Maître Ambroise Hervé Malonga : Où le portrait d’un « autodidacte du barreau » congolais

 

A l’issue de l’audience du 24 octobre qui voit la Présidente du tribunal correctionnel  de Pointe – Noire décerner un mandat d’amener aux deux personnalités du monde associatif, Christian Mounzéo et Brice Mackosso défendus par Maître Hervé Malonga, nous avons cherché à savoir qui se cachait derrière cet avocat. Qu’est ce qui fait donc courir l’ancien bâtonnier de Brazzaville? Qui est cet homme aux multiples casquettes, avocat dans le civil et chef d’un parti d’opposition la Convention des Républicains (C.R) pour l’engagement politique ?

Pour répondre à toutes ces interrogations, prenez deux moteurs de recherche Google et Yahoo. Tapez un nom : Hervé Ambroise Malonga. Puis, attendez que le sablier se vide. Plusieurs pages s’affichent. Consultez-les ! Vous aurez peu de chance de tomber sur une biographie exhaustive de l’agitateur des prétoires congolais. Et pour cause ? Après avoir consulté toutes ces pages Web, et passé au crible toute ou partie de ce défilement de pages sur le Net, nous n’avons pas réussi à dénicher la moindre biographie ou ce qui tient lieu de parcours initiatique de notre célèbre avocat !

Profitant de notre dernier passage à Brazzaville, nous avons cherché à nous renseigner sur cette personnalité haut en couleur qui est Maître Malonga, inventeur de la phrase célèbre lancée en Lari « To Kwéno » ! Celui qui ne manque pas une seule occasion pour diaboliser le pouvoir de Sassou par ses prises de position enflammées et ses déclarations à l’emporte-pièce, ferait-il mystère de son parcours universitaire et professionnel ? Celui que le procès des « disparus du beach » a révélé à l’opinion pour ses obstructions décalées, ne serait-il qu’un simple « autodidacte du barreau » qui y est arrivé par une voie détournée ?  Celui que la constitution de mars 1992 a sacré membre du Conseil Constitutionnel aurait gravi les marches du Barreau en brûlant les étapes ? Enfin, celui qui mène tambour battant le dossier de Mounzéo dans le conflit juridique qui l’oppose à William Bouaka, aurait-il un parcours drapé de zones d’ombre que seuls quelques initiés peuvent reconstituer la trajectoire universitaire et professionnelle ? Mais, qui est Hervé Malonga ?

Pour répondre à toutes ces questions, doit-on aller fouiller au fond des librairies pour dénicher ses écrits, ses ouvrages et autres travaux qui font la notoriété de tout leader politique, d’un juriste ou tout simplement d’un intellectuel féru de recherche ? De toutes ces pistes, aucune n’a permis de cerner la trajectoire intellectuelle et juridique de notre maître des prétoires. Aussi, avons-nous cherché à savoir qui se cachait sous la robe noire des hommes de loi ? Essai de reconstitution du puzzle manquant.

Maître Hervé Malonga est titulaire d’une Licence de Droit Public obtenu à l’université Marien Ngouabi de Brazzaville, l’équivalent du niveau Bac+3 ou Licence « Nouveau régime » pour les initiés. Il est de la promotion 1978-1979. Une fois sa Licence en poche, il opte pour le stage pratique au Ministère de la Justice en lieu et place d’une bourse supérieure pour la France comme une grande partie de sa promotion. A partir du ministère de la justice, il décroche une bourse pour la France. Il veut devenir Magistrat. Il s’inscrit à l’Ecole Nationale de la Magistrature de Paris à ne pas confondre avec l’Ecole Nationale de la Magistrature de Bordeaux. A l’ENM de Bordeaux on accède par concours. Elle est spécifiquement réservée aux ressortissants français titulaire d’une maîtrise en droit. L’Ecole Nationale de la Magistrature de Paris, quand à elle, est réservée aux anciennes colonies de France d’Outre-mer qui souhaitaient, à l’époque former leurs futurs magistrats. C’est ainsi que les ressortissants du Congo, du Gabon, de la Centrafrique, du Tchad et du Cameroun allaient s’y inscrire et se former pour une durée de dix-huit (18) mois sanctionnée par aucun diplôme si ce n’est d’une petite tournée dans les tribunaux de la place en guise de  stage pratique.

Ainsi, après ces Seeting de presque un mois dans les tribunaux de la place, ces stagiaires regagnaient leur pays d’origine pour exercer comme Magistrat. Ambroise Malonga fait partie de ce lot. Et, lorsqu’il rentre au Congo il a le statut d’auditeur de justice. S’il veut devenir magistrat, il doit le valider avec une expérience pratique. C’est tout naturellement qu’il regagne le ministère de justice pour y consolider ses acquis. Comment passe-t-il du statut de simple auditeur de justice à celui d’avocat au barreau de Brazzaville sans avoir été magistrat alors qu’il avait suivi la formation pour le devenir ?

 

La chance par ricochet !

Au début des années quatre-vingt, lorsqu’un de ses condisciples avec qui il a fait ses classes à l’Université Marien Ngouabi et à l’ENM tombe nez à nez sur un « arrêté instituant un corps d’avocats défenseurs en A.E.F. », dans l’étude notariale de son oncle, il ne peut pas mieux espérer. Ce dernier découvre qu’il peut se lancer dans la carrière d’Avocat sans passer par l’épreuve des sélections du Capa. Avec une simple Licence en droit, pense-t-il, il peut devenir avocat. C’est l’arrêté du 8 août 1933 pris par le Gouverneur Général de l’A.E.F., R. Antonetti qui en fixe les conditions. Que dit cet arrêté en son article 1er ? « Pour pouvoir exercer comme Avocat – Défenseur en AEF et être inscrit en cette qualité au Tableau dressé à cet effet par la Cour d’Appel, il faut remplir les conditions suivantes : être âgé de 25 ans accomplis ; être français ou naturalisé et jouir de ses droits civils et politiques ; justifier de sa moralité par la production de casier judiciaire ; être licencié en droit ; avoir été inscrit pendant 2 années à un barreau de la Métropole, de l’Algérie, des pays de protectorat ou sous mandat français, des Colonies françaises ou avoir rempli pendant la même durée des foncions judiciaires ou justifier de deux années cléricature dans une étude d’avoué ou comme Secrétaire d’Avocat – Défenseur en AEF ». C’est donc sur la base du quatrième alinéa de cet article « être licencié en droit » que celui-ci se fonde pour faire prévaloir ses aptitudes à exercer le métier d’Avocat – Défenseur.

En 1981, avec sa découverte entre les mains, Vincent Gomez, l’auteur de la belle trouvaille va voir son oncle Louis Sylvain Goma qui occupe un poste important dans le gouvernement de Sassou Nguesso, celui de Premier ministre pour lui exposer son projet. Il veut prêter serment et devenir Avocat. Pour convaincre son oncle et étayer son argumentaire, il exhibe l’arrêté de 1933 « Instituant un corps d’avocats - défenseurs près la Cour d’Appel et les Tribunaux de l’Afrique Equatoriale Française ». Louis Sylvain Goma trouve l’idée ingénieuse. Mais, il est en politique et ne souhaite pas trop se mouiller et encore moins s’exposer à la critique en donnant l’impression de faire du favoritisme à son jeune frère. Il le conseille d’aller retrouver ses anciens promotionnaires qui souhaitent exercer comme lui le métier d’Avocat. A lui de les convaincre de l’opportunité de prêter serment ensemble. L’article 22 du même arrêté dans son 4ème alinéa ne dispose-t-il pas que pour rentrer en fonction : « Les Avocats – Défenseurs doivent prêter serment devant la Cour d’Appel » ? C’est ainsi que fort de toutes ces indications, Vincent Gomez va coopter entre autres Malonga, Kimbembé et Jean Pierre Ewanza qui en 1982 vont prêter serment. C’est le cabinet de Maître Matongo qui va servir de cadre avaliseur à leur prestation de serment.

 

Avocat à la place de magistrat avant terme

Après cette prestation de serment, c’est le cabinet de Maître Roger Martin qui l’accueille ; une étude qu’il va hériter plus tard, lorsque son moniteur, Maître Roger Martin, devenu aphone, pour cause d’extinction de voix s’éloignera définitivement des prétoires. Alors qu’il avait fait le choix de devenir magistrat, Ambroise Malonga change de robe et enfilé celle de l’avocat. Comment a-t-il fait pour en arriver là ? Est-ce le fabuleux destin d’Amélie Poulain ? Or, en se basant sur l’arrêté de 1933, pour devenir Avocat – Défenseur en ayant pour seul diplôme, la Licence en droit, Malonga et ses autres compagnons, passent outre les autres dispositions de la loi. Ils la détournent de son objet initial qui a échappé même aux plus attentifs des observateurs. S’il est établi avant d’être Avocat, il faut être titulaire d’une licence en droit, personne ne relève le fait que la Licence de l’époque, était sanctionnée après cinq années d’étude et équivalait à l’actuel Diplôme d’Etude Approfondie (D.E.A.). C’est donc, tout le contraire de Hervé Malonga et ses amis qui ont obtenu leur Licence trois ans après leur bac. Ils ne rentraient pas, loin s’en faut, dans cette catégorie. Autre élément que les nouveaux avoués ont enjambé a trait au 5ème alinéa de l’article 1er dudit arrêté. Il s’agit de la disposition suivant : « Avoir été inscrit pendant 2 années à un barreau de la Métropole, de l’Algérie, des pays de protectorat ou sous mandat français, des Colonies Françaises ou avoir rempli pendant la même durée des fonctions judiciaires ou justifier de deux années de cléricature dans une étude d’avoué ou comme Secrétaire d’Avocat – Défenseur en A.E.F ».

Arrêtons-nous à cet alinéa et examinons le cas spécifique de Hervé Malonga afin d’y trouver une cohérence, à défaut de voir s’il remplissait réellement les conditions lorsqu’il passe du statut d’auditeur de justice à celui d’Avocat – Défenseur au Barreau de Brazzaville. Ambroise Malonga est titulaire d’une Licence nouveau régime d’une durée de trois ans après le Bac. Lorsqu’il termine avec sa formation, il  continue à l’ENM de Paris. Il n’est que simple auditeur de justice lorsqu’il regagne le ministère de justice. Après le ministère, il échoue à l’étude de Maître Roger Martin. Dans ce cabinet, il doit suivre un stage pratique pour devenir Magistrat. C’est un stage qui, en principe, doit durer trois ans, à défaut d’avoir exercé comme auparavant Magistrat six mois durant. Or, lorsque Malonga prête serment pour devenir Avocat en 1982, il n’a pas encore passé un an dans une étude d’avoué. Il n’a même pas exercé comme Magistrat depuis la fin de sa formation à l’Ecole Nationale de la Magistrature de Paris. Ainsi, lorsque Malonga rentre au Congo, il n’a été inscrit ni comme Avocat en Métropole et son nom n’a pas non plus été répertorié au barreau de Brazzaville.

De ce qui précède, il apparaît clairement que certains de ceux qui sont passés par l’arrêté du 8 août 1933 pour prêter serment et devenir Avocats, ont purement et simplement détourné les textes à d’autres fins. Ils ont contourné la loi à des fins personnelles pour échapper à la sélection normative pour exercer le métier d’Avocat. Ainsi, tout ceux qui ont prêté serment sur la foi de cette arrêté, ont tout simplement détourné la loi française inadaptée et décalée avec la réalité congolaise. Grâce aux passe-droits et autres avantages liés au positionnement social de leurs « parents », ces derniers ont travesti la loi, l’ont enjambé pour échapper à la rudesse de la sélection par le mérite. Aujourd’hui, à l’exemple de Maître Malonga, ils ont « pignon sur rue » et assurent la défense de nombre de Congolais, très souvent, au « Karcher ». Et, sans égard pour leurs clients, ils se prennent pour des modèles d’exemplarités. Or, si gratte le vernis écaillé qui enrobe leur cursus, on se rendra bien vite compte que nombre d’entre eux, n’ont pas de qualifications requises, qu’ils exercent souvent sans diplômes. Là où certains ont falsifié des diplômes d’autres n’ont parfois, jamais étudier le Droit. Il ne s’agit ni plus ni moins que de « troubadours judiciaires » qui jouent les troublions dans les prétoires de Brazzaville et de Pointe – Noire, plongeant ainsi le pays dans les profondeurs abyssales en refusant l’émergence de nouvelles énergies pétries de droit qui viendraient les démystifier. Ainsi, craignant d’être démasqués, ils jouent les coudes. Mais, ne dit-on pas qu’au pays des aveugles, le borne est roi ? Les Congolais n’ont pas encore fini de livrer leurs secrets.

 

Combats sélectifs et orientés

Avec un parcours pavé de zones d’ombre, un cursus en dent de scie, une pratique juridique critique, pour cause de déviances ethno régionalistes et une implication politique peu orthodoxe qui le rapproche de l’opposition épidermique qui combat le pouvoir de Sassou, Hervé Malonga a toujours aimé les joutes politiques à la pratique du droit dont il reste très fâché avec le code de procédure pénal. Pour ceux qui ne le sauraient certainement pas, Ambroise Malonga n’a jamais été le fervent défenseur de la démocratie et des droits humains qu’il se targue de répéter sauf, pour se mettre en scène. Très peu se souviennent qu’en plein conflit du 5 juin 1997, alors que la guerre civile battait son plein avec les bombardements des Orgues de Staline tirés par le  pouvoir du Président Lissouba contre les populations civiles des quartiers Nord de Brazzaville, Hervé Ambroise Malonga et un groupe de personnes se faisant passant pour des membres du Conseil Constitutionnel, allaient se réunir à Mafouta au domicile de André Milongo, à l’époque Président de l’Assemblée pour prêter serment. A la suite de la décision 001/97 du Conseil Constitutionnel, ils décidaient de proroger, en contravention avec les textes existants – la Constitution de mars 1992-, le mandat du Président Lissouba, de le maintenir dans ses prérogatives ; lui donnant ainsi les pleins pouvoirs de pouvoir poursuivre la guerre au-delà de son terme échu du 31 août 1997. Si cet acte lui a valu seulement d’être interné par le pouvoir sans être condamné pour cause d’interprétation hasardeuse de la Constitution, ce n’est pas tant parce qu’il était « blanc comme neige » dans la poursuite de la violence, c’est simplement à cause des liens phalliques qu’il entretenait avec certaines personnes très proches du pouvoir en place. Il en n’est de même pour ses implications dans l’instrumentalisation de l’affaire des « disparus du Beach » dont il est l’un des « cerveaux bleus » pour l’avoir utilisé dans le but de déstabiliser le pouvoir qu’il combat dans tous les prétoires, dont les prises de positions sont à la limite de l’incitation à la haine tribale. S’il s’était déconstituer par deux fois lors de ce procès, ce n’était pas tant parce qu’il avait des choses à révéler à ce qu’il qualifiait de « simulacre de procès », c’est tout simplement parce qu’il était à bout d’arguments à même de lui permettre de soutenir les accusations de pseudo « génocides ou crimes contre l’humanité » qu’il lançait à l’endroit de certaines personnalités proches du pouvoir. Il s’en est allé en faisant rentrer dans les annales des chroniques judiciaires du Congo, sa célèbre phrase en patois : « To kweno » !

Aujourd’hui, pour avoir pris la défense de Mounzéo et Mackosso poursuivis dans une simple affaire de droit commun pour « faux en écriture de faux », Maître Malonga a transformé ce dossier en affaire politique. Il a fait passer ces deux personnalités du monde associatif en victimes persécutées du pouvoir. Une stratégie qui lui sied si bien mais qui risque de lui jouer de très vilains tours à force de surfer sur sa victimisation à outrance. Pour l’heure, s’il n’arrive pas à  combler les quelques vides qui manquent au relief de son brillant parcours professionnel, il ne lui reste plus qu’à persuader Mounzéo et Mackosso à rentrer pour aller répondre de leurs forfaits devant la justice de leur pays. Tel, un « Nkoumbi Nzila » qui change de buisson pour braver le danger, il est à craindre, s’il n’arrive pas à démontrer leur innocence, qu’il se fasse prendre à son propre piège !

 

P.SONI-BENGA