Rencontre avec une ancienne gloire du football Congolais : Jean Michel Mbono dit le « Sorcier »

 

Le football congolais doit renouer avec l’élite africaine : Nous en avons les moyens !!!

 

En cet après-midi maussade du samedi 6 mai 2006, à quelques encablures du Centre Georges Pompidou à Beaubourg, la rédaction de brazza.info est allée rencontrer l’une des vieilles gloires du football Congolais et champion d’Afrique en 1972 à Yaoundé avec les Diables Rouges du Congo. A l’hôtel Novotel de Châtelet les Halles à Paris, où a lieu cette rencontre, l’ambiance est chaleureuse et bon enfant. Soixante printemps au compteur, cheveux grisonnant mais l’œil vif des chasseurs de but, Jean Michel Mbono dit le « Sorcier », aujourd’hui à la retraite, est toujours à la recherche de celui qui lui avait donné ce surnom - mythique et mystique - de « Sorcier » Ce sobriquet lui sert aujourd’hui de passeport bien plus que son nom de famille.

De ses débuts dans le football, plus précisément dans l’équipe Etoile du Congo, de sa brillante participation à la coupe d’Afrique des Nations en 1972 où il sorti meilleur buteur, de sa vision pour moderniser le football congolais en passant par son échec à la présidence de la Fécofoot, etc., il s’est prêté aux questions de la rédaction sans faux fuyants. À part quelques blancs à l’évocation de cette présidence ratée, on y perçoit malgré tout, une certaine nostalgie. Aucun sujet n’a été classé tabou, à part quelques blancs à l’évocation de cette présidence ratée.

Avec la simplicité qui caractérise les grands hommes, la passion du football qu’il vous communique avec ferveur, les événements qu’il commente sans prompteur et les dates qu’il restitue avec une précision de métronome, vous ne pouvez ne pas être envahi par l’émotion : C’est Jean Michel Mbono qui raconte Mbono « le Sorcier » ! Des exploits d’hier et d’aujourd’hui étouffés par les échecs à répétitions, les luttes de pouvoir, l’absence de réelles ambitions des dirigeants pour le football, c’est un sombre panorama qui n’a échappé au désastre causé par les guerres  civiles à répétition. C’est un Requiem pour le football à défaut d’être un réquisitoire implacable pour le sport congolais.

Ah ! Si Yaoundé 72 m’était conté !!!

P.S.B.

Brazza.info : Cher Doyen, pour les Congolais qui sont nés après 1972, très peu vous connaissent. Pouvez-vous, vous présenter ? Qui est Mbono Sorcier ?

Mbono Sorcier : Je suis Mbono Jean Michel. Je suis né le 27 janvier 1946. Au moment où je vous parle, j’ai soixante ans et trois mois. Je suis marié, père de huit enfants. Pour ce qui est de mon parcours professionnelle, j’ai fait ma carrière comme tout le monde. J’ai été à l’école officielle de Ouenzé, après je suis allé au Lycée Savorgnan De Brazza. Après le lycée, je me suis retrouvé en France où j’ai été à l’Institut du travail et de sécurité sociale de l’Université Jean Moulin de Lyon. Je suis sorti diplômé de cet institut avant de me retrouver au Centre d’Etudes de Sécurité Sociale de Paris, où j’ai eu la formation de Directeur de caisse. Après ma formation, je suis rentré au Congo où j’ai travaillé comme Directeur des prestations, avant d’assure le poste de Directeur de Recouvrement. J’ai pris ma retraite en 2001 avec le titre d’inspecteur général de Sécurité sociale.

B.I Comment peut-on avoir un parcours aussi riche du point de vue professionnel, et s’adonner au football qui était, à une époque, considéré comme une pratique réservée à ceux qui avaient des handicaps à l’école ?

M.S. J’ai toujours dit à des amis même à vos confrères de Brazzaville, notamment à l’émission « L’homme et son temps » (produit par la DRTV) que je dois ce parcours à mon père et à ma mère. Ma mère, elle, ne voyait que les études. Mon père, qui était un grand supporter de l’Etoile, ne voyait que le football. En fin de compte, je les renvoyé tous les deux, dos-à-dos. J’ai réussi à marier les deux à la fois.

B.I Parlez-nous un peu de votre carrière sportive, de vos débuts dans le football ?

M.S. J’ai commencé, tout gamin, à jouer au football à Ouenzé avec mon frère et ami Foutika Jeannot dans la petite équipe qu’on appelait Caïman. A l’époque, on jouait pieds nus. Après Caïman, on s’est retrouvé dans Racing, et c’est là que nous avons chaussées nos premières paires de bottines dans le Racing B. Après le Racing, je me suis retrouvé au lycée Victor Augagneur à Pointe – Noire où j’ai joué dans Dragon du défunt Président Mangafou ; c’était la première division. Un an après, je me suis retrouvé à Brazzaville au lycée Savorgnan De Brazza où j’ai intégré Etoile du Congo, plus précisément en 1964. Il était normal que j’intègre l’Etoile du Congo. N’étais-je pas celui qui accompagnait Gavo Moteur aux entraînements depuis sa résidence de la rue Banziris avec ses bottines à la main ?

B.I.  Dans l’inconscient collectif, on a toujours présenté l’équipe de l’Etoile du Congo comme une équipe des gens du Nord et le derby qui l’opposait à Diable – Noire, était vu comme une opposition footballistique du Nord contre le Sud. Qu’en est-il de cette réalité ?

M.S. Je ne sais quoi vous répondre. Moi qui vous parle, je suis du Pool. Mon village c’est Kimba du côté de Kindamba. Je n’ai jamais pensé que Etoile du Congo était une équipe du Nord dans la mesure où, si je m’en tiens à la composition de l’équipe type de l’époque, vous verrez vous-même que cette thèse ne tiens pas. Dans l’équipe type en notre temps, vous aviez à l’aile gauche, le colonel Nkou, le n°10 Batoukéba, le n°9 Mbono et Balékita, qui n’ont rien des gars du Nord. Vous prenez le milieu du terrain, vous avez : Gavo Moteur qui est du nord parce qu’il est de la Likouala ; Ongagnia Excellent qui est du Nord. En défense, vous aviez : Boukaka, Tchicaya, Koko, etc. Ils n’étaient pas du Nord. Au fond, à notre époque on ne s’intéressait guère à ces détails là. On n’avait peut-être des supporters qui venaient de la partie Nord de Brazzaville parce que le club s’entraînait dans cette zone, l’Etoile du Congo pouvait être considéré comme l’équipe d’une région au sens de ce que nous voyons ici en France avec les supporters de Saint Etienne, de Paris ou Marseille Pourtant, leurs supporters ne sont pas nécessairement des natifs de Marseille ou de Paris, mais tout simplement parce qu’ils ont des attaches dans ces villes.

B.I. Pourquoi, avoir donné cette illusion ? Ce n’était pas à cause des origines de leurs dirigeants, ou de leurs supporters ?

M.S. Pour ce qui est de l’Etoile du Congo, j’aimerai quand même vous faire un petit rappel pour mieux cerner les origines de cette équipe. Comment Etoile est devenu Etoile du Congo. Autrefois, Etoile du Congo avait une équipe A et une équipe B. L’équipe A s’appelait Etoile. Elle évoluait en première division et jouait en haut de l’élite et l’équipe B, appelée Renaissance, était en 2ème division participait elle aussi au championnat de sa division. Or, il se trouve que cette année là, l’équipe B sort championne de sa division et doit automatiquement monter en première division. Apparaît, alors une difficulté pour pouvoir gérer les deux équipes en première division avec le même label Etoile du Congo. Et, ceux qui évoluaient en équipe A n’ont pas accepté cette montée. Finalement, il y’ a eu une scission. Les anciens sont restés à l’Etoile les joueurs qui évoluaient en B, sont partis à la Renaissance qui deviendra plus tard, Renaissance Aiglon Cara. A l’époque, il y avait deux présidents : Monsieur Ebilar qui travaillait à la Mairie de Poto-Poto pour l’Etoile A et Monsieur Marcel Djemissi pour l’Etoile B. Avec la scission, le président Ebilar décide de rester à la tête de l’Etoile du Congo tandis que Monsieur Djemissi préfère partir avec la Renaissance Aiglon. Voilà, en partie l’explication. Est-ce, parce que les deux premiers présidents de l’Etoile du Congo étaient tous, originaires du Nord qu’on l’a qualifié d’équipe des ressortissants du Nord, je ne puis l’affirmer ! Vous voyez que c’est très difficile à le démontrer.

B.I. Mais, d’où tenez-vous le surnom de Mbono le Sorcier ? Pendant longtemps, on vous a toujours appelé par le Sorcier avant de découvrir que vous portiez un prénom : Jean Michel. Commet cela se fait-il ?

M.S. Je suis, encore aujourd’hui, à la recherche de celui qui m’a donné ce surnom. Je cherche toujours mon parrain. Je le cherche d’autant plus que depuis trente ans, je n’ai pas encore réussi à le localiser pour qu’on sable, au moins, le champagne ensemble ! Je ne suis pas le Sorcier en terme un peu vulgaire, celui qui « bouffe » les gens. Je suis le Sorcier qui, lorsqu’il marquait des buts, ces buts qualifiaient l’équipe ou étaient décisifs. C’étaient les buts de la victoire. J’étais le Sorcier, peut-être, parce que je faisais certainement des choses qui sortaient de l’ordinaire ? Jusqu’aujourd’hui je ne sais pas celui qui m’a donné ce sobriquet.

B.I. Vous le portez toujours ce surnom ?

M.S. Bien sûr que je le porte, et même très bien. Vous savez, souvent lorsqu’il m’arrive de me présenter en donnant mon nom de famille à certaines personnes, je dis : je m’appelle Jean Michel Mbono. Les personnes m’interrogent : Ce n’est pas le Sorcier ? Que voulez-vous que je réponde ? Je ne sais même pas si au Congo, sur 100 personnes, il y’ a dix qui connaissent mon vrai prénom Jean Michel. Vous comprenez que je puisse l’adopter moi-même !

B.I. Votre ancien co-équipier des Diables Rouges, Mbemba « Tostao » que nous avions reçus, nous a révélé qu’il était très ami avec le Président Marien Ngouabi, grâce à ses exploits au  football. Aviez-vous, comme lui, connu ces privilèges avec les hommes d’Etats grâce au sport ?

M.S. Oui ! Chacun de nous a une histoire forte avec le président Marien Ngouabi et des moments d’intense proximité. Je me souviens, c’était lors du match contre le Brésil du roi Pélé. Le Président Marien Ngouabi nous a reçu avant le match à la résidence présidentielle. Il demande à Matsima (gardien de but de l’équipe nationale), il l’appelait « L’araignée ». Il le chambre et lui dit : « L’araignée, je crois que le roi Pélé va au moins te marquer cinq buts ». Et, Matsima de répondre « Camarade Président, si Pélé doit nous marquer cinq buts, nous devons en marquer au moins quatre ! » A la fin, le président nous dit : « Bon ! Je serais au stade et moi aussi, je voudrais voir le roi Pélé que je n’ai jamais vu jouer. Et je vous demanderai qu’une chose de marquer le premier but qui me fera lever de mon fauteuil et le peuple Congolais avec moi ; ce qui sera déjà considéré comme une mission accomplie ». C’est votre serviteur qui, à la 27ème minute, hérite d’une belle transversale de Balékita et, en face du grand gardien Gilmart du Brésil, ouvre le score. Nous avions perdu par trois buts à deux.

Il ne faut  pas oublier que nous avions disputé deux matchs avec le Brésil et perdu avec le même score. A chaque fois, c’était toujours le défunt Biscouris et moi qui marquions les buts congolais. Je marquais le premier but et Biscouris marquait le deuxième. C’était des moments forts avec le Président Marien. En plus, lorsque nous sommes revenus de Yaoundé 72, c’est à lui que nous avons remis la coupe. Certes, c’était la coupe du Congo, mais Mbono avait une toute petite place dans cette coupe là !

B.I. Vous venez de nous parler des moments forts avec le président Marien. La question que j’aimerai vous poser est la suivante : Est-ce que les hommes politiques aiment le sport en général et le football en particulier ?

M.S. Je peux dire, oui ! Les hommes politiques aiment le port en général et le football en particulier. Mais, tout dépend de leur manière de voir le sport, quelle politique il compte mettre en œuvre pour le sport Mon problème, c’est lorsqu’un homme politique vient au stade, il vient en tant que sportif. Il doit laisser sa casquette d’homme politique dans les vestiaires comme on dit. Si vous la porter au stade, il y a des risques de mélange de genre très préjudiciable pour le sport.

B.I. Quels sont les footballeurs congolais qui ont marqué votre époque y compris la période actuelle ?

M.S. Au niveau du Congo, il y a deux personnes qui m’ont fortement marqué. Dans l’Etoile du Congo, il s’agit de Gavo Germain. Et au sein des Diables Rouges, il y a Amoyen. Gavo Germain, parce que c’était mon capitaine à l’Etoile du Congo. Et je peux même dire que c’est grâce à lui que j’ai pu faire la carrière que j’ai menée.  Je me rappelle d’un certain 2 mars 1964, Etoile du Congo devait jouer ce jour-là contre Diable Noire avec les Amoyen, les Défoufou, au stade Eboué. Ce n’était pas n’importe quel match et Mbono était encore très jeune. A l’époque, l’entraîneur Kader, le Colonel Ebaka et le vieux Gongara qui assuraient l’encadrement technique avaient du mal à se mettre d’accord sur la titularisation de Mbono que tous craignaient qu’il ne fasse pas le poids devant les Amoyen et les Défoufou. C’est donc, Gavo Moteur, à l’époque capitaine de l’équipe qui est allé plaider, seul contre tous mon cas pour que je débute le match. C’est Gavo, seul qui a persuadé le staff en leur disant qu’il fallait que je commence la partie et qu’au cours du match il allait tout faire pour m’aider. Ce fut mes débuts. Ce jour-là, le match s’est soldé par un score nul. Un but partout et j’ai marqué pour le compte de l’Etoile du Congo. Et le but des Diables Noirs a été marqué par le defunt Loukoki Kopa.

Du côté d’Amoyen, le même travail que Gavo a fait pour moi dans Etoile du Congo, Amoyen l’a fait en équipe nationale. Je suis rentré en 1964 dans l’équipe nationale. Je suis né en 1946. En 1964, j’avais dix-huit ans et c’est Amoyen qui a fait de telle sorte que je démarre mon match contre le Tchad. Lui, il voulait que je démarre, mais l’entraîneur national Ebondzi-Bato souhaitait que je puisse attendre que Batoukéba fasse la première mi-temps. Lorsqu’il est sorti à la mi-temps, le Congo menait par huit buts à zéro. Quand je suis rentré, j’ai marqué le 9ème et le 11ème but. Nous avions d’ailleurs battu le Tchad par onze buts à zéro. Ensuite, ce fut mon ascension en équipe nationale. Pour moi, les deux personnalités qui ont marqué ma carrière, sont Gavo Moteur et Amoyen.

B.I. Est-ce qu’il y a une solidarité entre les joueurs après ce que vous venez de nous dire ?

M.S. Vous dire s’il existe une solidarité entre les joueurs, je dirais, oui et non. C’est ce que chacun doit faire. La solidarité, c’est ce que chacun est. Aujourd’hui, nous avons une association d’anciens footballeurs, l’UNAFIC et nous sommes en train de nous battre pour cela. Mais, c’est un travail de longue haleine, chacun ayant fait son petit bout de chemin, c’est pour cela que nous, du côté de Brazzaville, avec l’UNAC de faire en sorte que ceux qui sont un peu devant puissent ramener ceux qui sont derrière ; c'est-à-dire, créer des solidarités entre nous.

B.I. Parlons un peu de Yaoundé 72. On ne peut pas réaliser cette interview sans parler de cette période, où tout un peuple à vibrer à l’unissons derrière son équipe, championne de la coupe d’Afrique des Nations. Parlez-nous un peu de cette aventure ?

M.S.  Avant de vous parler de Yaoundé 72, il faut savoir que dès 1965, le Congo était déjà médaillé d’or des premiers jeux africains à Brazzaville. Par coïncidence encore, on avait joué la finale contre le Mali. Ensuite, nous nous sommes retrouvés à Asmara en Ethiopie en 1968. Nous avions, dit-on, la meilleure équipe, sur le papier composée de : Foutika Jeannot, Akouala, Ongagnia Excellent, Amoyen, Gavo, Ondjolet, Matsima, Tandou, Ngassaki, Boukaka. C’était la grande équipe du Congo à cette époque là. En 1968, à Asmara, le Congo est sorti dernier. Personne n’a compris les raisons de cet échec. Même les autorités de l’époque ne comprenaient pas les raisons de cette bérézina. A partir de là, elles décident de ne pas faire participer le Congo à la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations de 1970. Le Congo a donc été retiré de la compétition de 1968 à 1970. On ne s’est retrouvé qu’en 1972. Mais tenez-vous bien, parmi ceux qui étaient en 1968 à Asmara, dix joueurs faisaient partis des rescapés. C’est sur cette ossature que s’est bâtie les Diables Rouges qui ont participé à la CAN. Ainsi, Yaoundé 72 a été préparé quatre ans avant, dès 1968. Mais, pour préparer cette compétition, moi par exemple, je me trouvais à Lyon, François Mpélé évoluait à Ajaccio, Matsima était à Tunis, Balékita se trouvait à Toulon. Tous les quatre, nous étions considérés comme les  joueurs expatriés qui allaient venir renforcer la sélection. Nous sommes venus pour chacun d’entre nous, quinze jours ou une semaine avant le début du stage. Il faut aussi noter que nous avions fait beaucoup de matchs amicaux, notamment contre la célèbre équipe de Botaffogo du Brésil, contre Valencienne, la sélection du Nigeria et j’en oublie. Du point de vue de la préparation, nous étions au top. Si les autres équipes avaient suivi notre préparation, elles n’auraient pas sous-estimé les Diables Rouges. Nous, dans notre fort intérieur, nous savions pertinemment que nous étions capables de faire une belle coupe d’Afrique. Certaines équipes, pensaient même que les Diables Rouges venaient à cette CAN pour distribuer les points. Erreur !

En plus, il faut ajouter que les joueurs qui étaient restés au pays n’étaient dépourvus ni de valeurs, ni de qualités athlétiques. Il n’était pas non plus dit que nous, qui venions de l’étranger, pouvions être titulaires. Car, sur place, il y avait Mayanda et le défunt Moukila. Au milieu du terrain, il y avait Minga et Ongagna. Balékita ne pouvait dire qu’il serait titulaire, etc. Vous voyez, qu’à ce stade, l’équipe nationale disposait de valeurs sûres à tous les compartiments du jeu. Ce n’est, malheureusement, pas ce que nous voyons à l’heure actuelle.

Lorsqu’on est arrivé en demi-finale contre le Cameroun, on a commencé à croire en nos chances et l’on s’est dit : Mais, puisqu’on est là, nous n’avons plus rien à perdre mais que tout était possible. Et on a fait ce qu’il fallait faire.

B.I. A ce propos, racontez-nous un peu cette histoire du charbon qu’on vous avait demandé de mettre sous les bottines pour vous permettre de venir à bout des Lions Indomptables et surtout,  pour « neutraliser » leurs fétiches ?

M.S. A ce que je sache, en ce temps-là, c’était Gomez de Makanda, le Maire actuel de Bacongo qui était journaliste à la radio qui l’avait dit sur les antennes de la radio nationale. Je ne sais pas ce qui se passait dehors. Nous, les joueurs, nous étions sur le terrain. A la mi-temps, on n’a pas non plus, mis les charbons dans nos bottines. Bon, les gens continuent d’en parler encore aujourd’hui. Ce que je sais, c’est que dans mes bottines, il n’ y avait pas de charbon.

B.I. Cette question est en rapport avec la superstition. A l’époque, les commentaires allaient bon train, beaucoup disaient que l’unique but marqué par Minga Pépé ce jour-là, « venait de loin » ! L’expression « venir de loin », est tout, sauf footballistique. Il semblerait même que le joueur qui marquait le but, devait quitter immédiatement le terrain. Qu’en est-il ?

M.S. Il y a trente-quatre ans de cela. Je ne sais pas ce que s’est passé. Peut-être, lors de mon retour à Brazzaville, je poserais la question à mon frère et ami Minga Pépé pour savoir si lui avait ce charbon dans les bottines. Moi, je n’en avais pas.

B.I. Vous voulez dire qu’il n’ y avait pas de « gris-gris » ?

M.S. En ce temps-là, nous étions très peu nombreux à croire à ces choses là. Je vous dis, dans mon milieu de l’Etoile du Congo, qu’est ce qu’on n’a pas dit à mon propos au sujet des fétiches. J’en ai vu de toutes les couleurs. Maintenant, avec le temps, est-ce que c’étaient les fétiches qui jouaient ? Si vous n’êtes pas bien entraînés, si vous n’avez pas une meilleure condition physique, si vous trichez aux entraînements, etc. Vous n’arriverez à rien. Comme, on avait beaucoup prétendu que je n’en avais, lorsque je rentrais sur le terrain, j’avais des rituels qui faisaient penser que j’en avais. J’allais, par exemple, toucher le poteau de l’équipe adverse. Parfois, je montais indélicatement sur les bottines du gardien adverse ou du défenseur qui assurait mon marquage pour prendre l’ascendant psychologique sur lui. Et, ça marchait. J’en rajoutais même, et je voyais comment les gens se précipitaient pour venir essuyer l’endroit du poteau où j’avais mis ma main pour soi-disant, enlever les fétiches.

B.I. Vous nous confirmer que ce n’était pas les pratiques ésotériques qui ont permis aux Diables Rouges de gagner la finale à Yaoundé mais la préparation ?

M.S. Je vous dis que c’était le travail de préparation de l’équipe nationale toute entière qui a donné ce résultat. On n’était gonflé à bloc. Vous savez, pour moi, les gars de Yaoundé on devait les considérer comme des héros hors pair. Pourquoi ? En 1972, pendant que nous nous trouvions à Yaoundé, au pays, il y avait le coup d’état du M22. Il y avait des parents qui étaient arrêtés. On ne savait même pas si on allait repartir au pays. Malgré tout, nous, on pensait pays. Savez-vous, par exemple que notre chef de délégation, le défunt Jean Moundélé, son frère cadet Benoît Moundélé Ngolo était impliqué dans ces événements ? Son frère faisait parti du M22 et avait été arrêté. Exemple : vous allez voir votre chef de délégation, vous le trouver abattu dans sa chambre la tête entre les deux mains complètement effondré, il ne peut pas parler parce qu’il pense à son frère qui est arrêté. Il ne sait même pas le sort qui va lui être réservé. Après tout ça, c’est très difficile de vous concentrer. Mais, vous devez malgré tout, jouer le lendemain. Vous comprenez dans quel état d’esprit nous étions ? Le fait d’avoir gagné et ramené la coupe, ce succès a atténué et permis de décanter beaucoup de choses. Nous aurions bénéficié de toutes les circonstances atténuantes si nous avions perdu cette coupe. Comment pouvait-on se concentrer sur la coupe, la gagner alors qu’à Brazzaville il y avait un coup d’état avec les drames que l’on sait ?

Mais, lorsque nous sommes rentrés à Brazzaville avec cette coupe, reçus par le Président Marien et observés l’enthousiasme de la population, nous avons réalisé que cette coupe avait, elle aussi, contribué à réconcilier les Congolais.

B.I. Comment expliquez-vous que depuis cette époque, le Congo n’ait pas connu pareille liesse, à part les Diables Rouges Handball qui ont, à plusieurs reprises, rehaussé le niveau du sport en glanant de nombreux titres ?

M.S. C’est tout simplement par manque de suivi. En effet, l’équipe qui a gagné la coupe d’Afrique en 1972, lorsqu’elle arrive en 1974, tout l’encadrement technique avait changé. Amoyen n’était plus entraîneur, Larbi n’entraînait plus et Oba ne faisait plus partie de l’encadrement. Tout le staff a été remplacé par Ndoudi Piontoni et le défunt Jean Claude Nganga. Les trois quarts des joueurs qui étaient à Yaoundé ne faisaient plus partie de l’équipe nationale. Plus de Niangou, de Balékita, d’Ongagnia Excellent. Au Caire, en 1974, on aurait pu garder sur les vingt-deux joueurs de l’équipe de Yaoundé 72, au moins une dizaine. Ce qui ne fut, malheureusement, pas le cas. En plus, lorsqu’on gagne une coupe, on doit la conserver autant que possible. Ce n’est pas ce que nous avons fait. On s’est mis à tout changer, de l’encadrement aux joueurs. C’était le tourbillon des encadreurs. On n’a manqué de suivi.

B.I. Il y a une légende qui dit que lorsque le Congo battait la RDC, à l’époque le Zaïre, il perdait la coupe et vice-versa. Qu’en dites-vous ?

M.S. A Asmara, en 1968, on a perdu contre le Zaïre, ils ont gagné la coupe. En 70, à Yaoundé, nous avons perdu contre le Zaïre, nous avons gagné la coupe. Au Caire en 1974, nous avons battu le Zaïre, ils ont gagné la coupe. Quand vous me questionner sur les raisons qui ont poussé notre pays à aller loin dans les compétions, je ne peux ne pas parler du Congo d’en face. De 1965 jusqu’en 1974, les titres continentaux se disputaient entre Kinshasa et nous. En 1965, nous sommes médaillés d’ors africains ; en 1968 Kinshasa est champion d’Afrique ; en 1972 nous gagnons la coupe d’Afrique ; en 1974 c’est le Zaïre qui gagne la coupe d’Afrique. Vous voyez, donc de 65 à 74, il n’ y avait pas d’Algérie, pas d’Egypte et encore moins du Cameroun. Durant ces périodes-là, il n’ y avait que ces deux Congo. Des pays qui n’étaient pas en haut de l’affiche, nous dépassent aujourd’hui.

B.I. Pouvez-vous nous dire ce qui motivaient les joueurs à l’époque, alors qu’ils n’avaient pas assez de moyens comme aujourd’hui ? Combien aviez-vous perçu comme primes en 1972 lorsque vous aviez gagné la coupe d’Afrique ?

M.S. Pour Yaoundé, il y a trente quatre ans de cela, nous avons eu comme argent cinquante mille francs (50.000 FCFA) soit 75 €uros à chacun. Ensuite nous avons eu des parcelles que nous devrions lotir nous-mêmes. Certains d’entre-nous dont moi-même, le général Ndolou, Balékita, Boukaka, Minga, avons construit. François Mpélé a mis sa boulangerie. Les autres, je ne sais pas ce qu’ils ont fait. En plus de cela, nous avons tous été décorés Commandeur dans l’ordre national du mérite. Pour la coupe que nous avons gagnées en 1972, nous avons reçu 50.000FCFA, des parcelles « nues » et la décoration.

B.I. Lorsque nous avons reçu votre ancien coéquipier, Mbemba Tostao, il nous a parlé de la revalorisation de cette prime. Qu’en est-il ? Il semblerait qu’en 1991, lors de la Conférence Nationale, cette requête avait été soulevée par les anciens champions d’Afrique ?

M.S. Je n’ai pas eu vent de cette initiative lors de la Conférence Nationale. Si tel était le cas, j’aurais été partie prenante du projet. Ce que je sais, c’est que sur les permis d’occuper de nos parcelles, il était écrit : « La patrie reconnaissante ».  On aurait pu imaginer autre chose que de mettre à la disposition des champions de simples parcelles vides. On aurait pu avoir droit soit, à la gratuité d’eau ou d’électricité par exemple ! Malheureusement, cela n’a pas été suivi. S’il doit y avoir de revendications, on pourrait voir dans cette direction-là ! Comme beaucoup de choses avaient été réhabilitées, les anciens chefs d’Etats, l’armée, ainsi que les symboles d’antan, etc. Si nous avions eu des représentants valables, nous aurions eu gain de cause.

B.I. Comment expliquez-vous que depuis 1972, le Congo court  toujours derrière un nouveau sacre ? La majorité de ces joueurs gagnent aujourd’hui mieux leur vie grâce au sport, comment peut-on être motivé avec 50.000 FCFA et gagner la coupe d’Afrique ?

M.S. En notre temps, on aimait d’abord le football, parce que c’était une passion. En même temps, nous pensions aussi à nos études. Lorsque nous jouions, les dirigeants n’avaient de cesse de s’interroger : « Comment ce jeune va faire pour combiner les études et les entraînements ? »

Je vais illustrer mon propos par un exemple. Lorsque nous étions en stage à Makala avec l’équipe nationale, le programme des entraînements était établi en fonction des heures des cours des joueurs qui allaient à l’école avec ceux qui travaillaient dans les entreprises privées. C’est ainsi, que l’entraîneur Constant Ebondzi-Bato faisait démarrer les entraînements à 5 heures et demi  pour que au plus tard, à 7 heures, les élèves Moulélé, Miéré Chine, Filankémbo Lipopo, Ousman Diack, Mbono, Foutika Jeannot, tous devaient se retrouver à l’école. Boukaka qui travaillait dans le privé à la CSCO, devait être lui aussi à son poste de travail. Les entraînements se faisaient en fonction de ces contraintes-là.

Aujourd’hui, les joueurs ne vont plus à l’école. Ils ne savent même pas s’exprimer correctement dans la langue de Molière. Ils ne jouent qu’au football. Ils n’ont pas de salaire. Mais pour peu qu’ils en aient, ils ne savent pas que la carrière d’un footballeur est très courte. Arrivés à la trentaine, ils n’ont plus le même rendement ; la retraite étant à 55 ans, que vont –ils faire des vingt-cinq ans à venir, puisqu’ils ne pensent même pas à leur reconversion ? C’est la raison pour laquelle, nous sommes obligés de nous organiser pour que cette question de la retraite des joueurs soit étudiée avec attention. A notre époque, l’encadrement nous obligeait à faire nos études tout en jouant au football. En plus, nous étions bien surveillé. Je vais vous raconter une anecdote sur la discipline et la détermination des dirigeants à ne pas transiger avec les règles.

On préparait les jeux africains en 1965. Nous étions internés à Makala pour le stage de préparation. Au niveau de la grande poste, il y avait l’école des PTT, l’actuel siège de la Banque Centrale. Une Kermesse y était organisée. Ceux qui étaient là ont croisé certains joueurs de l’équipe nationale qui avaient fait le mur pour s’y rendre. Il s’agit de Batoukéba, Ongagnia, Lumumba, Makouala Bolidar et Ousmane Dack-Souris. Les gens sont allés le dire au Ministre Ernest Ndalla. Le lendemain, à 5 heures du matin, le Ministre s’est pointé à Makala en tenue et bien entouré de ses gardes. N’oubliez pas que nous étions à l’époque de la JMNR. Lorsqu’il arrive, il fait le point et constate qu’il y a des absents parmi les joueurs. Sans ménagement, il annonce que les joueurs qui n’étaient pas présents, étaient purement et simplement radiés de la sélection. Les gens l’ont pris de haut. Ils pensaient qu’il n’allait pas appliquer cette sanction, compte tenu de la notoriété des joueurs sanctionnés. En guise de réponse à la pression le Ministre répond : « Je préfère perdre avec les joueurs disciplinés plutôt que de gagner la coupe avec les indisciplinés », Il tiendra bon jusqu’à la fin. Personne ne réussira à l’infléchir. On sera obliger de faire appel aux joueurs évoluant à l’étranger pour venir remplacer les « indisciplinés ». On va ainsi, envoyer le vieux Massengo Boniface en Europe pour aller prendre contact avec Golengo, Abiboutal, Malouéma qui jouait à Sochaux et Zolouma qui jouait à Liège en Belgique. Les « Européens », comme on les appelait, vont venir en renfort. Golengo et Abiboutal avaient déjà joué la coupe des Tropiques, mais il fallait malgré tout, les voir à l’œuvre.

On était à douze jours de la compétition. Le Ministre demande alors qu’on organise un match test. A huit jours du début de la compétition, on charge Tandou de la mission d’aller dégoter une équipe à Kinshasa. « Tandou, toi qui étais à Kinshasa, tu peux aller voir tes gars de l’équipe Vaticano pour qu’on puisse jouer un match amical avec eux ? » Le match est programmé dans la même semaine. C’était un mercredi. On a commencé, la première mi-temps avec une équipe constituée de Péna Omer à l’aile gauche, Golengo au 9, Abiboutal au 10 et Biscouris à droite. La première mi-temps, sans éclat se solde par un score vierge, zéro but partout.

Le Ministre a vu leur prestation et en deuxième mi-temps, l’entraîneur a décidé d’opérer des changements et de faire tourner l’effectif. On a fait rentrer Moulélé au 10, Mbono au 9, Malouéma à gauche et Zolouma au milieu du terrain. Ondjolet, quant à lui, est mis au repos. Lorsque nous avons débuté, en un laps de temps relativement court, j’ai ouvert le score sur un centre venu de la droite de Biscouris. J’ai ensuite, aggravé la marque avant que Biscouris ne clôture le score en marquant le troisième but. Tout le monde chantait. Pour Biscouris et moi, il nous fallait ce coup d’éclat pour gagner notre place en équipe nationale. Résultat des courses, l’équipe type est arrêtée. Moulélé a fait son match, Golengo et Abiboutal étaient remplacés par les jeunes Mbono et Moulélé. Malouéma et Zolouma sont restés. Ce qui fait que l’équipe type était composée : en attaque par Malouéma qui revenait de Sochaux, Moulélé, Mbono et Biscouris. Au milieu du terrain, il y avait Gavo et Ondjolet. En final, comme Amoyen était suspendu, Ondjolet a joué comme demi centre avec Nzaou Jonquet et Zolouma qui jouait à Liège, a joué la finale.

B.I. Nous n’allons pas terminer cet entretien sans parler de votre échec à l’élection ratée à la tête de la Fédération Congolaise de Football. Quelles sont les raisons qui expliquent que l’on n’ait pas pu faire confiance à un vrai « sorcier » et praticien du Football ?

M.S. C’est pour moi une page classée, car le 10 janvier 2006 à l’occasion de l’élection du Président de la Fécofoot, en m’adressant au collectif des électeurs, je me présentais à eux sous mon appellation bien connue de Mbono Sorcier et non sous mon identité officielle de Jean Michel Mbono pour la simple raison, nous parlions football. Pour la plupart de ceux qui étaient là, tous, des dirigeants de club qui avaient la décision finale, étaient supposés jouer le rôle de « papa » pour leur fils que j’étais. Que le refus de m’accorder leurs suffrages signifierait que papa n’a rien compris de ce que l’enfant qu’il a vu grandir sur les aires de jeu a aujourd’hui grandi.

Mais cela n’a rien arrêté. Je continue à m’intéresser au football, à suivre ça de près. Le football est ma passion. Je regarde vers l’avenir, plutôt que de reprendre les solutions du passé.

En défendant valablement le drapeau du pays, je crois n’avoir fait que mon devoir, tout mon devoir et rien que mon devoir.

De Paris où je compte m’accorder un temps de repos, en ma qualité de Secrétaire régional adjoint de l’Union Africaine des Footballeurs (Sous région Afrique Centrale), sur invitation du Président de l’Union Africaine des Footballeurs, Mourad Mazar, je dois être à Koubba en Algérie à l’inauguration du siège de l’U.A.F. Enfin, pour conclure sur ce sujet de la Fecofoot, je dois dire que je n’ai aucun regret. J’avais rêvé d’être Président de la Fécofoot, je ne l’ai pas été, un point c’est tout. Mais je suis et resterais toujours à la disposition du football. En ce qui concerne l’avenir du football congolais, aujourd’hui, il ne faut être ni optimiste, ni pessimiste, il faut agir.

B.I. Comment peut-on reformer le football au Congo ? A supposer que le nouveau président fasse appel à vos lumières d’ancien « Sorcier » des buts, pour l’aider dans sa nouvelle tâche, que pouvez-vous lui conseiller ?

M.S. Je vous ai dit que le football, est pour moi comme une religion. Si mon ami Ibovi estime que je peux lui rendre service, d’ailleurs, ce n’est même pas à lui que je vais rendre service, c’est au pays, c’est à la Nation que je vais rendre service, je répondrai présent ! Je ne vois aucun inconvénient à cela. Pour ce qui est du fond, rien ne nous distingue. Tous les deux, nous avons parlé de la formation des jeunes, du sponsoring, des changements à apporter à notre football. Je reste donc disponible. Vous savez, quand vous avez porté le maillot de l’équipe nationale, lorsque vous écoutez l’hymne nationale de votre pays la main sur le cœur, vous vous sentez investi d’une mission. C’est ce que moi j’ai vécu. Vous ne pouvez jamais l’oublier. Et puis, je dis toujours, qu’on ne joue l’hymne nationale du pays, qu’aux chefs d’Etats et aux équipes nationales.

Aujourd’hui, il faut faire la formation, il faut arriver à faire la catégorisation entre les poussins, les minimes, les cadets, les juniors et les seniors. Chacun doit être responsable de la catégorie dont il a la charge. En 1965, j’étais médaillé d’or aux Jeux Africains, j’avais 19 ans. A Yaoundé, j’avais 26 ans. A notre époque, il fallait être « vieux » pour jouer. Maintenant, c’est l’inverse avec des « vieux » qui rectifient les âges pour jouer. Il faut changer cet état de fait. Il faudrait commencer par les tout petits et monter au fur et à mesure. Il faut le faire par pallier.

Aujourd’hui, qu’est ce que nous remarquons, un jeune qui débute, on lui fait chausser déjà des crampons, sans qu’il n’ait été auparavant confronté avec ce type d’équipement. Il faudrait qu’on en arrive-là !

B.I. Comment expliquez-vous qu’on ne puisse plus trouver de joueurs Congolais évoluant dans des championnats étrangers ?

M.S. Il faut se poser des questions sur les joueurs congolais qui viennent jouer en Europe. Ils viennent individuellement tenter leur chance. Nous ne sommes pas organisés comme dans d’autres pays où les recruteurs viennent discuter des modalités, des conditions de cession des joueurs et de leurs rapports avec la sélection nationale au cas où ils seraient un jour, appelés dans la sélection, etc. Ce n’est pas le cas chez nous. On apprend seulement, en lisant la presse, qu’untel joue dans tel club et tel autre, évolue dans une équipe de telle division.

Sans critiquer cette démarche, j’ai seulement envie de dire que nous sommes le pays qui n’accorde pas de valeur ni à ses anciens footballeurs ni à ses artistes. En 2002, j’ai été l’invité personnel de Salif Keita à la CAN au Mali. Mais, à cette CAN, j’ai vu des joueurs comme Jean Tigana, un fils du Mali être reçu avec égards. Prenez par exemple, Basile Boli, aujourd’hui, a terminé sa carrière après avoir joué en équipe de France, son pays d’origine la Côte d’Ivoire le sollicite souvent ; lui-même, s’implique pour régler les problèmes que rencontrent certains de ses compatriotes ivoiriens. Nos amis Camerounais, n’en parlons pas. Prenez l’exemple de Roger Milla, au-delà de ce qu’il fait au niveau international, il apporte beaucoup en conseil au football dans son pays même en terme d’image. Chez nous, les footballeurs Congolais qui ont joué en Europe ne sont même pas sollicités ni même consultés ne ce n’est ce que pour tirer profit de leur expérience passée dans ce domaine.

Prenez l’exemple de Patrice Locko qui a même joué en équipe de France, les deux frères Passi qui ont, tous les deux, évolués au très haut niveau du football en France, pour ne citer que ceux-là, pensez-vous seulement que le Congo fasse appel à eux, ne ce n’est ce que, pour bénéficier de leurs services ? Même une carte postale, un mot d’encouragement, une reconnaissance au haut sommet, alors que nous étions les premiers à être fiers lorsqu’ils évoluaient au très haut niveau.Eux, qui étaient qualifiés de « franco congolais » ! Pourquoi, voulez-vous que Basile Boli parle de la Côte d’Ivoire, Jean Tigana parle du Mali, Abédi Pélé s’exprime au nom du Ghana, tout comme Roger Milla et Yannick Noah qui parlent du Cameroun, que Patrice Locko et Franck Passi ne soient pas référenciés dans leur pays d’origine, le Congo. Comment l’expliquer ? Bien sûr, il ne reste plus que François Mpélé. Est-ce que lui tout seul, il peut régler tous les problèmes ? Il faudrait qu’on soit tous là, pour pouvoir régler et trouver des solutions aux problèmes qui minent notre football aujourd’hui. C’est l’expérience que nous voulons apporter, mais en associant tout le monde.

B.I. Votre dernier mot en guise de conclusion. Et votre sentiment sur le centre de formation qui a été mis en place à Brazzaville.

M.S. Je crois, qu’il y a eu un message fort qui a été donné par le président de la République avec la création de ce centre de formation. J’ai cru comprendre dans la démarche du Chef de l’Etat une interpellation de sa part à tous les sportifs en leur disant, puisque vous n’arrivez pas à monter une structure qui permettrait d’encadrer nos jeunes footballeurs, je le met à votre disposition et prenez en soins pour nous former les meilleurs athlètes du pays en leur apportant votre savoir-faire. C’est maintenant à vous de faire vos preuves ! Il ne faut pas seulement que ce centre de formation soit, juste, réservé pour jouer au football, mais une structure capable de donner à ces jeunes joueurs une issue dans la vie professionnelle après leur carrière de footballeur. Il faut faire comme, on dit chez vous en France, sport études. Avec les changements qui viennent de s’opérer à la tête de la Fécofoot, j’ai bon espoir que le Congo retrouvera sa place d’antan.

Propos recueillis par P. SONI-BENGA & Franck GANDZIRI.