Jean Alexis MFOUTOU

Livres : Les Congolais sont prolixes !

 

En attendant de partager les meilleurs feuillets du dernier roman de Wilfried Nsondé : « Le cœur des enfants léopards », paru aux éditions Actes Sud, qui vient de remporter le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, nous avons reçu deux excellents ouvrages didactiques de linguistique de notre compatriote Jean Alexis Mfoutou qui est Chercheur Sociolinguistique en Normandie, à la faculté de Rouen. Les deux ouvrages : « Coréférents et synonymes du français écrit et parlé au Congo-Brazzaville. Ce que dire veut dire » et « La langue française au Congo-Brazzaville. Manifestation de l'activité langagière des sujets parlants », publiés aux éditions de l’Harmattan ont été unanimement salués par la critique.


Le premier ouvrage : « Coréférents et synonymes du français écrit et parlé au Congo-Brazzaville. Ce que dire veut dire » est un livre, singulier mais profond. Les travaux sur le français en Afrique n'avaient jamais fait l'objet de recherche sur les phénomènes de coréférenciation et de synonymie. Et pourtant l'œuvre du sociolinguiste Jean-Alexis ne peut qu'intéresser un vaste public : par les problèmes d'approche qui y sont posés, par l'intention que Jean-Alexis MFoutou affiche d'arracher les préjugés encombrant notre vision du français tel qu'il est parlé par les Congolais, mais surtout par la familiarité nouvelle dans laquelle il nous installe face aux particularités lexicales du français au Congo-Brazzaville. "Le présent ouvrage, écrit-il, propose une approche de quelques questions que soulèvent l'étude, la description et la consignation des particularités lexicales du français au Congo-Brazzaville. Cette présentation des coréférents et des synonymes du français tel qu'il est parlé et écrit dans l'espace communicationnel congolais a pour objectif, entre autres, de permettre au lecteur d'être mieux informé, plus critique, plus attentionné aux relations que les mots de la langue ont les uns avec les autres tant il est vrai que ces particularités lexicales sont en relation les unes avec les autres, et qu'elles ne peuvent être considérées isolément. Notre objectif est simple : mettre l'accent sur la solidarité du système et de ses éléments constitutifs C'est en quelque sorte une nouvelle lecture des particularités lexicales du français au Congo-Brazzaville que nous proposons : la langue étant un phénomène complexe, pour cette raison, les approches ne peuvent qu'en être multiples." (pp. 9-10)  Rien d'abstrait puisque l'auteur ne cesse de donner ses sources. Ce sont aussi les rapports des Congolais à la langue française qui sont interrogés. C'est l'action même du contact de langues qui est placée dans une perspective nouvelle d'autant que, ainsi que l'écrit Jean-Alexis Mfoutou, "les faits ici observés sont particulièrement intéressants, car ils témoignent d'une évolution de la langue, une évolution qui prend la forme d'innovations successives constituant autant de faits partiels susceptibles d'être énumérés, décrits et classés selon leur nature (phonétique, lexicologique, morphologique, syntaxique, etc." (p. 10).


Si le premier livre captivant se lit avec grand plaisir, le deuxième ouvrage est  d’un délice, tant il est bourré d’anecdotes et rend sa lecture aisée. Pour expliquer l'envoûtement de ce livre, il part en guerre contre les idées reçues à commencer par renoncer aux étiquettes, en particulier à celle du genre « les Congolais parlent un mauvais français », si commode pour la critique, mais qui ne résiste guère à l'analyse de l'auteur de « La langue française au Congo-Brazzaville. Manifestation de l'activité langagière des sujets parlants ». Le français de référence n'est ni plus clair, ni plus logique que le français tel qu'il est parlé au Congo-Brazzaville, nous apprend le Sociolinguistique, Jean Alexis Mfoutou.

Cette langue qui s'est imposée de fait comme une langue utile, fonctionne ici comme seul moyen d'accéder au savoir, à la promotion sociale, au pouvoir. "En effet, écrit Jean-Alexis Mfoutou, les personnes soucieuses d'ascension sociale par exemple, abandonnent dès qu'elles le peuvent, l'usage des langues ethniques, puis interethniques congolaises pour accéder et s'en tenir à la langue française. Le statut officiel et les avantages de toutes natures liés à sa connaissance sont autant de facteurs qui favorisent son expansion." (p. 19)

Faisant un inventaire des particularités lexicales du français au Congo-Brazzaville, Jean-Alexis Mfoutou montre combien la langue de l'ancien colonisateur devient matière de l'activité transformatrice du sujet parlant qui ne se contente pas de reproduire textuellement ce qu'il a reçu.

"L'intérêt de cet ouvrage, lit-on à juste titre en quatrième de couverture, publié par un sociolinguiste, est d'être une vaste et solide réflexion sur l'appropriation de la langue française au Congo-Brazzaville, et de nous en présenter un large état lexical, en même temps qu'il propose à un large public un outil de travail structuré, clair et actuel qui deviendra rapidement un compagnon de consultation quotidienne. Pareil livre est, à n'en point douter, utile pour le voyage au Congo-Brazzaville, et non moins précieux pour toute personne désirant goûter et savourer la vitalité d'un langage".

Vaste livre, riche d'informations ; à lire par beaucoup.

A suivre la parution de son prochain livre " Les faits divers dans la presse au Congo Brazzaville" toujours aux éditions l'Harmattan

 

La Rédaction

 

 

Jean-Alexis Mfoutou : « Coréférents et synonymes du français écrit et parlé au Congo-Brazzaville. Ce que dire veut dire » Éd. L'Harmattan, 2007, 360 pages, 31 €

 

Jean-Alexis Mfoutou : « La langue française au Congo-Brazzaville. Manifestation de l'activité langagière des sujets parlants » Éd. L'Harmattan, 2007, 540 pages, 42 €