Roger Bouka-Owoko
Secrétaire Exécutif de l’OCDH

L'OCDH primée : Plongée en apnée dans l'apologie du mensonge et de l'imposture !

 

Dans la longue série de nos enquêtes sur l’OCDH, nous avons décidé de vous livrer un deuxième témoignage de l’émotion sélective pour ne pas dire du regard en biais posé par l’OCDH sur le drame qui a secoué le Congo à la suite des guerres civiles. C’est le témoignage d’une jeune dame dont l’époux et le frère ont été exécutés par les Ninjas en présence de sa fille âgée à l’époque de deux ans à peine à l’époque des faits.

 

Lorsqu’on ouvre le dossier des « disparitions forcées », le thème retenu par la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) qui prime l’OCDH, la succursale congolaise de la FIDH – qui paie les salaires et pourvoit aux frais de fonctionnement-, on n’est pas loin d’être choqué par la provocation et l’insulte faites à la mémoire des Congolais, indistinctement de leurs origines. Victime des luttes de pouvoir des hommes politiques, le Congolais est aujourd’hui, l’otage des ONG qui ont décidé de bâtir leur fonds de commerce sur ses malheurs.

Au moment où le pouvoir en place se bat pour ramener la paix civile, recréer la cohésion sociale et l’unité nationale, des valeurs fortement écornées par les vendeurs d’illusion et de violence, il se trouve encore des associations dites de défense des droits de l’homme pour contrecarrer cette œuvre de salubrité publique, dont ils sont d’ailleurs les premiers bénéficiaires grâce à la restauration des libertés publiques et individuelles et la promotion du pluralisme d’expression. La seule recette qu’elles ont trouvé pour prospérer, c’est d’attiser la haine et de rouvrir les plaies qui ont du mal à se cicatriser. Elles auraient voulu à nouveau embrase le pays qu’elles ne s’y prendraient pas autrement !

 

Prix ya Moniato !

 

Le 14 décembre de l’année dernière, Roger Bouka – Owoko, le Secrétaire Exécutif de l’OCDH, dont l’association n’est pas loin de l’instrumentalisation du fatalisme congolais en exaspérant la peur, reçoit le Prix des Droits de l’Homme de la République Française d’une valeur de 15.000 euros ; un prix initié en 1988 par la CNCDH. C’est en présence de Monsieur Sidiki Kaba, Président de la FIDH que Bouka – Owoko a reçu des mains de Pascal Clément, ministre français de la justice. Ce prix est censé couronner l’action de l’OCDH dans la dénonciation des disparitions forcées au Congo.

Après le premier volet de notre enquête que nous avons consacrée à dénoncer cette i

mposture en publiant le témoignage exclusif de la famille Loukoki-Kopa, massacrée et portée disparue selon l’OCDH et la FIDH, nous revenons avec une nouvelle enquête que nous avons réalisée lors de notre séjour à Brazzaville, en novembre 1999, en mettant à la disposition de l’opinion cet autre témoignage. C’est le témoignage d’une jeune dame dont l’époux a été abattu au rond-point de Bifouiti, devant sa fillette par les Ninjas de Bernard Kolélas. Une exécution sommaire dont l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme n’a jamais fait état dans ses différents rapports. Mémoire sélective, diriez-vous ?

Pourtant, le bulletin de l’OCDH « Lumière » sous la direction de Parfait Moukoko, ne

manquait aucune occasion pour dénoncer les multiples cas de disparitions qui se produisaient au Congo. L’édition n°10 par exemple, imprimée grâce à l’appui financier de la Fondation Suédoise pour les Droits de l’Homme, était consacré « aux exécutions sommaires » au Congo et aux « Disparitions au Congo – Brazzaville ». Curieusement, les investigations menées sur les disparitions ne rendaient compte que de celles qui étaient susceptibles de noircir l’image du pouvoir en place, pour mieux gêner son action à l’extérieur du pays.

Il faut certainement croire, à la décharge de l’OCDH, que cette ONG n’avait pas assez de moyens pour réaliser partout des enquêtes sur le terrain, et dénoncer toutes les cas d’exécutions et autres actes de disparitions forcées, quelque soit l’origine et les auteurs de ces actes. C’est pour compléter le travail incomplet de l’OCDH – nourri des arrières pensées politiques que l’on sait -, que nous pallions ce handicap en portant à l’appréciation de l’opinion, le bouleversant témoignage ci-après. A notre besoin d’exorciser un passé maudit, nous ajoutons notre volonté de ne plus jamais laisser l’espace de l’émotion nationale occupé et géré par la dictature de la pensée d’un seul camp.

L’héroïne de cette histoire douloureuse aurait pu être « Maman » Albertine, si les événements n’avaient pas pris une orientation sordide, comme nous allons le voir par la suite. Originaire du Département du Pool, cette dame au cœur généreux, comme on n’en trouve au Congo, avait pris sous sa protection deux de ses compatriotes originaires de la partie septentrionale du Congo, avant de les sauver des griffes des Ninjas et les Nsiloulou de Bernard Kolélas et du Pasteur Ntoumi. Le destin, malheureusement, en a décidé autrement pour l’époux et le frère d’une des deux jeunes dames qui ont été exécutés à bout portant par des milices surexcitées. Suivons plutôt ce récit !

 

Un témoignage accablant

 

« Je m’appelle Yvette D. Voici ma petite sœur Doris D. et ma fille Aïcha qui a trois ans. Nous habitions à Bacongo au 754, avenue de l’OUA non loin du « quartier général » du Président Kolélas lorsque les événements de décembre 1998 ont commencé. Nous avons été obligés de quitter notre maison pour suivre notre logeuse qui se dirigeait comme le reste de la foule ce jour-là en direction du pont de Djoué. Nous sommes originaires de la Likouala au Nord du pays. Mon mari était Mauritanien. Nous avons été entraînés par le mouvement de la foule, forcés pour cela par les Ninjas qui nous demandaient de fuir vers le Djoué. Ne sachant pas parler un seul mot Lari, pas plus mon mari, ma petite sœur que le petit frère de mon mari, c’est notre logeuse qui nous a pris sous sa protection et nous a servi à la fois d’éclaireur, de guide et d’interprète. Arrivés au rond-point de Bifouiti, nous avons rencontré un premier barrage de Ninjas. Ces derniers nous ont demandé de l’argent pour nous laisser passer de l’autre côté et continuer notre route. Après une longue palabre en Lari avec notre logeuse assortie de quelques billets de banque, les Ninjas nous autorisent à continuer. Malheureusement, arrivés au niveau du Pont du

Pascal Clément, Bouka-Owoko, Sidiki Kaba et Joel Thoraval

Djoué, les choses se gâtent ; On tombe nez à nez avec des Ninjas, surexcités, violents et extrêmement intransigeants. Ils interpellent mon époux et son petit frère, qui étaient de couleur de peau très claire, et leur demande de se mettre de côté. Voyant que les choses allaient prendre une mauvaise tournure pour eux, ma logeuse décide de venir à leur secours. S’engage entre elle et les Ninjas une interminable palabre. Refusant d’entendre raison, les Ninjas demandent à mon mari et son petit frère de s’agenouiller. Ils étaient d’origine Ouest-africaine, donc, condamnés d’avance. Et, sans sommation, j’ai entendu une rafale de mitrailleuse s’échapper. Avant de réaliser ce qui se passait, nous venions, ma fille, ma sœur, ma logeuse et moi d’assister en direct à l’exécution de mon mari et de son petit frère, abattus à bout portant par les Ninjas. J’ai failli hurler ma douleur. « Maman » Albertine, ma logeuse, sachant que je l’exprimerais dans une langue qui trahirait mes origines, m’a simplement demandé de ne pas réagir mais, au contraire, de la suivre jusque dans son village. « Vous savez, nous dit-elle, j’ai été mariée avec quelqu’un de chez vous – parlant d’un originaire du Nord -, vous êtes un peu comme mes enfants. Je ferais tout, une fois arrivée au village pour vous aider à rejoindre Brazzaville ». C’est ce qu’elle fit. Elle nous a aidées à traverser le fleuve Congo de Mandombé jusqu’au camp de réfugiés du HCR de Mbanza Ngungu de l’autre côté de la rive au Congo Démocratique, jusqu’au jour où l’on nous a informées que « Papa » Sassou avait demandé à tous les réfugiés de rentrer au pays et qu’il avait mis les moyens pour notre retour. Un véhicule est venu nous prendre, et avec ma sœur et ma fille nous avons rejoint le Beach Ngobila avant de traverser pour Brazzaville. Personne ne nous attendait, tous les membres de la famille étaient convaincus que nous étions morts là où nous étions partis. A notre arrivée, tout le monde s’est mis à pleurer ».

Pour la petite histoire, Madame Yvette D. n’a jamais retrouvé le corps de son mari. Elle ne sait même pas non plus dans quelle fosse commune les Ninjas ont jeté les restes de son époux et de son petit frère. Ce témoignage, qui fait partie d’une innombrable et macabre série de disparitions non comptabilisées par l’OCDH, ne rend pas moins la douleur et la détresse qui habitent toujours ceux et celles qui ont perdu des proches parents. Dans quel chapitre les classer ? Celui des oubliés de la République ou des laissés pour compte de l’OCDH et de la FIDH ? Selon d’obscurs critères établis par ces organisations, un cas d’exécution sommaire ou de disparition forcée n’est « bon » que s’il a pour auteurs les Cobras ou encore les partisans de l’actuel Chef de l’Etat. Quand il s’agit des Ninjas, Nsiloulou, Cocoyes, Zoulous, Mambas et autres Aubevillois, ce n’est pas la peine d’en parler parce que cela risquerait de détruire la thèse des « biens pensants » tribalistes de tout poils qui se drapent derrière les vertus d’une pureté sans tâche alors qu’ils sont les principaux instigateurs des conflits qui ont endeuillé le pays depuis 1993, à défaut d’instrumentaliser toutes les haines doublées de la peur de l’autre. Pour ces vertueux défenseurs des Droits de l’Homme, le mal ne doit se voir que d’un seul côté. Comme s’il y avait d’un côté les bons Congolais, et de l’autre les mauvais alors que tout le monde porte une partie de la responsabilité de ce qui est arrivé au Congo !

Dans le dossier des disparitions intervenues au cours de ces dix dernières années, du fait des actes des violences sur les populations civiles, la sélectivité émotionnelle des investigations de l’OCDH qui a abouti à ce prix, n’est rien d’autre qu’une insulte à la mémoire, une forfaiture historique, … une imposture mémorielle. L’objectif poursuivi à travers le prix qui a été décerné à l’OCDH, c’est celui d’accroître encore sa notoriété, dans le but de déstabiliser le pouvoir qui a succédé au régime du Président Lissouba, en se cabrant derrière la nouvelle marque de fabrique des Droits de l’Homme, inventée de toutes pièces par les élites gauchistes occidentales en quête d’aura. Dans cette quête de vérité, nous reparlerons dans nos prochaines éditions d’autres disparitions et de nombreux cas d’enlèvements, notamment ceux qui ont eu lieu à « Mounoua Ngandou », littéralement « La bouche du Caïman » en Lari, lorsque certains fonctionnaires des quartiers « Nord » de Brazzaville qui venaient percevoir leurs salaires à Bacongo en temps de guerre, avaient disparu sans crier gare, exécutés par les nombreux « Tontons Macoutes » qui régnaient en maître dans ces zones-là !

 

P.SONI-BENGA.