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Ntumi, un justicier
expéditif ?
La
prise de fonctions ratée du pasteur Ntumi à Brazzaville, le lundi 10 septembre dernier, sest soldée, comme on le sait, par une retraite en catastrophe vers le Pool de et de ses hommes, après quelques escarmouches avec la Force Publique au niveau du pont de Djoué.
Au cours de
ce repli ethnique, de nombreuses personnes ont perdu la vie. Rendant les
Généraux des Forces Armées Congolaises responsables de cette sortie ratée, Ntumi a affirmé que ces derniers profitaient de la crise du
Pool pour se faire « les poches ». Accusation
confirmée dans une interview accordée aux journaux La Griffe (n°031 du
18-24/09) et La Rue Meurt (n°617 du
18/09), où il accuse les officiers généraux des FAC et certains membres du
gouvernement d’être les principaux responsables de son couac. « Quand
la situation est confiée à la Force Publique, a-t-il dit,
celle-ci créée des situations de guerre pour que effectivement, leurs
Généraux-là aient aussi beaucoup d’argent. Moi, je dis que c’est un lobby qui
est au gouvernement qui a entretenu cela et qui veut que la situation ne puisse
pas se terminer ». Alors que le gouvernement a parlé d’un
bilan de deux morts dans les rangs de la milice Ninja-Nsiloulou,
le Conseil National des Républicains (CNR, ex- mouvement rebelle) a affirmé,
quant à lui, qu’il y avait eu en réalité quinze miliciens tués. Sur ce bilan
macabre, qui dit vrai, qui dit faux ?
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Le seul problème est que Ntumi et ses hommes, comme chacun sait, ont voulu à bon
compte se débarrasser de la responsabilité de ces treize autres morts tués au
Pool lors de leur opération de repli, en les mettant sur le dos de la Force Publique
et du gouvernement. C’est là qu’ils ont été pris en flagrant délit de mensonge !
Info
ou Intox ?
Tout est parti d’une série de coups de
fil donnés aux correspondants de la presse internationale accrédités à
Brazzaville par le porte-parole et suppléant du pasteur Ntumi
dans la circonscription de Kimba, où ils furent
battus à plate couture dès le 1er tour. Selon ce proche
collaborateur du pasteur Ntumi qui prenait le
contre-pied du bilan des dégâts humains dressé par le gouvernement, la force
publique aurait plutôt tué quinze de leurs miliciens, à la place des deux officiellement
annoncés.
Le pasteur Ntumi
lui-même, contacté, avalisera ce chiffre en expliquant que ce bilan « lourd »
était dû à une opération de représailles de la force publique, qui les aurait
poursuivis jusque dans leur dernier retranchement au Pool. Tenant le « scoop »
d’une source jugée « crédible », les agences de presse, en
particulier l’AFP, ont fait leur « job » en rédigeant une dépêche
à ce sujet.
Très vite, le doute s’installe dans
l’esprit des journalistes, qui demandent à voir les corps en question. Bien
entendu, jusqu’à ce jour, ils n’ont rien vu. Le gouvernement, saisi de la
question par voie des médias, demande à son tour aux hommes du pasteur Ntumi, en réunion mixte à
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En clair, on a annoncé d’abord un
chiffre sur le nombre des morts, puis cherché par la suite à en apporter la
preuve ! Une démarche qui, chacun en conviendra, est plus que légère et
curieuse de la part du pasteur Ntumi et de ses
collaborateurs. Le plus flagrant dans cette tentative de manipulation et
d’intoxication de l’opinion publique, c’est la certitude factuelle que la Force
Publique n’a jamais poursuivi Ntumi et ses hommes dans
le Pool lors de leur retraite, ainsi que les journalistes à Brazzaville ont pu le
vérifier en recoupant les sources. La mission assignée à la force publique par
le gouvernement était stricte : sécuriser la ville de Brazzaville et sa
banlieue sud. Point. Malgré cela, le pasteur Ntumi et
ses hommes ont continué à affirmer qu’il y avait eu treize morts dans leurs
rangs, pendant qu’ils battaient en retraite au Pool. Que s’était-il donc alors réellement
passé ?
Justice
expéditive, Ntumi « Saigneur » de
guerre ?
Il faut remonter le film de la
débandade des troupes du pasteur Ntumi battant en
retraite vers leur tanière du Pool pour comprendre ce qui s’est passé. De
notoriété publique (on a vu les images à la télévision), la retraite des ex-
miliciens Ninjas-Nsiloulous, lourdement armés, s’est
accompagnée de violences sur les infrastructures et les populations. A Madibou, dans la banlieue sud de Brazzaville, une station
d’essence a été pillée, des commerces mis à sac et les populations victimes de
vol et de viol. A la gare de Matoumbou, sur le chemin
de fer, un train marchandise a été arraisonné et pillé.
L’arraisonnement et le pillage par les Ninjas de Ntumi du train marchandise est la goutte d’eau qui a débordé le vase et qui, certainement a suscité la colère du pasteur Ntumi ; chacun sait qu’il tire de substantiels revenus d’un accord tacite de « sécurisation » du trafic ferroviaire au Pool, conclu voici quelques années déjà avec la
direction du Chemin de fer Congo Océan (CFCO). Depuis que le chemin de fer est devenu la vache laitière qui alimente les caisses du CNR, il a été béatifié par le futur Ministre-délégué
à « la réparation des séquelles de guerre ». Faut surtout pas y
toucher, sans son accord express !
De peur de voir son image « d’homme
de paix » à nouveau écornée par les exactions massives et publiques
commises par ses miliciens, Ntumi décide manu
militari de lâcher, pour une expédition punitive, les « hommes »
de son frère cadet, Sylvain Bintsamou, alias Doc Gozardio qui doit son sobriquet, non pas à cause de ses
connaissances en plantes médicinales, mais à cause de son statut d’ancien vendeur
de médicaments frelatés au marché, comme
tous les « Bana Bilongo » !
En fait d’« hommes »
de main, il s’agit plutôt des membres des « sévices de l’ordre »
du CNR encadrés par Doc Gozardio ; de véritables
« Pit-bulls » qui ne font pas dans la dentelle. Aux uns, ils
coupent les mains ; aux autres, ils appliquent le supplice du collier,
quand ce n’est pas l’exécution sommaire pure et simple, par une balle dans la
tête. Le massacre est effroyable et rappelle le tristement célèbre « Mbetengué » la fameuse « gifle de Saint
Michel » : une torture instituée par Ntumi
durant la guerre qui consistait à « punir » avec le plat de la
machette Tramotina rougie sur le feu et vigoureusement
assené sur le dos, en cent coups bien comptés et bien fait !
Informés de l’horreur, des
parlementaires du Pool n’hésitent pas à s’en émouvoir dans les couloirs de
l’Assemblée nationale. Hélas, hélas ! Comme à leur habitude, ces leaders
du Pool n’auront ni le courage de dénoncer ses faits en public et encore moins
d’en glisser mot au Chef de l’Etat lors de leur rencontre en sa résidence privée
de Mpila !
La férocité extrême de la réaction de Ntumi envers ses propres troupes s’explique aussi par son inquiétude
de se voir encore plus isolé du monde civilisé, à cause des casseroles qu’il
trimbale déjà. En effet, ses partisans et autres fanatiques pouvaient encore soutenir
la thèse d’un boycott de prise de fonctions savamment orchestré par le pouvoir
en place, en l’occurrence par les généraux de Sassou,
même si l’on peut toujours se poser des questions sur l’authenticité de cette
fameuse note « confidentielle » du Ministre de la Défense
adressée au Chef de l’Etat suggérant de « neutraliser » Ntumi et, surtout, la manière dont elle aurait atterri entre
ses mains. Mais assumer et justifier les actes de vandalisme et de barbarie
commis par les Ninjas-Nsilulus sur les populations et
des infrastructures comme le CFCO, c’était nettement plus hasardeux
Mais les actes de vandalisme et de
barbarie commis par ses Ninjas-Nsilulus, les proches
de Ntumi pouvaient difficilement les « zapper ».
Ayant recherché, retrouvé et puni les auteurs des forfaits, ils ont cru utile de
camoufler le crime en l’imputant à la Force Publique, qui ne les a pourtant
jamais poursuivis au Pool. Alors, question : Ntumi
serait-il l’unique Congolais à posséder le droit de vie et de mort sur d’autres
Congolais, transformés en sujets religieux de la secte d’un gourou ?
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Trop, c’est trop ! Tel semble avoir
été le cri de cœur du Chef de l’Etat Congolais, à son retour à Brazzaville, au
lendemain de ces événements sanglants. Fraîchement rentré des vacances, il a
reçu dans la matinée du lundi 17 septembre, en sa résidence privée de Mpila, une délégation des parlementaires et dignitaires
originaires du Pool conduite par le 2ème Vice-président de
l’Assemblée nationale et membre du bureau exécutif du MCDDI, Bernard Tchimbabelela, l’archevêque de Brazzaville Monseigneur
Anatole Milandou et l’évêque de Kinkala,
Monseigneur Louis Portella-Mbuyu.
Au menu de la rencontre : la prise
de fonctions ratée de M. Frédéric Binstamou, alias
pasteur Ntumi, et les conditions de sa prochaine
venue à Brazzaville. Denis Sassou Nguesso
n’est pas allé par quatre chemins. Il a clairement expliqué que pour lui, la
prise de fonctions à son cabinet du délégué général chargé de la promotion des
valeurs de paix et de la réparation des séquelles de guerre, Ntumi, était une affaire purement administrative et
technique, qui ne pouvait donner lieu à de nouvelles négociations.
Si le pasteur Ntumi
voulait toujours prendre ses fonctions, il devrait le faire avant le 31
décembre 2007, durant sa présence à Brazzaville, et sans la compagnie de sa
horde des ex-combattants. Dans la capitale, il sera logé et gardé conformément
aux dispositions et modalités qui seront définies de commun accord par les
membres du Conseil National des Républicains (CNR) et le Haut Commandement des
Forces Armées Congolaises (FAC).
Dépassé ce
délai, il n’y aura plus d’état de grâce ; un décret présidentiel sera
pris, qui déclarera hors la loi tout porteur d’armes ne faisant pas partie de
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Après les dérapages vécus, que les deux
parties s’efforcent de corriger pour créer les conditions optimales de la prise
de fonctions de Ntumi en qualité de délégué général
chargé de la promotion des valeurs de paix et de la réparation des séquelles de
guerre, qui devrait avoir lieu dans les tout prochains jours, l’heure doit être
à l’apaisement des esprits. Il s’agit de faire en sorte que les dérapages de ce
sombre lundi 10 septembre 2007 ne soient plus qu’un mauvais souvenir, à jeter
dans les calendes congolaises de la bêtise humaine.
P.Mokabi-Dawa & P.SONI-BENGA.