QUESTIONS SANS
DETOURS !!!
Rencontre avec le général Norbert Dabira,
Inspecteur Général des
Forces Armées Congolaises/Administrateur
Général de la DRTV et nouvel opérateur Télécom
Un mois après avoir lancé le
projet de
Paul SONI - BENGA
Brazza.info :
Bonjour Général…
La question aujourd’hui à propos du général Norbert Dabira à Brazzaville, c’est d’où lui vient cette soudaine
opulente richesse, presque insolente, qu’il affiche dans la ville par son train
de vie ? Ce train de vie est-il justifié par les revenus qu’il a engrangés
à la DRTV, ou bien a-t-il un peu plongé la main dans les caisses de
l’Etat ?
Norbert
Dabira : Je dois d’abord dire qu’un
inspecteur dans n’importe quelle structure de l’Etat, à fortiori dans l’armée,
n’a pas accès aux caisses de l’Etat. Il n’a pas de caisse noire, et ne signe
pas des contrats d’attribution des marchés de l’armée. Son travail est de
contrôler ce que les décideurs font. Il n’y a pas d’argent pour cela, à part le
salaire. Par contre, ces derniers temps, et je pense que c’est de notoriété
publique, dans le cadre de l’opération d’indemnisation des victimes du vol du
DC 10 d’UTA, ma famille a reçu un demi milliard de F.CFA,
très exactement 552 millions de F.CFA. C’est quand
même beaucoup d’argent. Raison pour laquelle je me suis permis – il faut bien
vivre, n’est-ce pas ? – d’acheter deux belles Mercedes pour mon épouse et
moi. A part une fraction reversée à la famille maternelle, plus de 300 millions
de F.CFA ont été directement injectés dans des
activités liées aux nouvelles technologies et à l’expansion de ce que je fais,
pour le bien du peuple congolais. Je n’ai pas jeté de l’argent, et nul ne doit
donc pas s’étonner du train de vie du général Dabira
aujourd’hui. Je ne suis d’ailleurs pas le seul à avoir bénéficier de cette
indemnisation. Il y a des familles qui ont reçu jusqu’à trois milliards de F.CFA. Comme elles ne s’entendent pas, elles continuent à
se battre pour le partage de cette manne. Dieu merci, la mienne est très unie
et me soutient.
B.I : Vous
venez de lancer un nouveau concept dans le paysage audiovisuel congolais, la
télévision numérique terrestre, en sigle TNT. Est-ce
que vous pouvez dire aux lecteurs de brazza.info en
quoi consiste l’innovation que vous introduisez à travers ce nouveau concept,
et donner une idée de la valeur de l’investissement consenti dans le cadre
de ce projet ?
N.D : La télévision
numérique terrestre est née depuis bientôt vingt ans en France. Mais, cela fait
un bon moment aussi que le paysage audiovisuel congolais accuse un grand retard
dans l’acquisition des nouvelles technologies. J’ai pensé que ce retard devait
être comblé, car le peuple congolais, comme tous les peuples, a droit à prendre
le train en marche et non d’attendre qu’il arrive au bout pour dire à l’instar
de la fibre optique : Ah ! Si l’on savait !
Qu’est-ce qu’on remarque aujourd’hui chez nous ? Les
nouvelles technologies, c’est pour les riches. Or, un îlot de richesse dans une
mare de pauvreté, vous voyez ce que cela veut dire,
surtout pour la pauvreté intellectuelle des populations, qui n’est pas une
bonne chose. Nous devons à tout prix la combler. Avec la TNT, nous pourrons
atteindre toutes les couches de la population, qui pourront accéder à très bas
prix aux chaînes étrangères. Concrètement, si l’on doit débourser aujourd’hui
L’investissement
pour ce projet est plutôt lourd. Ce qui coûte cher, ce n’est pas tant l’achat
des émetteurs, des segments spatiaux. Ce sont les équipements performants qui
doivent nous permettre d’encoder et faire en sorte que les téléspectateurs
reçoivent la TNT au minimum en « MPG 2 ». Ces appareils nous
permettront de nous mettre à l’abri du piratage, car nous voulons être piratés
le moins possible, sinon pas du tout. Nous nous
sommes confiés à une maison spécialisée qui étudie pour nous la question. Mais
nous n’avons pas encore toutes les données de cet encodage. Logiquement, je
dirai que la valeur de l’investissement ne devrait pas dépasser un (1) milliard
de francs CFA…
B.I : Ce
projet suppose également que vous devriez acquérir une licence de Gateway,
puisque vous parlez de la location des segments spatiaux…
N.D : J’ai déjà
acquis la licence de Gateway ; je l’ai déjà payée.
B.I : Quels
sont les délais de mise en œuvre du projet ? Quand est-ce que les
Congolais pourront consommer la TNT ?
N.D : Dans les deux à
trois mois. Mais il se pose un petit problème : le Congo est en manque de
canaux. Il va falloir négocier avec Kinshasa qui a tout pris, pour qu’il libère
certains canaux. Pour faire trente-six chaînes pour la TNT, il nous faut six
canaux. Un canal analogique classique représente six canaux numériques ;
cinq canaux analogiques font trente-cinq canaux numériques. Pour faire
trente-six chaînes, il faut donc un canal supplémentaire. Or, aujourd’hui on
n’a presque pas de canaux. Il va falloir que le gouvernement se batte pour en
retrouver un certain nombre. Sinon, on se contentera du peu qui existe…
B.I : DRTV
domine aujourd’hui le paysage audiovisuel congolais, étant la première chaîne
privée à s’implanter. Son promoteur est un général de l’armée congolaise. Par
rapport à ces faits, est-ce qu’il est faux de penser qu’il y a une sorte de
« politisation » de la libéralisation de l’espace audiovisuel ?
Est-ce que le général Dabira ne bénéficie pas des
faveurs du régime pour occuper tout l’espace et étouffer les autres ?
N.D : La DRTV est une ini
tiative individuelle. Il n’y a aucun franc d’un homme
politique dans cette affaire. J’ai eu la chance d’avoir la première
autorisation, tout simplement parce que quand le ministre Ibovi
était en place, il était grandement friand du fait que les chaînes devaient se
mettre en place. C’est lui d’ailleurs qui a préparé la loi, et elle a été votée
sous lui. J’ai accédé à ces autorisations avant que le cahier des charges ne
soit en place. Maintenant, en principe, tout le monde peut accéder. Mais, il se
pose un problème de cahier de charges. Le ministère de la communication
n’arrive pas encore à finaliser ce problème. Je crois qu’il y a des réticences
par rapport à la politisation possible des chaînes par des groupes ou des
partis politiques. La DRTV n’est pas dans ce cas. Vous constatez vous-mêmes que
notre ligne éditoriale est celle de la proximité avec les Congolais. Nous
émettons pour tous les Congolais. Nous n’entrons pas dans la politique. En tout
cas, jusqu’ici, nous avons réussi à nous tenir au seul intérêt des Congolais
comme ligne éditoriale.
B.I :
Justement, à propos de votre programmation, on continue à reprocher à DRTV,
aussi bien à Brazzaville qu’à Pointe Noire, la diffusion des films
pornographiques. Qu’est-ce qui justifie ce choix qui choque plus d’un
Congolais ?
N.D : Moi-même, je
n’étais pas pour cette diffusion au départ. Mais comme vous le savez, à la DRTV,
je ne suis pas directement le responsable opérationnel. Cela dit, je pense
qu’il y a eu des dérapages au début. Etant donné que nous travaillons avec des
serveurs, les gens n’étaient pas encore habitués à caler les heures.
Maintenant, on est bien rôdés, et s’il y a diffusion des films X, c’est à
partir de 2 heures ou 3 heures du matin. A ces heures là, il n’y a plus
d’enfants et celui qui veut regarder la chaîne fait un choix d’adulte.
Qu’est-ce qui a motivé cela ? La DRTV se veut une chaîne pluraliste, qui
sert une large gamme de produits audiovisuels, adaptés à différents publics. Je
vais d’ailleurs à ce sujet vous raconter une anecdote. Quand à cause des
reproches nous avons été amenés à suspendre la diffusion des films X, il y a eu
de vives protestations. Un homme est même venu me voir pour dire que leur
diffusion lui avait permis de retrouver du goût à la chose et l’avait ramené
sur le chemin de sa femme, si bien qu’il a pu remplir correctement son devoir
conjugal. Le couple a retrouvé ses espoirs
d’antan. Aujourd’hui, on peut dire que le problème des films X est
réglé. Il s’agit d’un choix de la part des téléspectateurs, qui ont beaucoup
insisté pour qu’on continue à les diffuser, croyez-moi.
B.I : Un
bouquet numérique de trente-six chaînes, accessible à très bas prix à
l’ensemble de la population sur toute l’étendue du territoire national, c’est
un magnifique projet. Vu la qualité des chaînes de ce bouquet, ne craignez-vous
pas une concurrence directe envers DRTV elle-même ? Est-ce que vous n’encouragez
pas l’extraversion du goût et de l’intérêt des
téléspectateurs congolais ?
N.D : Il faut qu’il y
ait la concurrence. Sans concurrence, on ne peut pas s’améliorer. Vous
constaterez que Télé Congo qui avait quelques problèmes s’améliore parce que
nous sommes là. DRTV qui croit être le must aujourd’hui doit pouvoir être
concurrencée par des chaînes de très bonne qualité, qui doivent nous obliger à
améliorer nos prestations et faire que le peuple congolais s’abreuve à bonnes
sources. Mais il faut clairement distinguer que nous sommes une station locale.
Lorsqu’un téléspectateur veut savoir ce qui se passe au Congo, il a la DRTV en
numérique, c’est clair. Mais au plan international, il se passe beaucoup
d’événements, et le téléspectateur congolais a le droit d’accéder à ces
informations, sans que nous ayons peur de nous saborder. C’est dans l’esprit de
la libre concurrence et dans le souci d’améliorer la qualité de la réception
des images audiovisuelles que nous avons fait cela.
D’ailleurs, nous avons gratuitement intégré Télé Congo dans ce bouquet, comme
nous sommes prêts à le faire pour d’autres chaînes de qualité qui vont arriver.
Nous voulons la concurrence pour améliorer nos prestations et servir au peuple
congolais des programmes audiovisuels de qualité.
B.I :
Maintenant que la TNT est sur les rails, quels autres projets réservez-vous au
public congolais ?
N.D : Ce n’est plus une
surprise puisqu’au cours d’une conférence de presse tenue il y a un mois à
l’hôtel Méridien, nous avons dit à ce public que nous allons démocratiser aussi
l’Internet. Nous comptons mettre en œuvre une ancienne technologie, le Wimax, qui a évolué depuis. Un Wimax
déployé sur chaque trente kilomètres à la ronde
permettra aux Congolais d’avoir accès à l’Internet depuis chez eux, au
lieu d’aller au cybercafé. Il suffit d’avoir un ordinateur, dont nous voulons
casser les prix en les ramenant autour de 200 à
Dans un délai relativement court, compris entre trois (3) et
neuf (9) mois, nous serons en mesure de ramener toute cette technologie au
Congo.
B.I : Vous
risquez de mettre en péril l’activité des opérateurs des télécoms, général…
N.D : En France, il y a
plein d’opérateurs télécoms, plein des cartes à gratter, il y a l’ADSL…Chacun rentrera dans le jeu de la concurrence et
chacun aura sa part. Il y a toujours une place pour tout le monde dans ce genre
de choses…
B.I : Que
visez-vous à travers ce déploiement intense d’activités dans le domaine des
médias et des télécoms ? N’y a-t-il pas une arrière-pensée, une ambition
secrète ?
N.D : D’aucuns
pourraient croire qu’un général qui s’occuperait de ce genre de choses aurait
certaines ambitions politiques. Je réponds Non ! Mon unique ambition,
c’est de satisfaire notre peuple en évitant l’enclavement que nous avons connu.
Aujourd’hui, nous sommes en train de remonter la pente, même si en matière
d’Internet nous sommes parmi les bons derniers. C’est toujours très gênant,
vous savez, lorsqu’on est à Kinshasa ou à Libreville, de constater que chez
eux, les gens ont accès à l’Internet très facilement, alors que chez nous,
c’est une denrée rare qui n’est pas loin d’être mystifiée. Elle est,
d’ailleurs, encore inconnue chez beaucoup de nos compatriotes.
Je dirai également que c’est une vocation, tardive peut-être
parce que je suis militaire, mais sachez que lors de mes études militaires,
j’ai eu à faire beaucoup de communication. Ce n’est donc pas un hasard si je me
retrouve là. Quand on a un doctorat en sciences politiques adapté aux problèmes
militaires, c’est d’abord avant tout un problème d’information et de désinformation,
bref plein de choses passionnantes en rapport avec la communication de masse –
les mass média comme on dit – qu’on apprend. A l’heure de la démocratisation,
je crois que j’ai été tenté de donner vie à tout ce que j’ai appris sur les
bancs de l’école dans le domaine de la communication…
B.I : Comme
en France, on pourrait dire que les études de Sciences Pô constituent la voie
royale vers le journalisme et les métiers de la communication ?
N.D : Le constat est
celui-là. Je crois que je n’y échappe pas.
Propos recueillis à Brazzaville par Prosper Mokabi
Dawa