Amnistie ou amnésie collective : Qu’attend le Gouvernement Congolais pour amnistier le Président Lissouba ?

Prendre le risque politique de ramer à contre-courant !

 

 

Du 5 au 14 janvier 1998, a eu lieu le Forum National pour la Réconciliation, l’Unité, la Démocratie et la Reconstruction du Congo. Convoqué par décret présidentiel n°97/19 du 13 décembre 1997, au cours duquel les participants à ces assises ont dressé un sévère réquisitoire contre le Président Lissouba et son régime, qu’ils ont rendu responsables des guerres et violences qui ont ensanglanté le Congo. Sans passer par quatre chemins, la majorité des participants ont qualifié le Président Lissouba et ses principaux collaborateurs de « Génocidaires ». Quels en étaient les griefs ?

C’est au cours des plénières des 11 et 13 janvier 1998, que les participants au Forum ont dressé ce constat sévère contre le régime déchu du Président Lissouba. Celui-ci se résume par : « Au cours des deux guerres civiles commanditées par le pouvoir de Monsieur Lissouba et les leaders dont il a fait ses alliés : de nombreuses personnes, estimées provisoirement à plus de 15.000, ont été tuées ; des populations proches de Monsieur Denis Sassou Nguesso, en raison de leur origine ethnique ou favorables aux forces politiques alliées au PCT, ont été bombardées, ont vu leurs maisons incendiées et leurs biens pillés ; ces mêmes populations ont été délibérément privées d’eau et d’électricité durant toute le guerre ; des nourrissons, des enfants en bas âge, des femmes enceintes et des personnes âgées, ont été exposées aux maladies de toutes sortes, en raison des intempéries, de la faim et des conditions de vie précaire, ont massivement trouvé la mort ; le centre-ville, les arrondissements de Poto-Poto, Ouenzé, Moungali, Mpila, Talangaï ont été brûlés par des armes incendiaires et/ou des hélicoptères de combat ; des armes de destruction massive, telles les gaz de combat, les schilkas, les chars lourds, les mortiers, les mitrailleuses lourdes, les BM21 ou Orgue de Staline, les mines antipersonnelles, etc. ont été saisies sur les hommes de Monsieur Pascal Lissouba ». Le réquisitoire est accablant.

Pour les participants au Forum, il ne faisait aucun doute que tous « ces actes planifiés et programmés » étaient considérés comme « des éléments constitutifs de crime de génocide et crime contre l’humanité ». Force est donc de constater que les « forumiers » majoritairement proches du pouvoir en place ne se sont pas empressés de s’appuyer sur le droit mais sur la rhétorique politicienne pour condamner Lissouba et son régime.  D’où plusieurs questions : Y-a-t-il eu, oui ou non, génocide, crime contre l’humanité ou crime de guerre commis sur les populations civiles au Congo entre août 1992, date de l’arrivée au pouvoir du Président Lissouba et le 15 août 1997, le jour de son départ pour l’exil ? Le Président Lissouba a-t-il commis un génocide lorsqu’il était au pouvoir ?

Trois critères doivent être remplis pour que les faits incriminés entrent dans la qualification de « crimes de génocide » ou de « crimes contre l’humanité ». Pour les définir : « il doit s’agir d’actes inhumains et de persécution commis au nom d’un Etat, pratiquant une politique d’hégémonie idéologique ; il faut que ces actes aient été dirigés contre une catégorie d’hommes distingués par la race, la religion, ou les opinions politiques ; il faut une participation constante et active, avec un élément intentionnel ». L’article 6 du statut du Tribunal International de Nuremberg définit le crime contre l’humanité comme : « l’assassinat, l’extermination, le réduction en esclavage, la déportation et tous les autres actes inhumains commis contre toute population civile avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions qu’ils aient constitués ou non une violation interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal en liaison avec ce crime ». Pour l’arrêt du 20 décembre 1945, constituent des crimes contre l’humanité : « Tous les actes inhumains et les persécutions qui au nom d’un Etat pratiquant une politique d’hégémonie, ont été commis de façon systématique non seulement contre les personnes en raison de leur appartenance à une collectivité raciale, que religieuse, mais aussi contre les adversaires de cette politique, quelle que soit la forme de leur opposition ». Après la qualification, les faits.

Qu’en est-il du chef de génocide pour lequel le président déchu a été accusé par les participants au Forum ? Comme chacun sait, le génocide est « un assassinat accompagné des circonstances aggravantes, en raison du fait que le crime a été commis contre une collectivité précise, soit en raison de leur appartenance à un groupement ethnique ou religieux qui motivent leurs auteurs à les commettre ». Ainsi, pour être accusé puis condamné pour crimes contre l’humanité, il faut non seulement manifester une intention, mais aussi avoir un mobile corroboré par des faits matériels incontestables et incontestés.  Etait-ce le cas ?

 

Devoir de mémoire oblige !

 


Au Congo, sous l’ère du Président Lissouba, les intentions et les mobiles y compris l’accomplissement des actes planifiés étaient réunis sans que les conférenciers n’aient eu besoin de démontrer la responsabilité des auteurs présumés des actes qui accablent l’ex-Président Lissouba et ses partisans, il n’y avait qu’à aller puiser dans la littérature du pouvoir que nous sommes allés exhumer pour trouver les mobiles qui ont poussé à ces folles intentions meurtrières.

Au niveau des intentions de ceux qui ont provoqué les guerres civiles, tous se sont adossés sur la conservation du pouvoir pour justifier le passage à l’acte qui a abouti à la matérialisation de la violence. Passons en revue tous ce documents qui montrent l’étendu de la machination macabre de l’ancien pouvoir déchu. Devoir de mémoire oblige !

Le 24 décembre 1994, un document estampillé « Secret Défense » portant le sceau du Chef d’Etat-major de l’époque, le Général Daniel Mabika, mettait à nue les intentions du Haut Commandement des Forces Armées Congolaises pour se débarrasser de Sassou Nguesso et d’une partie de son électorat concentré majoritairement dans les quartiers nord de Brazzaville, à défaut d’être disséminé dans la partie septentrionale du Congo. Dans ce document, Le Chef d’Etat-major suggérait au Président Lissouba un schéma en plusieurs point pour venir à bout de Sassou Nguesso ; schéma qui portait sur des points précis, tels : « Entretenir et intensifier au sein des populations la psychose d’un coup d’état de Sassou ; simuler une opération de partisans de Sassou pour crédibiliser la rumeur sur le coup d’état ; déclencher « l’opération Comète » qui prévoit entre autres : le parachutage d’unités d’élite à Owando ; la progression d’une partie de nos éléments par la route Sibiti-Zanaga-Lekana-Lékéti afin d’empêcher le repli vers le Gabon ; l’acheminement d’un autre détachement par Lekana, Djambala-Ngo afin de renforcer l’élément d’assaut basé à Gamboma ; la progression de vedettes de la marine sur l’Alima pour empêcher l’évasion vers le Zaïre ». Après ce schéma tactique, le Chef d’Etat-major, le Général Daniel Mabika proposait pour mettre Sassou Nguesso hors d’état de nuire la démarche suivante : « Au niveau de Brazzaville, « l’opération Comète », prévoit simultanément le nettoyage systématique des agglomérations de Poto-Poto, Ouenzé, Talangaï, la destruction totale du nid de Mpila ». Par « nid de Mpila », il ne s’agit rien d’autre que de la résidence privée de Sassou Nguesso.

Ayant pris acte de la démarche que lui suggérait son Chef d’Etat-major, le Président Lissouba n’est pas allé par quatre chemins pour mettre ce plan d’élimination physique de Sassou Nguesso à exécution en confiant la logistique à son ami Max. Le 3 mai 1995, par lettre à l’attention de son « Bien cher Max », le Président Lissouba lui demande « « d’outiller » cette partie encore saine de la sous - région, d’hélicoptères, de vedettes rapides et d’autres armements ». Il croit grâce à ces acquisitions accomplir « un acte de Salut National pour le Congo » De quel « acte de Salut national » s’agit-il ? Le Président Lissouba apporte la réponse. Pour lui, « Il s’agit tout simplement d’éliminer par « une solution finale » une partie du peuple Congolais fondamentalement hostile à tout progrès, en un mot les Mbochis, dont le Chef Denis Sassou Nguesso, a mené le Congo à sa ruine ». Pour Sassou et ses partisans, le Président Lissouba prône « la solution finale ». Comme Adolf Hitler pour le peuple Juif, le Président Lissouba fait le choix de l’extermination des « Mbochis » ! Pure démence ? Des mots qui feraient froid au dos par tant de légèreté. Pourtant, le Président Lissouba ne s’arrête pas là. Poussé par quelles forces du mal, il adresse une deuxième lettre à son « Bien cher Max » pour lui réclamer prestement les moyens logistiques. Dans cette missive datée du 22 mai 1995, où l’impatience se traduit clairement dans ses propos, le Président Lissouba rappelle à son ami, les enjeux de la mise en place très rapide de cette « solution finale ». Il écrit : « tant que nous n’aurons pas assuré à ce pays la stabilité nécessaire et arrêté les bandits et les faiseurs de complots qui minent notre développement économique, cela ne sert à rien d’amener des investisseurs potentiels que vous proposez, comme Monsieur James Price ou vos amis d’Odebrecht. Il est dès lors, poursuit-il, absolument nécessaire d’éradiquer totalement la zone d’Oyo et son foyer infesté de parasites déstabilisateurs pour l’avenir du pays. Donnez-moi les moyens pour terminer cette affaire au plus vite, avant que le dossier Congo soit réexaminé par le FMI et la Banque Mondiale ». Norbert Moungounga Nguila Kombo, n’écrivait-il pas dans sa lettre du 18 mai 1995 au Président Lissouba en paraphrasant Napoléon 1er que : « La faiblesse du pouvoir suprême est la plus affreuse calamité des peuples » ?


Tirant cette logique jusqu’au bout, Moungounga Nguila rappelait au Président Lissouba ce qu’il devait faire pour « aérer la compétition » électorale. Il écrivait : « Il est inconcevable de ne pas aérer la compétition en éliminant les principaux trouble-fêtes par le biais des mécanismes de l’appareil judiciaire dont nous nous sommes désormais assurés le contrôle. Il suffirait pour cela, de sélectionner des dossiers susceptible de les compromettre, de les mettre en examen puis de les inculper, leur condamnation à des peines de prison entraînant du coup leur inéligibilité, ou leur incapacité d’exercer toute activité politique. Je pense en tout premier lieu à Monsieur Sassou et ses sbires ». Dans une interview publiée dans le mensuel Continental, André Milongo n’affirmait-il pas que le Président Pascal Lissouba cherchait coûte que coûte à en découdre avec Sassou Nguesso, prétendant sérieux à l’élection présidentielle qui devait se dérouler en juillet-août 1997 ? Les documents et autres déclarations intempestives ne viennent-ils pas corroborer les intentions du Président Lissouba à privilégier le coup de canon en lieu et place de la paix ?

 

Le Conseil des ministres qui déclenche tout ?

 

Mettre la forme dans une stratégie fort élaborée par le Président Lissouba et ses partisans, il ne restait plus qu’à trouver l’élément déclencheur de cette violence. Il va venir dès le 4 juin 1997. C’est donc à l’issue du conseil des ministres du 4 juin qui s’est terminé fort tard dans la soirée que Sophie Moukouyou-Kimbouala, Porte-parole du gouvernement annonce des mesures suite aux « événements enregistrés dans les localités d’Oyo et d’Owando ». Dans le communiqué du gouvernement lu très tard par Madame Moukouyou, il est décidé cinq mesures d’une extrême violence qui visaient personnellement Sassou Nguesso et ses partisans : « Sont renforcés les dispositifs de sécurité sur l’ensemble du territoire national ; sont prises toutes les dispositions visant à traquer, voire anéantir tous les éléments non réguliers détenteurs des armes de guerre ; sont radiés des effectifs des la Force Publique tous les agents déserteurs n’ayant pas rejoint leur poste d’affectation ; sont également radiés de la Force Publique tous les agents s’étant illégalement incorporés dans les équipes de garde des personnalités publiques ; des poursuites sont engagées contre les auteurs et les complices des crimes perpétrés à Owando et à Oyo, c’est le cas par exemple des sieurs Aboya Pierre et Engobo Bonaventure ; est recommandé la publication des conclusions judiciaires sur l’affaire du vol d’armes de Gamboma ».

En avril dernier, après avoir passé près de dix ans en exil, l’ancien Secrétaire Général de l’UPADS, Christophe Moukouéké est rentré au Congo accompagné de Martin Kimpo et l’ancienne Ministre de la Communication Sophie Moukouyou-Kimbouala, celle-là même qui avait lu le communiqué déclencheur de la guerre civile du 5 juin 1997. Car, aussitôt ce communiqué du gouvernement diffusé sur les médias nationaux, dans la nuit du 4 au 5 juin 1997, les chars prennent d’assaut le domicile de Mpila Denis Sassou Nguesso ; déclenchant aux premières heures de la matinée, l’une des guerres civiles les plus violentes que le Congo n’ait jamais connues. Dix ans après, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Les esprits se sont calmés ? La paix est revenue ? Les plaies se sont cicatrisées ? Les rancoeurs ont été larguées aux petitesses de la « bêtise humaine » ? Les Congolais se sont réconciliés, etc. Autant de questions à poser que de réponses à apporter selon le côté dans où l’on se trouve. Entre temps, l’ancien Maire de Brazzaville, Bernard Kolélas rentre au Congo en 2005 à la faveur d’une amnistie motivée par le décès de son épouse d’un Accident Vasculaire Cérébral (AVC) ; un décès survenu le 29 septembre 2005 à l’hôpital Saint Louis de Paris, précipite le retour de Kolélas au Congo pour se mettre au service de la paix après que les deux assemblées aient voté dans les mêmes termes, la loi amnistiant toutes ces peines.

 

Tourner définitivement la page de sang !

 


Le 18 mai 2007, le Conseil des Ministres a adopté le projet de loi d’amnistie en faveur des deux anciens Premiers Ministres du Président Lissouba, Claude Antoine Da-Costa et Jacques Joachim Yhombi-Opango. Si on peut déplorer le fait que cette amnistie soit intervenue à titre posthume pour l’ancien Premier Ministre Da-Costa qui était décédé quelques jours plus tôt, l’ancien Premier Ministre Jacques Yhombi-Opango qui a toujours refusé d’être amnistié a accueilli froidement cette décision du gouvernement Congolais, d’autant plus sa condamnation par contumace en décembre 2001 pour « crime de haute trahison », il ne l’a jamais accepté et encore moins digéré. Au cours du même procès, le Président Lissouba avait été lui aussi condamné à « trente ans de travaux forcés, pour avoir bradé le pétrole du Congo à travers un accord signé le 28 avril 1993 avec la société pétrolière américaine OXY ». En contre partie de ce bradage, un prêt de 150.000.000 $ avait été accordé au pouvoir de l’époque en contrepartie de 50.000.000 barils de pétrole cédés à OXY à raison de 3 dollars le baril au lieu de 14 dollars du cours officiel. Aussitôt ce projet de loi d’amnistie adopté par le Conseil des Ministres, les deux Chambres, le Sénat et l’Assemblée ont été convoquées pour légiférer sur cette amnistie avant la fin de la législature. Dans cette affaire, figurent encore sur cette liste des condamnés, outre le Président Lissouba, Benoît Koukébéné et Moungounga Nguila dont les peines n’ont pas encore été excommuniées.

A l’heure où les rumeurs de toutes sortes bruissent dans les rédactions africaines et les couloirs des états-majors politiques sur l’état de santé défaillant de l’ancien Président Lissouba, faut-il attendre sa disparition physique, voire son incinération pour que la République daigne lui accorder son pardon, l’expier de ses fautes et l’expurger de ses peines ? Chaque Congolais sait quelles furent les responsabilités du Président Lissouba dans le déclenchement du Tsunami qui a secoué le Congo. Le pouvoir va-t-il faire, comme on vient de le voir pour l’ancien Premier Ministre Da-Costa, dont l’action publique s’est éteinte avec l’amnistie de ses cendres ? A part d’envisager le schéma qui a été adopté lors la disparition de l’abbé Fulbert Youlou en exil, au Portugal, où il a fallu attendre longtemps après sa mort pour ramener sa dépouille au Congo avant de l’enterrer dans le village de ses ancêtres à Madibou, il n’y a pas d’autre issue que d’éviter une telle issue. Nul besoin d’ignorer que le Président Lissouba prendra cette grâce présidentielle de haut. Son orgueil étant toujours intact jusqu’à ce jour !


Aujourd’hui, il n’y a rien, politiquement, qui puisse s’opposer à ce que le pouvoir en place fasse un geste en faveur de l’élargissement du Président Lissouba. À l’heure où les plus fidèles partisans du Président Lissouba, les jusqu’au-boutistes, y compris les tenants de la ligne dure de son régime, ont regagné le pays et sont dans les bonnes grâces du pouvoir, qui peut croire qu’ils n’aient pas tiré dans leur for intérieur les leçons de cet écartèlement qui leur avait valu le bannissement dans leur pays d’origine. Le pouvoir y gagnerait à créer un électrochoc en amnistiant l’ancien Chef de l’Etat, pendant qu’il est temps et encore en vie. Plutôt que d’attendre l’exploitation diabolique que feraient les opposants une fois l’irréparable consommé, il vaut mieux ramer à contre-courant. Cet acte courageux n’annihilera pas les efforts qui ont été entrepris par le pouvoir pour ramener la paix au Congo, en dépit des agressions perpétrées par la toute puissante « Etat-UPADS » : « Ma ba ma tatu », le pouvoir des « Trois Palmiers » lorsqu’il était aux affaires. Bien au contraire. Il est un temps pour se chamailler, et un autre pour se retrouver et reconstruire ensemble. « L’élan du Président de la République exprimée en cette circonstance intègre son souci constant de consolider l’unité, la réconciliation nationale et la paix si chèrement acquise afin que plus jamais notre pays retombe dans la violence et l’horreur ». A l’époque, il était question de l’amnistie accordée à l’ancien Maire de Brazzaville, Bernard Kolélas. Avec son implication dans la recherche de la paix dans le Pool, son département d’origine, personne ne peut douter que le choix de l’amnistier ne fut point judicieux. L’histoire, seule juge des temps saura reconnaître le juste et son combat pour la paix et le développement du Congo. Il n’y aura pas meilleur symbole plus fort que celui de mettre un terme à l’épée Damoclès qui reste suspendue sur la tête de l’ancien Chef de l’Etat et qui le prive de ses droits de citoyen avant son dernier tour de piste !

 

P.SONI-BENGA.