Fonds Monétaire International

Yaya Moussa, un maillon de la chaîne de déstabilisation du Congo ?

 

Accueilli sous Rigobert Andely et installé officiellement sous Pacifique Issoïbeka en 2005, M. Yaya Moussa, le représentant résident du Fonds monétaire international au Congo, de nationalité camerounaise, défrayait la chronique en louant des bureaux à la BEAC, en lieu et place de ceux qui lui avaient été affectés à la BDEAC, siège de sa « sœur » la Banque Mondiale. « C’est pour des raisons de sécurité », tentera t-il maladroitement d’expliquer, au moment où l’ensemble des agences du système des Nations Unies et les organisations internationales à caractère humanitaire reconnaissaient un niveau de sécurité globalement satisfaisant au Congo. Négligé, cet « indice » aurait pourtant déjà du attirer l’attention sur ce personnage dont l’activité au Congo semble solidaire de la chaîne de déstabilisation mise en place par les créanciers vautours contre le régime de Denis Sassou-Nguesso.      

 

Un curieux séminaire sur l’économie et la finance

 

Du 18 au 22 janvier 2007, Yaya Moussa organise durant cinq jours à  l’hôtel Le Méridien de Brazzaville, un séminaire sur la couverture de l’actualité économique et financière par les journalistes. «Couvrir l’actualité économique et financière », tel en était l’intitulé. Mais les participants venus nombreux répondre à cette «prestigieuse» invitation en sont sortis plutôt déçus.

Aucune connaissance technique nouvelle ne leur a été dispensée pour améliorer leurs connaissances en matière économique et financière. Rien de bien surprenant, quand le principal animateur de ce séminaire, M. Dave Kattenburg, soi-disant membre du «International Center for Journalists», a lui-même reconnu qu’il avait la formation de  biologiste !

Ce choix tout à fait curieux d’un biologiste pour animer un séminaire destiné à des journalistes spécialisés en économie explique sans doute les difficultés de M. Dave Kattenburg à manier des concepts macro-économiques élémentaires comme le Produit Intérieur Brut (PIB). A plusieurs reprises, Mlle Frances Anne Hardine, Senior press officer au FMI, ainsi que M. Yaya Moussa lui-même, ont été obligés de voler à son secours. Si le ridicule pouvait tuer…

Mise à part cette incongruité, les participants ont été surpris par les attaques portées contre le journal Le Coq lors de ce séminaire. Sans raison apparente, M. Dave Kattenburg s’est improvisé juge et partie dans l’affaire William Bouaka contre Christian Mounzéo et Brice Mackosso. Critiquant ouvertement le travail de reportage du volatile sur ce dossier qui préoccupe l’opinion publique au plus haut point, le biologiste improvisé expert en économie et finance a estimé que Le Coq n’avait rien rapporté de consistant  et qu’il parlait trop de cette affaire pour rien !

 

Un parfum de copinage et de conspiration

 

Quel rapport existe-il entre ce dossier de malversations financières dans une association des droits de l’homme et un séminaire sur l’économie et la finance ? On a eu beau cherché, on se demande toujours pourquoi on s’est senti «dérangé» par le travail du Coq, au point d’en faire la vedette d’un séminaire organisé par le FMI. A moins que…

Oui, à moins que ce séminaire ne fut qu’un prétexte à une sordide entreprise de « boukoutage » par voie de copinage, voire de conspiration. Un faux spécialiste en économie et finance invité par le représentant résident du Fonds, grassement rémunéré, logé, nourri et blanchi aux frais de la princesse ; un discours orienté sur la politique politicienne plutôt que sur l’économie ou la finance : les éléments ne manquent pas dans ce cocktail détonnant pour troubler la conscience d’un honnête homme, à l’issue de ce séminaire.

Au bout du compte, certains se sont posés des questions sur son opportunité. Faudrait-il comprendre par là que tous ces pseudos séminaires organisés ici et là en faveur des médias ne seraient que des occasions légales d’agitation et de subversion, avec l’appui de certains réseaux locaux ? «Dans votre pays, on parle beaucoup de corruption ; la plupart des populations vivent avec moins de 1 dollar, alors que vous avez le pétrole… Vous devez être très durs pour dénoncer ces choses ; vous ne devez pas caresser le pouvoir. Voilà votre rôle», a dit Dave Kattenburg en guise de principal enseignement sur la couverture de l’actualité économique et financière.

N’ayant ni technicité ni expérience à faire prévaloir en matière économique, le biologiste a donc fini par jouer la véritable partition pour laquelle il avait été sélectionné : faire de l’agitation à propos de la corruption et la pauvreté au Congo. Même au FMI, ces raccourcis faciles qui mènent à la diabolisation d’un pays et de ses autorités ont pignon sur rue, hélas !

 

Un putschiste nommé Yaya Moussa

 

Peut-on exclure de cette entreprise d’agitation aux relents de campagne de déstabilisation du régime en place l’inspirateur et « financeur » de ce séminaire ? Des observateurs informés estiment que non. Ce séminaire, disent-ils, a été organisé à l’image de Yaya Moussa lui-même. Selon eux, ce Camerounais n’a eu de cesse de montrer son arrogance et son hostilité envers les autorités congolaises, qui l’ont pourtant bien accueilli, espérant en ce « frère africain » un conseiller avisé dans la mise en œuvre harmonieuse du programme conclu avec les institutions de Bretton Woods. Mon œil !

Dans la droite ligne de son mouvement d’humeur en faveur du déménagement des bureaux du Fonds à la Banque Centrale, Yaya Moussa a vite fait, une fois installé dans ses fonctions officielles de représentant résident du Fonds, de quitter sa peau d’agneau. Celui qui se répandait en « salamalecs » et multipliait les « courbettes » devant le ministre des finances congolais afin d’accélérer la confirmation de son accréditation, s’est muée du jour au lendemain en donneur de leçon. Chassez le naturel, il revient au galop, dit-on. Du parlement au gouvernement, en passant par la société civile, tous n’ont pas tardé à se plaindre de la suffisance et de l’intransigeance de Yaya Moussa. « Si vous ne voulez pas du FMI, vous n’avez qu’à le dire », dira t-il aux membres de l’Assemblée nationale. « Je ne dépends pas du ministre des finances du Congo ; je dépends de Washington », fera t-il savoir à l’intention de Pacifique Issoïbeka, celui qui fut son « grand frère » dans une autre vie.  

Ce tempérament volontiers « conflictuel » d’opposant politique à la petite semaine trouverait son origine dans le passé plutôt agité de son père. Selon des sources de haut niveau à Yaoundé interrogées par Le Coq, Yaya Moussa père a été mêlé de très au coup d’Etat avorté du 6 avril 1984 contre le président Paul Biya, deux ans après son accession à la magistrature suprême. A l’époque, Yaya Moussa était un officier supérieur de l’armée camerounaise, qui aurait été très proche de feu le président Amadou Ahidjo.  

Après ce putsch raté dont il aurait été un des cerveaux moteurs, le commandant Yaya Moussa sera obligé, par peur des représailles, de se mettre « au vert ». Dans sa fuite, il entraîne son fils éponyme, l’actuel représentant résident du Fonds au Congo. La route du « gamin » le mène jusqu’aux Etats-Unis, où il se débrouille avec la maigre pécule d’un réfugié politique à faire de « petites » études d’économie dans une université de la place.

Au terme d’un parcours académique sans éclat particulier, il se retrouve au hasard du destin dans un petit bureau de fonctionnaire anonyme au siège du FMI à Washington. Parachuté représentant de cette institution au Congo – Brazzaville, il ne tarde pas à se prendre pour le « centre du monde », croyant en bon fils de « putschiste » que toutes les conditions étaient réunies pour s’insérer dans la chaîne de déstabilisation du régime Sassou mise en place par les fonds vautours. Tout le monde en convient aujourd’hui, autant les relations avec le représentant de la Banque Mondiale, M. Midou Ibrahima, sont professionnelles et conviviales, autant elles sont difficiles et heurtées avec Yaya Moussa.

Dira t-on que c’est parce que le premier est corrompu par le gouvernement congolais et le second incorruptible ? «Quand ils sont envoyés en Afrique auprès des gouvernements, les experts africains se comportent souvent en êtres supérieurs, arrogants et imbus de leurs personnes. Dans bien de cas, ils sont même pire que les blancs», confiait une source européenne du volatile à la Banque Mondiale. EIle ne croyait pas si bien dire, cette fine gâchette de Washington !       

  

D’un séminaire à un autre

 

Les propos M. Dave Kattenburg, l’invité de Yaya Moussa, rappellent assez curieusement ceux d’un autre «expert», M. Edouardo Cue, invité par l’ambassade américaine pour animer un séminaire sur « le journalisme d’investigation » à la villa Washington. Eduardo Cue était un journaliste qui avait longtemps roulé sa bosse en Amérique latine en qualité de correspondant des médias publics américains comme Associated Press, à une période troublée où les coups d’Etat de palais succédaient aux putschs militaires, le plus souvent inspirés depuis Washington par l’administration américaine. C’est dire si cet individu savait de quoi il s’agissait en matière de déstabilisation d’un Etat.

Au cours de ce séminaire, Eduardo Cue avait singulièrement insisté pour que les journalistes focalisent leur attention dans la  dénonciation de la corruption « endémique » qui sévirait au Congo. «On parle par exemple de surfacturations en ce qui concerne la maison de la radio à Nkombo. Vous pouvez enquêter et montrer qu’il s’agit là d’un cas classique de corruption, qui sert à détourner à des fins privées les ressources publiques», avait-il dit.

Que faut-il penser de cette espèce de fixation et d’obsession sur la corruption et la pauvreté au Congo, de la part de tous ces «experts» en séminaires ? Edouardo Cue est un ancien fonctionnaire des médias publics américains, et Dave Kattenburg un « petit » biologiste. Hormis leur qualité commune de citoyens américains, en quoi seraient-ils plus outillés que d’autres pour donner des leçons sur la lutte contre la corruption et la pauvreté ? En définitive, à quoi aura servi ce séminaire du FMI sur la couverture de l’actualité économique et financière, sinon à distribuer des diplômes bidon aux participants et régler des comptes à un journal anti-conformiste ?

Depuis qu’il a osé montrer au grand jour les dégâts produits au Congo par les arrière-pensées « politiciennes » des institutions de Bretton Woods qui, selon certaines sources, joueraient le rôle de cheval de Troie des créanciers vautours, Le Coq a heurté de plein fouet les intérêts « obscurs » des faux jumeaux que sont le FMI et la Banque Mondiale.

Quand on connaît le soutien opiniâtre, inconditionnel et irrationnel que ces institutions apportent à Mounzéo et Mackosso - ces deux brebis galeuses des droits de l’homme par qui le scandale est arrivé au Congo, peut-on s’étonner encore du traitement réservé au Coq par Yaya Moussa et ses acolytes du International Center for journalistes à un séminaire qui a accouché d’une souris ?

Le mensonge, dit-on, grimpe par l’ascenseur, mais la vérité qui emprunte l’escalier, finit toujours par arriver et triompher (lokouta eyaka na ascenseur, kasi vérité eyi na escalier mpe ekomi).

 

Mokabi Dawa

Le Coq