|
|
L'unité nationale, un enjeu souvent méconnu par les Congolais.
Point de vue concret
Alors que dans quelques mois, plus
exactement en juin prochain, les Congolais vont être amenés à faire des choix
décisifs pour l’avenir, avec
la tenue des élections législatives et locales, et beaucoup craignent que l'organisation des
élections ne soit à l'origine de nouvelles tensions,
nous voulons rappeler la question de l’unité nationale. A moins de quatre mois
de l’échéance, l’Opposition continue de
réclamer la mise en place d’une Commission électorale indépendante tandis que
les autorités de Brazzaville insistent sur le maintien de la Commission
Nationale des Elections (CONEL). Il subsiste donc des points d’interrogation :
Que se passera-t-il ? Bref, un suspense encore plus intense pour des élections législatives
et locales qui en général excitent déjà beaucoup les foules dans nos
villes et dans nos villages.
Dans ces
conditions, comme vous pouvez vous en douter, cette question de l’unité
nationale se pose donc avec davantage d’acuité aujourd’hui. C’est un enjeu trop
souvent méconnu dans notre pays, mais pourtant fondamental : un enjeu qui
mérite d’être au cœur du débat national. C’est tout le sens, d’ailleurs, de la
nouvelle loi sur les partis politiques. Après des cycles successifs de violence
qu’a connu notre pays, après les élections de 2002 que d’aucuns ont qualifié
« d’élections en trompe l’œil », celles de 2007 vont se
dérouler dans un climat général apaisé. Même s’il est vrai par ailleurs que sur
le plan économique la situation n’est guère satisfaisante ; l’ampleur de la crise de confiance du peuple vis-à-vis des institutions
est telle que jamais une fin de mandat n'a été aussi difficile et
un gouvernement n'a été aussi impopulaire.
Sur le plan sécuritaire, comme nous
l’avons dit, le climat général est à l’apaisement, en dépit de la persistance
d’un foyer de tension. En effet, les élections n’ont jamais pu se tenir dans
huit (08) circonscriptions du département du Pool, officiellement pour cause
d’insécurité. Cette région du Congo est prise en otage
par les jeux pervers des politiques, le gouvernement et le Conseil National de
la Résistance (CNR) du Pasteur Ntoumi, malgré les
accords de paix signés en décembre 1999 ne semblent pas s’accorder quant à leur
application, qui reste donc toujours attendue. Le Pasteur Ntoumi
vient tout récemment de transformer son CNR en parti politique. Ce
département ne dispose pas à ce jour d’un conseil départemental, institution
pourtant indispensable dans le cadre de la décentralisation. Mais le Pool, bien
plus qu’ailleurs, de tout temps ouvert sur le monde, porte en lui une force
singulière : un peuple travailleur et dur à la tâche, une tradition
séculaire qui ne souffre d’aucun démenti. Ce peuple meurtri n’aspire qu’à une
chose aujourd’hui : la paix. Nous
disons que le Pool ne sera pas en reste cette année.
Notre pays a vécu une décennie de guerre
civile pratiquement continue, ce qui a grandement hypothéqué l'appareil
économique par les destructions provoquées et par la complète désorganisation
qui en a résulté. Fort heureusement, l'outil pétrolier a été totalement
préservé, même si cet atout naturel n'a que très peu profité à la population.
Par ailleurs, la fin des hostilités semble pouvoir permettre une réelle reprise
de l'activité économique au Congo, pays qui n'est pas victime, en
temps « normal », d'une insécurité endémique comme c’est
le cas dans d'autres pays d'Afrique.
Avec le retour à la paix, la vie
quotidienne des Congolais a pu retrouver une certaine normalité, même s'il faut
préciser que la hausse des prix du pétrole a beaucoup fait pour l'amélioration
de la situation. Des signes concrets peuvent en effet être signalés. Tout
d'abord, depuis le début de l'année 2000, le Gouvernement paie régulièrement
les salaires des fonctionnaires. Depuis 2002, on a pu noter un retour progressif à la normale. Suite aux
élections organisées en 2002 et à la stabilité relative qui a suivi, le Congo a
pu créer les conditions d’un retour progressif à la stabilité. L’évolution
récente sur le plan politique et en matière de sécurité est encourageante, au
regard des conflits récurrents des dix dernières années.
Le Congo « pacifié » a
connu une période de transition politique de quatre ans, organisé des élections
et enregistré des progrès notables dans la mise en place des institutions
démocratiques prévues par la Constitution. La paix s’est relativement raffermie
et la sécurité s’est améliorée depuis la formation du nouveau gouvernement,
après le référendum constitutionnel et les élections présidentielles,
législatives, locales et sénatoriales qui se sont tenues entre janvier et juin
2002. Le gouvernement a été remanié au début de janvier 2005.
Par ailleurs, le gouvernement a conclu un
accord de paix avec le groupe rebelle qui était encore en dehors du processus,
et ces dernières années, il a lancé un programme de démobilisation des
ex-combattants. Cette nouvelle stratégie politique d'ouverture adoptée par les
autorités de Brazzaville commence à donner des fruits et les résultats de cette
nouvelle politique sont assez satisfaisants. Des contacts sont noués avec les
exilés. Même si d’aucuns estiment que le retour à une véritable démocratie sera
difficile car un point d'achoppement réside dans la question du retour ou non
de l'ancien Président Pascal Lissouba qui continue
d’exiger une révision constitutionnelle abolissant la limite d’âge de 70 ans
pour concourir à l’élection présidentielle. Condamné par contumace après
l’arrivée au pouvoir de Denis Sassou Nguesso, l’ancien Président exige aussi une amnistie.
Aujourd’hui, cette difficile question des « exilés » semble
avoir été résolue, du moins partiellement, et certains hommes politiques
rentrent au pays, comme l'ancien Premier Ministre Bernard Kolelas
qui aura finalement été amnistié et autorisé à renter au pays suite au décès de
son épouse. Et plus récemment, on a noté le retour au pays de nombreuses
personnalités dont l’ancien Ministre d’Etat et Ministre des Transports, Victor Tamba-Tamba, membre influent de l’UPADS.
Ce n’est pas suffisant, bien sûr. Mais nous devons saluer tous ces efforts
d’ouverture qui sont de nature à consolider la paix sociale et à favoriser
l’unité nationale.
Avec le
nouvel ordre mondial qui se résume par la « mondialisation -
globalisation », tous les pays de la planète sont aujourd’hui
confrontés à une compétition de plus en plus rude car nous vivons dans un monde
qui change de manière accélérée. Dans ce contexte, notre diversité ethnique et
culturelle est un atout considérable et dont nous n’avons pas suffisamment
conscience. Nous avons en effet, un beau pays, doté d’un fort potentiel
économique et culturel. Pour s’imposer, nous devons faire résolument le choix
de l’unité nationale et de la paix. Il nous faut prendre la mesure du potentiel
immense de notre beau pays et de sa population, notamment de sa jeunesse. Et
c’est dans ce sens qu’il faut appréhender cette question fondamentale de
l’unité nationale, dans une sorte de pacte républicain. La responsabilité
incombe donc à toutes les Congolaises et tous les Congolais, dans leur
diversité géographique et sociologique, de ne pas plonger de nouveau le pays
dans un chaos dont nous connaissons tous les effets dévastateurs.
Bienvenu Mabilemono
Diplômé de l’Université Paris-Dauphine