QUI A PILLE LE DOMICILE DE MAFOUTA DE L’ANCIEN PREMIER MINISTRE ANDRE MILONGO EN DECEMBRE 1998 ?

 

Enquête

 

Qui, en décembre 1998, a pillé la maison de l’ancien premier Ministre de transition, André Milongo Tsatouabantou ? Très peu de langues se sont déliées depuis l’entrée des Ninjas dans les quartiers sud de Brazzaville, où s’en sont suivi toutes les violences, viols, pillages et destructions en tout genre. Que n’a-t-on pas entendu ici ou là, sur l’identité des auteurs présumés de ce pillage ? Si tous, s’étaient accordés à dire que les auteurs de ce rapt éhonté étaient des miliciens, personne n’a pu affirmer de quelle obédience ni de quelles écuries ces hommes armés étaient-ils issus : Ninjas ou Cobras ? La question méritait pourtant d’être posée de façon à permettre au couple Milongo de recouvrer ses biens et si possible, donner les moyens aux autorités judiciaires d’ouvrir une information pour vol. Rien de tout cela n’a été fait. Que de spéculations, d’accusations gratuites, de supputations et autres anathèmes jetés sans preuves sur tous les soudars qui opéraient en toute impunité dans cet océan d’anarchie. Pourtant, les plus folles rumeurs avaient couru dans le tout Paris et Brazzaville mondain imputant aux Cobras de Sassou la paternité de ces actes.

C’est par le pur des hasards que nous  sommes tombés sur les preuves qui accablent et révèlent l’identité du « pilleur amateur » qui n’a pas eu le moindre scrupule pour piller le domicile privé de Milongo. Aurait-t-il été inquiété s’il avait été un citoyen lambda ? C’est moins sûr ! D’autant plus que l’information circulait depuis et l’incriminé avait même pris soin de signer son forfait sur l’un des murs de la chambre de ce dernier.

Retour sur un événement qui serait passé inaperçu si la presse internationale ne s’était pas déportée au domicile de Milongo pour le rencontrer à la veille de l’élection présidentielle de mars 2002 où il venait de jeter l’éponge vingt quatre heures seulement sous la pression des opposants en exil au pouvoir de Sassou N’guesso. Récit d’un détail anodin qui a conduit au coupable idéal, le célèbre Ninjas « Pistolet ».

En cette matinée du samedi 19 mars 2002, tous les regards sont rivés vers Mafouta, une bourgade de la périphérie sud de Brazzaville où André Milongo à un pied-à-terre. Il lui sert également de quartier général pour sa campagne présidentielle de 2002. Il est le seul candidat de poids qui concoure à cette compétition contre le candidat sortant, Sassou Nguesso.

Milongo, par un jeu de slogan subtil emprunté à sa langue natale le Kikongo : « Mpangui ya tâta, ni tâta kwa » qui se traduit par : « le frère du père, c’est aussi ton père », allusion faite aux électeurs de Bernard Kolélas qui se trouvait en exil avec le gros de la troupe des poids lourds de l’opposition. Milongo se pose ainsi en alternative en l’absence de Bernard Kolélas dont il lorgne l’électorat grâce à cette subtile métaphore tirée de la tradition Bantou. A cette élection il entend défendre ouvertement les couleurs de l’opposition. Une opposition qui finit par avoir raison de lui puisqu’elle lui demande de se retirer de la compétition pour ne pas donner une caution à ce qu’elle considère comme « une mascarade électorale ». Ainsi, le jour de la clôture de la campagne officielle, André Milongo invite tous ses partisans au Centre Sportif de Makélékélé à quelques encablures du marché Total, le fief électoral de Bernard Kolélas, pour prononcer son dernier discours de mobilisation. La foule répond présent. Opération marketing réussi. Coup politique bien joué ? Il faut que croire que oui. Toute la presse panafricaine et internationale qui était venu couvrir l’événement n’a d’yeux que pour Milongo. Toutes les rédactions rivalisent d’ingéniosité pour avoir, en exclusivité, les premières paroles de celui qui vient de semer le trouble dans la campagne en lui enlevant tout son charme. Il vient de jeter l’éponge ? Une éventualité qu’il n’évoque nullement lors de son meeting. Il laisse même planer le suspens. Ce n’est que très tard dans la soirée à quelques heures de la clôture officielle de la campagne, il se joue de tout le monde et annonce son retrait. Séisme dans le microcosme. Aucun journaliste pour rien au monde n’aurait manqué de croiser le chemin de Milongo pour l’interviewer. Il était l’actualité tout en étant un bon sujet d’analyse pour les rédactions étrangères sur place à Brazzaville.

Face à cette déferlante inhabituelle de la presse étrangère, son équipe de campagne n’eut pas d’autres solutions que d’organiser les retrouvailles le samedi matin à 10 heures dans sa résidence privée de Mafouta. Samedi, comme convenu, un ballet de voitures estampillées presse étrangère et autres personnalités de l’Union Européenne venues spécialement superviser ces élections au Congo, prennent tous, la direction des hauteurs de l’OMS pour rencontrer la star du moment, André Milongo. Après les demandes d’identité  et les fouilles d’usage à l’entrée de la résidence de Milongo, la délégation d’une dizaine de journalistes s’engouffre à l’intérieur du domaine où avaient déjà pris part quelques supporters et les membres rapprochés de son équipe de campagne autour de Thierry Moungala, son Directeur de Campagne. Précis comme un ordinateur et parlant comme un métronome qui saccade chaque mot avec une précision de laser pour convaincre la presse de la justesse de la décision de son patron à jeter l’éponge, Moungala jouera à merveille son rôle de « chauffeur de salle » avant l’entrée en scène de son mentor. Maître de cérémonie, une mission qui sera plus périlleuse que celle d’un funambule d’autant plus qu’il devait surfer entre Laurentine Milongo, l’épouse du candidat et M. Diafouka, l’un des conseillers volubiles de Milongo. A chaque fois que Thierry Moungala prenait la parole pour développer un argumentaire technique ou juridique, le duo lui opposait des arguments terre-à-terre espérant ainsi, faire pencher la balance des journalistes de leur côté.

Arrive, enfin, André Milongo pour mettre un terme au cafouillage communicationnel qui n’a pas manqué d’irriter plus d’un cadre présent à cette partouze débridée entre l’épouse, le Conseiller et le Directeur de Campagne de Milongo. Après ses civilités aux émissaires de l’Union Européenne, s’engage alors un échange libre et courtois entre le candidat Milongo et la presse. Un débat qui finira par déborder au delà de son retrait. Ses rapports avec Elf à l’époque où il était à la Primature sont évoqués. La discussion débouche enfin, sur les affrontements de décembre 1998 lorsque les Ninjas sont rentrés dans les quartiers sud de Brazzaville et sa résidence complètement pillée. Une résidence qu’il s’évertuait à refaire. Ces hôtes pouvaient constater les dégâts par eux-mêmes. C’est à ce moment là que son conseiller entre en action et propose une visite guidée à ces convives. Une visite qui sera lourde de conséquences. Monsieur Diafouka se charge alors de faire le tour du pâté de maison. Un vrai chantier où chacun découvre des salons et chambres vides où s’entassent, à même le sol, les objets personnels de la famille. En vrai guide professionnel, il agrémente la visite de commentaires où les Cobras sont présentés comme les principaux responsables du pillage du domicile privé de André Milongo.

Mais, dans une chambre, la première à droite, en rentrant, le peintre n’avait visiblement pas eu le temps de faire passer une couche de peinture pour masquer les tags qui y figuraient. Sur le mur on peut lire : « Ya Bouba, c’est moi ton neuveux Pistolet qui ta pillée… ». A côté, on y trouve les signatures de deux autres Ninjas se réclamant des pseudonymes de « Ty Rolien » et « Boy Soloi » De la dizaine de journalistes qui pénètre dans cette chambre, personne ne semble s’attarder et encore moins, attacher de l’importance au tag sur le mur. Au moment où la délégation quitte la pièce pour continuer son périple, arrive un des photographes de la presse étrangère qui est venu couvrir ces élections pour le compte de plusieurs journaux dont « Valeurs Actuels », « Africa International » et « Le Nouvel Afrique Asie ». Il se met à mitrailler ces tags sans savoir s’ils avaient une valeur journalistique ou artistique pour mériter une telle attention. La suite le dira ! Plus d’une année va s’écouler avant de retrouver le fameux cliché. Il va livrer son secret. Contrairement à ce qui avait été écrit sur la razzia des Cobras sur les biens de Milongo en décembre 1998, il n’en n’est rien. Ce qui ne les exempts nullement de critiques sur leurs excès dans le rançonnage des pauvres populations civiles, surtout dans le Pool.

Rappelons simplement que Monseigneur Anatole Milandou, Archevêque  de Brazzaville a été victime d’un braquage perpétré par les Ninjas le 14 décembre 2003 lors d’une visite pastorale à Kibossi. Cet acte n’a suscité que quelques murmures en lieu et place de protestations habituelles. Il en est de même pour la séquestration la même année du véhicule diocésain de Monseigneur Louis Portelle Mbuyu, Archevêque de Kinkala dans les environs de Mbandza Ndounga par un certain Titus, Ninjas de son état. A l’heure où la société civile traque toutes les incivilités et les dénoncent, il serait peut-être temps, qu’elle se mobilise aussi pour faire pression et dénoncer ces agissements afin que de tels actes ne se reproduisent plus. Peut-on espérer aujourd’hui, que la justice se saisisse de toutes ces affaires pour mettre un terme à l’impunité et traquer tous ceux qui ont, impunément, érigé des zones de non droit pour racketter, spolier et priver certains Congolais de leur propre bien ? Pour ce qui est de l’auteur du pillage du domicile privé de l’ancien premier Ministre, André Milongo, tout dépend maintenant de l’attitude qu’il va adopter.

Affaire à suivre….

 

P.SONI-BENGA.