Elections locales 2008

Après les législatives, mettre en adéquation la carte politique et la gouvernance locale !

 

Après les élections législatives de 2007, qui ont abouti au renouvellement des mandats des membres de l’Assemblée nationale issus des élections de 2002, nous voici à quelques jours du renouvellement des mandats des membres des conseils municipaux et/ou départementaux. Ces derniers, on le sait, doivent élire les présidents de leurs conseils respectifs.

 

Aujourd’hui, plus qu’hier, il faut souhaiter que les résultats qui seront publiés à l’issue de ces élections locales, officiellement annoncées pour le 20 janvier 2008, reflètent la réalité sur le terrain. De manière à rattraper les dérapages des législatives passées, et permettre ainsi la tenue de l’élection présidentielle, en 2009, dans des conditions minimales de transparence et de crédibilité.

Bien qu’imparfaits, les résultats des dernières élections législatives permettent tout de même d’évaluer les forces politiques en présence et de les projeter sur les locales à venir. A Pointe Noire par exemple, le scrutin législatif a été plutôt dominé par le Parti Congolais du Travail (PCT) qui a raflé, pour la première fois, quatre sièges sur onze : Kintombo Alphonse à Tié Tié II, Bayakisa Ambroise à Tié Tié III, Legernard Alexis à Loandjili I et Milandou Claude Abraham, ci-devant président du forum des jeunes de la majorité présidentielle, à Loandjili III.

Des indépendants, des partis ou des associations proches de la majorité présidentielle ont raflé cinq sièges : deux sièges pour des indépendants, un siège pour le Club 2002, un siège pour Agir et un siège pour la Jeunesse en Mouvement ; le RDPS de Jean Pierre Thystère Tchicaya, parti entré il y a peu dans l’opposition, s’en tirant, de justesse, avec deux sièges !

Cette configuration de la carte politique issue des dernières élections législatives à Pointe Noire, a rendu comme on peut le constater, obsolète et contradictoire la réalité que vit aujourd’hui le conseil municipal et départemental. Elle détruit, en passant, l’approche subjective de la prétendue légitimité « exclusive » des originaires ou des autochtones du Kouilou. Désigné, avec l’appui déterminant du PCT, président du conseil municipal et départemental à l’issue des élections législatives de 2002, le maire de la ville de Pointe  Noire, Roland Bouiti Viaudo, s’est fait élire en 2007 dans le département du Kouilou en tant que candidat du M.A.R de Taty Loutard.

Conséquence : le conseil municipal et départemental de la ville de Pointe Noire est aujourd’hui dirigé par un homme qui a été élu dans un autre département et qui a battu campagne contre ses principaux soutiens d’hier ! Pour illustrer ce fait insolite, c’est en fait comme si l’actuel maire de Brazzaville, Hugues Ngouélondélé, après s’être fait élire dans le département des Plateaux lors des élections législatives de 2007, se présentait ensuite au conseil municipal dans le département de Brazzaville ! Sur ce cas, on ne peut que saluer la cohérence et la constance de la démarche politique du maire de Brazzaville.

Au-delà de cette incongruité politique propre à la municipalité de la ville océane, il sied de signaler la non représentativité du M.A.R parmi les principales forces politiques en présence dans le département de Pointe Noire. Sans entrer dans les détails d’un bilan plus que controversé, on peut affirmer sans risque d’être contredit que le maintien du président du conseil municipal actuel, s’il devait se réaliser, relèverait plus d’un « cadeau » que d’un reflet sincère de popularité.

On le voit, les élections locales de janvier 2008, par l’occasion de renouvellement des mandats des conseillers municipaux auquel il doit logiquement aboutir, constituent un moment très important, avec des enjeux à l’avenant. Le premier enjeu n’est autre que la volonté politique mise au défi de corriger les erreurs du passé en matière d’organisation ; le second enjeu étant la mise en adéquation de la carte politique post-législatives et la direction de l’exécutif local.

Ainsi, la loi sur la décentralisation, qui confère de larges pouvoirs de gestion aux conseils municipaux et départementaux, prendra tout son sens, en tant que levier du développement socio-économique durable et en tant que maillon incontournable de l’émergence d’une nouvelle citoyenneté au plan local. Le débat est ouvert.

 

Prosper MOKABI DAWA