Je suis venu pour me servir !

 


Le Président Pascal LISSOUBA

En juillet de l’année 2006, l’information est tombée comme un couperet. Le Tribunal de Grande Instance de Paris, venait de donner raison au Président Pascal Lissouba dans le litige qui l’opposait à l’Etat congolais au sujet de l’hôtel particulier de la rue de Prony dans le 17ème arrondissement de Paris qu’il a, semble-t-il, acheté avec l’argent des contribuables Congolais.

 

Dans cette plainte, l’Etat Congolais défendait la thèse selon laquelle, l’ancien Chef de l’Etat avait acheté cette propriété avec les fonds publics ; un achat que le Président Lissouba, au cours d’une interview accordée à un mensuel panafricain, L’Autre Afrique, a reconnu l’avoir  acheté avec l’argent du Congo. Comble d’ironie, la justice française a préféré le « blanchir ». Est-ce, parce qu’il n’avait « jamais compromis les intérêts de la France de quelque manière que ce soit », ou parce que la justice française, d’habitude, si tatillonne sur la morale, l’éthique et les principes, ne disposait pas assez d’éléments pour conforter son intime conviction ?

 

Les paroles s’envolent, les écrits restent !

 

Par souci de vérité, nous exhumons cette interview relative à cet appartement de la rue de Prony. De l’aveu même de l’ancien Président Lissouba, il affirme avoir acheté cet hôtel, si particulier, avec les deniers de l’Etat Congolais. A l’heure où s’ouvre en France, à l’initiative de certaines ONG, une procédure contre certains Chefs d’Etat africains, il n’est donc pas incongru de mettre à la disposition desdites ONG, les informations susceptibles de les aider dans leur multiples traques visant à récupérer tous les biens mal acquis y compris, l’hôtel particulier de l’ancien Président Lissouba, que ces dernières ont sciemment occultées. Raison pour laquelle, nous retranscrivons intégralement l’interview que l’ancien Président Lissouba avait accordée à L’Autre Afrique.


L'hotel particulier du Président LISSOUBA

L’ancien Chef de l’Etat Congolais qui voulait « faire du Congo la petite Suisse » avait promis à ses compatriotes qu’il était « venu pour servir et non se servir », selon la célèbre formule du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution) de feu maréchal Mobutu : « Servir oui, se servir Non ! ». A la démagogie, il a ajouté à l’endroit de ses compatriotes de le jeter à la mer s’il ne transformait pas le Congo en petite Suisse. Plutôt que de s’acharner sur le bilan de sa législature que nous ne dresserons pas par pudeur, -il n’y a rien à dire, ni à retenir de son passage aux affaires-, attachons-nous plutôt sur son patrimoine immobilier. Pour mieux comprendre ce qui va suivre, nous avons tout simplement reconstitué le parcours immobilier de l’ancien Président. Avant d’occuper son hôtel particulier de la rue de Prony, le Président Lissouba occupait un appartement dans le 9ème arrondissement de Paris dans la rue Blanche, à deux pas du Moulin Rouge dans le quartier de Pigalle à Métro Blanche. Dès son arrivée au pouvoir en 1992, il aménage avenue Malesherbes dans le 17ème arrondissement dans appartement qu’il finira par trouver trop exigu pour ses ambitions présidentielles. Avant la fin de son mandat, il s’installe dans l’hôtel particulier de la rue de Prony dans le 16ème arrondissement à un jet de pierre de la maison de feu Jacques Foccart, l’ancien « Monsieur Afrique » de l’Elysée.

 

La vérité ne sort pas que de la bouche des enfants !

 

Contrairement à tout ce qui a été dit au sujet des relations jugées difficiles que le Président Lissouba entretenait avec la compagnie pétrolière Elf Aquitaine et la France, il apparaît clairement que, non seulement l’ancien Président Lissouba n’a jamais compromis les intérêts vitaux de la France, mais en plus, ses relations avec Elf n’étaient pas aussi calamiteuses comme l’ont affirmé certains de ses partisans. Les rapports incestueux qu’entretiennent certains dirigeants africains avec la France sont très souvent dénoncés par les membres de la société civile en France ; ces mêmes associations n’ont pas levé le petit doigt pour dénoncer l’acquisition de la propriété privée acquise par l’ancien Président Pascal Lissouba avec les deniers publics. L’hôtel particulier du Président Lissouba acheté en France avec l’argent du contribuable Congolais n’a jamais indigné certaines ONG bien-pensantes comme Survie, Sherpa, le secours catholique. Même la relaxe prononcée en faveur de l’ancien Président Lissouba dans le procès qui l’opposait au gouvernement Congolais, n’a créée  aucun remous dans le milieu judiciaire, encore moins dans les cercles concentriques des milieux associatifs ayant pignon sur rue. Cet ostracisme en dit long sur la nature sélective des combats qui sont menés par ceux qui veulent s’ériger en donneur de leçon professionnel. Dans ce conflit, la justice française a joué au sapeur-pompier ou au pyromane ?

Qui a écrit : « Il nous a fallu Martin, Christophe, Victor et moi-même une trentaine d’années de marche à travers ronces et épines, en passant par les geôles de la dictature militaro – marxiste pour espérer un jour assumer les fonctions et responsabilités tant enviées qui nous sont actuellement dévolues. Peut-être n’avions-nous humblement et modestement confondu vitesse et précipitation ? » Dans l’enceinte de l’hémicycle, qui avait déclaré : « nous avons attendu le pouvoir pendant 27 ans ? » Il s’agit de Norbert Moungounga Nguila Kombo, l’ancien Ministre des Finances du Président Lissouba qui a passé tout le temps de la législature du Président Lissouba à organiser sa stratégie financière de survie.


Comment accumuler beaucoup d’argent pour être à l’abri du besoin, une fois chassée du pouvoir ? C’était l’équation à résoudre. Norbert Moungounga Nguila va s’employer à lui trouver un axiome. Le 15 mai 1995, il adresse une lettre confidentielle au Président Lissouba. Dans cette lettre il lui fait part de sa stratégie. Il s’agit de mettre le maximum de « pécules » à l’abri du besoin pour se prémunir en cas d’éventuelle déchéance. « Chacun, écrit-il, devrait toutefois continuer d’épargner autant que possible car si seulement par miracle la victoire nous échappait, nous échappait, nous constituerons tout le temps qu’il faudra une opposition forte et solide à l’abri du moindre souci financier, capable de nuire à la manière de Sassou ». Ce conseil, faute de ne l’avoir pas suivi, les partisans du Président Lissouba en feront les frais. Ejectés du pouvoir sans crier garde, de nombreux dignitaires se sont retrouvés sans le sou. Incapables de tenir la dragée haute face à Sassou Nguesso, à organiser l’opposition dans l’espoir d’affaiblir le pouvoir qu’ils avaient décidé de déstabiliser par tous les moyens, ils ont préféré tourner casaque. D’autres, s’ils n’ont pas tout simplement été transformés en griots chantant la gloire de Sassou, ont fait allégeance. Seuls Koukébéné et Moungounga qui disposaient de moyens conséquents pour financer l’opposition en exil et « nuire » à Sassou, ont continué à faire de la résistance ! Baroude d’honneur ou d’orgueil ?

 

Sélectivité et émotion à géométrie variable

 

S’il n’est pas aisé de spéculer sur l’origine des fortunes de certains anciens dignitaires du Congo de l’époque du Président Lissouba, force est de constater qu’en la matière, des personnalités qui, avant d’assumer des responsabilités ministérielles, n’étaient pas connues pour leur passé d’industriels ou d’homme d’Affaires, ne se sont pas gênées pour « se servir dans les caisses de l’Etat ». Nous prenons pour preuve, l’origine de la fortune de l’ancien Ministre des Finances du Congo que le Président Lissouba a commenté par le menu détail devant les Parlementaires français venus l’auditionner à Londres à l’époque où il était encore exilé Londonien.

Répondant aux questions de la délégation des membres de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale française venue prendre son témoignage sur le rôle de la compagnie pétrolière Elf dans le déclenchement de la guerre du 5 juin et sur le « fondement juridique » qui l’a poussé à porter plainte contre Elf, le Président Lissouba ne s’est pas dérobé. Même si l’exercice était critiquable, de venir interroger un ancien Chef de l’Etat sur la façon dont il a géré son pays par des Parlementaires d’un autre pays, il y avait là, une atteinte grave à l’honneur à la dignité non seulement d’un homme mais de la fonction qu’il avait assumé souverainement. Les Députés français souhaitaient également savoir si « les armes utilisées par les différents protagonistes avaient été financées par la rente pétrolière versée par Elf ».

Le mercredi 28 avril 1999 à 10 heures à Londres, l’ancien Président Lissouba reçoit les Députés Pierre Brana et Roland Blum. Les deux Parlementaires français voulaient des « éclaircissements sur le système de financement des achats d’armes » à l’époque où le Président Lissouba était aux affaires. Sans passer par quatre chemins, l’ancien Chef de l’Etat a donné les raisons qui l’ont poussé à porter plainte contre Elf avant d’expliquer les mécanismes qui avaient permis à son ancien Ministre des Finances de s’enrichir scandaleusement sur le dos des Congolais.

Au sujet de la plainte, le Président Lissouba a indiqué : « Il a porté plainte contre Elf non pas parce qu’il détenait des documents sur les activités blâmables de cette grande entreprise financièrement puissante, véritable Etat dans l’Etat disposant de moyens d’action formidables sur le plan international mais parce qu’un certain nombre d’agents de cette compagnie avaient usé de cette force pour mener des actions dévoyées et inhumaines. La puissance d’Elf aurait dû être utilisée à des fins plus respectables au plan des principes. » Bipangaza ou Bipamu ?

Sur la fortune de son ancien ministre des Finances, Moungounga Nguila, l’ancien Président déchu a détaillé tout le mécanisme qui a permis à ce dernier de s’enrichir scandaleusement au vu et au su de tout le monde, sans être inquiété en France par les associations humanitaires. Dans ce rapport d’audition, on apprend que : « M. Pascal Lissouba a avoué qu’il s’était trompé sur la qualité de son ancien ministre des finances et qu’il lui avait fait confiance parce qu’ils avaient été en prison ensemble. Il ne fut pas un ministre brillant, il appartient à ses collègues de le juger. L’ajustement structurel n’avançait pas, il devait recevoir ses collègues des Nations Unies et du FMI à sa place. Aujourd’hui, ce ministre est milliardaire. Or, il y a plusieurs formes de tricherie sur la rente pétrolière : on peut s’entendre avec des pétroliers par des cheminements divers et multiples ; ils passent par la FIBA. Autour de cette banque, il y a d’autres filières pour faire passer les commissions dont les montants sont évalués en fonction d’un processus difficilement décryptable. Les commissions peuvent être légales mais la manière dont elles sont évaluées est complexe. Le ministre des finances peut placer l’argent de la rente pétrolière dans des banques spécialisées où il rapporte des intérêts sans les reverser à l’Etat. Normalement cela irait dans les caisses noires du Président. Comme selon la Constitution, le ministre des finances est la seule personne qui ouvre et clôt les comptes de l’Etat, il peut les gérer sans la signature du Président. Voilà comme ce ministre est devenu milliardaire. »

Que celui qui n’a pas triché, lève le doigt !

 

P.SONI-BENGA.

 

 

L’intégralité de l’interview du Président Lissouba dans L’Autre Afrique