QUESTIONS SANS DETOURS !!!

 

QUESTIONS SANS DETOURS A MICHEL NGAKALA, Haut Commissaire à la Réinsertion des Ex-Combattants

 

 

En cette fin de journée du 2 avril 2006, dans un hôtel discret de la banlieue nord de Paris, Michel Ngakala, Haut Commissaire à la Réinsertion des ex-combattants, nous reçoit pour cette « interview – fleuve ». De passage à Paris, via Bruxelles où il est allé plaider la cause de son département auprès de partenaires internationaux qui l’accompagnent dans la démobilisation et la réinsertion des anciens miliciens, il répond sans détours à toutes nos questions. Tout y passe. De son bilan à la tête du Haut Commissariat, de ses rapports avec Ntumi dans la crise du Pool, du débat de la Refondation qui secoue son parti, le PCT, etc., il n’élude rien. Tout passe au peigne fin. Portables fermés, l’échange est à battons rompu. N’eut été la programmation d’un derby du championnat anglais de football sur une grande chaîne cryptée, un sport qu’il affectionne et qui, pour rien au monde, n’aurait raté le spectacle, les heures se seraient écoulées sans fin.

Même s’il se défend de ne pas faire partie des « faucons » du régime de Sassou, son discours n’est pas celui de la complaisance. Il va falloir compter avec lui dans l’avenir.

 

P.S.B.

 

 

Ntumi est un homme versatile et intellectuellement limité pour conduire la paix dans le Pool !

 

 

Brazza.info : Monsieur le Ministre, un bûcher d’armes de guerre a été organisé en présence du Secrétaire Général de l’ONU, Koffi Annan et du Président Congolais, Denis Sassou N’guesso. De quelles armes s’agit-il ? Où les aviez-vous trouvé ? Dans le Pool ou ailleurs ?

 

Michel Ngakala : Ce bûcher fait suite à tout un programme qui a été engagé dans notre pays à la suite des accords du 29 décembre 1999. A l’issue de ces accords, il revenait au gouvernement d’engager le pays dans la voie du Dialogue National Sans Exclusive. Ce qui fut fait. Elle a débouché sur la Convention pour la Paix. Et aux termes des conclusions que les participants avaient arrêtés, il revenait au Président de la République d’imaginer les pistes à suivre pour déboucher à la paix et, quelle structure pouvait gérer ces engagements. Le Chef de l’Etat a, alors, créer un Haut Commissariat et un Comité de suivi pour la paix et la reconstruction du Congo, il a procédé à la nomination d’un médiateur de la République en août 2001. Par la suite, il a mis en place le Haut Commissariat à l’évaluation civique et à l’éducation morale. A partir de ce moment-là, le Haut Commissariat qui a reçu la mission du Président de la République pour désarmer, démobiliser et réinsérer tous les ex-combattants, c'est-à-dire tous les anciens miliciens qui avaient été enrôlés dans les différentes milices qui elles étaient dirigées par les différents chefs politiques, etc., notre mission était de tout mettre en œuvre pour que nous puissions réussir ce programme.

Le 14 avril 2001, à la clôture du Dialogue National Sans Exclusive, Il fallait que toute la Communauté nationale et internationale se rende compte qu’au niveau du Congo la question de la guerre n’était plus d’actualité et que tous les congolais et toutes les congolaises se sont engagés à faire asseoir la paix dans le pays. Nous avons alors procéder au premier bûcher. Ensuite, nous avions, dans un programme d’urgence dans le Pool, là aussi, au mois de septembre 2005, organisé un deuxième bûcher au Boulevard des Armées. Nous avions, dans le cadre du programme avec l’Union Européenne et le Pnud et en prévision de l’arrivée du Secrétaire Général de l’ONU au Congo, convenu de faire un autre bûcher au Boulevard des Armées. C’est ce qui a été fait. Toutes ces armes ont été ramassées dans le Département du Pool et dans la ville de Brazzaville. Ce sont des armes qui ont été ramassés ou remis volontairement par les Ninjas qui ne veulent plus de la guerre. Aujourd’hui, nous avons pratiquement ramassé plus de 1150 armes. Durant le séjour de Koffi Annan, nous avons organisé un bûcher où nous avons, symboliquement brûlé 250 armes.

 

B.I : Lors de la dernière conférence de presse du 12 mars dernier, du Révérend Pasteur Ntumi à Nkampa dans son fief du Pool, il a annoncé que la question des armes restait suspendue à son statut. Il y a-t-il une relation entre le statut de Ntumi et la question du ramassage des armes. Comment comptez-vous régler cette question ?

 

M.Ng : Lorsque nous avons travaillé au niveau du Comité ad hoc qui avait mis en place deux commissions de travail : la commission technique qui avait en charge des questions DDR, et la commission spécifique qui ne traitait que de problèmes politiques, dans aucun document, arrêté au niveau de la commission ad hoc avec les représentants de Ntumi, il n’est nullement fait état du statut de Ntumi en terme de préalable. Dans aucun document. Vous pouvez le consulter Le communiqué final a été sanctionné. Il reprend toutes les conclusions y compris les préoccupations de Ntumi. Et dans ce communiqué final, il y a rien qui traite du statut particulier de Ntumi pour aller au désarmement, à tout ce que le pays attends de lui.

Au fur et à mesure qu’on avance vers la résolution de cette crise, Ntumi fait monter les enchères. Ntumi avait demandé au Gouvernement de lui créer les conditions de son séjour à Brazzaville. Une maison lui avait été trouvée. Elle a été réhabilitée et équipée. Ntumi ne l’occupera pas. Elle sera, au contraire, occupée par des malfrats. Ces derniers qui représentaient un danger pour les populations des quartiers sud de Brazzaville, seront délogés par la Force Publique. Toujours dans la même dynamique, le Gouvernement a affecté des moyens roulants à Ntumi pour lui permettre de réaliser ce qu’il avait pris comme engagements. Ces moyens sont toujours entre ses mains.

Ntumi avait pris l’engagement que c’est lui et lui tout seul qui devait désarmer et  démobiliser tous les éléments qui étaient autour de lui, et qu’il revenait au Gouvernement de lui trouver les moyens financiers. Ces moyens financiers ont été débloqués et il les a reçu. Jusqu’à présent, il n’a jamais fait de compte rendu au comité ad hoc de l’activité qu’il a mené. Pour convaincre le Gouvernement de lui octroyer les moyens de son action, il a utilisé une expression Bantou bien de chez nous, en disant qu’il était le maître chien et que c’est lui seul qui pouvait lui couper la queue. Le Gouvernement l’a fait confiance et lui donné les moyens. Qu’a-t-il fait de ce qu’il a reçu ? Quelles sont les actions qu’il a menées ? Conclusion : mission inachevée et non accomplie.

Deuxièmement, il y a la Commission traitant des questions spécifiques, donc des questions politiques, cette commission a demandé à Ntumi de fondre son mouvement armé en parti en parti politique. Jusqu’à présent, ce mouvement n’a jamais été transformé en parti politique, déposé ses statuts au Ministère de l’Administration du territoire. Il n’y a aucun récépissé de dépôt ni d’enregistrement de ce mouvement. Le PCT aussi, attend que Ntumi lui présente lesdits documents pour se convaincre de sa volonté de construire le pays avec les autres forces.

 

B.I : Monsieur, le Ministre, une parenthèse pour vous demander, si vous disposez des documents qui confortent ce que vous avancer. Des documents que tous, peuvent consulter pour éviter d’être manipulé par le pouvoir. Car, vous dites une chose,  Ntumi répond par une autre chose. Qui dit la vérité ?

 

M.Ng : Les documents existent. Ce sont des documents officiels.

 

B.I : Tout le monde peut les consulter ?

 

M.Ng : Ces documents sont de portée publique. Durant les travaux en commission, le Haut Commissaire Général Marius Mouambenga a réussi à faire en sorte que nos partenaires internationaux puissent participer à ces discussions. Il y a eu une délégation de l’Union Européenne qui est venue spécialement pour prendre part à ces travaux. Etaient également associés le délégué du PNUD et l’Ambassadeur du Gabon. Et, lorsqu’il était empêché, il se faisait représenter. Vous voyez à quel point le Congo était engagé dans ce processus pour ne pas donner de prétexte ni à l’opinion nationale ni à l’opinion internationale. Nous avons travaillé en toute transparence.

Le Président de la République tenait à ce que cette question soit bien traitée. Car, pour lui, la question des armes, c’est celle qui doit asseoir la paix dans le pays. Il fallait enlever des mains de tous les ex-combattants cet instrument qui n’était pas le leur. Cet instrument appartient à la Force Publique. Ntumi, le sait. Il y a des communiqués finals sanctionnant ces travaux. Ces documents ont été paraphés par les deux parties. Ces éléments ont pris part à tous ces travaux. Ils étaient mêmes majoritaires.

Voyez-vous, nous avons même obtenu du Chef de l’Etat qu’il prenne un décret pour désigner un Commissaire qui est son propre petit frère, chargé de réinsertion sociale, auprès du Haut Commissaire. Nous avons au bureau du Comité de suivi, près de huit éléments issus du CNR qui avaient mission de préparer les conditions de la mise en œuvre de tous ces engagements. D’où vient – il que Ntumi conteste ce qu’il a lui mis pris comme engagement ? Ce n’est pas par manque de respect pour Ntumi, je l’ai déjà côtoyé. Je me rend seulement compte qu’au fur et à mesure qu’on avance,  et lorsque Ntumi se trouve dos au mur, il vous sort je ne sais quel problème qui n’a rien à voir avec les engagements qu’il a pris.

 

B.I : Monsieur le Ministre, Ntumi a dit lors de ladite conférence de presse qu’il n’avait « jamais déclenché l’opération de ramassage des armes » et les armes qu’il détient ont été retirées chez « les chanvreurs », il les stocke chez lui. Comment réagissez-vous ?

 

M.Ng. Ntumi confond beaucoup de choses. Au niveau du Pool, il y a encore des éléments qui se réclament de lui. Il y a aussi d’autres éléments qui sont fatigués de la situation actuelle et qui ne veulent plus de la guerre qui ont pris l’engagement par eux-mêmes d’adhérer au processus qui est engagé en respectant tout ce que nous avons, tous ensemble, pris avec Ntumi. Vous n’êtes pas sans savoir qu’au mois de mars 2003,  le 16 et le 17 mars, nous avons renoué avec Ntumi. Nous avons signé des engagements croisés avec Ntumi. Et, aux termes de ces engagements, Ntumi avait la mission de désarmer ses milices, de démobiliser tous ses éléments et de créer toutes les conditions pour que le Pool redevienne un Département où toutes les populations devaient vaquer à leurs occupations. Le Gouvernement, de son côté, devait disposer des moyens pour prendre en compte la question des hommes, celle de la démobilisation et de la réinsertion des ex-combattants. Et, dans le cadre de la Fonction Publique, prendre 250 éléments issus de la milice de Ntumi afin qu’ils soient intégrés dans la Police, la Gendarmerie et dans l’armée. Malheureusement, Ntumi n’a respecté aucun engagement.

Il s’agit là, de documents qui ont été signé à Brazzaville en son nom par ses représentants en présence de toute la Communauté internationale et des sages, des Députés et des Sénateurs du Pool. Ce que nous faisons, est conforme à l’esprit des engagements que nous avons pris avec Ntumi. Nous, continuons à respecter nos engagements. En même temps, dans le Pool, il y a des éléments qui sont lassés par la guerre et d’autres qui ne lui obéissent plus et ne souhaitent que la paix revienne une bonne fois pour toute. A partir de cet instant-là, nous prenons ceux qui veulent construire le pays avec les autres. Et, notre programme n’intervient que lorsque nous disposons de la matière, c'est-à-dire, lorsque les gens ont décidé d’eux-mêmes à tourner le dos à la violence. Nous n’allons donc pas les chercher de force. Ni chez eux, ni dans leur maison. Il s’agit de ceux qui ont répondu à l’appel du Chef de l’Etat, qui suivi cet appel, qui se sont présentés à nous et que nous enregistrons comme des éléments qui doivent bénéficier du programme mis en place par le Gouvernement.

En plus, ce programme qui prend en compte près de 5000 éléments autour de Ntumi. Il n’y a pas lieu de monter de faux chiffres qui ne seraient pas en harmonie avec ce que certains avancent ici et là. C’est donc, faux d’avancer des chiffres qui ne correspondent nullement avec la réalité du terrain. La vérité, c’est que Ntumi ne contrôle plus à 100% tous les éléments qu’il avait en 1998.

 

« NTUMI EST INDIVIDUELLEMENT RESPONSABLE DE LA DEGRADATION DE LA PAIX DANS LE POOL »

 

B.I : À vous entendre, Monsieur le Ministre, on peut penser que vous êtes un « faucon » ? Sans citer votre nom, les supporteurs de Ntumi et lui-même s’accordent à dire que la reprise de la violence dans le Pool en mars 2002, était le fait de votre prise de position musclée lors d’une conférence de presse à l’hôtel de ville de Brazzaville à l’endroit de ce dernier. Que répondez-vous à ces accusations ?

 

M.Ng : Pour ceux qui me connaissent, pour ceux des Congolais et des Congolaises, qui ont eu à me pratiquer, ils savent que je ne suis pas un « faucon » comme vous le dites, mais bien au contraire, un homme de dialogue. J’étais un vieux militant à l’UJSC. Au PCT, j’ai défendu la position de ce parti, j’ai même occupé des fonctions au niveau de l’organisation. J’ai dirigé la milice populaire dans ce pays durant plus de 14 ans, ils savent que Ngakala n’est pas un « faucon », mais au contraire, un homme de dialogue, de concertation et toujours tourné vers la recherche du consensus. Et, je ne serais pas devenu aujourd’hui un « faucon » parce que le Président m’a confié cette lourde responsabilité.

Autour de lui, des cadres sont connus ? Ceux qui nous ont côtoyés peuvent donner leurs avis sur chacun des cadres de l’époque. Je me refuse  d’être « faucon » Je défends les positions pour que le processus de paix puisse avancer.

Deuxièmement, j’ai été nommé le 2 août 2001. Le 16 octobre 2001, je vais à Miété seul, rencontrer Ntumi. Nous avons discuté. Nous avons eu un tête qui a duré longtemps et au cours de ce tête à tête, il m’a dit : « va voir le Président Sassou et dit lui que cette mission est la dernière ». Il a vu descendre sur ma tête une espèce de lumière et que j’étais un homme de paix et de dialogue. Et que grâce à moi, nous pourrions avancé ce processus. Il a pris des engagements devant moi. A l’époque, je suis encore officier en activité. Je vais rendre compte de ce que j’ai vu et entendu au Président de la République qui prend acte de la volonté de Ntumi d’aller vers la paix.

A la suite de cette rencontre, nous avons envoyé Madame Madeleine Yila et le colonel Niombo auprès du Pasteur Ntumi. Ces deux personnalités, ne sont pas originaires du Nord. Ils ont discuté longuement avec Ntumi et ses éléments. Avec ces émissaires, il a pris l’engagement de faire que nous puissions lui envoyer des représentants du PNUD à Miété pour qu’ils puissent être les garants de ces entretiens et qu’ils puissent bénéficier de la couverture des institutions internationales. Monsieur Bandelier, d’origine française, membre du PNUD et Monsieur Konaté qui était l’officier de cette organisation dans notre pays ont pris l’hélicoptère des Forces Armées Congolaises pour se rendre auprès de Ntumi dans son fief. Ntumi a pris des engagements devant eux. Il a demandé que l’on puisse créer les conditions pour qu’il puisse sortir. Nous avons rendu compte de cette mission au Président de la République qui a répondu que même à Oyo, il était prêt à le recevoir.

Mais, lorsque pour la deuxième fois, le colonel Niombo et Madame Yila sont repartis voir Ntumi, il a commencé à parler de son statut : « Quel sera mon statut ? » « Quel va être mon statut, etc.. » Donc, avant de sortir, il voulait qu’on règle d’abord, la question de son statut. A ce moment là, j’avais l’obligation de rendre compte aux sages du Pool et aux Ninjas des résultats de ma mission. J’avais conclu que Ntumi avait rompu le contact avec nous et il avait un autre schéma qui n’était plus celui que nous avions établi au départ. Ce sera l’objet de ma conférence à l’hôtel de ville. Je n’avais même pas indexé Ntumi. J’avais seulement rendu compte aux cadres, aux sages et aux officiers du Pool de nous proposer une autre démarche. Et que j’étais prêt à adhérer à toutes les démarches pourvues que cette démarche me permette de trouver une solution à cette situation, pas pour moi, mais pour le pays. Je suis un haut fonctionnaire de l’Etat nommé par le Chef de l’Etat qui m’a demandé d’accomplir une mission en son nom.

Au cours de la mission, je rencontre une difficulté. Plutôt que de ne pas reconnaître la difficulté, je me tourne vers les cadres du pays, pour que, ensemble, nous puissions trouver une solution pour sortir de cette impasse. C’est ce que j’ai fait. Il n’y a pas de honte à le dire. J’ai donc dit à tous ceux qui étaient là, que Ntumi n’était pas la personne la mieux indiquée avec qui on pouvait discuter. J’ai donc, demandé à mes frères du Pool de m’aider, car n’oubliez pas que lorsque le Chef de l’Etat m’avait confié cette mission, j’ai pris langue avec tous les frères d’armes du Pool pour qu’ils me fassent part de leur expertise dans cette affaire. Dans cette mission, je voulais la partager avec tout le monde parce que j’avais l’obligation de résultat et le chef m’avait choisi pour que je mène à bien cette mission dans l’intérêt du Pool et du pays.

 

B.I : Pourquoi, avoir alors entretenu cette version des faits, en faisant de vous le principal responsable de la reprise des hostilités dans le Pool en mars 2002 ?

 

M.Ng : C’est parce que c’était déjà le schéma de Ntumi, je le savais. J’ai rendu compte à qui de droit. Ce n’était pas quelque chose d’improviser. C’était quelque chose de concret. C’est Ntumi qui, le premier a ouvert les hostilités. Sur le terrain il était en train de se préparer pour relancer les hostilités et il l’a fait sur trois fronts au même moment.

 

B.I : Vous voulez nous dire que c’est Ntumi qui a repris les hostilités et non la Force Publique ?

 

M.Ng : C’est Ntumi qui a, le premier attaqué la Force Publique qui était en patrouille dans la zone frontière qui lui revenait, c'est-à-dire, à la frontière vers Djambala. Ce sont les éléments de Ntumi qui ont attaqué l’armée dans la zone où elle était en train de patrouiller. Et, ce même jour, il a déclenché sur trois fronts : sur le chemin de fer et à Kindamba. Donc, c’était déjà quelque chose d’élaborer, très loin d’un incident banal comme on l’aurait pensé. Ntumi avait déjà les moyens moraux, physique et militaires pour mener une telle action. Intellectuellement, il était préparé pour engager ce genre d’opération. C’est lui qui a poussé l’armée à relancer les hostilités dans le Pool. Ce ne sont pas les éléments de la Force Publique qui sont à l’origine de cette reprise des hostilités et encore moins, Michel Ngakala.

 

B.I : Quel est l’état du Pool aujourd’hui ? Pensez-vous que les élections générales se dérouleront un jour dans ce Département ?

 

M.Ng : Ntumi, dans ces engagements et dans les discussions au sein du Comité ad hoc, commission DDR, commission technique, etc., avait clairement fait savoir qu’il était candidat à la députation. Il est pour les élections. Et, aujourd’hui dans le Pool, il ne reste plus que le district de Kindamba, de Mayama, de Vindza, de Kimba, de Mindouli, de Goma Tsé-Tsé. Tous les autres districts, sont pourvus de Députés. Notamment, Louingui, Boko, Mbandza-Dounga, Ignié et Ngabé. Il s’agit de faire en sorte que le Pool, puisse lui aussi se doter d’un conseil départemental comme les autres départements ; qu’il soit représenté à l’Assemblée Nationale. Faire en sorte que la démocratie de proximité puisse prendre corps dans cette partie du territoire et les doléances des populations locales être examinées au niveau de la représentation nationale. Il faudrait qu’il ait lui aussi des Sénateurs issus de ce conseil départemental. Le manque de représentants de ce département au sein des instances nationales, l’handicap fortement. Et, c’est Ntumi qui en est la principale cause, d’autant plus que le Président de la République a clairement indiqué, et à maintes reprises, qu’il n’est pas pour la reprise des hostilités dans le Pool, qu’il pense avoir donné tous les gages pour que la paix s’installe aussi dans cette localité. Ces éléments sont représentés au niveau de tous les comités et autres commissions. D’autres, sont avec nous au Haut Commissariat. Il est donc temps que Ntumi comprenne que la paix doit se faire dans le Pool comme partout ailleurs dans notre pays. C’est la volonté de tout le monde.

 

B.I : Quelle sera la réaction du Gouvernement si Ntumi ne rentre pas dans cette dynamique ? Est – ce que le retour de l’ancien Maire de Brazzaville, serait un élément déclencheur de cette dynamique ? Quelle lecture faites-vous de son retour au pays et sur la scène politique nationale ?

 

M.Ng : Certaines personnes peuvent estimer qu’il n’y a aucun lien avec ce qui se passe dans notre pays et le retour du Président Kolélas. C’est la volonté du Président. Si vous prenez tous les discours du Chef de l’Etat, vous constaterez qu’il est toujours constant dans sa quête de la paix. Il est sorti vainqueur d’un affrontement qui lui avait été imposé, il a l’humilité de dire qu’il n’y a eu ni vainqueur ni vaincu. Et que seul, le peuple était vainqueur. Dans le souci, de ne pas froisser ses adversaires, il leur tend la main. Vous pouvez le constater par vous-même que le premier gouvernement qui est mis en place, fut un gouvernement d’Union nationale à l’intérieur duquel, on trouvait les partisans du Président Lissouba, comme Mberi Martin, de Bernard Kolélas en la personne de Michel Mampouya et d’autres cadres qui n’étaient pas du même bord politique que lui,… A tous, il leur a demandé de venir reconstruire le pays ensemble. Pour ceux qui sont friands des sciences politiques, ils peuvent affirmer qu’il s’agit là, de gestes que seuls les grands hommes d’Etats peuvent accomplir. Et, lorsque le Président Kolélas est à son tour touché par le drame que vous connaissez, il se comporte, d’abord en chef de famille. Garant des institutions, de l’équilibre de la nation et de son unité, il décide que Kolélas rentre. Il initie un projet d’amnistie pour lui. L’amnistie est votée par le Parlement. Le Président créé les conditions pour que la famille de Kolélas puisse organiser les obsèques dans la dignité. Ensuite, Kolélas et sa famille se rendent à Oyo chez le Président pour le remercier ; une grande cérémonie est organisée entre les deux familles. Après Oyo, il revient à Brazzaville avant de s’envoler pour Paris après s’être adressé à sa base. Par la suite, il se lance dans la réorganisation de son parti. De tout ce qu’il a dit, trois mots clés peuvent être retenus : Je suis revenu, je suis Congolais, je suis revenu pour contribuer au renforcement du processus de paix.

De notre côté, nous observons, ce que concrètement, sur le terrain, grâce à lui, le pays peut gagner dans la paix, la stabilité et dans la cohésion sociale. Qui peut être contre une telle ferveur, contre un tel processus ? Tous les amis du Congo ont applaudi. C’est la volonté du Président Sassou qui a fait que tout soit fait dans le sens du retour de la paix. Nous aussi, nous avons pensé que c’était la meilleure décision de voir tous les fils et les filles du pays se retrouver pour reconstruire ensemble. Il n’y a que ceux qui pensent qu’ils ne sont pas responsables de ce qui s’est passé dans notre pays qui n’apprécient pas le geste du Chef de l’Etat. Il y aurait, pourtant beaucoup à dire sur leur responsabilité dans la destruction de notre tissu social. Ils refusent de reconnaître que c’est à cause d’eux que le pays a été détruit. Et ils refusent de reconnaître qu’ils ont tords. Mais, c’étaient eux qui étaient au pouvoir. Ils ont engagé le pays dans la voie de la violence. C’est à nous tous, de nous remettre en cause pour l’intérêt national. Ne pas le reconnaître c’est vouloir que la paix ne revienne pas dans ce pays.

Nous devons être ensemble pour reconstruire le pays. Car, depuis le 15 octobre 1997, le Président Sassou a toujours affirmé que seul le pays était sorti vainqueur de cette confrontation. Il était hors de question de ne pas associer tous ceux qui étaient animé par la dynamique de paix à la reconstruction de notre patrimoine commun. Beaucoup ont répondu présents à cet appel et sont avec nous pour reconstruire le pays.

 

B.I : On peut donc penser qu’il s’agit d’un élément dynamique pour renouer avec la paix dans le Pool : Kolélas, étant aussi originaire de cette région ?

 

M.Ng : Premièrement, Kolélas au cours de son meeting a dit qu’il allait voir son frère cadet Ntumi pour parler de la question de la paix dans le Pool. S’il souhaite rencontrer Ntumi, c’est pour parler avec lui du processus de paix dans le Pool. C’est vrai, ils sont du Pool. Mais ils sont avant tout Congolais. Deuxièmement, le Pool est dans cette situation, Ntumi a une part de responsabilité et il n’y gagnerait rien en le laissant dans cet état. Troisièmement, ils doivent tirer les leçons qu’ils ne doivent pas laisser le Pool dans cette situation de désolation. Ils doivent de fait, tirer les conséquences de l’état dans lequel se trouve ce département. Car, plus personne ne veut de la guerre. Les populations sont fatiguées et las de la guerre. Si, Kolélas peut faire qu’on puisse trouver une solution à cette crise en allant à la rencontre de Ntumi, pourquoi ne pas l’encourager. Et qui peu s’opposer à pareille initiative ?

Je dois quand même préciser une chose à ce sujet que c’est Ntumi lui-même qui disait lorsque Kolélas était encore en exil, que le jour où ce dernier rentrera au Congo à 8 heures, deux heures après, c'est-à-dire à 10 heures, il est Brazzaville. Kolélas est rentré. Il ne sort toujours pas. C’est lui qui ne tient pas parole. Ntumi avait fait du retour des exilés et surtout celui de Kolélas, une des exigences majeur de son combat, en réclamant leur retour et d’avancer : « le jour où ils rentrent au pays, l’instant qui suit, il est à Brazzaville ». Il avait là, l’occasion d’annoncer à Kolélas : « je me suis battu pour que vous rentriez au pays. Maintenant que vous êtes-là, je n’ai plus de raison de rester en forêt ». Ce n’est, malheureusement pas, ce qu’il choisit de faire. Si kolélas permet au processus d’avancer, vu qu’il a dit qu’il prendra une part active au processus de réconciliation, qui peut douter de sa sincérité ?

 

« LE PRESIDENT LISSOUBA DOIT FAIRE LA PAIX AVEC SON PEUPLE ET LUI DEMANDER PARDON »

 

B.I : Vous avez dit qu’il faut que les fils et les filles de ce pays puissent se réconcilier et ensemble, reconstruire le pays. Nous avons tous, suivi qu’une personnalité éminente de l’UPADS vient, au nom du Président Lissouba, demander pardon au peuple. Compte tenu, des scissions qui existent au sein de ce parti, prenez vous cette demande de pardon au sérieux ? Comme pour Bernard Kolélas, le Président Lissouba doit lui aussi bénéficier de l’amnistie ?

 

M.Ng : Je n’ai pas bien suivi cette affaire de demande de pardon. Je crois qu’il s’agit de Ngamassa qui a fait cette déclaration au nom de l’UPADS, le parti du Président Lissouba. Notre volonté aujourd’hui, c’est de voir la démocratie s’exercer dignement au Congo. Et pour qu’elle s’exerce, il faut que les partis politiques puissent librement s’exprimer. L’UPADS est un grand parti. Et en dépit de ce que tous les partis rencontrent en terme de débat interne, ce parti a tenu cette réunion publique à Brazzaville sans problèmes. Et, Ngamassa, semble-t-il, est la personne que le Président Lissouba a choisi pour conduire la politique de son parti à Brazzaville, c’est un très bon signe. Que ce parti puisse s’organiser pour préparer les échéances de 2007 et 2009, c’est le souhait de tous. M.Ngamassa a tenu ces propos en toute liberté et à Brazzaville. Ces propos qui n’engagent que lui. Il a demandé pardon assorti d’autres considérations qu’il aurait pu s’en passer. Je constate que ce n’était pas lui qui était le Chef de l’Etat. Notre problème aujourd’hui, c’est que nous voulons faire asseoir certaines valeurs que nous avons, pratiquement ensemble, détruites. Si on doit les reconstruire, nous devons faire preuve de beaucoup d’humilité. C’est une grande qualité. Elle élève les grands hommes. Cela fait partie des grands hommes. Partout dans le monde, les grands hommes sont des gens humbles qui, lorsqu’ils ont commis une faute, reconnaissent qu’ils ont commis une faute parce qu’ils ne sont pas des gens infaillibles. Ensuite, ils doivent se remettre en question. Et, ensemble on reconstruit le pays en tirant les leçons de notre passé commun.

Sur cette question, nous voulons voir les fils et les filles de ce pays se lancer sur cette dynamique en disant, le pays a été détruit à cause de nos faiblesses, de nos égoïsmes et à cause du fait que nous avons créé dans ce pays des partis ethniques. Il faudrait, partant de là, nous remettre en cause pour faire la politique autrement. Pour y arriver, nous devons commencer par refaire nos partis politiques afin qu’ils soient collé à notre destin commun. Nous n’avons donc pas de divergences sur cette question, si ce n’est que nous devons nous remettre tous en question. Là-dessus, je ne perçois nullement de signal venant de leur côté.

 

B.I : Si on vous suit, il revient au Président Lissouba de demander pardon et non à M.Ngamassa de le faire, même s’il est son porte-parole ?

 

M.Ng : L’UPADS, c’est le parti du Président Lissouba. C’est ce parti qui a créé les conditions pour qu’il soit élu président de la République et c’est lui, il est encore vivant, il n’est pas encore mort, il doit répondre de ses responsabilités. C’est à lui de le faire. Il est le fils de ce pays. Il a été élevé au titre que vous savez. Il a exercé de hautes fonctions dans ce pays, il doit prendre ses responsabilités. Le Président Sassou en son temps, à la Conférence Nationale, avait dit : « J’assume ! » pour tous les présidents. Il avait donc, assumé pour le Président Massamba-Débat, pour le Président Marien Ngouabi, pour Yhombi Opango qui était encore vivant et enfin, pour le Président Fulbert Youlou. En leur nom, il a dit qu’il prenait le destin du Congo sur lui. Voilà l’humilité. Depuis que le pays s’est trouvé dans la situation que nous connaissons, je n’ai jamais entendu le Président Lissouba exprimer de manière claire, explicite et de façon précise, un seul regret à ce sujet. Jusqu’à présent, sa voix est restée inaudible. Il faudrait que le Président Lissouba assume et dise que ce qui s’est passé au pays c’est aussi de sa faute. C’est très important pour le pays. C’est surtout très important pour juger de la sincérité de la démarche de ceux qui parlent en son nom.

Il ne s’agit pas de dire que les tords sont d’un côté ; que nous avons raison et les autres ont tords. Qu’il n’y a que nous qui avons raison et les autres sont responsables. Et que le pays qui se détruit aujourd’hui, eux ils ne sont pour rien. Non ! Il ne faut pas choisir la fuite en avant. Il s’agit de reconnaître : oui, nous avons détruit le pays ensemble. Ensuite, tirer les leçons ensemble et nous remettre tous au travail pour reconstruire le pays. Donc, il ne sert à rien de créer les conditions qui vont encore le déstabiliser, le diviser en Nord-Sud, en parti ethnique, en « Palmier » ou en ceci ou cela. Il s’agit, réellement de tirer les leçons de cette dérive et conclure qu’elle n’était pas bonne pour le pays.

Partant de là, le débat ne sera plus en fonction de nos ethnies ou nos origines, mais devra se centrer autour des valeurs, des idées au non aux hommes. Les gens vont alors s’identifier au pays et non à leur région ou département d’origine. Ils auront à cœur le destin du pays qu’on va engager vers la modernité. Il s’agit de créer les bases qui feront que l’on puisse léguer à nos enfants un pays où ils n’auront plus rien à craindre lorsqu’ils se déplaceront du Nord au Sud et vice-versa. Il ne faudrait plus qu’un seul Congolais, parce qu’il est originaire d’une région ait peur de séjourner dans une région qui n’est pas la sienne. Il ne faudrait pas qu’un originaire du Pool puisse faire des cauchemars la nuit parce qu’il séjourne dans une ville du Nord du pays ; qu’un originaire du Nord se réveiller avec des sueurs froides le matin à cause d’une nuit mouvementée parce qu’il a dormi dans le Niari. Il faudrait faire en sorte que tous les enfants puissent vivre en paix et dans la quiétude partout où ils se trouveront. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, ils devront se déplacer sans craintes. Ils ne doivent plus se sentir en insécurité dans leur pays et ce, quelque soit l’endroit où ils se trouvent. C’est le pays de demain que nous voulons construire. Pour construire ce pays de demain, il faut des acteurs politiques responsables. Il ne faut pas s’improviser acteur politique encore moins parler au nom d’autres acteurs, ni même à leur place.

Il s’agit de nous remettre en question et de tirer les leçons du passé et nous projeter dans l’avenir pour reconstruire le pays ensemble.

 

« LA REFONDATION, CE N’EST PAS LA LUTTE DES PLACES POUR DEFENDRE DES INTERETS EGOÏSTES ET MATERIALISTES »

 

B.I : Au sujet de l’avenir, parlons un peu de la situation de votre parti, le PCT, que vous avez réintégré depuis votre départ à la retraite des Forces Armées Congolaises (FAC). De quel côté vous situer : Du côté des Refondateurs ou de celui des anti – Refondateurs qui ne veulent pas que l’on tue le Camarade Marien une deuxième fois en le débarrassant de tous ses symboles ?

 

M.Ng : Vous devez me connaître un peu, vous qui suivez de près ce débat. Sans rien vous cacher, je suis par nature un homme de gauche, celui qui se remet perpétuellement en cause. Je suis donc, un Refondateur né. Cet état d’esprit n’est pas seulement le fait du PCT. Par moi-même, je suis un Refondateur, quelqu’un qui est toujours tourné vers le progrès, vers l’avenir. Quand on est tourné vers ces valeurs là, on supporte mal d’être statique. On est toujours, et à chaque fois, en train de se remettre en cause, de questionner sur l’avenir et les grands sujets du moment. Ce n’est pas pour tuer le pays, ni pour tourner le dos aux valeurs essentielles qui fondent notre pays. C’est pour reconstruire les choses autrement.

 

B.I : Mais qu’est ce qui fait que les gens qui sont tournés vers l’avenir et qui se remettent en cause perpétuellement pour changer des choses, rencontrent autant de difficultés à faire passer un message simple à leurs compagnons, lors qu’on sait que la fronde est assez rude dans le débat interne entre les Refondateurs et les Anti – Refondateurs ?

 

M.Ng : Il ne s’agit pas de faire la refondation en l’identifiant aux hommes. Quand on l’identifie aux hommes, on échoue. Je pense qu’il faudrait, lors qu’on aborde ce débat, analyser la situation du pays tel qu’il se présente à nous. Même si on peut survoler l’historique qui conduit à cette mutation, force est de constater que nous étions le reflet des divisions du monde. Notre parti était, celui qui dans notre pays devait construire une société socialiste avec un parti d’avant-garde. Et ce parti, parlait au nom de la classe ouvrière ; excluant la bourgeoisie, les valeurs rétrogrades de l’église, les commerçants, les défenseurs du libéralisme à la congolaise, etc.

Dans ce combat, nous étions soutenus par l’Union Soviétique et par les pays de l’Est dans leur ensemble. En Afrique, nous étions le pays qui représentait le courant anarchique. Ensuite, le bloc s’est disloqué, le sommet de la Baule avec François Mitterrand est passé lui aussi par là pour remettre tout en cause. Le maître mot de tous, c’est la libéralisation de la vie publique et économique. C’est le début de la démocratisation économique, la fin du parti unique qui fait perdre le caractère d’avant-garde au PCT. Nous ne sommes plus le parti national sur lequel était bâti l’identité nationale. Nous sommes devenus un parti qui doit renégocier, comme les autres, sa survie politique et se confronter à la compétition électorale. Dans ce contexte du multipartisme, nous avions très mal organisé notre entrée dans cette nouvelle ère. La conséquence immédiate fut l’érosion, les démissions en cascade des membres éminents suivi de la création de partis ethniques, les partis ayant pour base électorale le district d’origine de son fondateur qui ne parle qu’au nom de son district et qui, lorsqu’il sort de sa zone ethnique, ne représente plus rien et ne pèse d’aucun poids politique. Ensuite, la guerre est venue nous surprendre tous. Sassou sort vainqueur de cette confrontation. Au sortir de cet affrontement, il fallait doter au Président Sassou un nouvel appareil politique d’autant plus que le PCT était, et avait fait la guerre avec les autres. Or, le Président Sassou qui est sorti vainqueur de cette confrontation se présente en rassembleur et veut, au-delà de sa base traditionnelle, fédérer avec tous ceux qui partagent les valeurs fraternelles et avec des acteurs nouveaux, motivés et capables de l’accompagner de l’installer comme la personne capable de tirer un trait sur notre passé douloureux. Mais, pour atteindre cet objectif, il lui fallait un appareil politique à même de répondre à cette exigence.

Si certains pensent que la refondation, va leur faire perdre quelques privilèges ; des privilèges qu’ils ont jalousement conservés et qu’ils craignent d’en être privés, il ne s’agit nullement de cela. Si ceux là étaient dans des intérêts égoïstes et craignent de les partager avec les nouveaux cadres, les nouvelles têtes, de nouveaux hommes politiques, parce qu’on veut élargir la base qui va permettre au Président Sassou d’asseoir réellement la démocratie dans notre pays tout en éloignant le spectre de la violence qui a rôdé ces dernières années autour du pays, ils se trompent de combat. Il s’agit encore une fois de faire que le Président Sassou dispose d’un appareil politique qui puisse fédérer tous les fils et filles du pays et autour d’une seule et même ambition la paix, l’unité, le développement et la réconciliation nationale. Il doit faire que les jeunes puissent oublier la guerre qui a opposé les gens en Nord – Sud et se retrouver autour des valeurs.

Donc, le débat qui consiste à dire qu’on va tuer le Président Marien Ngouabi deux fois est un faux débat. Vous qui êtes ici en France, vous savez certainement que ceux qui perpétuent la mémoire de De gaulle n’ont jamais souffert de l’évolution du RPF (Rassemblement Pour France) en passant par le RPR (Rassemblement Pour la République) qui s’est transformé en UMP (Union pour un Mouvement Populaire). Aujourd’hui la personne qui préside aux destinées de ce parti qui se réclame du « gaullisme » est loin de faire partie de ceux qui avaient accompagné le général De Gaulle à ses débuts. Pourtant, on ne dirait pas que ces « gaullistes » ont tué De Gaulle trois fois !

 

B.I : Pourtant, les autres vous rétorquent que si vous ne voulez plus garder le nom du PCT, pourquoi ne créer vous pas votre propre parti politique ? Peut-on imaginer le Président Sassou démissionner du PCT, créer son propre parti pour mettre un terme à cette crise ?

 

M.Ng : Je ne suis pas dans les secrets du Président Sassou. Ce que je sais, c’est que le Président Sassou n’est pas un diviseur de force. C’est au contraire, un rassembleur né. Je pense pour ma part qu’il préfère continuer cette nouvelle aventure avec les mêmes camarades et vieux compagnons de toujours, parce qu’il pense que c’est ensemble qu’il faut opérer les mutations importantes pour notre pays. Nous devons l’accompagner dans cette nouvelle tâche. Et, l’accompagner, c’est créer pour lui et avec lui un grand parti, un nouvel appareil animé par des hommes et des femmes de très bonne volonté qui aiment leur pays et qui sont attachés aux besoins réels de nos populations.

 

B.I : Dans ce débat de la Refondation, est-ce qu’il ne s’agit pas tout simplement de la « lutte des places » contre la « lutte des classes » pour caricaturer un slogan qui vous est cher ?

 

M.Ng : Lorsque je suis revenu au parti, j’ai clairement pris position pour la refondation même si j’ai pris un peu de la distance. Mais, ce qui est sûr, c’est que les gens étaient habitués à certains schémas. Aujourd’hui, ils ont peur de ne plus s’y retrouver dans la nouvelle configuration, dans ce grand mouvement d’idée qui va naître. Il faudrait qu’ils se fassent violence. Car, si l’on veut faire asseoir un débat en ne tenant compte que de nos seuls intérêts égoïstes, on ne pourra pas faire avancer les choses.

Si on engage un débat avec des préalables, quelle sera ma part, qu’est ce que je vais gagner, ou qu’est ce que je vais en tirer pour moi tout seul, on se trompera largement de direction et d’objectif. Deux questions doivent animer ces acteurs, à savoir : ce débat sur la refondation est engagé pour qui et pour quoi ? Il est engagé pour donner à notre pays une autre vision des choses. Il est engagé pour faire que le pays puisse être géré autrement. Il est engagé pour faire qu’on puisse choisir des hommes et des femmes capables de s’identifier à leur pays et leur destin. A partir de ce moment là, tout le débat relatif aux intérêts personnels ne sera que secondaire. Il faut avoir un débat d’avenir. Le reste est très malsain et ne contribue pas à élever le débat.

 

« NOTRE BILAN, C’EST AUX CONGOLAIS DE LE DRESSER »

 

B.I : Quels sont vos rapports avec la Banque Mondiale ? Il est question d’une manne financière que votre département a reçue de la part de cette institution. A combien s’élève t-elle ? Comment est – elle gérée ? On est à l’heure du PPTE comme on dit là-bas, la gestion est –elle transparente ? Quel est l’organisme qui est chargé de contrôler et de surveiller la bonne utilisation de cet argent ?

 

M.Ng : Je peux vous rassurer que nous avons déjà réalisé le premier programme qui a été financé par la Banque Mondiale. C’était un crédit que nous avons reçu de leur part. L’Association Internationale de Développement (IDA) qui est une succursale de la BM nous a accordé une aide de 5M$. Et toutes les missions de la BM qui sont venus au Congo pour l’évaluation à mi-parcours et la mise en œuvre de ce programme, ont conclu que celui-ci était bien exécuté et avait répondu aux exigences fixées par elle. Aujourd’hui, nous sommes dans un programme plus important que le premier. C’est un programme multisectoriel qui est très complet et prend en compte tous les problèmes qui se posent au pays. Il s’agit de la question du désarmement, de la démobilisation, de la prévention des conflits, celle des ex-enfants - soldats et la question de la Force Publique en tant que régulateur de la démocratie dans un pays pacifié.

Nous sommes sur un programme qui est mené par les Congolais après avoir organisé tous les tests de recrutement sur chaque poste, certains ont été retenus. La communauté internationale fait protéger ce programme par un audit interne et externe. Donc, il faut un auditeur externe plus un contrôleur de gestion financière. A côté, il y a quelqu’un qui est chargé du suivi et d’évaluation. En même temps, nous avons un Commissaire chargé du contentieux. Toutes ces dispositions ont été discutées et élaborées avec nos partenaires de la Banque Mondiale. Tous les pays qui sont éligibles à ce programme bénéficient de l’appui technique et du contrôle de suivi de la Banque Mondiale. Nous avons déjà engagé le programme. C’est ainsi que nous avons tenu une journée parlementaire avec les Sénateurs pour leur expliquer ce programme, les élus locaux qui gèrent la démocratie de proximité. Nous irons également dans les Départements pour expliquer ce programme. Il y a sept Département au total qui seront bénéficiaires dudit programme. Il y a le Pool, Brazzaville, la Bouenza, la Lékoumou, le Niari, les Plateaux, Cuvette et la Cuvette Ouest. Voilà les Départements qui bénéficieront de ce programme.

Il faut aussi noter qu’il y a sept coordinations départementales. Une, parmi les sept, gère deux Départements. C’est celle qui est basée à Owando. Elle supervise la Cuvette et la Cuvette Ouest. Tous les cadres qui composent la coordination l’ont été grâce aux différents tests qui ont été organisés après l’appel d’offre. Je puis vous rassurer que même si vous étiez un voleur préparé, vous n’aurez pas les moyens de tricher et encore moins de détourner cet argent. Moi qui suis le Haut Commissaire, je n’ai que la signature. Le dossier est initié par le comptable qui lui, a été recruté uniquement pour ce programme. D’ailleurs, c’est la Banque Mondiale elle-même qui a procédé à sa sélection. Il est renforcé par deux assistants. Un, au plan financier et un autre sur le plan comptable. En plus de cela, il y a deux auditeurs, un externe et un interne avec un contrôleur de gestion financière. C’est cette équipe qui vise toutes les dépenses pour voir si elles sont en conformité avec les procédures de la Banque Mondiale. Vous ne pouvez pas, partant de là, faire autrement que de faire avancer les choses. Le programme ne peut qu’être exécuté en toute transparence.

 

B.I : Pour conclure, quel bilan dressez-vous de votre action à la tête de ce département ? S’il y avait une image, un symbole ou une réalisation que vous avez entreprise, laquelle souhaitiez vous que les Congolais retiennent de vous ?

 

M.Ng : Il faudrait, avant tout reconnaître que nous avons réussi à nous approprier l’expertise nationale dans le règlement de cette crise. Il n’était pas facile d’obtenir de nos partenaires leur aide et leur assistance financière dans la lutte pour la pacification de notre pays. Nous sommes aussi fiers de voir que tous les postes pourvus au niveau de la coordination nationale reviennent aux nationaux, c'est-à-dire, aux Congolais. En dehors des auditeurs. De plus, nous sommes un programme qui s’est imposé dans le pays et dans la sous région comme l’un des programmes les mieux menés. Et dans certaines parties du continent nous sommes cités en exemple par nos partenaires qui sollicitent de plus en plus notre savoir-faire.

Après, le premier programme, nous avons pu bénéficier d’un nouveau programme qui va être financé à hauteur de près de 25M$. Nous venons de signer une convention financière de 17M$ avec la Banque Mondiale, 8M$ avec l’Union Européenne. Toutes ces institutions ne peuvent pas décider de vous octroyer des sommes aussi importantes que celles là si vous ne remplissez pas bien votre mission. Tout ce vaste programme a pour objectif, le renforcement du processus de paix, la stabilité du Congo et de la sous région. Si nous arrivons à atteindre ces objectifs pour notre pays, ce sera un honneur pour nous. Mais pour l’heure nous sommes en mission de la République. Il reviendra aux Congolais de voir si nous étions des personnes indiquées pour accomplir en leur nom cette mission que le Chef de l’Etat nous a confié.

 

Interview réalisée par Paul SONI-BENGA.