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Psychose
à Brazzaville : Qui souhaite d’une « Révolution Orange » avant les
élections au Congo !
Il
se passe des choses pas drôles au Congo et à Brazzaville ces derniers jours.
Tout part d’un corps de femme retrouvée morte dans des circonstances qui se rapprocheraient
beaucoup plus d’un crime crapuleux commis par des personnes qui n’ont ni foi ni
loi que d’une organisation de malfaiteurs en quête d’organes humains en vue de
les écouler. Le corps retrouvé à Mfilou serait celui
d’une jeune femme, enceinte dit-on de quelques mois. Le criminel ? Il
court toujours.
Les
raisons de cet acte ! La rumeur a vite fait de s’enfler et de pointer le
doigt en direction du pouvoir en place et ses services de sécurité qui
n’arrivent pas à mettre un policier à chaque périmètre carré, devant chaque
parcelle pour assurer la sécurité des Congolais. La DRTV, la chaîne privée du
général Norbert Dabira, adepte de scènes crues pour
les besoins de proximité informative, filme et livre en instantané la macabre
découverte comme elle le fera pour les scènes de lapidation des deux jeunes
Congolais que la foule de Makélékélé a vite livré à
la vindicte populaire. A mort l’assassin ! Au poteau le kidnappeur !!
La
foule, les médias ont-ils seulement posé la question de savoir s’il s’agissait
réellement des cas d’enlèvement, de meurtres passionnels, de pratiques
fétichistes à l’approche des élections ou tout simplement des propriétaires de
cimetières privés à la recherche de « macchabées »
pour faire des taux de remplissage à même de lui garantir un bas de laine
substantielle pour ses trous à cercueil. Tout y passe. On chercherait à faire
de Brazzaville, la capitale où règnerait une grande insécurité où l’on
commettrait des crimes crapuleux au vu
et au su de la Force Publique, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Les
Congolais, malheureusement, friands de rumeurs en tout genres, ont vite fait de
la répandre aussi ronflante qu’elle s’est diffusée comme une traînée de poudre
lorsque, dans les quartiers sud de Brazzaville, deux jeunes innocents ont été
condamnés à la supplique des populations qui ont vite fait de les accuser d’enlèvement
et probablement d’exécutions d’innocents en vue d’en prélever les organes pour
les commercialiser !!!
C’est
ainsi qu’un déferlement de violence sans commune mesure s’est abattue sur des
personnes innocentes dont le tord aura été d’avoir voulu rendre service et se
sont retrouvés des accusations sans fondement d’enlèvement et d’assassinat sur
jeunes mineurs et autres « Sans
Domicile Fixe » qui errent les rues de la ville. Un attardé mental, un
fou comme on le dit chez nous, qui a perdu ses repères et qui n’a aucun sens de
l’orientation et qui ne s’est pas fait voir dans le quartier, le voilà projeter
contre son gré devant la rude actualité du kidnapping !
Le
jeudi 22 février, selon nos confrères de la Semaine Africaine, quatre enfants
de l’école de Mbiemo aurait été enlevés et embarqués
par des individus « non identifiés » avant d’ajouter au sujet des manifestations
qui ont suivi ce pseudo enlèvement, que : « C’est dans ce climat que
la confusion est entretenue. Ainsi, un jeune homme a été tué, jeudi 22 février,
vers le C.E.G. Angola Libre, par une foule de gens qui l’avaient pris pour un
« Kidnappeur » d’enfant ». Il faut croire qu’il s’agissait d’un
cas isolé, banal et sans incidence dans le quotidien des Congolais,
hélas ! Non ! Le mardi 20 février, soit deux jours avant, des rumeurs
persistantes faisaient état déjà de l’enlèvement d’une jeune adolescente à Mfilou dans l’arrondissement 6. Une fugue, ou certainement
une étreinte amoureuse qui a duré au-delà de l’heure légale de retour au foyer
familiale qui a fait paniquer toute la famille ; obligée de mobiliser et
d’ameuter les voisins, jusqu’à ce que cette dernière toute honte bue, refasse
surface le lendemain. Confuse. Mais, en parfaite forme. Le plus cruel dans
cette psychose au kidnapping, c’est le cas de ce jeune écolier, victime de
malaises, certainement à cause de la faim et qui a force de perdre ses forces,
a perdu tout sens d’orientation pour rentrer chez lui à la maison. Il a été
recueilli par deux jeunes garçons dont l’un d’eux connaissait le petit écolier.
Ils l’ont pris sous leur garde dans l’espoir de le ramener chez ses parents dès
le lendemain. Conscients d’avoir fait ce qu’il fallait les deux jeunes décident
de ramener le jeune écolier chez ses parents. Ne voient-ils pas que les
familles du petit se ruent sur eux en les accusant d’avoir enlevé, séquestré
leur enfant dans le but de lui « retirer »
les organes, si ce n’est de le tuer carrément. Comme une traînée de poudre, la
rumeur s’est répandue et la foule avertie et toujours à l’affût, elle fait
gronder sa colère sur les deux jeunes garçons qui croyaient avoir bien fait.
Commence alors, une chasse à l’homme.
Sans
que les deux jeunes aient eu le temps de s’expliquer, la foule en colère est
passée à l’acte et les a passé à tabac. Deux jeunes, comme l’a encore
écrit nos confrères de la Semaine Africaine, étaient deux adolescents honnêtes
qui travaillaient et gagnaient leur vie à la sueur de leur sang, comme
chauffeur et contrôleur dans un « Foula
– Foula », sorte de taxi brousse qui assure le transport urbain. Miakonda-Mikamona qui exerçait comme chauffeur, n’a
malheureusement pas eu de chance. Il a été lapidé jusqu’à ce que mort s’en
suive. Quand à Brice – Ernest Bakoutana, le
contrôleur, celui qui connaissait le jeune écolier et qui l’a emmené chez lui
pour qu’il y passe la nuit avant de le ramener le lendemain, il n’a eu sa vie
sauve, grâce à ses jambes qui l’a pris à son cou pour aller se réfugier au
Commissariat de Makélékélé, où il s’est livré à la
police ; réclamant sa protection. Une protection qu’il aura du mal à
obtenir n’eut été l’intervention du Maire de Makélékélé,
Maurel Kihounzou qui s’est
déplacé en personne pour aller demander à la foule qui était prête à lyncher le
jeune adolescent à coup de pierre et de gourdin, de se calmer.
N’eut
été cette intervention du maire de Makélékélé, dont
certains ont raillé les approximations linguistiques que la chaîne de
télévision nationale n’a nulle eu besoin de censurer, une deuxième victime
serait porté à l’actif de la barbarie exprimée par quelques agités des
quartiers périphériques de Brazzaville qui voulaient jouer aux justiciers. Là
où le Maire de cet arrondissement demandait que l’on fournisse les preuves de
la culpabilité de ce pseudo kidnappeur, la foule réclamait sa tête, allant
jusqu’à lui lancer des objets non identifiés pour le contraindre à céder.
A-t-il eu tort d’épargner ce pauvre jeune ? Les faits lui donnent raison,
lorsqu’on sait, d’après les dépositions faites par le jeune rescapé à la police,
qu’il n’était nullement question d’enlever le petit écolier mais bien, au
contraire. C’est donc, en voulant rendre service à un enfant qui s’était
égaré ; enfant qu’il a recueilli pour le mettre à l’abri et en sécurité,
deux jeunes adolescents ont été « callassés »
en signe de reconnaissance. Ils ont été payés en « monnaie de
singe ! » Un, a perdu la vie. L’autre, l’a du, grâce à l’intervention
musclée du Maire de Makélékélé qui s’est interposé
pour empêcher un autre acte gratuit, sans rapport avec cette psychose qui a
gagné la population congolaise qui s’est mise à penser au pire ! La morale
de l’histoire risque d’être dure à accepter par tous ceux qui, par leur
générosité, risquent de ne plus rendre service à autrui. Déjà qu’il était
devenu difficile de se supporter dans certaines zones, il sera encore plus
difficile de tendre la main à celui qui est par terre de peur de se voir
accabler ou d’être traité de tous les maux ! A la suite du décès par lapidation
de ce jeune homme, les parents de l’écolier pour lequel Miakonda-Mikamona
a été exécuté, viendront-ils un jour fleurir sa tombe pour se faire pardonner
d’avoir déclenché une émeute à la suite d’une simple rumeur ? Rumeur,
quand tu nous tiens !
Comme
en Afghanistan, en Iran, ou encore en Arabie Saoudite où l’on lapide les femmes
condamnées pour adultères, au Congo – Brazzaville, on vient d’inventer une
nouvelle arme : celle de la lapidation pour cause de rumeurs. A l’approche
des échéances électorales, les autorités congolaises ont tout intérêt à être
vigilants pour ne pas laisser s’installer la psychose, ferment à toutes sortes
de déstabilisation et autres perturbations sociales dont on a vite fait
d’indexer le pouvoir de l’organiser. Sauf, à vouloir organiser une « Révolution Orange » à la congolaise
en se servant de cette psychose entretenue par des rumeurs fallacieuses et des
plus farfelues dont certains médias peu scrupuleux en quête du sensationnel s’empressent de grossir les traits pour préparer
l’opinion des perturbations qui pourraient être préjudiciable pour la paix
sociale. La période électorale n’est-elle pas propice à toutes sortes de spéculation ?
Ayant
pris la mesure des conséquences de cette rumeur, de ce qu’elle pouvait générer
en terme de violence une fois lancée dans l’opinion comme une traînée de
poudre, l’Administrateur Maire de Makélékélé, Maurel Kihounzou a décidé de
prendre les taureaux par les cornes. La lapidation de deux jeunes innocents dont
un malheureusement, n’a pas survécu à ses blessures, avait ému tous les
Congolais. Face à ce drame, le Maire de Makélékélé a décidé
de convoquer tous ses administrés pour leur administrer une petite leçon de
civisme. Au cours de ce grand meeting public et dans un français « Touta Kwenda »
qu’on lui connaît, le Maire de Makélékélé a, non
seulement, rappelé à ses concitoyens que la personne humaine était sacrée, que
l’on ne pouvait impunément attenter à sa vie, il leur a demandé d’observer le strict
respect des libertés fondamentales ; prenant soin de tirer le substrat de
son exposé dans les articles de la Constitution de 2002. Pour éviter tout
dérapage à l’avenir, il a exhorté ses compatriotes à se tourner plus souvent vers
les services de police, les seuls à même d’élucider tous les cas de rapt qui
seraient constater au lieu de faire justice soi-même. Avec la mort par
lapidation d’un jeune, injustement accusé d’être le kidnappeur d’un écolier, il
fallait mieux réfléchir par deux fois avant de jeter un innocent entre les
griffes d’une population hargneuse et prête à en découdre.
Dans
le deuxième volet de son intervention, il a attiré l’attention sur les ravages
du choléra au Congo. Avec l’extension de cette épidémie du choléra à
Brazzaville et qui a déjà fait quelques victimes à Pointe-Noire, le Maire de Makélékélé a profité également de la présence des
populations de Makélékélé venues en masse l’écouter pour
les inviter à observer les strictes règles d’hygiènes si elles ne voulaient pas
être contaminées par la maladie que les autorités nationales qualifient de :
« maladie des mains sales » !
P.SONI-BENGA