Mpila, faiseur des Rois !

Le PCT, maître du jeu au Congo ?

 


NGAKALA & TCHIMBABELELA le 11/08/07 à la Congolaise

Le 31 août dernier à la Congolaise , le siège du Parti Congolais du Travail (PCT,) à Mpila, c’était le remue ménage. Un ballet de jeeps 4X4, Toyota Hilux et Land Rover, dans un va et vient incessant, déposait dans la cour du parti les grosses pointures de la plate forme politico électorale connue sous le label de majorité présidentielle, et qui a fait un malheur lors des élections législatives de juin et août derniers en remportant la majorité des sièges.

 

Pour recevoir les hôtes du PCT, rien moins que Michel Ngakala, le secrétaire chargé à l’Organisation au sein du Bureau Politique, l’instance suprême de décision après le Congrès. Vibrant comme un fibrion, l’homme passe d’un convive à un autre, un sourire toujours aux lèvres et un petit mot gentil pour tous. Ici, il congratule un député nouvellement élu de l’alliance ; là, il gratifie d’une accolade chaleureuse.

Dans un des bureaux de la Congolaise, il reçoit et s’enferme à double tour avec Alfred Opimbat et Jean Marie Tassoua, les alliés des Forces Démocratiques Nouvelles (FDN), en présence du député Sylvestre Ossiala, une des étoiles montantes du PCT. Dès qu’il a fini avec eux, il s’enferme à nouveau avec des partenaires de la plateforme. Des apartés à n’en plus finir. Juste à côté, dans la grande salle de réunion du PCT, attendent Benjamin Bounkoulou, 1er Vice-président du Sénat, l’ancien ministre Martin Oyali et les cadres de leurs partis respectifs, pour une autre réunion dans le cadre de la « plateforme ».

Pendant que Michel Ngakala s’affairait avec les représentants des FDN, le docteur Hyacinthe Ingani, fraîchement élu député de la circonscription de Talangaï, attendait patiemment d’être reçu à son tour. A propos de ce dernier, il se susurrait dans les couloirs qu’il était venu recevoir l’onction du PCT pour sa désignation au poste de rapporteur de la commission ad hoc chargée de l’élaboration du règlement intérieur et du règlement financier de la nouvelle Assemblée nationale.

De conciliabules retreints en huis clos, toutes les personnalités présentes ce jour-là à la Congolaise, selon qu’elles étaient élues ou pas, voulaient savoir : soit à quelle sauce elles seraient « mangées », soit le sort qui leur était réservé, étant entendu que le siège à l’hémicycle était un acquis pour les élus. Ces derniers n’avaient d’ailleurs qu’une préoccupation : comment le PCT allait-il repartir le gâteau du pouvoir et des responsabilités ? En d’autres mots, comment le PCT comptait-il récompenser ses partenaires politiques ?

Là était l’équation à résoudre en cette fin d’après-midi du 31 août, qui expliquait le ballet incessant des 4X4 et les réunions organisées séparément avec différents partenaires, sans que les parties « cloisonnées » ne se rencontrent entre elles.

 

Les enjeux des négociations « secrètes » de la Congolaise

 


Sylvestre OSSIALA

Le cloisonnement opéré par le PCT était conforme à la logique ayant prévalu dans la signature des différents accords, à la veille des élections. Le PCT avait en effet signé des accords séparés avec les FDN et les autres partis dits de la plateforme. Une fois les élections passées dans les conditions que l’on sait, il ne restait plus qu’à partager la manne du pouvoir, sans frustrer ni décevoir ses partenaires.

Avant de rencontrer Léon Alfred Opimbat et Jean-Marie Tassoua et, dans la foulée, Benjamin Bounkoulou et les autres membres de la plateforme, Michel Ngakala avait fait, ce jour-là, un crochet par la Primature. Il y avait rencontré Isidore Mvouba, question de prendre la feuille de route des négociations ou plutôt d’accorder les violons en l’absence d’Edouard Ambroise Noumazalay, Secrétaire Général du parti absent du pays.

Il s’agissait, à quelques jours de l’ouverture le 04 septembre de la 12ème législature de l’Assemblée nationale, d’accorder les violons sur le successeur de Jean Pierre Thystère Tchicaya, mais aussi et surtout pour les autres membres du bureau de mettre en place les mécanismes d’une élection consensuelle faisant la part belle à tous ceux qui avaient contribué à la victoire des candidats de la majorité présidentielle aux élections législatives, sans fermer la porte à la frange de l’opposition la plus tolérante. L’enjeu était de taille.

Au point que ce même après-midi à Mpila, Firmin Ayessa, ministre d’Etat et directeur de cabinet du Chef de l’Etat, a débarqué en personne afin d’épauler Michel Ngakala et Sylvestre Ossiala, en pleines négociations. La présence « inattendue » du ministre Ayessa finira par convaincre les observateurs de ce remue ménage de l’imminence d’un jeu de chaises musicales, aussi bien à l’Assemblée nationale qu’au gouvernement. En principe, tout devait être « ficelé » avant le retour de vacances du président de la République, qui s’était accordé un petit repos, loin de l’agitation politico médiatique du microcosme national.


Willy MATSANGA

C’est bien connu, la victoire aiguise les appétits. Les places à redistribuer étant forcément limitées, c’est à qui ferait preuve d’imagination pour se faire remarquer des « faiseurs de roi » et décrocher la timbale. Entre gérer le reclassement des cadres de l’ancienne législature qui n’ont pas été reconduits par leurs électeurs, propulser certains jeunes loups qui piaffent d’impatience dans les anti-chambres du pouvoir dans le seul but de bouter dehors la vieille classe et récompenser ceux qui ont fait le choix de la raison en privilégiant la dynamique de la paix, à l’instar du MCDDI de Bernard Kolélas, les choses n’auront pas été pas faciles à gérer.

De fait, l’équation à résoudre se révélait être à plusieurs inconnues. D’où l’intérêt de ces réunions et apartés diurnes et nocturnes, aussi bien à la Congolaise que dans certains palaces de la place. Le terrain, ainsi déblayer, a permis, sans trop de heurts, d’accoucher le 04 septembre dernier d’un bureau de l’Assemblée nationale ouvert et consensuel, sous la conduite « éclairée » du doyen d’âge et président du MCDDI, Bernard Kolélas, préalablement briefé à domicile par le trio Ngakala-Oba Apounou-Ngolo. La question du bureau de l’Assemblée nationale a été réglée. Reste celle du gouvernement, qui est une autre paire de manches.

 

Guerre de tranchées pour une place au soleil…

 

En politique, tant qu’on n’a pas mis un pied sous terre, tout peut arriver. Il est possible que ceux qui avaient été portés disparus de la scène politique des années auparavant, fassent leur « come-back » dans le cadre d’une nouvelle recomposition politique. Au sein même de la majorité présidentielle, beaucoup ont perçu le danger d’une marginalisation à l’approche de la recomposition de l’espace politique issue des dernières législatives.

On s’est mis à se bousculer au portillon pour se positionner, montrer la tête pour se faire remarquer. Les festivités du 47ème anniversaire de l’indépendance célébrées à Owando ont donné un aperçu de ce qui préfigure la lutte des « places », en lieu et place de la lutte des « classes », dans la nouvelle majorité présidentielle plurielle. Lors du traditionnel défilé du 15 août, les observateurs attentifs auront noté la « prolifération » d’associations estampillées « les amis de X ou les parents de Y » pour le soutien au président de la République, qui ont réduit la place du PCT à la portion congrue.


Abraham MILANDOU

Autre indicateur de « surchauffe » de l’espace politique : la guéguerre des quadras proches de la majorité présidentielle. A l’issue des législatives, le concept de jeunesse de la majorité présidentielle a été lancé et a abouti à la mise en place de deux plateformes pilotées respectivement par Claude Abraham Milandou (PCT). Leur objectif unique à l’une et autre : apporter un soutien massif des jeunes à Denis Sassou Nguesso pour son élection en 2009, dès le premier tour. Ces deux plateformes, qui se guerroient férocement par médias interposés, n’hésitent pas à faire dans la surenchère, voire dans la démagogie. C’est ainsi que Blanchard Oba et ses partisans n’hésitent pas à promettre l’emploi à 20.000 jeunes, alors qu’à la Sotelco où il est administrateur général, il accumule des mois d’arriérés de paiement aux travailleurs rescapés de la purge qu’il y avait effectuée pour diminuer les charges d’exploitation. Le paradoxe dans ces plateformes est que prétendant soutenir la majorité présidentielle pilotée par le PCT, l’une d’elles, certainement portée par le zèle familial, si ce n’est par l’enrichissement sans cause, refuse de s’en référer au parti de celui dont elle affirme défendre les intérêts ! Les alliances politiques, on le sait, se nouent et se dénouent au gré des humeurs. Au départ, tout le monde est d’accord pour appliquer et faire appliquer les accords passés. Une fois le pouvoir acquis, les mêmes signataires se rebiffent et les choses commencent à se gâter. Le MSD de Blanchard Oba ne serait-il pas une de ces illustrations ? Qui du Président du MSD ou de Claude Abraham Milandou donnera de la voix pour se faire entendre dans la grande famille plurielle et politiquement hétéroclite de la Majorité Présidentielle ?

 

P.SONI-BENGA