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L’épopée judiciaire
de l’ex-Président Péruvien Alberto Fujimori
enquête de C.Juarez, R.Bedoya & G.Obosso
Issu de
l’immigration japonaise, Alberto Fujimori a été Président de la République du
Pérou de 1990 à 2000. Après une escapade de sept années à l’extérieur, il
retourné dans son pays le 22 septembre 2007, où il a faire face à la justice.
Ce retour tant
attendu par les autorités péruviennes a été rendu possible par une décision
prononcée le vendredi 21 septembre 2007,
par
L’escapade japonaise et chilienne.
En novembre 2000,
le président Fujimori quitte Lima pour une conférence à Brunei. A la fin de la
conférence, au lieu de regagner le Pérou dont il était encore Président,
fonction au titre duquel il a du reste participé au sommet des chefs d’Etats et
des gouvernements des pays du Pacifique, au sultanat de Brunei, il met le cap
sur le Japon dont ses parents sont originaires. Dès son arrivée à Tokyo, il
envoie une lettre de démission par fax au gouvernement péruvien. Il s’installe
alors au Japon et fait valoir son droit à la citoyenneté que lui reconnaît du
reste la justice de ce pays en considérant sa filiation.
Le 19 novembre,
l’annonce de cette démission est faite par le premier ministre Frederico
Salas. Dans un pays habitué aux
secousses sismiques, l’effet de cette annonce est d’un degré jamais atteint sur
l’échelle de Richter. L’édifice politique vacille profondément sur ses bases.
Le vice- Président, Francisco Tudela démissionne à
son tour et une réorganisation de l’instance gouvernementale va se faire.
Conformément à la constitution, Valentin Paniagua,
président du congrès, devient président de
Fujimori sentait sa fin politique proche. La lutte sans merci qu’il a menée
contre le mouvement maoïste « le
Sentier Lumineux » et contre le mouvement révolutionnaire
d’inspiration guevariste Tupac Amaru,
s’est accompagnée de graves atteintes aux droits de l’homme, lesquelles ont
secoué les opinions nationale et internationale au point où ses alliés de la
C.I.A s’en seraient semble t-il désolidarisés. Les pratiques de corruption de
la classe politique révélées par les vidéos réalisées par le tout puissant chef
du SIN (Servicio de Inteligencia
Nacional) avaient crée un choc dans l’opinion et Vladimiro Montesinos qui en était
le chef et l’indéfectible bras droit d’Alberto Fujimori, avait pris la poudre
d’escampette, avant d’être extradé du Venezuela en 2001.
Les autorités
péruviennes formulent assez rapidement une demande d’extradition au
gouvernement japonais, elles essuient une fin de non recevoir. Les chefs
d’accusation auraient été, semble t-il, mal traduits en japonais et de son
coté, A. Fujimori argue de sa citoyenneté japonaise pour ne pas répondre aux
injonctions de la justice péruvienne. Pendant 5 ans, le Japon impose le statut
quo.
Le 6 novembre
2005, Alberto Fujimori part du Japon dans un avion privé pour Santiago du
Chili. Il veut se rapprocher du Pérou pour mieux préparer les conditions de sa
participation à l’élection présidentielle de 2006. Le Chili est aussi le pays
où deux grandes personnalité péruviennes, le Eduardo Calmell
del Solar et Daniel Borobio, recherchées par la justice de leur pays pour avoir
reçu illégalement des fonds publics au titre de prestations faites à titre
privé au profit de Fujimori, n’avaient jamais été extradés. Enfin, pendant
qu’il était encore au pouvoir, Fujimori avait signé plusieurs accords de
coopération avec le Chili et il espérait que les autorités de ce pays lui en
sauraient gré. Mais, le 7 novembre il est arrêté et enfermé dans «
Le 7 juin 2007, la procureur chilienne Monica Maldonado convient du principe de l’extradition en se
fondant sur les deux cas d’atteinte aux droits de l’homme et sur 8 cas de
corruption.
Mais Fujimori ne
désarme pas. Depuis son lieu de détention doré de Santiago, il annonce le 27
juin sa candidature aux élections sénatoriales de l’empire du soleil levant.
Son élection lui aurait assuré, du moins pouvait-il l’espérer, l’immunité
parlementaire. La sanction des urnes ne
lui ayant pas été favorable, les autorités chiliennes ont pu ainsi échapper au
casse-tête juridique qu’aurait pu occasionner cette élection. Toutefois, le 11
juillet 2007, le magistrat chilien Orlando Alvarez refuse l’extradition. L’Etat
péruvien fait un appel devant
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«
Dans le massacre
des « Barrios Altos », un
des vieux quartiers de Lima où vit une population assez pauvre, le même
escadron de la mort a assassiné, le 3 novembre 1991, quinze personnes parmi
lesquelles un enfant de huit ans et grièvement blessé quatre personnes devenues
désormais handicapées. Ces personnes s’étaient retrouvées à l’occasion d’une
fête populaire appelée la « Pollada ». Dans
chacun de ces cas, la peine prévue est de 35 ans.
Les cas de séquestration dans les caves du SIE (« Servicio de Inteligencia del Ejercito »)
Le journaliste,
Gustavo Gorriti et le chef d’entreprise, Samuel Dyer ont été séquestrés pendant quelques jours dans les
caves du tristement célèbre SIE pour le motif de collusion présumée avec les
milieux terroristes. Pour ce cas, le Ministère public envisage une peine de 7
ans.
L’entrée par effraction du Président lui-même au domicile
de Trinidad Becerra
Selon la justice,
en novembre 2000, Alberto Fujimori aurait été informé, peut-être par l’auteur
lui-même, de l’existence des documents vidéo compromettants, réalisés et cachés
dans un lieu tenu secret par Vladimiro Montesinos. Ce dernier cherchait sans doute s’assurer une
couverture pour ses excès dans le cadre de l’action du SIN, par ces vidéos
révélant la corruption d’une bonne partie de la classe politique péruvienne. Il
s’agissait de distributions de liasses d’argent organisée par Fujimori pour
rallier à lui l’essentiel des personnalités qui pesaient en politique dans le
pays.
Afin de s’emparer
de ses vidéos, A. Fujimori se serait rendu en personne chez Trinidad Becerra, épouse de Vladimiro Montesinos, accompagné d’un procureur qui n’en était pas
un. La peine prévue dans ce cas, est de
7 ans.
La corruption des congressistes transfuges
Sous les ordres
d’A. Fujimori, Vladimiro Montesinos
stipendie treize congressistes (membres du parlement qui est unicaméral) pour les débaucher au profit de son parti
politique Peru 2000. Le Ministère Public entend demander une peine de 10 ans.
L’affaire des 15 millions de dollars versés à V. Montesinos.
Pour, semble t-il,
services rendus à la nation pendant les 10 ans de pouvoir d’A Fujimori, V. Montesinos aurait reçu des mains propres de ce dernier 15
millions de dollars, sortis de trésor public. La peine prévue est de 8 ans.
La mise sur écoute téléphonique (« Chuponeo »)
D’après Roberto Huamán Azcurra, adjoint de Montesinos, A. Fujimori aurait demandé la mise sur
téléphonique de différentes personnalités de l’opposition. Le Ministère Public envisage de demander une peine de 10 ans.
L’achat de Cable Canal de Noticias
Cable Canal de Noticias est une chaîne de télévision
privée dont l’ex Président a fait l’acquisition, sur fonds publics pour
promouvoir son action politique et préparer l’échéance de l’élection
présidentielle de 2000. Le Ministère Public prévoit une peine de 10 ans.
Par contre, la
justice chilienne n’a pas retenu les chefs d’accusation suivants : L’abus
des décrets d’urgence, les malversations financières et le paiement par l’Etat
d’une dette au service des impôts (la Sunat) d’un
chef d’entreprise, allié de Fujimori, en l’occurrence Daniel Borobio.
Le retour à Lima et les suites judiciaires et
politiques : Il faut sauver les apparences sur le chemin du retour.
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Le retour le 22
septembre 2007 d’Alberto Fujimori au Pérou a été négocié dans les moindres
détails par ses partisans qui ont encore un poids politique au Pérou. Pour information,
Keiko la fille de Fujimori est la congressiste qui a
obtenu le plus de voix lors de la dernière élection dans le pays. C’est ainsi
que l’ex président n’a pas été menotté lors de son extradition. Dans un costume
bien taillé, avec une mine d’un homme plutôt heureux, en tout cas pas angoissé
par les poursuites judiciaires, il a eu droit à des interviews. La télévision a
retransmis ses retrouvailles avec sa famille qui semblait, du moins en
apparence, plutôt joyeuses.
Les suites judiciaires et politiques
A. Fujimori sera
jugé à Lima par trois juges : César San Martin, Victor Prado Saldarriaga et Hugo Principe Trujillo. Au Pérou, le système
judiciaire prévoit, dans le cas où il y a plusieurs chefs d’accusation, que
seule la peine la plus importante s’applique. En d’autres termes, les peines ne
sont pas cumulables. Ainsi, Fujimori serait condamné à 35 ans au titre des
crimes de «
Toutefois, on peut
craindre que les affinités politiques qui ont relié Fujimori à l’APRA, le parti au pouvoir, conduisent celui-ci à des pressions
sur les juges afin d’obtenir une certaine indulgence pendant le procès.
Par ailleurs, les « Fujimoristes »
les plus influents menacent de mobiliser leur partisans, descendre dans la rue
et au besoin recourir à la violence s’ils considèrent que les conditions du
jugement de leur leader ne sont pas équitables, que Fujimori, en tant qu’ancien
chef de l’Etat n’a pas un traitement digne de ce qu’il a été. Il paraîtrait
que le dynamitage il y a quelques jours
du monument érigé en l’honneur des victimes du terrorisme d’Etat « El ojo que llora » serait le fait de ses partisans.
L’affaire Fujimori
crée une certaine fracture au sein de la société, en particulier à Lima. Il y a
d’un coté les partisans de la relaxe qui s’appuie sur la liquidation du
terrorisme, les réalisations sociales et les résultats économiques, d’un autre
ceux qui attendent une condamnation ferme pour les crimes et délits retenus.
Dans tous les cas,
Keiko la fille de Fujimori saura faire une
exploitation politique de cette affaire et il est certain qu’il faudra compter avec elle pour les échéances
électorales prochaines, notamment l’élection présidentielle de 2012.
Sous la direction de
Juan Paulo D’Olivera
(News/Lima- October 2007)