Peut-on faire la morale le ventre affamé ?

La République des ONG, des associations caritatives et autres moralistes en tout genre se substituent de plus en plus en Afrique aux gouvernants de pays souverains pour leur donner des leçons, et en attribuer quelques « bons points » pour bonne gouvernance aux pays qui marchent au pas saccadé, selon d’obscurs critères connus que d’eux, et d’eux seuls. Sont-ils pour autant exempts de tout reproche en matière de rigueur, de bonnes mœurs et d’orthodoxies financières ? Ces nouveaux moralisateurs imbus de leur rôle de représentant de la société civile, jouent beaucoup plus le rôle des oppositions locales au lieu d’être celui d’aiguilleur. Se substituant le plus souvent à l’opposition, ces ONG qui localement doivent prolonger l’action des « grosses légumes » implantées en Europe se comportent, au pire, comme des dictatures au mieux comme des receleurs qui ne respectent pas eux-mêmes les règles édictées par leur propre texte. Au lieu de faire meilleur usage des maigres ressources qu’ils peinent à aller récolter auprès de généreux donateurs occidentaux, ils les utilisent à des fins personnels. Véritables usines de pompe à fric qu’elles aspirent sans compter auprès de certains naïfs installés dans les pays du Nord, les responsables de ces ONG – à l’embonpoint bien prononcé - n’ont, pour la plupart, jamais occupé de postes budgétaires ni exercés de hautes fonctions dans leur pays d’origine. N’ayant jamais connu la dureté du marché de l’emploi, nombre d’entre eux ont quitté les bancs de la fac sans avoir été salariés nulle part, se sont recyclés dans le mouvement associatif d’où ils tirent une notoriété de paillette et le maximum de leur revenu. Comme tous ces « Robins des Bois » de la délation doivent justifier l’origine des dons et autres virements qu’ils reçoivent de leurs donateurs, nombreux redoublent d’activismes exacerbés contre les autorités des pays en place transformés en véritables moutons noirs. Ces dictateurs de l’opinion sous le couvert de la société civile responsable sont-ils eux – mêmes exempts de tout soupçon dans la gestion rationnelle de leur subvention ?

En matière d’exigence morale pour la bonne gouvernance, peut-on donner de leçons le ventre affamé ou la bouche pleine ? Selon les cas, les réponses divergent entre ceux qui crient à hue et à dia que « ventre affamé n’a point d’oreille » et ceux qui clament que « l’on ne peut pas cracher dans la main qui vous donne à manger ». Il serait donc incongru de défendre les droits de l’homme en étant intègre, pur comme l’eau de roche et ne pas être un « pique-assiette ». Partant de ce postulat, peut-on, alors donner de leçons de bonne gouvernance la bouche pleine de subventions perçues de bienheureux donateurs sans en justifier ni l’usage ni sa dispersion ? Au slogan : « Publiez ce que vous touchez » aujourd’hui, d’autres rétorquent : « Publiez ce que vous bouffez » !

L’enquête menée par nos confrères du journal Le Coq à Pointe – Noire, dans la capitale océane, dans les locaux de l’association que préside Christian Mounzéo, démontre toute l’étendue de l’acrobatie financière de celui qui se fait passer pour le chantre de la défense des droits de l’homme et qui lutte contre la mal gouvernance, la corruption et la lutte contre les détournements des deniers publics. Laissons les grands mots. Place à la lecture. Si vous voulez laver plus blanc que savon Omo, évitez d’avoir des mains tâchées par la graisse de l’éléphant, parce que : « charité bien ordonnée commence par soi – même » : « Dites-nous qui vous engraisse » !

P.S.B. -E.G.

 

D’un «boukoutage» à un autre, Christian Mounzéo bientôt devant la Justice  ?

 

A la suite de la publication dans sa dernière livraison (n°051) d’un article sur la crise qui sévit au sein du bureau exécutif de la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH) depuis le 26 décembre 2005, le volatile de Brazzaville est interpellé au téléphone par M. Christian Mounzéo, mis en cause dans l’article incriminé comme étant «l’homme par qui le scandale arrive» dans le milieu des ONG des droits de l’homme du Congo. Selon M. Christian Mounzéo, l’article du Coq qui rappelait le précédent de l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) où il avait été également accusé de détournement de fonds en 2003 d’après un résultat d’audit de gestion, aurait été partial, diffamatoire et sous informé. Par scrupule professionnel, le volatile a déployé ses grandes ailes et s’est rendu à Pointe Noire, où  la RPDH a son siège, afin d’entendre toutes les parties. L’enquête menée sur place ne fait malheureusement que confirmer ce que nous avions déjà écrit. Pire, elle a mis à jour les dérives et l’arrogance d’un homme qui se croit au-dessus de tous et de tout, parce qu’il est un «leader» des droits de l’homme, une véritable «blanchisserie» de maffieux. Dictature, malversations financières, abus des biens sociaux et opacité, autant de maux que révèle ce voyage au cœur de «l’industrie» des droits de l’homme made in Christian Mounzéo.

 

Deux sièges pour la RPDH ?

 

Selon les communiqués de presse signés le 26 décembre 2005 et 24 janvier 2006 par M. William Bouaka relatifs à la suspension de M. Christian Mounzéo de son poste de président de RPDH, le siège de cette ONG est officiellement établi au deuxième niveau de l’immeuble Pharmacie Forum Santé. Mais arrivé sur place, le volatile apprend de la bouche de Christian Mounzéo que le «véritable» siège se trouve au centre de polio de Matendé, dans les locaux de la commission Justice et Paix. Cette situation, qui consacre une direction bicéphale de fait à la tête de la RPDH, est le résultat de la perte du siège de Tchimbamba en août 2005, pour non paiement de loyer. De 2004 à 2005, soit durant près de deux ans, la RPDH n’a payé aucun loyer à son logeur, qui se trouve être la tante maternelle de M. William Bouaka. Par «manque d’argent». C’est du moins ce que constate le bailleur, obligé malgré des liens familiaux étroits, de chasser la RPDH afin de profiter un tant soit peu de son bien. La propriétaire des lieux, qui appelle Christian Mounzéo et William Bouaka «ses enfants», avait pourtant poussé la sollicitude maternelle jusqu’à prêter de l’argent à la RPDH pour lui permettre d’ouvrir un compte à La Congolaise de Banque (LCB) à Pointe Noire. Elle a expliqué au volatile que c’est sur un crédit obtenu des Mucodec qu’elle décidera en 2004, afin d’aider «ses enfants» à démarrer leurs activités, de leur prêter 350.000 F .CA. «C’est à trois que nous sommes allés ouvrir le compte à la LCB : moi, Christian et William», confie t-elle.

Sur ce fond de départ d’origine familiale, une partie est utilisée pour des travaux d’embellissement des locaux ; 150.000 F .CFA font office de dépôt en compte. «Ils ont servi essentiellement à nourrir Christian Mounzéo et sa famille», se souvient William Bouaka. Mise à la porte en août 2005 pour cause d’indigence, la RPDH se trouve dès lors dans la rue. En l’absence de son président qui se trouve à Londres, ayant bénéficié d’un financement pour une formation en rapport avec le renforcement des capacités de la Coalition Publiez Ce Que Vous Payez dans le domaine budgétaire et de la fiscalité pétrolière. Deuxième personnalité de RPDH, William Bouaka fait vider les bureaux de Tchimbamba au mois de septembre 2005, après avoir informé le président en mission. Il n’a pas besoin de défoncer les portes, puisqu’il a les clefs et qu’il est chez lui. En outre, il partage le même bureau que le président, Christian Mounzéo. Depuis l’Europe, ce dernier demande au secrétaire général de déménager le matériel et la documentation de RPDH au centre polio de Matendé, dans les locaux de la Commission Justice et Paix. Une demande jugée «saugrenue» par le chef du département juridique, Me Médard Nkélé, qui offre de loger provisoirement l’ONG dans les locaux de son cabinet, sise immeuble Pharmacie Forum Santé, pour une période de six mois. Mais Mounzéo, conformément à sa volonté déjà exprimée, préferera installer le siège de la RPDH chez son ami Brice Makosso de la Commission Justice et Paix. Voilà la petite histoire des deux sièges provisoires actuels de la RPDH à Pointe Noire.

 

Subvention Front Line, la preuve du boukoutage

 

L’opération de déménagement du siège de Tchimbamba est à la base des déchirements qui vont surgir au sein du bureau exécutif de la RPDH. Dans la documentation retirée du bureau, une volumineuse enveloppe contient des correspondances du président Mounzéo, et qu’il a oublié par mégarde. Mal lui en prend car là-dedans se trouve  la copie d’un e-mail daté du 18 février 2004 et envoyé par Mlle Véronique Bassot de Front Line Defenders, une fondation de défense des défenseurs des droits de l’homme basée en Irlande. En voici l’essentiel du contenu. «Cher Christian, je suis heureuse de vous informer que Front Line a décidé, en principe, de vous accorder une subvention en aide au projet que vous nous avez soumis pour votre nouvelle organisation, RPDH, le 19 octobre. Cette subvention couvrira uniquement l’achat d’un groupe électrogène, l’achat d’un ordinateur portable, l’installation et l’abonnement Internet. En effet, il a été estimé que votre projet pour la défense légale et juridique des défenseurs des droits humains, bien qu’intéressante et tout à fait en ligne avec les objectifs de Front Line, nécessite beaucoup plus de substance et de planification. Après avoir reçu des références uniquement élogieuses sur votre travail, Front Line serait heureux de vous supporter pour votre sécurité à travers ces moyens de communication stables. Front Line pourra vous faire parvenir cette bourse (…) en janvier 2005. Je vous prie de vous mettre en contact avec nous à cette époque (…) Je vous souhaite bonne chance et beaucoup de courage pour la suite (…)» Ainsi donc, pendant que la RPDH se faisait chasser de son siège de Tchimbamba par «manque d’argent», un financement existait depuis février 2004 ! Informé des déboires locatifs de son ONG, Christian Mounzéo n’a pas bronché, demandant simplement un transfert des biens à la commission Justice et Paix. William Bouaka est bouleversé. En lui, l’émotion se le dispute à l’indignation. Le 13 décembre 2005, il demande un relevé de compte RPDH sur les quatre derniers mois. Là, les craintes se confirment : le compte est bel est bien mouvementé à son insu, alors qu’il est co-signataire statutaire. En quatre mois, son solde est passé de 800 mille et quelques F.CFA à plus de 600 mille.

Grâce à une signature «alternative», celle de Brice Makosso,  Christian Mounzéo a actionné le compte sans en référer à qui que ce soit à la RPDH. Ayant découvert le pot aux roses,  William Bouaka « verrouille» le compte en faisant opposition. Il n’en dit mot à personne, sachant qu’une réaction de Christian Mounzéo n’allait pas tarder. Ne dit-on pas que l’argent est le nerf de la guerre? Effectivement, deux jours plus tard, le 15 décembre 2005, Mounzéo se manifeste. Il téléphone à Me Médard Nkélé et lui dit qu’il souhaite le rencontrer. Ce à quoi le responsable du département juridique se dit disposé, se trouvant justement à son cabinet. Quelques minutes après ce rendez-vous pris au téléphone, c’est William Bouaka qui appelle à son tour pour exprimer le même désir. Me Medard Nkélé l’informe  qu’il vient de recevoir un coup de fil de Mounzéo qui arrive incessamment à son cabinet. William Bouaka suggère alors une rencontre à trois avec le président de RPDH, dès son arrivée. A 10 heures 25 minutes, Christian Mounzéo est au cabinet de Me Nkélé. Lorsqu’il lui est fait part du souhait du secrétaire général d’une rencontre à trois, il refuse catégoriquement.

Etonné, Me Nkélé écoute «médusé» le président de la RPDH qui avait demandé à le rencontrer en urgence, l’exhorter à travailler «bénévolement» pour la Cour Pénale Internationale (CPI), arguant que «c’est au prix des sacrifices que seront reconnus nos mérites dans nos domaines respectifs.» Aucun mot de la part de Mounzéo sur la situation d’opposition bancaire qu’il venait de découvrir et qui était probablement à la base de son irritation contre Bouaka. A 16 heures 30 minutes de ce même jour, Me Médard Nkélé reçoit à son cabinet la visite de William Bouaka. Celui-ci explique pourquoi Christian Mounzéo refuse de se retrouver en face de lui. Il sait, dit-il à Me Nkélé, que j’ai découvert l’existence d’un financement au profit de RPDH et qu’il a utilisé en contournant ma signature, pour sortir frauduleusement les fonds. Surpris et choqué, Me Nkélé téléphone immédiatement à Christian Mounzéo pour lui demander de se joindre à eux afin de tirer les choses au clair. Il essuie un nouveau refus. Le président de la RPDH rejette avec obstination l’idée d’une rencontre à trois et préfére parler uniquement avec Me Nkélé. C’est alors que la décision est prise de convoquer une réunion du bureau exécutif le 26 décembre 2005 pour examiner la situation. Le bureau essuie encore un refus de Mounzéo, tenu informé par voie d’huissier. «Allez leur dire que je suis le Président, je n’ai pas des comptes à leur rendre», dit-il en renvoyant l’huissier à son étude. C’est au cours de cette réunion du bureau exécutif que sera décidée la suspension de Christian Mounzéo de ses fonctions de président de la RDPH. A partir de ce moment, les couteaux sortent du fourreau. Qualifiant ses collègues du bureau de «marginaux» agissant sous l’empire de la «manipulation», Christian Mounzéo convoque quelques jours plus tard, le 14 janvier 2006, une assemblée générale extraordinaire de la RPDH au siège de la Commission Justice et Paix où il a élu son siège provisoire. Là, il règle ses comptes en faisant pleuvoir les sanctions contre les «marginaux». C’est la réponse du berger à la bergère.  

 

Révocation contre suspension

 

A sa suspension, Christian Mounzéo répond par la radiation des effectifs  de la RPDH de ses «contradicteurs» et leur exclusion  du bureau exécutif. Celui-ci est   restructuré au profit de zélateurs. Le procès verbal de cette assemblée est établi par Me Serge Dequet Bollo, huissier de justice. Pour disqualifier William Bouaka et Médard Nkélé afin de les radier des effectifs de la RPDH,  Mounzéo les accuse d’avoir violé l’article 3 du règlement intérieur en faisant convoquer une réunion du bureau exécutif et d’avoir publié un communiqué de presse (26/12) qui a discrédité la RPDH et la personne de son président. En clair, Christian Mounzéo, selon une lettre d’information d’Aristide Ghislain Ngouma adressée à William Bouaka, reproche aux incriminés «l’inobservation des dispositions statutaires et des fautes graves pour lesquelles les membres de l’assemblée générale n’ont pu comprendre les motivations réelles, notamment le fait d’avoir engagé le bureau exécutif sans en avoir mandat, la propagation des fausses nouvelles et une campagne diffamatoire contre le président, l’utilisation abusive des sceaux de l’organisation, la confiscation du matériel de l’organisation et des documents, etc.» En vertu de quoi, aux termes des articles 1, 15 et 16 du règlement intérieur, les susnommés ont été radiés des effectifs de l’organisation et remplacés aux postes restés vacants par MM. Aristide Ghislain Ngouma et Armand Ngouaka-Mbami en vertu des articles 1 et 6 du même document.

 

La question de la légitimité dans la crise de la RPDH

 

Malgré les articles des statuts et du règlement intérieur brandis par les uns et les autres pour suspendre ou pour exclure, les deux parties considèrent nulles et de nul effet les décisions prises à leur encontre. Christian Mounzéo estime que deux individus dans un bureau de cinq postes n’ont pas qualité pour convoquer une réunion du bureau exécutif et prendre des décisions graves. De leur côté, William Bouaka et Me Médard Nkélé estiment que par les fautes lourdes commises, et en attendant décision d’une assemblée générale convoquée par les ¾ des membres du bureau, Christian Mounzéo n’a plus la légitimité nécessaire pour engager la RPDH, encore moins convoquer, ainsi que le lui reconnaissent les statuts, l’assemblée générale des membres de l’organisation à jour des cotisations. Examinons de près ces points. Première question, la décision de suspendre Christian Mounzéo prise le 26 décembre 2006 par deux membres du bureau exécutif est-elle régulière ? Pour répondre à cette question, il faut se rapporter à l’article 16 des statuts de la RPDH qui stipule : «(…) Le bureau est investi des pouvoirs les plus étendus pour prendre des décisions qui ne sont pas réservées à l’assemblée générale. Il est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable. Il se réunit sur convocation de son président ou des deux tiers des membres. Il délibère à la majorité simple des membres. La voix du président est prépondérante en cas de parité.» Avant la réunion du 26 décembre 2005, le bureau exécutif de la RPDH, bien que comptant cinq postes, n’avait que quatre membres actifs. Il comprenait Christian Mounzéo, président ; William Bouaka, secrétaire général ; Médard Nkélé, responsable du département juridique et judiciaire ; Sylvestre Moussimbou, comptable. Par application de la règle de trois, le quorum était donc atteint avec deux membres du bureau. Aussi, explique Me Nkélé, la réunion du bureau a pu se tenir et examiner valablement la question relative à la gestion des fonds de de la RPDH. Cet examen avait  porté sur trois points, à savoir : la connaissance par Christian Mounzéo d’un financement au bénéfice de la RPDH domicilié sur le compte de la LCB ; la jouissance secrète et personnelle de ce financement ; la sortie frauduleuse des fonds en violation des dispositions statutaires. Ces actes constituent une violation flagrante des articles 2 des statuts, 9 et 11 du règlement intérieur. Ils constituent également, aux termes de l’article 12 des statuts et 15 du règlement intérieur, des fautes «lourdes.» De l’autre côté, la question se pose de savoir si la convocation de l’assemblée générale extraordinaire par Christian Mounzéo est-elle légitime et licite ? Selon l’article 16 des statuts de la RPDH, le président a effectivement la prérogative de convoquer l’assemblée générale. Mais un président, précise t-on, à qui il n’est reproché aucune faute «lourde», c’est-à-dire qui jouit de la confiance des autres membres du bureau. Ce qui n’est manifestement pas le cas ici, puisqu’il est mis en cause pour détournement des fonds, abus des biens sociaux et opacité dans la gestion. Dès lors, avait-il qualité pour engager la RPDH en convoquant une réunion d’assemblée ? On notera simplement que le 14 janvier 2006, il s’est cru en mesure de le faire. Cependant, pour ses collègues du bureau, il n’avait plus le pouvoir de convoquer personnellement cette assemblée générale, ayant perdu toute légitimité du fait de sa suspension, contre laquelle il n’avait exercé aucun recours. N’ayant pas été convoquée par les ¾ des membres du bureau exécutif, cette assemblée générale extraordinaire a été jugée  illégale et illégitime. A titre superfétatoire, renchérit Me Nkélé, aucune décision de révocation d’un membre du bureau exécutif ne pouvait être prononcée en l’absence d’un rapport préalablement dressé par le bureau exécutif, lequel rapport relevant entre autres les griefs à l’encontre desdits membres devait être soumis à l’approbation de l’assemblée, conformément à l’article 11 des statuts : «(…) La qualité de membre se perd par démission, décès ou par radiation prononcée après une faute lourde par l’assemblée générale sur rapport du Bureau exécutif.» Par ailleurs, Me Nkélé se demande si lors de cette assemblée générale Christian Mounzéo avait pris le soin préalable de vérifier si les «prétendus» membres à cette réunion étaient à jour des cotisations, de faire prendre connaissance de l’ordre du jour 15 jours avant et enfin de faire dresser par le bureau exécutif en exercice un rapport dans le sens du comportement reproché aux membres du bureau exécutif jugés fautifs. «S’il est tellement sûr de son bon droit, pourquoi n’a-t-il pas exploré les voies de droit ou attendu l’assemblée générale convoquée en mars par le bureau exécutif et présenter sa candidature afin d’être reconduit au poste de président ?», se demande Me Nkélé.

 

L’opacité dans la gestion et le détournement des fonds

Ayant choisi «la fuite en avant» en invoquant la manipulation dont ses collègues du bureau seraient victimes, Christian Mounzéo a pourtant implicitement reconnu les faits de détournement et d’opacité dans la gestion. Si l’on se réfère à ses déclarations au volatile selon lesquelles il a du recourir à une signature «alternative» pour sortir des fonds de la banque à cause de «l’indisponibilité» du secrétaire général, on peut se poser la question de savoir pourquoi il n’a pas avisé le concerné, ni les autres membres du bureau ? Pourquoi n’a-t-il pas pris le soin de faire modifier les dispositions ad hoc, afin d’agir dans la transparence et la légalité ? Par ailleurs, ce qu’il n’a pas voulu dire à ses collègues du bureau, Christian Mounzéo l’a dit à son assemblée générale extraordinaire. Selon un extrait du procès verbal de l’huissier Serge Dequet Bollo : «(…) Le président a fait un rapport détaillé au terme duquel il ressort que l’organisation bien qu’ayant émis plusieurs demandes de financement, une seule a abouti. De ce fait, elle a reçu une subvention de soutien de la part de l’organisation «Fondation pour la défense des défenseurs des droits de l’homme» d’un montant de 2 millions de F.CFA (environ 3.300 euros, ndlr) qui lui a permis d’acheter un ordinateur portable, un groupe électrogène et d’engager les travaux préliminaires d’installation de la connexion Internet dans les bureaux de l’organisation. Aussi, en 2005 monsieur Christian Mounzéo a bénéficié d’un financement de la «Colation Publiez Ce Que Vous payez» par l’organisation partenaire «Rosing Crust» via Global Witness, d’un montant de 10.000 livres sterling, soit environ 7 à 8 millions de F.CFA. Qu’à ce jour une partie a été mise à sa disposition. Que ce financement comptait dans le cadre du travail qu’il a effectué dans le cadre de la coalition «PWYP» dans le golfe de Guinée. Comme la coalition n’avait pas de compte bancaire pour le virement de cette somme, elle a utilisé le compte de la RPDH… » Concernant l’utilisation de la subvention Front Line, MM. Christian Mounzéo et Brice Makosso ont montré au volatile un groupe électrogène présenté comme appartenant à la RPDH ; mais pas de trace de l’ordinateur portable –  qui existerait quelque part– et d’Internet. Pour ne parler que de ce qui est visible, c’est-à-dire le groupe électrogène, Me Médard Nkélé se rappelle que Christian Mounzéo lui avait déjà montré le même groupe en août 2005 à la commission Justice et Paix, où ils étaient partis travailler sur un dossier de la CPI, à une période où Pointe Noire était plongée dans le noir. Mounzéo lui avait alors déclaré, se souvient-il, «nous achèterons un groupe pareil lorsque nous aurons un financement.» Ses  souvenirs sont très précis. «Je me rappelle très bien de ce groupe puisque j’en ai un pareil à la maison. J’avais même dit à Christian Mounzéo que nous pourrions l’acheter moins cher grâce à mes amis ouest africains», a confié Me Médard Nkélé au volatile. Par ailleurs, les raisons invoquées par Mounzéo pour justifier l’utilisation du compte RPDH dans le cadre de la coalition «PWYP» surprennent dans la mesure où certains membres de la coalition affirment que d’autres financements extérieurs en faveur de la coalition sont passés par le compte bancaire de la Commission Justice et Paix. Ce serait notamment le cas d’un financement de Catholic Relief Service (CRS) d’un montant de 15.000 euros environ. Pourquoi n’en a-t-il pas parlé dans son rapport détaillé ? Sans doute, explique t-on, par opacité dans la gestion du secrétariat exécutif de la coalition PWYP Congo, tenu par Christian Mounzéo et l’incontournable Brice Makosso, qui ne veut produire aucun rapport financier sur les financements reçus depuis 2004 et leur utilisation.  «Là aussi, on risque de découvrir de gros cadavres dans les placards», affirme un initié des rouages. Aie! libanga na molili...

 

La justice comme dernier recours ?

 

Devant la situation de crise qui sévit à la tête de la RPDH, qui tranchera ? L’assemblée générale extraordinaire de la coalition congolaise «PWYP» tenue dimanche 12 février dernier au siège de l’ADHUC sur convocation du président en exercice Loamba Moke, s’est penchée sur la question. Elle s’est déclarée incompétente pour trancher la question de la légitimité entre les deux ailes de la RPDH, tout en prenant des mesures conservatoires. Dans le cas d’espèce, c’est une suspension  pure et simple de la RPDH qui a été prononcée, en attendant que la justice se prononce sur ce dossier. Selon des indiscrétions recueillies par le bureau du volatile à Pointe Noire, une plainte aurait été introduite auprès du procureur de la République contre MM. Christian Mounzéo et Brice Makosso, accusés solidairement avec la direction départementale de  LCB.  Si le juge pénal reconnaît la culpabilité de Christian Mounzéo et de ses co-accusés dans le détournement des fonds appartenant à la RPDH, des condamnations pourraient alors être prononcées, assorties du paiement des dommages et intérêts. Condamné, Mounzéo perdrait alors automatiquement toute légimité à la tête de RPDH, et ne pourrait plus assumer ses fonctions de secrétaire exécutif de la coalition PWYP Congo. Une terrible perspective pour un activiste des droits de l’homme ! Mesdames et messieurs des droits de l’homme, pour des raisons d’éthique et de transparence, Publiez Ce Que Vous Bouffez !

 

 

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Si la RPDH m’était contée

 

En décembre 2003 naît une association des droits de l’homme dénommée Terre Unie des Hommes, qui a pour président fondateur M. William Bouaka. Elle se donne  pour objet la promotion de la culture de la paix et de la non violence, la promotion et la protection des droits de l’homme, ainsi que la lutte contre la pauvreté. Son bureau exécutif est composé de la manière ci-après. Président : William Bouaka ; secrétaire général : Sylvestre Moussimbou ; responsable du département juridique : Eric Ndongo ; responsable de la communication : Victor Kaya ; responsable de la question du genre : Rôche Yenguita.

Développant un projet sur la sensibilisation et la formation sur la culture de la paix et de la non violence sous le thème «Ecole pacifique», William Bouaka se rapproche de Christian Mounzéo, alors président par intérim de l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH), dans le cadre d’un partenariat. Le processus de légalisation de Terre Unie des Hommes coïncide malheureusement avec le départ de Christian Mounzéo de l’OCDH. En effet, dès le mois de juillet 2003, Roger Bouka, responsable de la communication de l’OCDH faisant office de trésorier lance contre Christian Mounzéo les premières salves en dénonçant une centralisation excessive et une personnalisation de la gestion. En octobre de la même année, un audit commandité par le président fondateur de l’OCDH, Parfait Moukoko, révèle des détournements systématiques des fonds, opérés en contournant la signature du trésorier. Mais Christian Mounzéo n’a jamais admis les faits, parlant d’insubordination de Roger Bouka et d’un «complot» organisé par Parfait Moukoko dans le cadre d’une lutte de leadership. Encore aujourd’hui, Mounzéo affirme que pour lui, cet audit dont il ne connaît pas la source de financement, n’a jamais existé. A cette époque tumultueuse de la vie de Christian Mounzéo où toute la commaunauté des ONG se mobilise pour une tentative de conciliation au sein de  l’OCDH, William Bouaka n’est pas en reste. Il s’investit dans une médiation auprès de Parfait Moukoko et de Roger Bouka. En vain. Christian Mounzéo,  définitivement rejeté par ses anciens camarades de lutte, est obligé de démissionner  fin décembre 2003William Bouaka, qui le fréquentait déjà dans le cadre que l’on vient de voir, décide de lui donner une seconde chance, contre l’avis des membres du bureau de Terre Unie des Hommes.

William Bouaka, selon ses  dires, a toujours considéré dans ses rapports humains qu’une première faute est une erreur ; la même faute répétée une deuxième fois est  une récidive à sanctionner très sévèrement. En tendant une main secourable à Christian Mounzéo, il était loin de se douter qu’il avait affaire à un récidiviste, un loup qu’il introduisait à nouveau dans la bergerie des droits de l’homme. Après avoir difficilement convaincu ses sociétaires, il réussit à propulser Christian Mounzéo à la tête de Terre Unie des Hommes, au cours d’une assemblée générale extraordinaire organisée le 04 janvier 2004 à Pointe Noire. C’est au cours de cette assemblée générale extraordinaire qui remet en selle Mounzéo à son poste préféré de «Président» qu’est décidée le changement de dénomination de l’association créée par William Bouaka. Désormais, celle-ci s’appelle Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH). Dans la foulée, la composition du bureau exécutif change. Il se présente désormais comme suit : Christian Mounzéo, président ; William Bouaka, secrétaire général ; Eric Ndongo, responsable du département juridique et judiciaire, qui cède très vite sa place à Me Médard Nkélé ; Victor Kaya, responsable de la communication, secondé par  Aristide Ghislain Ngouma (le secrétaire général issu de l’assemblée générale extraordinaire du 14 janvier 2006) ; Sylvestre Moussimbou, comptable ; Rôche Yenguitta, responsable de la question du genre. Sur les objectifs, la Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme endosse le  projet de Terre Unie des Hommes. Les activités peuvent ainsi démarrer. Sans argent, où installer le siège ? William Bouaka décide de faire recours à la famille. Il occupe la maison de sa tante maternelle et la transforme en siège RPDH : «Nous te verserons quelque chose dès que nous aurons notre premier financement», promet-il à cette dernière. Jusqu’au moment où la RPDH est chassée pour «non paiement», la pauvre n’avait toujours pas vu un seul franc de ce fameux financement. Pour des raisons que le lecteur connaît maintenant : le goût du détournement servi par l’opacité dans la gestion, la mauvaise foi et  la boulimie du pouvoir de Christian Mounzéo. Ah, tiari kwa !

 

 

Mokabi Dawa