LES DISPARUS DU BEACH : La justice française si juste aujourd'hui, aurait-elle
été injuste hier ?
Point de vue !
En date du 10 janvier 2007,
Ma réaction va dans le sens
d’une interpellation de l’ensemble de mes concitoyens à réagir avec plus de
sagesse et de clairvoyance. Les sources des conflits dans nos pays sont très
complexes et quasiment mystérieuses. C’est pourquoi, il est, pour ma part, très
important de savoir comment nous devons faire face à notre passé, pour nous
tourner avec foi et confiance vers notre avenir.
Pour y arriver, il nous faut
concilier la consolidation de la paix avec le devoir de justice ; en un
mot, mettre ensemble Justice et
Une sanction, dans certaines
circonstances, prononcée contre ceux qui se sont rendus coupables de violations
graves des droits de l’homme ou du droit international, peut-elle compromettre
un processus engagé de réconciliation ? Je pense que oui.
Elles pensent en outre que
l’expérience issue de nombreuses réconciliations a démontré qu’aucune paix
durable n’a pu s’établir sans l’intervention indépendante du judiciaire ;
que l’amnistie ou l’auto-amnistie et le pardon dérogent
au principe fondamental de la responsabilité, sapant ainsi tout effort de
prévention de nouveaux crimes, base d’une véritable réconciliation.
Pour
Dans ce cas, la question à
poser est celle-ci : puisque l’affaire a déjà été jugée dans notre pays,
pourquoi faut-il qu’elle rebondisse à nouveau au niveau de la justice française ? La justice
congolaise serait-elle moins crédible que la justice française ?
En effet, normalement, le
recours à cette espèce de justice « alternative » qu’est la
compétence universelle se justifie en cas d’incapacité des tribunaux nationaux
à rendre une justice indépendante et impartiale. C’est uniquement dans ce cadre
qu’on pourrait comprendre le rebondissement de l’affaire des disparus du Beach au niveau de la justice française.
Je laisse chacun libre de répondre
à cette interrogation.
Toutefois, je continuerai à me
poser la question de savoir si la clef de la réconciliation se trouve dans la
justice, plutôt que dans le pardon ?
Je ne conteste nullement la
légitimité de la position de
Car si la réconciliation
suppose l’instauration d’une confiance réciproque, elle entraîne par ailleurs
l’impératif d’un dépassement de soi pour s’asseoir avec ses ennemis d’hier et
de travailler ensemble pour aboutir à une solution durable.
La réconciliation, comme nous
le confie Clément Kongo (Journaliste congolais, rédacteur au journal « le
potentiel », est « une conception modeste ». Lorsque les
exigences morales sont trop élevées, poursuit-il, l’impulsion sociale souffre.
Dans un processus de
réconciliation efficace, le pardon ne peut intervenir qu’après rétablissement
de la confiance ; et celle-ci n’arrive que lorsqu’on a pu taire en soi
toute suspicion. De ce point de vue, la justice peut s’accomplir et se
comprendre de plusieurs manières.
Le procès de Brazzaville, à
mon sens, a eu l’honneur d’être présidé par un homme de grande sagesse. Il
s’était certainement donné pour mission de rendre une décision qui devrait être
au service du bien commun, au sens large du terme. Dans son action, il a voulu
nous apprendre, je pense, à combattre l’injustice sans haïr les auteurs,
sachant que cela requiert beaucoup de grandeur et de tolérance de part et
d’autre et qu’on ne peut se réconcilier qu’avec quelqu’un avec qui on est pas
d’accord.
Au travers du verdict rendu le
17 août 2005, la chambre criminelle du
tribunal d’appel de Brazzaville a voulu faire comprendre à nous tous Congolais,
que « la haine en réponse de la haine ne fait qu’accroître la
haine ».
Sur le volet civil, on le
sait, la décision de la cour criminelle a abouti à la condamnation de l’Etat,
avec pour contrepartie la réparation des dommages moraux subis par les familles
des victimes.
Sur le plan pénal, elle a eu à
acquitter l’ensemble des présumés coupables. Je crois sincèrement que ce
tribunal a agi comme aurait agi une commission parlementaire ou une commission
Justice, Vérité, Paix et Réconciliation. C’est probablement pourquoi le procès
a été radiotélévisé et ouvert à tous. Tout le monde pouvait se saisir de la
vérité et comprendre le fond du problème.
N’eut été donc
l’instrumentalisation entretenue autour de cette question par quelques
individus et groupements mus par des intérêts que je qualifierais d’obscurs, au
nom d’une prétendue lutte contre l’impunité, les familles des victimes seraient entrain de bénéficier aujourd’hui
des effets positifs de cette décision aux allures thérapeutiques.
C’est donc mal interpréter le
jugement rendu que de croire qu’il a eu pour objectif d’imposer un « pacte
social » aux familles endeuillées. Le verdict a, au contraire, appelé ces familles à se montrer humaines et tolérantes
envers ceux qu’elles croyaient responsables des dommages moraux qu’elles ont
subis, afin de les aider à retrouver leur humanité.
Dans tous les cas,
l’incrimination de ‘Etat et sa condamnation à réparer les dommages subis a
restauré les familles des victimes dans leur dignité. C’est ici le principe
fondamental de la justice et de la réconciliation.
Pour ma part, l’action qui
aurait eu un sens aurait été celle de demander à chacun des responsables
présumés de cette guerre civile macabre de s’incliner devant la mémoire de
l’ensemble des victimes et de reconnaître publiquement la responsabilité de
leurs actes, puis de demander pardon à la population.
Car il est inadmissible de
considérer que certaines morts causées par cette guerre n’auraient servi que
pour les statistiques, pendant que d’autres compteraient pour des tragédies.
Toutes les familles endeuillées par cette guerre ont droit à une réparation de
la part de l’Etat congolais et non français, belge ou américain.
Plusieurs rapports publiés sur
la guerre civile du Congo Brazzaville ont montré l’implication et la
responsabilité de la société française ELF Congo. Aucune enquête sérieuse n’a
été engagée pour demander réparation des dommages subis par les populations
congolaises.
Après interpellation de 37
cadres de cette compagnie, quelques peines légères leur ont été infligées,
comme pour jeter de la poudre aux yeux des populations congolaises,
éternellement considérées naïves. On nous a laissé entendre que le droit
français ne trouvait rien d’illégal sur ce qu’ils ont appelé des
« largesses » et que j’appelle « actions criminelles » que
Elf distribuait à l’époque.
C’est pourquoi, ont-ils osé
nous dire, le procès de Paris n’a examiné que les allégations d’abus de biens
de la société par certains de ses employés (sic). La justice française qui se
veut si juste et si intransigeante aujourd’hui, aurait-elle été hier injuste
envers les populations lourdement sinistrées du Congo ?
Qu’en pensent nos amis de
J’oriente ainsi mon
interpellation envers mes amis de la société civile congolaise. Qui d’entre
nous a pu dire son indignation après la publication du verdict du procès de
Paris ? Si donc nous pouvons comprendre, comme l’aurait dit le président
Abdoulaye Wade, que tout phénomène observable n’est
qu’un phénomène résultat, nous pourrons probablement en rechercher avec un
esprit citoyen, les différentes causes et en établir les responsabilités.
Cela, en se souvenant de la
maxime ci-après : « Celui qui aime acheter de la viande au marché est
toujours complice de ce qui se passe à l’abattoir ».
Nous sommes, en tant que
citoyens congolais, capables de nous comprendre, de nous organiser et de briser
toutes les barrières pour aboutir à la paix et à la réconciliation nationale.
Je regrette sincèrement que certains confrères de la société civile congolaise
n’arrivent pas à comprendre que ce qui soutient l’action de certains de nos
concitoyens au niveau de la justice française, n’est rien d’autre qu’un esprit
de vengeance. Cela ne nous honore nullement, en tant qu’acteurs de la société
civile, de les soutenir dans leur démarche quelque peu absurde.
William Bouaka,
Président RPDH