La construction
du Chemin de fer Brazzaville - Ouesso - Pointe-Noire,
un grand pas vers le désenclavement du Congo ?
Le
« TransCongolais », du rêve à la réalité !
Arrivés à Brazzaville dans
l’après midi du dimanche 13 mai dernier via Addis-Abeba, quinze experts Coréens
et Malaisiens du Consortium Malaisie Korea Congo (CMKC)
conduits par M. Dongwan Chung
ont entamé lundi 14 mai 2007 la reconnaissance aérienne du tracé du « TransCongolais », le futur chemin de fer Brazzaville-Ouesso-Pointe Noire.
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Du
mardi 15 au mercredi 16 mai 2007, les experts Coréens et Malaisiens qui avaient
rejoint Pointe-Noire dans la soirée du 14 mai ont visité, entre autres : les
ateliers du chemin de fer Congo Océan (CFCO) au Km4 ; les installations du
port autonome de Pointe Noire, suivi d’une petite ballade en mer ; par
train spécial, les deux voies du CFCO entre Pointe Noire et Dolisie
– ancien alignement à l’aller et le réalignement au retour.
Rentrés
à Brazzaville jeudi 17 mai dans l’après midi, les experts Coréens et Malaisiens
ont poursuivi dès vendredi 18 mai la deuxième phase de leur séjour en terre
congolaise : le déploiement sur le terrain, pendant un mois, de dix experts
sur les quatorze membres composant la délégation du CMKC.
Au terme des discussions qui avaient eu lieu le jour même à la tour Nambemba, la partie congolaise a finalement accepté de
prendre en charge les frais d’hébergement et de transport de cette phase, en louant
notamment l’hélicoptère de l’armée pour assurer la mobilité de la délégation pendant
un mois. « Un epsilon par rapport à
l’investissement en jeu », a estimé Emile Ouosso,
ministre des transports et de l’aviation civile.
Selon
le chronogramme arrêté dans le cadre du protocole d’accord signé à Séoul le 27
avril 2007, les études du chemin de fer Brazzaville - Ouesso
prendront deux ans, du 14 mai 2007 au 14 mai 2009. Les travaux de construction
dureront cinq ans, du 14 mai 2009 au 14 mai 2014. Le tracé de la première ligne
de ce qu’on peut désormais appeler le « TransCongolais »
est presque définitivement arrêté dans ses grandes lignes, après la
reconnaissance aérienne effectuée le 14 mai 2007 par les experts de Korail, l’entreprise publique des chemins de fer coréens
membre du consortium CMKC, dix fois plus puissante que son homologue
Le
« TransCongolais », dont le coût de
construction ne sera connu qu’après les études de faisabilité, reliera Ouesso à Brazzaville sur environ
A
partir du district de Djambala où sera érigé un
important centre industriel et technique d’entretien et de réparation des trains,
une deuxième ligne d’environ
Le
train sifflera trois fois !
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Emile Ouosso survolant la Sangha avec les experts
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Au
total, les deux lignes du « TransCongolais »
seront mises en exploitation de manière concomitante, aussi bien pour le trafic
de passagers que celui des marchandises. Si tout se passe comme prévu, le
premier train entrant en gare à Ouesso sifflera en
mai 2014. Un rêve « fou » que le nouveau ministre des
transports et de l’aviation civile, Emile Ouosso, vit
dans la sérénité comme une réalité facile à matérialiser : « C’est quoi un chemin de fer ? Vous
faites un terrassement, vous posez du fer dessus et vous bourrez le tout de
pierres. C’est très schématisé c’est vrai, parce que c’est plus compliqué en
réalité ; mais c’est à peu près ça (...) Les Coréens l’ont d’ailleurs dit
au Président : il est plus difficile de fabriquer un téléphone portable
Samsung que de construire un chemin de fer ou de fabriquer des trains ».
Homme
de terrain ayant fourbi ses armes dans le secteur forestier – il a vécu huit
ans à Ouesso –, Emile Ouosso
a intégré en mars 2007 l’équipe gouvernementale à l’appel de Denis Sassou-N’Guesso qui voulait matérialiser son rêve de
« TransCongolais », après une série
de contacts noués en avril 2006 en Corée du Sud où il était parti rendre visite
à ses amis parmi lesquels M. Ban Ki Moon, actuel
secrétaire général de l’ONU. « Ouosso, règle moi ce
problème », lui aurait enjoint le Chef de l’Etat, en guise de feuille
de route.
En
sachant, bien entendu, que le projet du « TransCongolais »
est adossé à «
C’est
bien dans ce cadre que travaille le consortium chargé de la mise en œuvre du
« TransCongolais ». Au projet de
chemin de fer Brazzaville – Ouesso – Pointe-Noire se
greffent une kyrielle de sous projets liés à l’exploitation et la
transformation des matières premières, du Nord au Sud du Congo. C’est ce que le
consortium appelle les industries « structurantes » appelées à
accompagner et à rentabiliser l’exploitation du « TransCongolais ».
Il s’agit par exemple de la reprise de l’exploitation des palmeraies de
Du
travail pour tous !
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Sur
le volet embauche du projet « TransCongolais »,
le ministre Emile Ouosso a signalé qu’il y aura
beaucoup d’emplois créés, surtout pour les jeunes. Au cours d’un entretien à
bâtons rompus avec les rédactions du journal Le Coq et www.Brazza.info , il a
précisé qu’une convention négociée à Séoul accorde la priorité de l’embauche à la
main d’œuvre locale. Ce n’est qu’en l’absence prouvée du profil recherché sur le
marché local qu’il sera dérogé à l’accord. Dans la même convention, Malaisiens
et Coréens du consortium ont pris l’engagement de former localement du
personnel à travers l’érection des centres de formation au Congo. Dans le même
temps, un quota de 50 cadres par an ira se former et se perfectionner en Corée du
Sud et en Malaisie. « Par les effets
induits du projet, nous démontrons que nous luttons mieux contre la pauvreté
que
Un projet novateur axé
sur un besoin d’échanges
Lors
de sa dernière revue à Brazzaville, du 30 avril au 9 mai 2007, la mission du
FMI conduite par M. Johannes Mongardini a clairement
manifesté son mécontentement par rapport à la forte augmentation des dépenses d’investissement
du gouvernement, qui auraient contribué à creuser le déficit primaire non
pétrolier du budget 2006. C’est dans ce contexte d’une restriction drastique
des dépenses d’investissement au titre du budget 2007 que le projet d’un chemin
de fer entre Brazzaville, Ouesso et Pointe-Noire a vu
le jour. Contraint de financer sa construction sans négocier une nouvelle ligne
de crédits auprès des bailleurs multilatéraux, le gouvernement par le biais du
ministre Emile Ouosso a imaginé, avec les partenaires
de Malaysia Korea Railways
Consortium (MKRC) et de Emirat Malaysia Korea Consortium
(EMKC), la formule d’un consortium d’entreprises publiques et privées Malaisiennes
et Coréennes pour financer entièrement le projet.
Ainsi
est né le Consortium Malaisie Korea Congo (CMKC) qui
gèrera les deux nouvelles lignes de chemin de fer pendant 15 ans. Le
remboursement se fera en payant, durant cette période, salaires, taxes et
impôts de l’Etat qui contribueront au développement de l’économie. Une espèce
de privatisation qui ne dit pas son nom, ou plutôt un « troc »
sophistiqué dont le socle est un appât de taille : l’accès aux matières
premières derrière lesquelles courent les pays émergents du sud-est asiatique, les
« dragons » de l’économie mondiale.
Ces
derniers ont besoin d’énormes quantités de matières premières pour leurs
industries et sont sans cesse à la recherche de nouvelles sources
d’approvisionnement pour satisfaire un insatiable appétit de croissance. En
l’espace de quelques décennies, ces pays sont passés du statut de pays pauvres
sous-développés à celui de pays dits « émergents », grâce à l’émergence
d’un secteur industriel à forte valeur ajoutée.
Aujourd’hui,
«
Les Coréens sont même en avance sur
Un coup de pouce du
consortium Malaiso-Coréen au CFCO ?
On
ne peut parler chemin de fer au Congo sans penser au CFCO, qui possède
l’expertise nationale en la matière et gère les seules deux voies qui existent
aujourd’hui entre Pointe Noire et Brazzaville. C’est la raison pour laquelle cette
entreprise accompagne « naturellement » les experts de Korail dans leurs premiers pas au Congo. L’objectif étant,
selon le DG Jacky Trimardeau, d’éviter que les
erreurs commises lors de la construction du Chemin de Fer Congo Océan
(alignement et réalignement) se répètent en termes de mauvais choix
stratégique.
Ce
souci a été balayé d’un revers de la main par Mme Youngmin
Lee, directrice et assistante du DG de EMKC. « Nous construisons des chemins de fer pour un
minimum de 100 ans », a-t-elle indiqué. Une collaboration entre le
CFCO et CMKC, même à titre d’assistance technique, se justifie également par la
nécessité d’une mise à niveau des équipements du CFCO, mise à niveau conforme aux
nouvelles normes de la concurrence introduite par le projet du « TransCongolais ».
Au
niveau de l’exploitation, le CFCO souffre en effet du vieillissement des rails et
de l’obsolescence des voies par rapport aux standards internationaux. La norme internationale
aujourd’hui est un écartement de la voie de 1,450m, pendant que le CFCO en est
encore à un écartement de 1,067m. Ce qui rend pénible la recherche des
locomotives et des wagons. A l’horizon 2009, le CFCO devrait avoir terminé la
réfection de ses voies et sa mise à niveau aux standards internationaux. Sur ce
juteux marché à plusieurs milliards de francs CFA, des entreprises américaines
comme General Electrics
sont déjà sur les starting-blocks. Il y a quelques mois, à l’invitation de M.
Robert Weisberg, ambassadeur des Etats-Unis au Congo,
elles ont effectué une mission de reconnaissance sur le terrain. A l’issue de
cette mission, elles ont affirmé qu’elles avaient les moyens de réhabiliter le
CFCO à raison d’un kilomètre par jour. Problème : le financement des
travaux par ces entreprises américaines, qui selon leurs habitudes, vont
forcément se tourner vers
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Un train de voyageurs
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A
court terme, c’est-à-dire avant fin 2007, le CFCO devrait résoudre l’épineux problème
d’acquisition de son propre matériel roulant, en lieu et place de la politique
actuelle de location de locomotives d’occasion chez SPOORNET, une entreprise
sud africaine. Selon le DG Jacky Trimardeau, la
solution aurait déjà été trouvée, puisque cinq nouvelles locomotives de
fabrication chinoise arrivent. « Nous
avons deux locomotives qui vont arriver en juillet ; une qui va arriver en
janvier et une autre en février 2008 ; si on ajoute ce qu’a promis l’ex-Socobois, nous sommes à la cinquième locomotive
chinoise », s’est-il réjoui.
Il
n’en demeure pas moins que la commande passée pour l’acquisition des locomotives
canadiennes, financé sur fonds propres du CFCO qui a déjà versé 800 millions de
FCFA d’acompte, est restée à ce jour sans suite. Que s’est-il passé pour qu’on
n’en parle plus ? On touche là à l’un des principaux maux qui minent le
CFCO : l’opacité dans la gestion ou plutôt la « non gestion »,
comme a eu à le souligner Emile Ouosso.
La
thérapeutique de choc imprimée par Emile Ouosso depuis
son arrivée à la tête du ministère des transports et de l’aviation civile, se
résume en un principe simple : le redéploiement des ressources humaines,
pour mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Résultat des courses :
en l’espace de deux mois, le CFCO a augmenté ses recettes mensuelles de 60%. « Et ça va continuer », assure t-il
en parlant de sa politique de ressources humaines qui consiste à installer de
bonnes pratiques de gestion en « dégommant » en deux temps
trois mouvements les mauvais cadres et agents de l’entreprise, et en
récompensant les meilleurs.
Le
rétablissement des procédures claires de gestion, le renforcement de la
fonction contrôle de gestion appuyée par un audit interne efficace et la
formation des agents sont autant de piliers du redressement à moyen terme du
CFCO, au même titre que la réfection des voies. C’est le défi que doit relever le
CFCO à l’horizon 2009-2014 pour être compétitif face au « TransCongolais ». D’autant plus, selon Emile Ouosso, il pourrait être envisagé plus tard, à partir de la
ville de Ouesso, une extension de la ligne de chemin
de fer en direction de
Prosper Mokabi Dawa,
Le Coq & Brazza.info