Brice HORTEFEUX

Hortefeux sert un test d’AD-HAINE allégé aux Congolais !

Deux cent « patates » pour ne pas s’indigner ?

 

Brice Hortefeux, Ministre Français de l’immigration est arrivé à Brazzaville le mercredi 24 octobre 2007 en provenance de Paris, non sans avoir assisté, la veille mardi, au vote et à l’adoption de la loi controversée sur l’immigration à l’Assemblée Nationale. A Brazzaville, comme à Libreville et Dakar avant, le ministre français de « l’identité nationale » et de « la promotion de l’ADN », est venu proposé un « plat allégé » de la loi sur l’immigration au gouvernement Congolais, dont l’amendement du député de la majorité, Thierry Mariani sur l’ADN, a fait couler beaucoup d’encre.

Accueilli par les Ministres Basile Ikouébé des Affaires Etrangères, Charles Zacharie Bowao de l’action humanitaire et Paul Mbot de la Sécurité, Brice Hortefeux a signé avec la partie congolaise, « un accord relatif à la gestion concertée des flux migratoires » en direction de la France. L’accord signé par les deux parties comporte des engagements des deux pays en matière de co-développement, d’organisation de l’immigration légale et de la lutte contre l’immigration clandestine. Pour le Ministre français de l’immigration qui défend également l’identité nationale française : « C’est exemplaire de la nouvelle politique d’immigration que nous entendons engager de façon concertée avec nos amis africains ». L’accent est, cette fois-ci, mis sur l’aide de la France à la constitution d’un service d’état civil fiable et aux efforts dans le domaine de la santé et de la formation. En contre partie, le Congo doit, de son côté, accepter « sans rechigner » le retour sans conditions d’une proportion de ses ressortissants en situation irrégulière qui seraient interpellés dans les environs de la gare du Nord ou au marché de Château Rouge ! Dommage que la partie Congolaise n’ait pas imposé ses propres conditionnalités pour sortir de cessantes humiliations dont sont victimes tous les candidats aux visas à l’Ambassade de France à Brazzaville !

 

Générosité débordante ou condescendance post-coloniale ?

 

Après que Brice Hortefeux et le ministre Congolais des Affaires Etrangères aient signé cet accord, le français s’est envolé pour Pointe-Noire. Dans la deuxième ville du Congo, Hortefeux est allé faire avaler la « pilule » de l’ADN au Chef de l’Etat Congolais, dont chacun se souvient de ses propos aigres-doux sur l’amendement Mariani. La pilule était si amère que l’Ambassadeur de France au Congo, Nicolas Normand, en précurseur et en prévision du séjour Brazzavillois de Brice Hortefeux, s’était précipité à Mpila pour aller en atténuer les effets auprès du Chef de l’Etat Congolais. Et, pour montrer aux Congolais que la France était animée des meilleurs sentiments vis-à-vis de ses partenaires africains, en l’occurrence Congolais, le Ministre Français de l’immigration s’est rendu à la Mairie de Talangaï dans Le 6ème arrondissement de Brazzaville, les bras chargés d’un « don » d’un montant d’environ 200.000 € (130.000.000FCFA) pour aider à moderniser le service d’état civil de la Mairie. N’est-il pas le Ministre du co-développement ? Devrait-on s’indigner par tant de « générosité » ?

Au-delà de ce énième don en numéraire après les aides en nature données ici et là par quelques donateurs « généreux », il ne serait donc pas déplacé de rappeler l’autre face cachée de la loi sur l’immigration qui a été votée le 23 octobre dernier. Si le Ministre français de l’immigration n’a pas eu suffisamment de temps pour faire une explication de texte à ses interlocuteurs Congolais, il sied néanmoins de rappeler que cette loi sur l’immigration légalise la collecte des données de nature ethnique dans le cadre des études statistiques pour mieux cerner les catégories de population résidentes en France. Ce que ne dit pas la loi, c’est qu’avant même qu’elle n’ait été promulguée, la police française a multiplié des contrôles musclés et surtout ceux liés au délit de faciès. Que des objectifs chiffrés de l’ordre de 25.000 reconduites à la frontière ont été fixés aux Préfets. Que des policiers en jeans et baskets munis de listes, qui rappellent étrangement « la liste de Schindler », sillonnent des établissements tenus par des immigrés ou des échoppes ayant des enseignes à consonance « exotique » pour y traquer des pseudos clandestins qui s’y agglutineraient. Le but de ces descentes, est clair : ramasser des sans-papiers qui iront grossir les centres de rétention avant leur expulsion. Tout ce constat n’augure pas de relations saines dans cette nouvelle Europe qui voit dans l’Afrique non pas un partenaire responsable, mais un mendiant qui sans cesse passe son temps à lui tendre la main pour quémander aide et assistance, dont les ressortissants constituent un tâche noire au sein d’une Europe de plus en plus « puritaine » !

Après l’appel lancé par Nicolas Sarkozy, le 26 juillet à Dakar, en direction de la jeunesse africaine dans la grande salle de l’amphithéâtre de l’université qui porte le nom du célèbre et panafricaniste, Cheik Anta Diop -qui a dû se retourner dans sa tombe en écoutant ce discours-, les intellectuels africains ont été choqués. Pas seulement. Une partie de l’élite française à sa tête Bernard Henri Lévy n’a pas hésité à traiter Henri Guaino, le « Nègre » qui a rédigé le discours incriminé, de « raciste » ! Achille Mbembé de l’Université de Johannesburg n’a pas eu de mots assez durs pour stigmatiser « Ces sottises qui divisent ». Pour lui : « Si la France persiste dans son autisme, c'est-à-dire son refus de comprendre le monde et d’avoir du génie dans son rapport avec l’Afrique, alors elle sera perçue comme un facteur de nuisance au regard du projet africain d’émancipation ». De leur côté, le collectif d’historiens africains emmené par l’historienne et épouse de l’ancien Chef de l’Etat Malien, Alpha Omar Konaré, s’est indigné lui aussi du discours de Sarkozy relevant par la même occasion, le peu de culture et de connaissances dont disposait ce dernier des mœurs africaines qu’il a décrit jusqu’à la caricature.

Force est de constater que la mise en scène dont est victime l’Afrique dans la guéguerre que se livre une partie de l’intelligentsia française en instrumentalisant les immigrés d’origine africaine, répond d’une volonté de mise à l’index savamment calculée et voulue par les mêmes qui se pressent d’aller distiller les discours humanistes embaumés de fraternité et de désir d’Afrique !

Les mêmes encore, lorsque les banlieues s’étaient embrasées en octobre 2005, n’ont pas eu de mots assez durs - « Racailles », « Nettoyer au Karcher »- pour qualifier les auteurs de ce ras-le-bol. Parce que des jeunes des citées ont exprimé leur mal être au sein d’une communauté qui a pourtant décrété l’égalité, la fraternité et la liberté pour tous, mais paradoxalement les enferment dans des tours d’immeubles avec pour seule perspective, le chômage. La seule réponse que les autorités ont trouvée à ce mécontentement : la force. A défaut, de les inviter à quitter la France : « La France, on l’aime ou on la quitte » ; même lorsqu’on l’aime, on vous demande de la quitter malgré tout. De même, lorsque deux jeunes d’origine immigrées, un peu portées sur les traditions religieuses, se parent de Tchador pour être en phase avec leur croyance, la représentation nationale est ameutée. Une loi qui ne cache pas ses arrière-pensées est vite votée interdisant tout port de signe distinctif ; enfermant encore d’avantage, ces jeunes immigrées dans leur rôle de pestiférées, comme si les « croix gammées » des groupuscules néo-Nazis avaient disparu du paysage national et que les injustices envers ces communautés avaient été renvoyées aux calendes grecques.

 

Pleins feux sur la « loi Hortefeux » !

 

L’Afrique et ses dirigeants, ne semblent pas lire les lignes de démarcations de la nouvelle relation franco-africaine. Les africains peinent à déchiffrer la nouvelle armature intellectuelle de la politique africaine de la France telle que dessinée par le pouvoir en place depuis mai 2007. Ils ont torts. Ils risquent de se mordre les doigts. La loi sur l’immigration qui a été votée le 23 octobre dernier par les parlementaires français, répond à une promesse électorale du nouveau Président Français, Nicolas Sarkozy qui entendait donner un signal fort, aux dires de certains ténors de sa majorité, à la lutte contre l’immigration et surtout pour « mieux encadrer le regroupement familial ». Le débat sur l’immigration n’est que la matérialisation du projet qu’il avait soumis aux français durant la campagne électorale.

« Le projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile », de son vrai intitulé, a été déposé le 4 juillet 2007 au bureau de l’Assemblée. Le 18 juillet, la Commission a nommé Thierry Mariani rapporteur de la loi, qui n’a pas manqué d’inclure l’amendement concernant le recours aux tests ADN dans le cadre du regroupement familial. Malgré le tollé provoqué par cet amendement le 11 septembre, le gouvernement a déclaré l’urgence sur le projet de loi qui a conduit, le Sénat à l’entériner par 185 voix contre 136 voix. Du côté du Palais Bourbon, les Députés ont voté la loi par 282 voix contre 235 voix. Adopté !

Avec l’amendement Mariani sur les tests ADN, la France vient de voter une nouvelle loi sur l’immigration qui stigmatise encore un peu plus les populations d’origines immigrées de l’Afrique Subsaharienne. Faut-il rappeler, qu’en France, la loi du 7 août 2004 « n’autorise les tests de filiation génétique que dans le cadre de mesures d’enquête ou d’instruction lors d’une procédure judiciaire ». Le législateur français a décidé de l’étendre sur les immigrés, qui sans être des « criminels » en puissance, seraient tous issus de familles nombreuses et animées de la ferme volonté de faire venir toute leurs lignées en France, pour ainsi profiter des avantages sociaux de l’Etat providence. Supposons que Jésus Christ, le « fils de Dieu » ait été soumis aux tests ADN pour rechercher sa filiation, n’aurait-on pas fait tomber un des fondements clés de la religion catholique qui voudrait que celui-ci soit né de la vierge Marie, du Saint-Esprit mais aussi de Joseph ? Heureusement, la Bible n’a jamais demandé le regroupement familial et encore moins fait pratiquer le test ADN à Joseph !


Basile IKOUEBE

Autant le Chef de l’Etat français peut se permettre d’aller à Dakar distiller les belles paroles sur le réalisme hexagonal à la jeunesse africaine, au nom de la réciprocité, qu’attendent alors les Chefs d’Etat africains pour aller, à leur tour, dire leur profession de foi devant la jeunesse européenne, plus particulièrement française : que le continent africain a tout aussi besoin de liberté, de démocratie, de respect et non de commisération ; que l’Afrique a le droit de choisir en toute indépendance ses partenaires et d’en nouer des relations diplomatiques et d’affaires avec n’importe quel pays de la planète. Si l’Afrique estime que ses partenaires peuvent lui apporter le développement sans en avoir à subir le diktat des conditionnalités sur « la bonne gouvernance », la « démocratie », les « droits de l’homme », la « corruption », les « conditionnalités pour l’accession au tutti quanti », etc., imposée par les anciennes puissances colonisatrices, elle en a le droit. Si elle peut tirer meilleure partie de sa coopération avec la Chine ou le Brésil, de l’Iran ou du Venezuela, de Cuba ou de la Corée du Nord, … Pourquoi pas ! Il appartient à l’Afrique majeure et au Congo souverain d’opérer leurs choix stratégiques pour le futur de leurs générations.

 

A quand la rupture ?

 

Le bilan de quatorze siècles de paternalisme ambiant qui a uni la France au continent africain, loin de concourir à son développement, vient d’éclore une frustration de plus avec le vote de la loi sur l’immigration en France. S’il y a une rupture à opérer, le mot du Chef de l’Etat français, Nicolas Sarkozy trouve toute sa signification pour pousser l’Afrique à opérer cette nécessaire mutation que toute la jeunesse africaine appelle de tous ses voeux.

Après, le co-développement, l’immigration choisie, le partenariat gagnant - gagnant, le développement endogène et autocentré, la Françafrique, etc., l’Afrique est devenu un vaste champ d’expérimentation que les élites au pouvoir, par manque de vision globale pour sortir le continent de son marasme économique, continuent à perpétuer. Que l’opinion publique africaine stigmatise les tests ADN ou fasse la « police des mots » pour critiquer la vision parcellaire et étriquée contenue dans le dernier discours du Président Français à Dakar, nul ne doit ignorer que les mots ont un poids,…un sens ! Ne dit-on pas : « Le poids des mots et le choc des idées » ? Au sujet des mots et des idées que véhiculent la loi sur l’immigration avec son test ADN, il ne faudrait pas seulement s’arrêter à l’indignation de convenance, aux protestations convenues ni aux saupoudrages de circonstance qui donnent l’illusion d’inclure les peuples dans un processus dynamique de prise en main. Il s’agit, à travers toutes les dispositions législatives prises ici et là dans les pays du Nord et plus particulièrement en France, d’organiser le cantonnement des africains sur leur continent d’en imposer un type d’immigrés que l’on souhaite voir venir en France. « L’immigration choisie », sans la caricaturer, ce sera : des vigiles de Supermarchés, des maîtres-chiens, des éboueurs, des balayeurs de rues, des gardes-malades et des personnes âgées, des plongeurs dans la restauration et des maçons que l’on recruterait en Afrique. Tandis que dans les métiers de l’informatique ou dans le high-tech ce sera le savoir-faire des indiens ou des asiatiques qui sera courtisé ! En somme, rien de neuf à l’horizon si ce n’est, continuer à perpétuer la mise sous tutelle du continent, en décidant ce qui est bien ou non pour lui tout en consolidant ses anciennes positions dans son « pré carré ». Pour s’en sortir, il faudrait emprunter la rhétorique du Professeur Théophile Obenga : « changer de paradigmes ».

 

P.SONI-BENGA.