M. Frédéric Bintsamou alias Ntumi

Polémique autour de la mort de 15 ex- combattants du CNR

Ntumi, un justicier expéditif ?

 

La prise de fonctions ratée du pasteur Ntumi à Brazzaville, le lundi 10 septembre dernier, s’est soldée, comme on le sait, par une retraite en catastrophe vers le Pool de et de ses hommes, après quelques escarmouches avec la Force Publique au niveau du pont de Djoué.

 

Au cours de ce repli ethnique, de nombreuses personnes ont perdu la vie. Rendant les Généraux des Forces Armées Congolaises responsables de cette sortie ratée, Ntumi a affirmé que ces derniers profitaient de la crise du Pool pour se faire « les poches ». Accusation confirmée dans une interview accordée aux journaux La Griffe (n°031 du 18-24/09) et La Rue Meurt (n°617 du 18/09), où il accuse les officiers généraux des FAC et certains membres du gouvernement d’être les principaux responsables de son couac. « Quand la situation est confiée à la Force Publique, a-t-il dit, celle-ci créée des situations de guerre pour que effectivement, leurs Généraux-là aient aussi beaucoup d’argent. Moi, je dis que c’est un lobby qui est au gouvernement qui a entretenu cela et qui veut que la situation ne puisse pas se terminer ». Alors que le gouvernement a parlé d’un bilan de deux morts dans les rangs de la milice Ninja-Nsiloulou, le Conseil National des Républicains (CNR, ex- mouvement rebelle) a affirmé, quant à lui, qu’il y avait eu en réalité quinze miliciens tués. Sur ce bilan macabre, qui dit vrai, qui dit faux ?


M.Bernard KOLELAS

L’enquête de la rédaction de www.brazza.info sur ce dossier révèle une très grosse surprise : aucune des parties n’a menti, tout le monde a dit la vérité ! Le gouvernement a parlé de deux miliciens Ninjas-Nsiloulous tombés en représailles sous les balles de la Force Publique au pont de Djoué, les seuls qu’il ait vus et dont il a pris en charge l’inhumation. Le CNR, par la voix de Ntumi a donné sa version sur les quinze Ninjas disparus que le pouvoir réclame en vain pour procéder à leur inhumation. Pour Ntumi : « C’est au niveau du pont du Djoué, donc déjà à la porte de Brazzaville pour regagner le Pool, que les éléments de la force publique vont tirer sur eux. Certains d’entre eux ont été jetés dans le Djoué ; des femmes et même des enfants. On a retrouvé 7 corps, le même jour. On a retrouvé 2 corps dans les jardins. Au camp Makala, on a retrouvé 2 autres corps. Au CEG André Grenard Matsoua, on a retrouvé 3 corps et 1 autre à Moutabala. Ce qui fait un total de 15 morts, à part ceux qu’on a jetés dans l’eau du Djoué ». (La Griffe n°031 du 18-24/09). Où sont les corps ?

Le seul problème est que Ntumi et ses hommes, comme chacun sait, ont voulu à bon compte se débarrasser de la responsabilité de ces treize autres morts tués au Pool lors de leur opération de repli, en les mettant sur le dos de la Force Publique et du gouvernement. C’est là qu’ils ont été pris en flagrant délit de mensonge !

 

Info ou Intox ?

Tout est parti d’une série de coups de fil donnés aux correspondants de la presse internationale accrédités à Brazzaville par le porte-parole et suppléant du pasteur Ntumi dans la circonscription de Kimba, où ils furent battus à plate couture dès le 1er tour. Selon ce proche collaborateur du pasteur Ntumi qui prenait le contre-pied du bilan des dégâts humains dressé par le gouvernement, la force publique aurait plutôt tué quinze de leurs miliciens, à la place des deux officiellement annoncés.

Le pasteur Ntumi lui-même, contacté, avalisera ce chiffre en expliquant que ce bilan « lourd » était dû à une opération de représailles de la force publique, qui les aurait poursuivis jusque dans leur dernier retranchement au Pool. Tenant le « scoop » d’une source jugée « crédible », les agences de presse, en particulier l’AFP, ont fait leur « job » en rédigeant une dépêche à ce sujet.

Très vite, le doute s’installe dans l’esprit des journalistes, qui demandent à voir les corps en question. Bien entendu, jusqu’à ce jour, ils n’ont rien vu. Le gouvernement, saisi de la question par voie des médias, demande à son tour aux hommes du pasteur Ntumi, en réunion mixte à la Primature, de lui montrer ces treize autres cadavres des ex- miliciens Ninjas-Nsilulus, pour qu’il soient enterrés avec les autres aux frais de la République.


M. I. MVOUBA 1er Ministre

En guise de réponse, ce sont des « balbutiements » relatifs à d’insurmontables difficultés administratives auxquelles les hommes de Ntumi seraient confrontés de la part de la Mairie de Brazzaville, qui ne leur faciliterait pas les recherches au sein de la morgue municipale pour identifier les restes mortels des treize miliciens...

En clair, on a annoncé d’abord un chiffre sur le nombre des morts, puis cherché par la suite à en apporter la preuve ! Une démarche qui, chacun en conviendra, est plus que légère et curieuse de la part du pasteur Ntumi et de ses collaborateurs. Le plus flagrant dans cette tentative de manipulation et d’intoxication de l’opinion publique, c’est la certitude factuelle que la Force Publique n’a jamais poursuivi Ntumi et ses hommes dans le Pool lors de leur retraite, ainsi que les journalistes à Brazzaville ont pu le vérifier en recoupant les sources. La mission assignée à la force publique par le gouvernement était stricte : sécuriser la ville de Brazzaville et sa banlieue sud. Point. Malgré cela, le pasteur Ntumi et ses hommes ont continué à affirmer qu’il y avait eu treize morts dans leurs rangs, pendant qu’ils battaient en retraite au Pool. Que s’était-il donc alors réellement passé ?

 

Justice expéditive, Ntumi « Saigneur » de guerre ?

 

Il faut remonter le film de la débandade des troupes du pasteur Ntumi battant en retraite vers leur tanière du Pool pour comprendre ce qui s’est passé. De notoriété publique (on a vu les images à la télévision), la retraite des ex- miliciens Ninjas-Nsiloulous, lourdement armés, s’est accompagnée de violences sur les infrastructures et les populations. A Madibou, dans la banlieue sud de Brazzaville, une station d’essence a été pillée, des commerces mis à sac et les populations victimes de vol et de viol. A la gare de Matoumbou, sur le chemin de fer, un train marchandise a été arraisonné et pillé.

L’arraisonnement et le pillage par les Ninjas de Ntumi du train marchandise est la goutte d’eau qui a débordé le vase et qui, certainement a suscité la colère du pasteur Ntumi ; chacun sait  qu’il tire de substantiels revenus d’un accord tacite de « sécurisation » du trafic ferroviaire au Pool, conclu voici quelques années déjà avec la

direction du Chemin de fer Congo Océan (CFCO). Depuis que le chemin de fer est devenu la vache laitière qui alimente les caisses du CNR, il a été béatifié par le futur Ministre-délégué à « la réparation des séquelles de guerre ». Faut surtout pas y toucher, sans son accord express !

De peur de voir son image « d’homme de paix » à nouveau écornée par les exactions massives et publiques commises par ses miliciens, Ntumi décide manu militari de lâcher, pour une expédition punitive, les « hommes » de son frère cadet, Sylvain Bintsamou, alias Doc Gozardio qui doit son sobriquet, non pas à cause de ses connaissances en plantes médicinales, mais à cause de son statut d’ancien vendeur  de médicaments frelatés au marché, comme tous les « Bana Bilongo » !

En fait d’« hommes » de main, il s’agit plutôt des membres des « sévices de l’ordre » du CNR encadrés par Doc Gozardio ; de véritables « Pit-bulls » qui ne font pas dans la dentelle. Aux uns, ils coupent les mains ; aux autres, ils appliquent le supplice du collier, quand ce n’est pas l’exécution sommaire pure et simple, par une balle dans la tête. Le massacre est effroyable et rappelle le tristement célèbre « Mbetengué » la fameuse « gifle de Saint Michel » : une torture instituée par Ntumi durant la guerre qui consistait à « punir » avec le plat de la machette Tramotina rougie sur le feu et vigoureusement assené sur le dos, en cent coups bien comptés et bien fait !

Informés de l’horreur, des parlementaires du Pool n’hésitent pas à s’en émouvoir dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Hélas, hélas ! Comme à leur habitude, ces leaders du Pool n’auront ni le courage de dénoncer ses faits en public et encore moins d’en glisser mot au Chef de l’Etat lors de leur rencontre en sa résidence privée de Mpila !  

La férocité extrême de la réaction de Ntumi envers ses propres troupes s’explique aussi par son inquiétude de se voir encore plus isolé du monde civilisé, à cause des casseroles qu’il trimbale déjà. En effet, ses partisans et autres fanatiques pouvaient encore soutenir la thèse d’un boycott de prise de fonctions savamment orchestré par le pouvoir en place, en l’occurrence par les généraux de Sassou, même si l’on peut toujours se poser des questions sur l’authenticité de cette fameuse note « confidentielle » du Ministre de la Défense adressée au Chef de l’Etat suggérant de « neutraliser » Ntumi et, surtout, la manière dont elle aurait atterri entre ses mains. Mais assumer et justifier les actes de vandalisme et de barbarie commis par les Ninjas-Nsilulus sur les populations et des infrastructures comme le CFCO, c’était nettement plus hasardeux

Mais les actes de vandalisme et de barbarie commis par ses Ninjas-Nsilulus, les proches de Ntumi pouvaient difficilement les « zapper ». Ayant recherché, retrouvé et puni les auteurs des forfaits, ils ont cru utile de camoufler le crime en l’imputant à la Force Publique, qui ne les a pourtant jamais poursuivis au Pool. Alors, question : Ntumi serait-il l’unique Congolais à posséder le droit de vie et de mort sur d’autres Congolais, transformés en sujets religieux de la secte d’un gourou ?

 


M. TCHIMBABELELA

31 décembre 2007 : dernier délai !

 

Trop, c’est trop ! Tel semble avoir été le cri de cœur du Chef de l’Etat Congolais, à son retour à Brazzaville, au lendemain de ces événements sanglants. Fraîchement rentré des vacances, il a reçu dans la matinée du lundi 17 septembre, en sa résidence privée de Mpila, une délégation des parlementaires et dignitaires originaires du Pool conduite par le 2ème Vice-président de l’Assemblée nationale et membre du bureau exécutif du MCDDI, Bernard Tchimbabelela, l’archevêque de Brazzaville Monseigneur Anatole Milandou et l’évêque de Kinkala, Monseigneur Louis Portella-Mbuyu.

Au menu de la rencontre : la prise de fonctions ratée de M. Frédéric Binstamou, alias pasteur Ntumi, et les conditions de sa prochaine venue à Brazzaville. Denis Sassou Nguesso n’est pas allé par quatre chemins. Il a clairement expliqué que pour lui, la prise de fonctions à son cabinet du délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre, Ntumi, était une affaire purement administrative et technique, qui ne pouvait donner lieu à de nouvelles négociations.

Si le pasteur Ntumi voulait toujours prendre ses fonctions, il devrait le faire avant le 31 décembre 2007, durant sa présence à Brazzaville, et sans la compagnie de sa horde des ex-combattants. Dans la capitale, il sera logé et gardé conformément aux dispositions et modalités qui seront définies de commun accord par les membres du Conseil National des Républicains (CNR) et le Haut Commandement des Forces Armées Congolaises (FAC).

Dépassé ce délai, il n’y aura plus d’état de grâce ; un décret présidentiel sera pris, qui déclarera hors la loi tout porteur d’armes ne faisant pas partie de la Force Publique. Au sujet de ses ex-combattants Ninjas-Nsiloulous, ils seront désarmés avant sa prise de fonctions à Brazzaville et cantonnés à Kinkala, où le bureau du Programme National de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR) remettra à chacun, contre son arme, une « prime frictionnelle » de 400.000 FCFA. En attendant de trouver une solution définitive qui conduirait à leur identification par une carte d’identité biométrique et infalsifiable.


M. W. MATSANGA

En effet, dans le cadre de ce projet, l’analyse des empreintes a montré que des ex-combattants se sont fait enregistrer plus d’une fois avec plusieurs identités. Ce qui retarde d’autant la question de leur réinsertion. La solution de rechange proposée par Ntumi, qui refuse le cantonnement de ses Ninjas-Nsilulus, est de leur donner un « Kit » composé d’un lopin de terre, de tôles, de clous et du matériel de construction, pour qu’ils construisent eux-mêmes leurs maisons. Mais, avant d’en arriver-là, il faut bien qu’on débusque les vrais ex-combattants des faux, de manière à connaître le nombre exact des personnes à réinsérer. L’argent de la communauté internationale, en l’occurrence la Banque mondiale, se gère avec rigueur et sérieux !

Après les dérapages vécus, que les deux parties s’efforcent de corriger pour créer les conditions optimales de la prise de fonctions de Ntumi en qualité de délégué général chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre, qui devrait avoir lieu dans les tout prochains jours, l’heure doit être à l’apaisement des esprits. Il s’agit de faire en sorte que les dérapages de ce sombre lundi 10 septembre 2007 ne soient plus qu’un mauvais souvenir, à jeter dans les calendes congolaises de la bêtise humaine.

 

P.Mokabi-Dawa & P.SONI-BENGA.