Le Président
Denis SASSOU-GUESSO

Sassou remanie son gouvernement : Pour un nouveau souffle !

 

Tout le monde l’attendait. La rue bruissait de rumeurs et les spéculations allaient bon train. Les plus folles rumeurs faisaient état de la rentrée des personnalités proches de l’opposition dans un gouvernement dite d’union nationale. Tous, n’attendaient que la promulgation du décret présidentiel. A quand le remaniement du gouvernement ? S’interrogeaient les bookmakers politiques. Au sortir du dernier Congrès du PCT, fin décembre 2007, peu d’observateurs pariaient encore sur la longévité du gouvernement sortant. Si le « Sopi », changement en langue Wolof, était de toutes les bouches, personne n’avait la maîtrise du calendrier. Et nul ne pouvait savoir à quel moment le « réaménagement » gouvernemental allait intervenir.

« Irez-vous aux élections avec l’actuel gouvernement ou comptez-vous le remanier, voire en changer, auparavant ? », lui demandait François Soudan de l’hebdomadaire Jeune Afrique. « La Constitution, répond le Chef de l’Etat Congolais, m’autorise à changer le gouvernement chaque fois que je le juge nécessaire. Vous pensez bien que je ne vais pas, ici, vous exprimer mes intentions en ce domaine ». Pas assez convaincu de la réponse, le journaliste revient à la charge : « Vous préférez laisser planer une épée de Damoclès sur la tête de vos ministres… ». « Mais ils le savent ! » Répond Sassou avant d’ajouter : « Le jour où je sentirai le besoin de modifier mon gouvernement, je le ferai ». (J.A. n°2407 du 25/2 au 3/3/2007)Quelques jours, soit huit jours après la publication de cette interview, question de montrer qu’il avait la maîtrise du calendrier et ne comptait nullement céder ni à la pression de la rue et encore moins de celle de tous les groupuscules politiques et associatifs qui s’étaient transformés à l’approche des échéances électorales en partis politiques vantant tous azimuts, les louanges de la « Nouvelle Espérance », il a remanié son gouvernement.

Ainsi, par décret n°2007-181 du 3 mars 2007, le Chef de l’Etat Congolais, a procédé à un remaniement technique de son équipe gouvernementale. Le décret rendu public en fin d’après-midi par le Premier Ministre, Chargé de la Coordination de l’Action du Gouvernement et des Privatisations, Isidore Mvouba, donne la composition du gouvernement de la République forte de trente sept (37) membres !

Au regard de la composition de ce gouvernement, force est de constater qu’il n’y a non seulement pas eu remaniement ministériel, mais qu’il ne s’agissait ni plus ni moins que de procéder à quelques réaménagements, que l’on pourrait qualifier de technique pour ne pas dire tactique. S’il est beaucoup plus joyeux d’entrer au gouvernement que de le quitter ; de garder le même poste plutôt que de passer à un autre maroquin, ces changements sont diversement interprétés par les analystes. Rétrogradation et placard pour les uns ! Ascension  pour les autres. Malheureusement, toutes ces modifications doivent être relativisées, parce que la réalité est toute autre !

Mais, qu’est ce qui a changé dans la nouvelle équipe gouvernementale ? Pas grand-chose. Si ! L’arrivée de Aimé Emmanuel Yoka au poste de Ministre d’Etat, Garde des Sceaux. Ce dernier occupait le poste de Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat avec rang de Ministre d’Etat. En prenant la charge du ministère de la Justice, on lui souhaite de mettre de l’ordre dans les dossiers brûlant qui plombent la législature du Chef de l’Etat Congolais que sont : la corruption, les détournements publiques, la lutte contre l’impunité et, surtout de mettre un terme au braconnage dont le domaine publique est victime de la part de ceux qui  réussissent même à exproprier l’Etat pour construire des « habitacles » de luxe dans ces lieux  au mépris des textes en vigueur ! Vêtu de sa robe de justicier et muni de son Dalloz de Droit, le nouveau Garde des Sceaux, sait ce qui lui reste à faire pour assainir cet environnement pollué par toutes les pratiques délétères qui tirent l’action du pouvoir vers le bas. Il serait temps qu’il se rapproche de son collègue Ministre, Chargé de la Réforme foncière et de la préservation du Domaine public, Lamyr Nguelet, pour voir ce qu’il y a lieu de faire s’ils veulent mettre au pas, tous les nouveaux propriétaires du domaine public.

Si le nom du nouveau Ministre des Transports et de l’Aviation civile, Emile Ouosso, est inconnu du grand public sauf pour ses collègues parlementaires qui l’ont côtoyé à l’Assemblée, l’entrée au gouvernement du Professeur Charles Zacharie Bowao - le théoricien de la « Refondation du PCT » - au poste de Ministre à la Présidence, Chargé de la Coopération est non seulement une consécration pour ce Philosophe dont la générosité et les qualités humaines plaident pour lui, mais c’est surtout parce que ce « laboureur » infatigable a, depuis toujours, eu le profil de l’emploi. De « Géopolitique Africaine » au poste de Ministre de la Coopération, une ambition inconciliable ?

Dans le jeu des chaises musicales, il y a quelques changements sans grande importance. C’est par exemple, l’arrivée de Philippe Mvouo au Ministère de la Pêche Continentale et Maritime. Il cède sa place à Entcha Ebia qui, du coup, perd le Ministère de la Justice pour celui des Postes et télécommunications, chargé des Nouvelles Technologies et de la Communication. Quand à Jean Claude Gakosso, Ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme dans le précédent gouvernement, il se voit amputer le département du Tourisme pour le céder au Ministre Okombi Salissa qui devient le désormais et tout puissant, Ministre du Tourisme et de l’Environnement. Connaissant son volontarisme, sa capacité d’entraînement et sa force de mobilisation, gageons que son arrivée va insuffler un nouveau souffle dans ce département.

Au chapitre des départs, il y a celui du Ministre de la Santé. Le seul qui a fait les frais de ce remaniement technique ; victime certainement de l’épidémie du choléra dont la crise n’a pas été bien gérée, mais aussi de son propre état de santé qui l’éloignait trop souvent de son Ministère. Le Ministre Gandou a été remplacé à ce poste par Madame Emilienne Raoul. Signe des temps, et comme pour transmettre le témoin à sa collègue, les deux ministres n’ont pas arrêté, la semaine précédant le remaniement ministériel, de présider en duo des campagnes de sensibilisation contre l’épidémie du choléra dans les zones où les nombreux cas avaient été détectés. Un changement très attendu ou fallait-il seulement pour occuper le poste du Ministre de la Santé avoir soi-même une santé de fer !

Après la radioscopie de ce gouvernement, dont chacun sait que tous les vieux « routiers » de la politique ont conservé leur poste, la question qui brûle les lèvres de tous les observateurs, à l’approche des échéances des élections cruciales, c’est celle de savoir si le gouvernement qui a été remanié est un gouvernement technique, aguerri et prêt pour la bataille électorale, ou s’il s’agit simplement d’un jeu de chaises musicales où l’on change au gré des représentations, les décors de scène tout en gardant des acteurs qui, pour certains, ont été incapables de restituer avec exactitude les rimes de « La Nouvelle Espérance » apprises, pourtant, par cœur devant le maître des céans !

 

P.SONI-BENGA.

 

La composition du Gouvernement de la République

« Le Président de la République ;
Décret n°2007-181 du 03 mars 2OO7 portant nomination des membres du Gouvernement
Le Président de la république ;
Vu la Constitution ;
Décrète :

Article premier : sont nommés membres du Gouvernement :

1-Premier Ministre, Chargé de la Coordination de l’action du Gouvernement et des privatisations, M. Isidore Mvouba
2-Ministre d’Etat, Ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire, M. Pierre Moussa
3- Ministre d’Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la justice et des Droits Humains, M. Aimé Emmanuelle Yoka ;
4- Ministre d’Etat, ministre des Affaires Etrangères et de la Francophonie, M. Rodolphe Adada
5- Ministre d’Etat, Ministre de la Fonction publique et de la reforme de l’Etat, M. Jean Martin Mbemba
6- Ministre d’Etat, Ministre des hydrocarbures, M. Jean baptiste Taty Loutard ;
7- Ministre de l’Economie, des finances et du Budget, M. Pacifique Issoïbéka ;
8- Ministre des Mines, des Industries minières et de la géologie, M. Pierre Oba ;
9- Ministre de l’Equipement et des travaux publics, M. Florent Ntsiba
10- Ministre de l’Agriculture et de l’Elevage, Mme Jeanne Dambendzet ;
11- Ministre de l’Economie forestière, M. Henri Djombo ;
12- Ministre de la construction, de l’urbanisme et de l’habitat, M. Claude Alphonse Nsilou ;
13- Ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, M. François Ibovi ;
14- Ministre du Tourisme et de l’Environnement, M. André Okombi Salissa ;
15- Ministre à la présidence, chargé de la Défense nationale, des Anciens combattants et des mutilés de guerre, Général de Division Jacques Yvon Ndolou ;
16- Ministre à la présidence, Chargé de l’Intégration sous régionale et du NEPAD ; M. Justin Ballay Megot;
17- Ministre de la réforme foncière et de la préservation du Domaine public, M. Lamyr Nguelet ;
18- Ministre de l’Enseignement technique et Professionnel, Pierre Michel Nguimbi ;
19- Ministre de l’Enseignement Supérieur, M. Henri Ossébi ;
20- Ministre du développement industriel et de la promotion du secteur privé, M. Emile Mabonzo ;
21- Ministre des Postes et télécommunications, chargé des Nouvelles Technologies de la Communication, M. Gabriel Entcha Ebia ;
22- Ministre du Commerce, de la Consommation et des Approvisionnements, Mme Adélaïde Moundélé-Ngollo ;
23- Ministre de la Santé, des Affaires Sociales et de la famille, Mme Emilienne Raoul ;
24- Ministre de la pêche Maritime et Continentale, M. Philippe Mvouo ;
25- Ministre de l’Enseignement primaire et Secondaire, Chargée de l’Alphabétisation, Mme Rosalie Kama ;
26- Ministre de la Culture et des Arts, M. Jean Claude Gakosso ;
27- Ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité Sociale, M. Gilbert Ondongo ;
28- Ministre de l’Energie et de l’Hydraulique, M. Bruno Jean Richard Itoua ;
29- Ministre de la Communication, Chargé des Relations avec le Parlement, Porte-parole du Gouvernement, M. Alain Akouala-Atipault ;
30- Ministre de la Sécurité et de l’Ordre public, Général de Division, Paul Mbot ;
31- Ministre de la recherche Scientifique et de l’Innovation Technique, M. Pierre Ernest Abandzounou ;
32- Ministre des Sports et du Redéploiement de la jeunesse, M. Marcel Mbani ;
33- Ministre à la présidence, Chargé de la Coopération, de l’Action Humanitaire et de la Solidarité, M. Charles Zacharie Bowao ;
34- Ministre des transports maritimes et de la Marine marchande, M. Louis-Marie Nombo Mavoungou ;
35- Ministre de la Promotion de la Femme et de l’Intégration de la Femme au développement : Mme Jeanne Françoise Léckomba Louméto-Pombo
36- Ministre des Petites et Moyennes Entreprises, chargé de l’Artisanat : M. Martin Parfait Aimé Coussoud-Mavoungou ;
37- Ministre des Transports et de l’Aviation civile : M. Emile Ouosso

Article 2 : Le présent décret, qui abroge toutes dispositions antérieures contraires et qui prend effet à compter de ce jour sera enregistré, inséré au Journal officiel et communiqué partout ou besoin sera.

Fait à Brazzaville, le 03 mars 2007 »