Du lobbying international au soutien ethnique «Beto na Beto» : Le Collectif des Originaires du Kouilou (COK) apporte son soutien à Mounzéo & Mackosso !

 

 


Et voilà qu’on reparle encore de l’affaire Mounzéo et Mackosso. Dans notre boîte mail, pourtant pleine, nous avons reçu cette déclaration de madame Aimée Mambou Gnali, ancien Ministre de la Culture qui nous demande « de publier […] la déclaration que le C.O.K. a rendu public dans l’affaire Christian Mounzéo et Brice Mackosso, afin d’élever une vive protestation contre la condamnation inéquitable dont ces deux militants de droit de l’homme ont été victimes ». A la lecture de ce mail, nous avons longuement hésité à rendre compte de cette déclaration. Mais en parcourant la déclaration du Bureau Exécutif du Collectif des Originaires du Kouilou (COK), nous nous sommes rendus compte que non seulement le COK condamnait « énergiquement la mobilisation abusive de l’appareil d’Etat dans une affaire de droit commun, en dépit de l’absence de plainte de Global Witness, pourvoyeuse des fonds litigieux » mais en plus, il déplorait l’acharnement judiciaire dont étaient victimes Mounzéo et Mackosso.

Sans s’en cacher, le Bureau Exécutif du COK déplorait « les violations répétées du secret de l’instruction au moyen de déclarations faites par le Procureur de la République auprès des médias et de la publication sur Internet des pièces de procédure ». Il se trouve que, de tous les médias en ligne qui ont suivi et couvert cette affaire de près, notre site a été le seul à mettre en ligne tous les dossiers de la procédure, violant, certes, le secret de l’instruction. Mais sans la mise en ligne de ces documents, personne n’aurait été informée des dessous de cette affaire que plusieurs Organisations Non Gouvernementales (ONG) assistées par des lobbies ethniques et autres journaux peu scrupuleux s’étaient évertués à présenter comme étant un harcèlement judiciaire des deux militants de Pointe-Noire, dont l'action dans le domaine de la transparence de la gestion des revenus pétroliers du pays gênerait le pouvoir en place.

Mambou Aimée Gnali,

En reprenant à son compte cette thèse erronée, par ailleurs battue en brèche par la justice après une instruction d'environ huit mois, le Collectif qu’anime l’ancien Ministre de la Culture, est beaucoup plus animé par un souci de solidarité ethnico-politique que par un souci de vérité. Un remake de « Beto na Beto » à la sauce pontenégrine, qui a plus fait vibrer le coeur de la très « sentimentale » et « humaniste » ancien Ministre de la Culture dont on sait qu’elle fut, avec quelques originaires du département du Kouilou, à l’origine d’une requête aux relents de revendication « identitaire »: l'affectation d'un certain pourcentage du revenu pétrolier au développement du département du Kouilou, au titre d'un droit préférentiel des populations autochtones, propriétaires du sol qui produit cette importante ressource nationale. Curieuse vision de la politique pour une femme qui avait eu à dénoncer dans un livre resté célèbre les effets pervers de l'immixtion de l'ethnie dans la vie d'un homme d'Etat: le fameux « Beto na Beto ».

L'implication de Brice Mackosso, un originaire du Kouilou, dans l’affaire de détournement de fonds de la RPDH, n'a pas arrangé les affaires du Collectif des Originaires du Kouilou (COK) qui se bat pour capter sa part des revenus pétroliers. On le comprend d'autant mieux qu'il est aujourd'hui permis de penser que dans son activité de dénigrement des autorités de Brazzaville dans la gestion transparente des revenus pétroliers, Brice Mackosso et son compère ont dû bénéficier du soutien sans faille du COK et de son président, Aimée Mambou Gnali. C'est à ce titre que s'expliquent les nombreuses pressions exercées par le COK sur les magistrats et les avocats de Pointe Noire originaires du Kouilou - certains ont été exclus pour avoir défendu William Bouaka -, ainsi que la soi-disant appartenance de Christian Mounzéo à la communauté vili, alors qu'il est originaire des pays du Niari comme Bouaka lui-même!

Concernant les pièces du dossier que www.brazza.info avait mis en ligne, l’ancien ministre Mambou Aimée Gnali et les membres du bureau du COK n’ont guère apprécié que celles-ci aient été diffusées sur Internet pour éclairer l’opinion. Pour un collectif qui se bat pour la transparence et œuvre pour une meilleure redistribution des ressources pétrolières aux seuls ressortissants du Kouilou, il y a là, quelque chose d’inquiétant, voire de dérangeant. Comment concilier en effet le souci de transparence du COK avec une volonté d'obstruction à la vérité clairement affichée? Diffuser ces pièces ne participait-elle pas à une saine démarche, celle de débattre en toute transparence des dessous d’une affaire présentée comme une affaire de harcèlement politico-judiciaire?

A notre avis, la véritable inquiétude du COK aurait dû logiquement reposer, non pas sur la diffusion des documents confidentiels, mais sur leur « fausseté » pour « couler » les deux jeunes pontenégrins. Or, il n'en est rien. Comme partout ailleurs, lorsqu’une affaire fait l’objet de manipulations et d'interprétations de toutes sortes, les médias s’en emparent pour mener des investigations de nature à éclairer l’opinion. « L’affaire Cleastream » qui a éclaté en 2004 en France, et dont le scandale a failli éclabousser les plus hautes autorités françaises, à commencer par le Président Jacques Chirac et son Premier Ministre Dominique de Villepin, a donné lieu à la diffusion dans la presse hexagonale d'une quantité impressionnante de documents classés « confidentiels »: des extraits d’auditions et d’écoutes téléphoniques, des extraits des listings incriminés, etc. Les journaux comme Le Monde, Le Canard Enchaîné, Le Parisien, Libération et Le Figaro qui les ont publiés n’ont jamais été poursuivis, interpellés ni condamnés pour avoir mis ces informations du dossier de l’instruction sur la place publique. La vitalité de la démocratie dans un pays dépend de la possibilité de débattre de manière contradictoire de tout sujet à controverse.

Or, pour démontrer que l'affaire Monzéo & Mackosso était effectivement une affaire de droit commun comme l'admet aujourd'hui le COK, et qu’elle ne relevait nullement du harcèlement judiciaire de deux militants des droits humains, il fallait apporter la preuve incontestable de leur culpabilité. Pour ne pas être pris en défaut de manipulation et de parti pris, il fallait mener des investigations, mettre son nez là où parfois il ne fallait pas. Ensuite, soumettre les résultats de ces enquêtes à l’appréciation de l’opinion publique, seul juge pour apprécier de la véracité des faits incriminés. A la justice enfin de constater l'absence ou la réalité du délit et d'y donner la suite prévue par la loi. Dans l'affaire qui nous concerne, la justice de Pointe Noire a eu à faire connaître son intime conviction et à dire le droit à travers le verdict rendu le 27 décembre 2006. Elle a condamné Christian Mounzéo et Brice Mackosso à 12 mois d'emprisonnement avec sursis, au paiement de 600 mille francs d'amende et au remboursement de tout ce qu'ils ont frauduleusement sortis du compte de la RPDH. Elle a reconnu William Bouaka dans sa qualité de partie civile représentant les intérêts de la RPDH.

Dans cette affaire, médias, lobbyistes et soutiens de toutes natures y sont allés de leurs propres moyens pour établir le soit disant « acharnement » contre ces deux jeunes activistes de Pointe Noire. On a lu leurs analyses; leurs enquêtes ont été disséquées. Rien, alors rien n’est venu conforter la thèse du harcèlement, si ce n’est dans l’imaginaire de leurs auteurs qui ont battu campagne pour faire accréditer cette version des faits. Pourtant, leurs points de vue ont été largement défendus et diffusés sur Internet, y compris dans les médias internationaux. On nous a même servi sur « le premier site congolais le plus visité », la version selon laquelle le sort des deux militants aurait été scellé au cours d'un conseil des ministres présidé par le Président de la République lui même! Une « information » assurément « ultra confidentielle » qui, mise sur Internet, n'a pas ému outre mesure le bureau exécutif du COK, dont au moins un des membres est un ancien ministre de la République!

Aujourd’hui, grâce à la publication sur Internet de toutes ces preuves qui sont encore en ligne sur notre site, plus personne ne conteste la véracité de l'accusation.

Les documents en ligne démontrent que Mounzéo et Mackosso ont bel et bien commis les actes pour lesquels ils avaient été poursuivis. Alors, que cache le soutien « tardif » du COK, qui est obligé de se jeter corps et âme dans le sauvetage du « frère » Brice Mackosso ? Doit-on occulter la réalité du délit qu'il a commis uniquement parce qu'il est originaire de la région du Kouilou ? Ce n’est ni plus ni moins qu’un soutien du style « Beto na Beto ». Mambou Aimée Gnali aurait-elle su que le titre qu’elle avait dédié au livre qui conte son passé amoureux avec Lazare Matsocota, qui n'a pas abouti au mariage pour cause de tribalisme des Laris qui n’ont pas voulu d’une union entre un fils du Pool et une fille du Kouilou, allait lui revenir à la figure, elle l'aurait certainement changé. Une chose est sûre: les tribalistes ne sont pas toujours ceux qu'on incrimine. La position que soutient le COK dans l'affaire Mounzéo et Mackosso n’est ni plus ni moins que la matérialisation de ce « Beto na Beto », le poids de la Tribu qu'elle fustigeait naguère!

Le fait que Sarah Wykes n’ait pas porté plainte contre Mounzéo et Mackosso dans cette affaire suffit-il pour annuler l’infraction et éteindre l’action de la Justice ? Pour ne pas avoir porté plainte contre les sieurs Mounzéo et Mackosso pour détournement des subventions de la RPDH, Sarah Wykes peut-elle annihiler l’infraction commise, à défaut de démontrer que l’argent n’a pas été frauduleusement dérobé dans les comptes de l’association ? Toute cette agitation autour des deux activistes n’a qu’un seul but : les remettre en selle pour en faire des icônes de la lutte contre la corruption en faveur de la transparence des revenus du pétrole congolais. Il s’agit de tout faire pour les blanchir, malgré la condamnation de la justice. En effet, pris la main dans le sac, ils ne sont plus crédibles auprès des donateurs « regardants ».

Les infractions commises par Mounzéo et Mackosso reflètent bien la mentalité des congolais qui se battent tous pour arriver au pouvoir. Peu importe lequel, pourvu qu’ils fassent eux aussi leur place au soleil comme ceux qui roulent carrosse. Là où ils peuvent se servir allègrement, ils n’hésitent pas à poser leurs paluches pour siphonner les maigres ressources qui se présentent. Dilapider sans vergogne les deniers publics ou détourner les maigres subventions d’une association ne requiert pas de compétences particulières. Il suffit seulement d’être formaté pour. Ce qui revient à dire que si Mackosso et Mounzéo s’étaient retrouvés à gérer les milliards du pétrole congolais, ils se seraient comportés de la même façon. Toute proportion gardée, en piquant dans les caisses de la RPDH, ce qu’on les reproche, ce n’est pas de l’avoir fait ; puisque c’est le sport favori de tout congolais qui a une petite parcelle de pouvoir politique, économique et financier de se sucrer sur le dos de l’Etat. C’est tout simplement qu'en tant qu’exemple de probité morale, les deux jeunes activistes ont failli. Au lieu de s'appliquer à eux-mêmes le célèbre slogan du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), le parti de feu Maréchal Mobutu : « Servir, oui ! Se servir, non ! », Mounzéo et Mackosso ont préféré se servir « petitement », mais se sont servis. Comme on dit vulgairement : « Le Cabri ne broute l’herbe que là où il est attaché ». Le pire aujourd’hui pour Mounzéo et Mackosso qui n’ont toujours existé et vécu que derrière leur activisme débridé dans le combat pour la défense des droits de l’homme et pour la transparence dans la gestion du pétrole, le pire pour eux,  c'est se retrouver au « chômage » et perdre la notoriété qu’ils avaient lorsqu’ils se passaient pour des gens intègres. Il n’y a pas pour eux pire humiliation que de voir inscrit dans leur casier judiciaire : « Condamnés pour détournement de fonds avec préméditation ». Partant de là, les soutiens quels qu’ils soient, ne peuvent pas les sortir des difficultés dans lesquelles ils se sont empêtrés. Servir bénévolement ? Oui ! Mais se servir dans la caisse ? Non ! La leçon sera-t-elle suivie par tous les futurs apprentis sorciers ? That’s the question !

 

P.SONI-BENGA.