Questions sans détours à

M. William BOUAKA,

Président et Ancien Secrétaire général de la RPDH

 

 

WILLIAM BOUAKA, CELUI PAR QUI LE SCANDALE EST ARRIVE, ROMPT LE SILENCE !

 

Depuis près d’une semaine, Pointe-Noire, la capitale économique du Congo d’habitude calme et peu secouée par les frasques politico-ethniques de Brazzaville, connaît une pic de pollution journalistique sans précédent. www.brazza.info et le journal Le Coq ne pouvaient, sous aucun prétexte, rester en marge de cette agitation. Faut dire que l’actualité s’y prête. Une personne, une seule, William Bouaka est au centre de cet ouragan juridico-politique. Il est l’objet d’une coure assidue de la part de tous les médias présents dans la capitale Ponténégrine. C’est la plainte qu’il a déposée auprès du Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Pointe-Noire qui est à l’origine de cette effervescence. Sa plainte a abouti à l’incarcération  de Christian Mounzéo et de Brice Makosso, deux poids lourds de la société civile qui ont toujours demandé la transparence dans la gestion du pétrole au Congo. Toutes les conversations à la citée y compris dans les politiques ne parlent que de ce mini séisme provoqué par cette plainte.

Même si Bouaka se défend d’un quelconque règlement de compte avec ses anciens compères, et récuse d’être manipulé par le pouvoir en place, sa parenté avec un membre très en vue à Pointe – Noire du Club 2002 que préside le propre neveux du Chef de l’Etat Congolais, Willy Nguesso, ne plaide pas en sa faveur. Ce qui pousse ses détracteurs à le traiter de « moralisateur » à la solde du pouvoir. Pourtant, tous reconnaissent que l’argumentaire juridique qu’il leur oppose est recevable et inattaquable. Nous livrons ici sa part de vérité en attendant que Mounzéo et Makosso livrent la leur un jour.

Et si, par cette action, William Bouaka venait de lancer le début de la campagne « Opération Mains propres » à la Congolaise ?

 

P.S.B.

 

 

 

Brazza.info : Qu’est ce qui a motivé votre plainte devant la justice à Pointe Noire, qui a abouti récemment à l’incarcération de Christian Mounzéo et Brice Makosso ?

 

William BOUAKA : Cela a été le souhait de tous, y compris celui de Christian. Ce qui justifie d’ailleurs son refus obstiné de s’expliquer devant ses sociétaires. Nous avons tenue une assemblée générale extraordinaire de la Coalition Congolaise PWYP le 12 février 2006 ; entre autres résolutions prises à l’issue de celle-ci, il y a eu le renvoi de l’affaire RPDH devant les tribunaux.

Aussi, comme l’ai-je dit auprès de vos amis, nous reprochons à Christian MOUNZEO  d’avoir violé l’affectio societatis en procédant à une rétention dolosive d’information, d’avoir violé les règles statutaires et réglementaires de la gestion des fonds de l’organisation, d’avoir détourné lesdits fonds et d’avoir eu recours à la signature d’un tiers qui n’est pas membre du Bureau Exécutif, encore moins un membre simple de l’organisation ;

Ma très chère Sarah Wykes s’en souviendra certainement. Elle a été l’une des personnes qui ont vivement demandé de recourir à la justice pour établir la vérité sur cette question. Elle l’a d’ailleurs confirmé lors d’une conférence téléphonique à la quelle participait, loamba Moké, Président de la Coalition congolaise, Matteo Pélligrini, coordonnateur Régional de PWYP, Michel Roy de secours Catholique,Christian Mounzeo et elle-même.

 

 

B.I : Pourquoi avoir mêlé Brice Makosso à cette action en justice, dans une affaire strictement interne à RPDH ?

 

W.B : Brice Mackosso est Secrétaire Permanent de la Commission Justice et Paix de l’église catholique. Je ne sais trop comment, il s’est retrouvé cosignataire dans la gestion du compte de la RPDH. Cela nous a fortement froissés, pour la simple raison qu’il n’était pas membre du Bureau Exécutif, encore moins, simple membre de l’organisation. C’est avec sa complicité que Christian a pu contourner la signature du Secrétaire Général que j’étais, cosignataire statutairement établi, pour sortir l’argent de la banque.

 Vous comprenez donc qu’il est apparaît clairement qu’il  a été complice dans cette affaire de détournement.

 

B.I : Hier encore, vous étiez un illustre inconnu. Aujourd’hui, vous êtes presque une star. Nierez-vous avoir bénéficié de quelques coups de pouce dans cette affaire contre Mounzéo des milieux proches du pouvoir ?

 

W.B : Vous avez dit illustre inconnu ! Star aujourd’hui, c’est vous qui le dites.  Quant au coup de pouce dont vous parlez, je n’en trouve nulle part et je me demande si nous en avions besoin. La plainte, telle qu’elle a été initiée, donnait suffisamment au procureur ou au juge, matière à relever les différentes infractions à la loi pénale qu’on leur reconnaît aujourd’hui.

 

B.I : Certaines voix s’élèvent pour dire que vous auriez mené cette action pour donner un coup de main au pouvoir en place afin qu’il règle son compte à Mounzéo qui lui « cherche des poux sur la tête » depuis l’affaire du Beach. Que répondez-vous à cela ?

 

W.B : Je laisse à tous ceux qui le disent, la responsabilité de leurs propos. L’affaire du Beach n’a jamais été traitée de façon exclusive par Christian Mounzeo. A cette période d’ailleurs, il était encore Secrétaire Général et dépendait entièrement de Parfait Moukoko, Président de l’organisation ; la personne qui était sensée représenter celle-ci dans tous les actes de la vie civile.

Je crois pour ma part que tous ces prétextes sont développés pour détourner l’attention de l’opinion sur l’irresponsabilité et la mauvaise conscience de notre ami et collègue Christian Mounzeo. L’attitude que développent tous ceux qui parlent de manipulation, donne l’impression qu’ils seraient entrain de promouvoir une double morale dans le cadre e l’exercice de notre profession de défenseur des droits de l’homme : une morale personnelle et une morale de rôle. Je trouve cela très absurde !

 

B.I : Pouvez-vous certifier, sur l’honneur, que vous n’êtes victime d’aucune manipulation politicienne dans cette affaire ?

 

W.B : Je le certifie. Je veux rappeler qu’un défenseur des droits de l’homme ne peut pas se contenter de dénoncer, de critiquer, peu importe s’il respecte ou non lui-même, les valeurs qu’il défend. Nous avons certes, besoin d’être efficace dans notre action pour atteindre nos différents objectifs, mais il nous est cependant nécessaire d’avoir un regard critique sur nous même.

 

 

B.I : Quelles sont vos relations avec le député Claude Abraham Milandou du club 2002 ?

 

W.B : C’est mon frère aîné.

 

B.I De folles rumeurs ont couru, selon lesquelles vous aviez été porté disparu à Pointe Noire, alors que le juge d’instruction était à votre recherche ? Avez-vous eu finalement un problème de conscience ?

 

W.B : Si vous avez qualifié ces rumeurs de folles, certainement parce que vous avez compris qu’elles sont sans fondement. Une convocation m’a été déposée et je me suis présenté auprès du juge d’instruction à l’heure convenue.

Quant à ma conscience, elle est tranquille. J’ai mené, comme je l’ai dit ailleurs, une espèce de plaidoyer auprès des organisations pairs, pour qu’une commission d’enquête soit mise en place afin d’établir la vérité et que le coupable soit exclusivement sanctionné par les pairs. De façon unanime, tous ont résolu que la procédure susceptible de rassurer tout le monde et de rétablir la vérité sur cette question, était d’aller devant les tribunaux.

Je voudrais ici vous inviter à constater que j’étais seul à exiger un règlement à l’amiable et une sanction par les pairs. Je n’ai donc aucun problème de conscience.

 

 

B.I : Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ? Trouvez-vous encore le sommeil lorsque deux de vos compagnons des droits de l’homme croupissent en prison et vous êtes en liberté ?

 

W.B : Mon état d’esprit est serein. Mais il faut tout de même avouer que je ne peux me réjouir de savoir que mes deux amis sont détenus au niveau de la maison d’arrêt ! Que voulez-vous ? Cette rigueur, je le pense, nous est nécessaire. Les ONG tendent à devenir aujourd’hui, des partenaires plus ou moins incontournables des gouvernements dans l’exécution d’un certain nombre de programmes dans nos pays. Leur développement dans chacun de ces pays est entrain de susciter l’émergence d’une opinion publique libre et indépendante, nécessaire pour une réelle démocratie.

Cela hélas, exige une éthique rigoureuse des dirigeants de ces organisations qui à mon sens, ont le devoir de rendre celles-ci responsables, aussi bien vis-à-vis des partenaires internationaux que du gouvernement du pays dans lequel elles agissent.

 

 

B.I : Que répondez-vous aux représentants des ONGs et à tous ceux qui affirment que Christian Mounzéo n’a jamais détourné les fameuses subventions dont il est question dans votre plainte et qu’il est victime d’une arrestation arbitraire ?

 

W.B : C’est depuis le 26 décembre 2006 que nous avons rendu public la suspension de Christian Mounzeo au poste de Président et porté à la connaissance des différents partenaires, le détournement des fonds de l’organisation par ce dernier. Nous nous sommes interrogés sur les termes du rapport financier que Mounzeo aurait présenté auxdits partenaires.

 

B.I : Pensez-vous qu’il faille, pour les besoins de l’enquête, lever le secret bancaire, éplucher les comptes de RPDH pour trouver d’autres sources de  détournements, à part ceux que vous dénoncez ?

 

W.B : L’affaire est en instruction, et le juge lui-même jugera de l’opportunité de le faire. En ce qui nous concerne, nous avons demandé que le compte soit audité pour évaluer réellement l’ampleur des dégâts.

 

B.I : Ne pensez-vous pas que votre action contribue, finalement, à affaiblir l’image de probité morale des défenseurs des droits humains et à jeter le discrédit sur la noblesse du combat sur la moralisation de la vie publique au Congo ?

 

W.B : La Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme se veut une organisation sérieuse et responsable à l’intérieur de laquelle, on ne ménagera aucun effort pour sanctionner tout membre qui poserait des actes contraires à l’éthique qui y prévaut. Je ne pense donc pas que la rigueur dont on fait preuve dans nos structures respectives vienne contribuer à affaiblir l’image des défenseurs des droits humains que nous sommes ; au contraire.

 

 

B.I : On dit que vous entretenez des liens très privilégiés avec le journal Le Coq, qui aurait fait de ce dossier son cheval de bataille. Quelles relations entretenez-vous avec ce journal ?

 

W.B : Je n’ai aucune relation particulière avec le journal le Coq. Je reconnais que son Directeur Général a été le premier à descendre à Pointe-Noire pour enquêter sur la question. Il a rencontré Christian Mounzeo et Brice Mackosso, qui ont mis à sa disposition un certain nombre d’informations ; informations qu’il a fort heureusement bien voulu confronter avec celles que je devrais lui donner. J’ai fortement apprécié son impartialité.

Je voudrais ici, n’en déplaise à ceux qui s’efforcent à trouver une quelconque manipulation, lui témoigner toute ma reconnaissance et ma gratitude.

 

B.I : Si la procédure de votre plainte aboutissait à la condamnation de Mounzéo et de Makosso, quelles seraient selon vous les leçons à en tirer sur le plan de l’exercice de la profession des droits de l’homme au Congo ?

 

W.B : Je l’ai encore déjà dit. La leçon à tirer est que chacun de nous, dans ce monde des défenseurs des droits de l’homme, assurément comprendra que l’efficacité, quelle qu’elle soit, ne dispense pas de la justice.

Nous combattons l’impunité et nous ignorons que par certains de nos actes, nous en faisons la promotion. La rigueur doit être de mise dans nos structures respectives, afin de rassurer tous ceux qui ont choisi de nous aider à atteindre nos objectifs et que l’on appelle : les donateurs ; lesquels objectifs devraient aboutir à l’amélioration de la vie de nos populations, consécutive à une réduction effective de la pauvreté, à la consolidation de l’Etat de droit et de la démocratie dans nos pays.

 Je suis certain que si cette condamnation est prononcée, elle préservera l’éthique des défenseurs des droits de l’homme que nous sommes ; et que chaque responsable d’une structure comprendra que pour avoir abusé d’un financement, s’il n’est pas poursuivi par le donateur à qui il aurait présenté un faux rapport, il pourra l’être par un membre de son organisation. D’où la nécessité, dans nos organisations, de recourir à une transparence financière quant à l’emploi des fonds qui leurs sont alloués.

 

Propos recueillis par

P.SONI-BENGA & Prosper MOKABI-DAWA/www.brazza.info & Le Coq