Questions sans détours à Pascal Akouala, Président du COCAN

 

 

Le COCAN est déjà à pied d’œuvre !

 

 

« La CAN est, pour nous, une reconstruction solennelle de l’élite du football congolais qui a disparu depuis des décennies sur l’échiquier international »

 

brazza.info : Le coup d’envoi de la CAN Junior à Brazzaville, c’est dans  pratiquement huit mois. A Brazzaville comme à Pointe Noire, les principales villes du pays, rien ne bouge et rien n’indique que le comité d’organisation que vous présidez travaille à la préparation de ce grand événement ?

 

Pascal Akouala : Au lendemain de notre nomination au COCAN suite au décret présidentiel n° 2006-28 du 17 janvier 2006, nous avons rencontré des responsables de la CAF au Caire en marge de la CAN Egypte 2006. N’oubliez pas un seul instant que la CAN, qui n’est autre que la Coupe d’Afrique des nations, est tout d’abord une propriété de la CAF. En dehors du cahier de charge bien connu, nous avons eu besoin des conseils avant de mettre le pied à l’étrier.

Au moment où vous nous interrogez, nous avons déjà cerné le problème de la communication et du sponsoring, secteurs clés de la réussite de grands événements. Une mission d’experts internationaux rompus dans la communication de masse a séjourné dans notre pays pendant deux semaines. Cette mission a eu des séances de travail avec la commission médias du COCAN. Elle a également procédé à un stage de perfectionnement à l’endroit des techniciens de la  télévision nationale congolaise. Rien n’a bougé ? Vous voulez sans doute voir les bulldozers sur les terrains, les panneaux publicitaires et les banderoles dans la rue pour savoir que le COCAN  travaille.  N’est-ce pas ?

Le COCAN  est déjà à pied d’œuvre. Tout récemment nous avons reçu un expert de la FIFA, qui nous a rassuré que la FIFA a mis à la disposition du Congo une pelouse synthétique qui sera implantée à Pointe-Noire. En matière d’infrastructures, toutes les dispositions sont prises et le rendez- vous sera tenu. Le bureau se réunit régulièrement. Il y a une feuille de route qui a été donnée aux différentes commissions comme base de travail. Le chronogramme a été bien respecté par la plupart des commissions qui ont déjà fait un état des lieux dans leurs différents domaines d’intervention.    

 

 

B.I : Quel est le budget de cette CAN ? Sur quelle ligne budgétaire est-il inscrit ?

 

P.A : La CAN est un grand événement qui préoccupe tous les Congolais. L’Etat, nous sommes sûrs, prendra ses responsabilités ; alors toutes ses responsabilités concernant le financement de cette compétition. Le politique décidera en temps utile pour débloquer le financement des différentes opérations liées à l’organisation de cette compétition.

 

B.I : Comment s’articulent les relations entre le COCAN, le ministère des Sports et la Fecofoot ?

 

P.A : C’est très simple. Nous sommes le Comité d’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations junior (COCAN) avec toutes les commissions qui vont œuvrer pour la réussite de l’événement (médias, transport et hébergement, sécurité, santé, communication et marketing, infrastructures, compétitions…). La FECOFOOT occupe une place de choix au sein du COCAN : la première vice-présidence et le secrétariat général du COCAN,  sans compter les trois membres qui siègent dans le bureau. Au dessus, vous avez le ministère des sports qui supervise le COCAN. Il ne saurait y avoir contradiction, ni chevauchement dans les relations entre les trois structures.

 

B.I : On sait que l’organisation d’un tel événement donne lieu à des passations des marchés, qui concernent notamment la réhabilitation des stades et des terrains d’entraînement, l’équipement des joueurs et diverses infrastructures de sport. Quelles sont les procédures que vous avez mises en place pour garantir la transparence ?

 

P.A : Les procédures sont simples. C’est la libre concurrence et la compétence. S’il y a des chantiers d’intérêt public exclusivement réservés à la délégation générale des grands travaux, les autres vont s’affronter. Nous tiendrons compte de leur technicité et des coûts qu’ils vont nous proposer, sans oublier les délais.

 

B.I : Le sport en général et le football en particulier est dramatiquement en baisse au Congo depuis des décennies.  Revendiquer et obtenir l’organisation d’une CAN, même junior, ne constitue t-elle pas une coûteuse et inutile opération de marketing politique ?

           

P.A : C’est bien dommage que vous ne voyez que du marketing politique partout. Le Congo est bel et bien membre du conseil de sécurité de l’ONU sans la CAN ; son Président est aujourd’hui Président de l’Union Africaine sans avoir sollicité les faveurs de l’Afrique, ni poser une quelconque candidature. La CAN est, pour nous, une reconstruction solennelle de l’élite du football congolais qui a disparu depuis des décennies sur l’échiquier international. Sur 25 phases finales de la CAN, le Congo ne compte que 6 participations et 1 titre, celui gagné en clubs en 1972. Depuis 1974, avec le sacre de CARA, plus aucune équipe congolaise n’a gagné une coupe d’Afrique.

Fort de ce tableau chaotique, le Président de la République s’est investi personnellement à la relance de notre football, en aidant à l’implantation au centre de formation dans la capitale. Le football est en baisse, faut-il pour autant croiser les bras et attendre un « miracle » d’un pasteur ? Non, c’est en posant les jalons d’un développement harmonieux de notre football par la prise en compte de la pépinière que nous verrons le bout du tunnel. Le Bénin qui a abrité la dernière édition n’a pas de football de haut niveau. L’organisation d’une compétition chez soi est une source de motivation qui libère les énergies. Pourvu que les principaux concernés intériorisent cela, prennent le relais et se mettent résolument au travail. Il n’y a que pas la dépense coûteuse. Que dites- vous de la capitalisation de l’investissement, du bénéfice que génère la compétition dans les domaines économique, matériel et intellectuel ?

Monsieur le journaliste, souvenez-vous aussi de la Côte d’Ivoire qui va à la coupe du monde. Elle est aussi partie de rien en 1984 au moment où le football ivoirien piquait du nez, après la grande équipe de Pokou-Manguekale-Sissoko et autres. Feu Président Houphouët Boigny avait déclaré que les Eléphanteaux deviendront des Eléphants un jour. Les résultats sont là : Champion 92, finaliste de la CAN 2006, qualifiée pour la phase finale de la Coupe du monde Allemagne 2006...

 

B.I : La CAN, même junior, c’est d’abord une énorme machine économique et financière soutenue par les sponsors. Pouvez-vous nous citer quelques noms des sponsors qui sont prêts à vous accompagner dans la réussite de cette CAN junior ?

 

P.A : Vous devez savoir que lors de chaque événement, il y a toujours un sponsor présentateur. Celui qui fait vendre l’événement et qui s’assure du coup la grande visibilité. Nos portes sont ouvertes à toutes les entreprises. Nous avons une commission marketing qui va faire le travail pour expliquer l’intérêt de la compétition aux directeurs et présidents directeurs généraux et le bénéfice qu’ils vont en tirer, du point de vue visibilité sur le marché international avec les règlements CAF/FIFA.

Pour bien vendre un produit, il faut d’abord le présenter. La CAN est donc une vitrine par excellence pour les entreprises nationales et étrangères désireuses de faire connaître leurs services ou leurs produits. La concurrence étant de taille, il revient donc aux entreprises de savoir se placer sur un marché en mouvement. La chance est donc offerte aux  différentes sociétés commerciales de se mettre en valeur lors de la CAN 2007.

 

 

B.I: Dans le cahier de charge de l’organisation d’une CAN  figure en bonne place les droits de retransmission télévisée. Comment cela va-t-il se passer pour la CAN junior au Congo ?

 

P.A : Tous les pays qui désireront offrir les images de la CAN 2007 le savent. Ce n’est pas une nouveauté. Le diffuseur hôte et le COCAN qui auront en charge la production de l’image et le son international exigeront des droits à toutes chaînes publiques ou privées qui vont s’aligner, y compris Télé- Congo, au cas où elle se résignerait juste à la prise de l’image. Vous avez compris qu’il n’y aura pas de gratuité.

 

B.I : Quelles sont les dispositions qui ont été prises pour la bonne couverture de cette CAN par la presse tant nationale qu’internationale ?

 

P.A : Nous sommes sortis de l’étape des études. Au niveau de l’audiovisuel, la commission média a fait l’état des lieux, y compris un audit pour évaluer tous les besoins techniques. Au stade, le découpage des zones (accueil, centre de presse, café de presse, cabine de presse, salle de conférence, zone mixte), le découpage, disais-je, est théoriquement fait.  Nous demanderons juste au bureau de l’association des journalistes sportifs de se rapprocher du COCAN dans des délais raisonnables pour voir la possibilité de l’élaboration des accréditations ainsi que les conditions d’obtention de ces accréditations par la presse nationale et étrangère.

 

B.I : Selon vous, quelles sont les chances de l’équipe nationale de l’emporter, quand  on sait que c’est à la va-vite qu’elle a été constituée ?

 

P.A : Le Congo est entrain de bâtir un futur. La formation de l’élite, une élite conquérante qui fait défaut au Congo, pour retrouver l’âge d’or perdu. Le Congo vient de poser le socle. Les jeunes sont en formation. Certes, le niveau africain est tout à fait autre chose. Mais c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Une compétition n’est jamais perdue ou gagnée d’avance. C’est donc dire que leurs chances sont intactes.  Les jeunes sont en chantier. Au regard de la courbe de préparation, ils sont entrain de gagner en confiance et en puissance. Pour nous, cette initiative prise par le Chef de l’Etat en créant le centre de formation  des jeunes pour préparer le haut niveau, est le véritable Coq qui annoncera aujourd’hui, ou demain, des lendemains meilleurs du football congolais qui a tari en performances sur l’échiquier international.

 

 

B.I : Transparence oblige, quelle est la composition de l’équipe que vous dirigez, à combien se montent vos charges salariales mensuelles ainsi que les autres frais de votre comité, que certains décrivent comme très « bureaucratisé » ?

 

P.A : Je vous renvoie au décret présidentiel. Pour le reste, venez nous faire un audit, afin de nous épargner de la polémique qui n’est pas notre marque de fabrique.

 

Propos recueillis par Prosper Mokabi Dawa