault, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement chargé des relations avec le parlement, lui avait rendu visite à sa résidence de Mafouta sur le chemin du retour de son pèlerinage à Madibou sur la tombe de feu le Président de la République Fulbert Youlou. C’était à l’occasion du 37ème anniversaire de la disparition de l’abbé Fulbert Youlou.
Eu égard à la stature d’homme d’Etat qui fut la sienne, il ne fait aucun doute que la disparition de M. André Milongo est une grande perte pour la nation congolaise toute entière. Outre ses fonctions de Premier ministre durant la transition, il fut également Président de l’Assemblée Nationale (1992 – 1997), membre du Conseil National de Transition (1997 – 2002), candidat à l’élection présidentielle en 2002 avant d’être élu député et président du groupe parlementaire de l’Union pour la Démocratie et la République (UDR-Mwinda) à l’Assemblée Nationale (2002 – 2007).
Avant d’être élu Premier ministre de Transition, André Milongo avait assumé les fonctions d’administrateur à la Banque mondiale, un poste de fonctionnaire international qu’il doit à la bienveillante attention du pouvoir militaro-marxiste de l’époque de Sassou I. Ancien élève de l’Ecole Nationale de l’Administration (ENA), il fut aussi directeur du Trésor de 1966 à 1969.
Un homme de paix, prisonnier du poids de la tribu
« Rendons à César ce qui est à César ». Au Président Fondateur de l’UDR-Mwinda, l’hommage qui lui revient de ne pas avoir eu de milices privées tout au long de son ascension politique. L’hommage posthume et quasi unanime qu’on peut rendre à André Milongo est incontestablement celui d’un homme de paix, qui tenait en aversion le dialogue armé. Durant la tumultueuse période qui a suivi la Transition politique consacrant le passage de notre pays du mono à la démocratie, il est l’un des rares hommes politiques à ne pas avoir succombé à la mode des milices armées : Ninjas pour Bernard Kolélas, Cobras pour Sassou-Nguesso, Zoulous/Mambas/Cocoyes pour Pascal Lissouba, Requins pour Jean-Pierre Thystère Tchicaya et Faucons pour Jacques-Joachim Yhomby-Opango !
Dans un espace politique violent où le doigt appuyé sur la gâchette de la Kalachnikov faisait office de dialogue politique, André Milongo a su cultiver le paradoxe de s’opposer à mains nues. Il se serait trouvé dans cet univers impitoyable par défaut que l’on ne s’y tromperait pas. Malheureusement, son parcours a été émaillé, à plusieurs reprises, d’erreurs stratégiques souvent préjudiciables pour les causes qu’il défendait. Certaines de ses prises de position manquaient tout simplement de lisibilité et de constance. D’où l’impression d’un manque de courage politique souvent observé chez lui.
Les partisans de Bernard Kolélas et une grande partie de la communauté Kongo-Lari ne lui ont pas pardonné les massacres des quartiers Moutabala, Makazou, y compris Mfilou, conséquence de son appel aux populations originaires du Pool d’attendre l’arrivée de la Force publique et à ne pas quitter leurs habitations. Ce mot d’ordre qu’il avait lancé en sa qualité de président de l’assemblée nationale de l’époque (1993) a coûté cher aux originaires de sa propre région, livrés à une sanglante chasse à l’homme de la part des partisans de Pascal Lissouba qui affrontaient ceux de Bernard Kolélas. Roulé dans la farine par le pouvoir de Lissouba, André Milongo a amené les siens à l’abattoir en toute naïveté !
C’est sans doute là la période la plus sombre et la plus douloureuse de son histoire politique. André Milongo, homme de paix, fut paradoxalement otage de la tribu et de l’ethnie alors même qu’il se défendit à son élection à la Primature de n’être le Premier ministre d’aucun clan, ni d’aucune tribu. Le témoignage de M. Urbain Makoumbou sur le site de ses partisans, www.mwinda.org, atteste que André Milongo était bel et bien le candidat du Pool, région qui voulait prendre sa revanche sur le « Nord ».
« La Conférence Nationale est une opportunité pour les originaires du Pool qui veulent sortir de la situation de confinement dans laquelle le pouvoir du Nord et le PCT les a condamnés à vivre. Tous les ressortissants du Pool des Partis politiques et des Associations (qui se sont créés dans la perspective de participer à cet événement historique) prennent la décision de se concerter. Ils se réunissent le soir après les séances de la Conférence de manière tournante chez les uns et chez les autres […] C’est ainsi, parmi les stratégies que nous avions montées, nous avons retenu de chercher à prendre le pouvoir (…) La prise de pouvoir impliquait que nous devions occuper la Primature. C’est alors que j’ai proposé aux membres de mon Parti de retenir André Milongo comme candidat du Pool… », écrit sans gêne Urbain Makoumbou.
La suite, on la connaît. Frustrations, humiliations et provocations seront le lot d’une transition durant laquelle le Premier ministre et chef du gouvernement fera tout pour régler son compte au Président de la République ; incarnation du pouvoir PCT et donc, du Nord ! Aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi Sassou fut dépouillé de toutes ses prérogatives. Réduit à inaugurer les chrysanthèmes, le Chef de l’Etat sortant ne fera que constater sans réagir l’incarcération sans ménagement de ses proches. André Milongo finira par devenir l’otage d’une tribu, dont la lune de miel ne durera que le temps d’une élection à la Primature. A la présidentielle de 1992, ce sera chacun pour soi et la présidence de la République pour le Président Lissouba. La suite, on la connaît. Frustrations, humiliations et provocations seront le lot d’une Transition durant laquelle le Premier ministre et chef du gouvernement fera tout pour régler son compte à Président de la République dépouillé de toutes ces prérogatives et réduit à inaugurer les chrysanthèmes.
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Candidat de l’ethnie, André Milongo sera victime de la même ethnie en 1992, à cause de ses dissensions avec Bernard Kolélas, qui l’accusera de trahison par rapport au pacte secret conclu pour un désistement en sa faveur à l’élection présidentielle, en contrepartie du soutien qu’il lui avait apporté lors de son élection au poste de Premier Ministre. Milongo sera ainsi l’objet de vives critiques, au sein même de sa sphère géographique.
Le confinement ethnique de M. André Milongo se vérifiera une fois de plus lors de l’élection présidentielle de 2002. Alors qu’il avait sillonné toute la partie sud du pays en campagne électorale, il préféra tenir son dernier meeting au rond-point Moungali pour s’adresser à ses compatriotes du « Nord », en leur promettant une visite une fois qu’il aurait élu ! Quelle ambition politique pour celui qui ne voulait être otage ni de l’ethnie, ni de la tribu ? Pourtant, nombreux étaient ceux de ses compatriotes de la partie septentrionale du pays qui croyaient également en lui. Ils n’auront même pas eu le privilège de voir passer son ombre. Pour André Milongo, Le Nord commence et s’arrête au rond-point de Moungali !
La petite histoire d’un notable sauvé par le gong !
En juin 1997, avant le déclenchement de la guerre civile de triste mémoire, André Milongo déclara publiquement que le président de la République, Pascal Lissouba, cherchait à en découdre avec son challenger à l’élection présidentielle, Sassou-Nguesso. Raison pour laquelle il avait déclenché les hostilités contre sa personne. A la fin de la guerre, Sassou sort vainqueur de l’épreuve de force. André Milongo se réfugie en RD Congo.
Sassou le fait chercher, car il a besoin des sages et cadres du Pool pour calmer les ardeurs des jeunes armés dans le Pool. Milongo regagne le pays et siège au CNT, le parlement de Transition. N’ayant pas parrainé des milices au Pool, il ne se fait pas entendre. C’est à Michel Mampouya que sera alors dévolu le rôle d’aller calmer les anciens Ninjas de Bernard Kolélas réfugiés au Pool et qui sévissaient contre les populations civiles.
En décembre 1998, les Ninjas – Nsiloulous rentrent dans les quartiers sud de Brazzaville, sous les « Vivats » de la population. Le domicile privé de l’ancien Premier ministre à Mafouta est pillé par les Ninjas. Un des pilleurs répondant au nom de « Pistolet » qui a signé ce forfait ne sera, malheureusement, jamais inquiété par la justice. André Milongo, avec sa famille, est exfiltré de Mafouta par le pouvoir pour être mis à l’abri à Poto-Poto, dans la rue Bouya. Sur instruction du chef de l’Etat, c’est feu l’ancien maire de Talangaï, Albert Leyono, qui s’occupera de lui jusqu’à son départ en France pour des raisons de santé. A Poto Poto, André Milongo passait ses longues journées à jouer parfois aux jeux de société, pour le plus grand bonheur des jeunes du coin, qu’il gratifiait de quelques billets de banque. Jovial et plein d’humour, l’ancien Premier Ministre dévissait avec une rare simplicité avec tous ceux qui le croisait.
Mais une fois arrivé en France où se trouvait le plus gros lot d’exilés politiques, André Milongo se fait passer pour un opposant en rupture de ban avec le pouvoir en place, qui aurait clandestinement quitté le Congo. Or les initiés savaient que son voyage et son séjour en France, ainsi que tous les frais y afférents étaient totalement pris en charge par le pouvoir de Brazzaville. Rentré au Congo à la suite des menaces du bureau du CNT de suspendre ses indemnités parlementaires, André Milongo adoptera alors une posture mi-figue, mi-raisin : Ni opposant, ni exilé !
En 2002, il est candidat à l’élection présidentielle. A vingt-quatre heures du scrutin, il jette l’éponge. Prétextant des problèmes de fraude liés à la désorganisation du scrutin, qui auraient conduit à un affrontement intercommunautaire s’il était donné pour battu, il succombe, au contraire, à la pression des opposants en exil, qui lui demandaient de ne pas se présenter, afin de discréditer ladite élection.
Il prendra quand même le soin d’organiser un grand meeting au Centre sportif à Makélékélé, au cours duquel il ne donnera aucune consigne, malgré les bribes de désistement qui commençaient à s’échapper ici et là dans la cité. André Milongo était conscient qu’il n’allait pas emporter l’élection, ni faire le poids face à un Sassou qui avait réussi à créer les conditions minimales de retour à la paix. L’ancien Premier Ministre de Transition n’a jamais été « dans la peau d’un Chef » !
Il n’y a pas si longtemps, nous nous interrogions sur le bilan du passage de l’ancien Premier Ministre à la primature. « Et si André Milongo avait réussi la transition ! », nous exclamions nous. Nous étions partis d’un postulat simple : si l’ancien Premier ministre André Milongo avait réussi la transition démocratique, peut-être que le Congo n’aurait pas connu toutes les secousses politico – militaires qui l’ont frappé au cours de ces quinze dernières années.
Si nous avons regretté que le processus de démocratisation n’ait pas été jusqu’à son terme avec la mise en place de toutes les institutions de la République telles que dictées par la feuille de route issue de la Conférence nationale, nous avons néanmoins reconnu que les premières élections post-démocratiques, celles de 1992, avaient été organisées dans la « transparence » apparente. Rien à voir avec les défaillances et les dysfonctionnements qui ont entaché le scrutin du 24 juin 2007.
Comme nous l’avions écrit dans le dernier ouvrage que nous avons consacré aux événements douloureux du Congo-Brazzaville, au « niveau économique et financier, le Premier ministre de Transition a donné des motifs de satisfaction puisqu’il a réussi, grâce à une gestion rigoureuse des finances publiques, à redresser la barre. […] Le renflouement des caisses de l’Etat a permis de laisser une trésorerie conséquente au régime de Lissouba, qui ainsi n’a pas été asphyxié lors de sa prise de fonction ». (Voir « Les Non-dits des violences politiques du Congo-Brazzaville », p.325, L’Harmattan, Paris 2005)
Ainsi, malgré notre opposition doctrinale, nous ne nous empêcherons pas de reconnaître en André Milongo un responsable politique de premier plan de notre pays, qui aura compté au cours de ces quinze dernières années dans l’édification d’une société démocratique au Congo.
Si l’homme n’a jamais brillé par des frasques, ni trimballer de grosses casseroles politico financières, ses partisans l’ont souvent présenté comme un homme intègre. Nous ne le jugerons pas sur ce point, sauf à rappeler que dans le reportage du magazine Capital de M6 intitulé « Qui a volé les milliards de Elf », on affirme qu’il fut un des bénéficiaires des dessous de table distribués par Elf, pour l’empêcher de mener l’audit de la société pétrolière française jusqu’au bout.
En 2002, dans sa résidence de Mafouta, au lendemain de sa défection à la présidentielle, nous l’avons interrogé sur cet épisode. Sa réponse fut des plus ambiguës. Il nous orientera vers son Dircab de l’époque qui aurait, semble-t-il, pris le « million » gracieusement offert par Elf…
Paix à son âme !
P.SONI-BENGA.