Revue de la presse Congolaise

Revue de la presse du 23 mai au 18 juin 2006.

Le 9ème anniversaire de la guerre du 5 Juin 1997 : C’est l’un des titres phares à la Une du journal La Rue Meurt n° 571 du 13 juin 2006. En pp 4 & 5, photos à l’appui,  le journal écrit : « Jamais est un adverbe que l’histoire du Congo refuse. Alors qu’à la Conférence nationale souveraine tous les Congolais avaient dit ‘Plus jamais ça’ après les affres de plusieurs années de dictature sous le mono, deux ans avaient suffi pour qu’un diable à la longue queue, selon B. Kolélas, inspire la sale guerre du sud de Brazzaville. 4 ans après cette guerre, le Congo s’engageait en juin 1997 dans une autre guerre civile de 4 mois qui fera près de 6.000 morts. Une guerre attribuée, cette fois-ci, à la ‘bêtise humaine’. A l’origine : des querelles politico – passionnelles venus du fond des âges, attisées par la boulimie du pétrole, avec des ramifications au niveau international ». Et le journal de conclure ce long article anniversaire par ces mots : « Au total, si la sécurité, la violence seront un jour vaincus dans ce pays, reste que les conditions qui les ont fait naître ne sont pas vaincues. Les causes de la guerre de 1997 restent toutes intactes ».

Souvenirs, souvenirs. C’est notamment celui relatif à la mémoire de l’abbé François Wambat de l’aumônerie universitaire catholique de Brazzaville, décédé récemment à l’hôpital Saint Louis en France. C’est pour lever toute équivoque sur les causes de sa mort que l’évêque ordinaire d’Owando, Mgr Ernest Kombo, a pris sa plume pour préciser dans l’édition n°2600 du 7 juin 2006 de La Semaine Africaine que le prêtre - aumônier est décédé des suites d’un cancer du sang (leucémie). En page 7, l’évêque apparemment affecté par les folles rumeurs véhiculées à propos de cette disparition, conclut. « (…) Il faut nous atteler à la formation, pour hausser le niveau culturel et évangélique ; sinon la fuite, la démission ou la déposition serait la seule voie de salut pour tout Ordinaire du diocèse d’Owando

« Qui a intérêt à ce que le département de la Bouenza s’embrase ? » C’est l’un des titres que l’on retrouve à la Une du bi - hebdomadaire catholique dans sa livraison suivante, n°2601 du 9 juin. Dans cet article qui relate en page 5 la descente parlementaire effectuée du 22 au 29 mai 2006 par le collectif des sénateurs de la Bouenza , le 1er vice – président du Sénat, M. Benjamin Bounkoulou, explique pourquoi le DG de Saris doit être interpellé. Ce dernier aurait en effet expliqué aux membres du conseil départemental de la Bouenza que l’entreprise sucrière allait connaître des jours difficiles, à cause de Bounkoulou et Bissila qui se sont opposés à la demande de subvention de 3,5 milliards de F.CFA introduite auprès du gouvernement. Une version démentie par les faits, et qui a entraîné l’ire du vénérable Bounkoulou. « Comment peut-on venir jeter les cadres de ce département à la vindicte populaire ? Par le passé, on a déjà tué quelqu’un à cette usine de Nkayi, en la personne d’Albert Ikogne, qui est devenu un héros national. Mais, nous ne voulons pas d’autres victimes… »

Dans l’édition n°483, le journal Le Choc n’avait qu’un un seul titre choc : « La visite de Sassou au CHU de Brazzaville ». Pour l’hebdomadaire, lors de ladite visite, Sassou aurait été très déçu, voire dégoûté par ce qu’il a vu. Hauloury Bengoubi, le journaliste qui a couvert cette visite, n’a pas trouvé mieux que de rapporter la déception du président Congolais : « Sassou désagréablement surpris face à l’étendue du désastre ». Ce confrère indique que la visite avait déjà commencé par des « couacs ». Sassou avait fortement désapprouvé l’excès de zèle des organisateurs. Croyant bien faire, ils l’avaient accueilli à l’entrée du CHU au rythme des groupes folkloriques, alors que ce haut lieu de souffrance imposait silence et méditation à la place de la fête. Là où la plupart des malades se battent entre la vie et la mort, pareille initiative ne pouvait qu’irriter le chef de l’Etat par son incongruité.

Le secteur de la santé reste un véritable problème au Congo, même dans le privé. Si l’on en croit La Semaine Africaine n°2599 du vendredi 2 juin, Madame Marguerite Abouli a « décidé de porter plainte contre la clinique Les Rosiers pour non assistance à personne en danger et négligence ayant coûté la vie à deux personnes ». Elle affirme que sa sœur Chantal Okomba et son bébé « sont morts par négligence ». Par cette plainte, elle veut poser la question de la qualité des soins et autres prestations médicales offertes par les cliniques qui se réclament du privé au Congo.

La Semaine Africaine datée du 23 mai 2006 était aussi revenue sur la sortie présidentielle au CHU de Brazzaville. « Scandalisé par ce qu’il a vu, le président de la République promet une réhabilitation progressive », avait titré notre très catholique consoeur. Le drame des malades du CHU mis en lumière par la visite de Sassou a presque éclipsé le voyage à Brazzaville du président Faure Gnassingbé. Pourtant, selon le bi-hebdomadaire catholique, les deux présidents se sont dits « déterminés à renforcer la coopération entre les deux pays ».

Si le CHU a eu les faveurs de la presse, la prise de position inattendue du député Patrice Kadia dans la même édition n’est pas passée inaperçue. Ce député de Mougoundou Nord (Niari), Secrétaire de la Commission des Affaires Etrangères et Coopération à l’Assemblée Nationale jette le pavé dans la mare en estimant que « tous les partis, au Congo, sont des machines pour rechercher le pouvoir, chercher à être ministre, député, sénateur, conseiller, mais ça se fait sans aucune proposition ; il n’y a pas de doctrine, il n’y a pas d’idéologie. Alors, on devrait se demander comment ces partis qui n’ont pas d’idéologie ont pu se faire vendre et avoir des représentants, arriver jusqu’à animer des postes d’Etat ? »

La politique, il en est aussi question dans La Nouvelle République n°241 du 30 mai 2006 qui  fait la part belle à l’association Agir pour le Congo qui veut « reconquérir le sens de l’action politique ».  Dans le même numéro, on peut lire le compte rendu de la conférence de presse donnée par Martin Mbéri à Olympic, qui marque sa rentrée politique après un long silence. Ce dernier dit revenir sur la scène politique pour : « témoigner, encadrer et passer le témoin ». Un témoin qu’il aura du mal à transmettre. Il refuse de reconnaître les erreurs du passé et de demander pardon au peuple pour les fautes commises. Au passage, il fustige son camarade du parti, Pascal Gamassa, qui a osé demander pardon au nom de l’UPADS et de son président fondateur, Pascal Lissouba. Martin Mbéri : « Demander pardon à qui ? Pourquoi ? » Dans La Semaine Africaine n°2598 datée du 30 mai, le même Mbéri Martin n’a pas fait mystère de ses intentions. Il ne veut tout simplement pas « laisser le parti aux mains de n’importe qui, pour venir foutre la pagaille ».

La Semaine Africaine n°2599 du vendredi 2 juin a donné la parole à Me Massengo Tiassé, membre du bureau de la Commission nationale des droits de l’homme. Ce dernier affirme que « le Congo doit faire beaucoup de progrès dans la promotion et la protection des droits de l’homme ». Le journal catholique s’est aussi intéressé dans ce numéro à la question de la pénurie d’eau qui a frappé Pointe-Noire durant des jours. Pour Charles Ivouvou qui a réalisé l’enquête : « le problème du manque d’eau potable à Pointe-Noire, capitale économique et deuxième ville du Congo, devient un casse tête Chinois, pour ses citadins qui ne savent plus à quel saint se vouer ».

En page 10 du même numéro, notre confrère Joachim Mbandza lance un « s.o.s. pour un artiste de talent », Rapha Boundzéki, qui ne « vit plus que de mendicité à Pointe-Noire » C’est une véritable descente aux enfers que raconte le chanteur à notre confrère qui l’a rencontré au détour d’un séjour dans la capitale océane.

Pour sa part, le journal Le Coq, proche du pouvoir de Brazzaville, est sorti des sentiers battus de l’actualité en livrant à ses lecteurs une enquête exclusive sur la couverture médiatique des voyages du président de l’UA, Denis Sassou Nguesso. Dans son édition n°055 du 25 mai dernier, ce confrère affirme que ces voyages sont devenus une véritable machine à exclure certains médias de la presse privée et une occasion d’enrichissement sur le dos des journalistes. Le directeur du journal, Prosper Mokabi Dawa, met en lumière l’existence d’un lobby Makoua qui tirerait les ficelles de la magouille et de l’exclusion dans l’ombre de la présidence de la République. Comment ce lobby fonctionne t-il ? Réponse du volatile de Brazzaville : « Le Lobby médiatique Makoua, dont Le Coq a appris l’existence par la force des choses, fonctionne autour du directeur adjoint de la Communication , porte-parole du Chef de l’Etat, M. Firmin Ayessa. Il a pour centre nerveux le Centre International de Presse (CIP) […] qui décide la liste définitive des organes, sur la base des relations de copinage ». Plus loin, il ajoute que « les voyages du président de l’UA […] sont devenus une juteuse affaire de copains et de coquins. A part un ou deux organes imposés au lobby Makoua, ce sont désormais les mêmes qui vont et viennent, dans le cadre d’une sorte de « club privé de l’UA » organisé au Centre International de Presse ». Mokabi Dawa, l’auteur de l’esclandre médiatique, explique que son journal a été frappé d’ostracisme pour cause de nationalité. « C’est un Zaïrois, ex-Faz ou ex-DSP », a décrété le lobby pour l’exclure.

Avec cette critique ouverte au cœur même du pouvoir médiatique de la présidence, notre confrère Mokabi Dawa vient, comme l’avait déjà fait en son temps un autre confrère, Asie Dominique de Marseille pour ne pas le citer, de lancer une pierre dans le noir, pour débusquer les mauvaises pratiques du système. Comme dirait Koffi Olomidé : « Eza libanga na kati ya molili ! »

Une fois n’est pas coutume, clôturons cette revue de presse par le sport. En l’occurrence le Karaté, qui était à l’honneur du 26 au 27 mai 2006 au gymnase omnisport de Ouenzé avec la 2ème édition du Challenge Denis Sassou Nguesso. Cette deuxième édition a sacré « Les Congolais maîtres de l’Afrique Centrale ! » Le Congo a en effet raflé 11 médailles d’or, 7 d’argent et 4 de bronze, devançant ainsi la RDC , le Gabon, le Cameroun et la RCA. Pourvu que ça dure !

Joscèf Kadasrian

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